F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Etats-Unis 17

INDÉFENDABLE SUSPENSE

 Podium austin.jpgJustice est faite : Lewis Hamilton est champion du monde 2014 ! Enfin presque… Euh ! à vrai dire, non, il ne l’est pas vraiment, excusez MM. les commentateurs trop pressés… Il ne l’est même pas du tout !

 Car  les 24 points d’avance qu’il comptait au soir du Grand Prix des Etats-Unis ne lui garantissent rien. On espère qu’il le sera, tant il a dominé toute opposition en cette année du renouveau de la F1. Et en particulier, à armes égales, son coéquipier chez Mercedes Nico Rosberg, pourtant valeureux. A deux Grands Prix de la fin du championnat les deux hommes en étaient à 10 victoires contre 4 en faveur d’Hamilton, excusez du peu. Mais aussi écrasant soit-il, ce score est insuffisant à garantir le triomphe de l’Anglais.

Johnny RIVES.

En écrivant pour CC.png

Le pire est que, même s’il gagnait au Brésil dimanche prochain, Hamilton ne serait pas encore certain d’être couronné, même en cas d’abandon de Rosberg ! Car, aussi incroyable que cela paraisse, les 49 points qu’il compterait alors d’avance seraient insuffisants pour le placer hors de portée de son rival.

Tout cela parce que quelqu’un, un génie de toute évidence, a eu, pour maintenir le suspense jusqu’au bout, la lumineuse idée de doubler la dotation en points du dernier Grand Prix. Cela signifie clairement que si Hamilton abandonnait à Abu Dhabi après avoir gagné à Sao Paulo, Rosberg, en marquant les 50 points de la victoire gagnerait le championnat avec un point d’avance malgré un déficit de 6 victoires par rapport à son équipier ! Le suspense, et quel beau suspense Messieurs les législateurs à la noix, tiendrait alors à ceci : la crainte de voir Hamilton abandonner, donc d’aboutir à un flagrant déni de justice sportive. Et cela quelle que soit la sympathie que puisse susciter le jeune germano-monégasque.

Alors, par avance, merci à la FIA ou à la FOM (pardon, mais on ne sait plus trop qui gère la F1) d’abandonner la double dotation du dernier Grand Prix de 2015. Car l’intérêt essentiel du sport est que le meilleur gagne. Pour le suspense, tant pis, on ira au cinéma voir du Hitchcock.

QUID, AUJOURD’HUI, DU DUEL ARNOUX-VILLENEUVE ?

 Cela dit, le beau circuit « des Amériques » nous a valu un Grand Prix animé et vivant, inhabituellement riche en dépassements, si l’on excepte la course des Mercedes, dominatrices à leur habitude. Un Grand Prix d’où l’on ressortira, comme si souvent cette saison, le sensationnel Daniel Ricciardo. Celui-ci nous a offert quelques dépassements de haute volée dont un sur Magnussen qui n’a pourtant pas son pareil pour fermer les portes – ce qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences un jour.

 On a également vu de belles batailles au cœur même du peloton des poursuivants. Des batailles mises en relief par le très intéressant tracé du circuit texan qui favorise les dépassements. Batailles dans lesquelles Jean-Eric Vergne et Romain Grosjean ont combattu avec une hargne qui faisait plaisir à voir. Et qui aurait sans doute enchanté leur infortuné camarade Jules Bianchi qui était animé par la même passion qu’eux. Et pour lequel on renouvelle tous nos vœux.

 L’apogée de leur bataille, Vergne et Grosjean l’ont concrétisée à travers un mano a mano d’anthologie. Hélas les commissaires sportifs (parmi lesquels siégeait pourtant Derek Warwick) n’ont pas apprécié cet affrontement autant que nous – ni autant que Jacques Villeneuve, enthousiasmé comme rarement – en infligeant une sanction au valeureux Vergne. Heureusement que les commissaires sportifs ne sévissaient pas avec autant de zèle à la grande époque, car René Arnoux et Gilles Villeneuve auraient été victimes des mœurs de la F1 actuelle. Et probablement suspendus pour plusieurs Grands Prix à l’issue de leur inoubliable duel du G.P. de France 1979 à Dijon.

 On conservera de nos deux Français, outre leur combat singulier, deux images rares : un joli dépassement de Grosjean sur Vettel, certes alors en difficulté avec ses pneus, mais avec une Lotus contre une Red Bull, il fallait quand même le faire. Et puis un dépassement tout aussi remarquable de Vergne sur Button, une Toro Rosso prenant l’avantage sur une McLaren, ça n’est pas fréquent…

 Au plan des déceptions, on placera justement les McLaren qui n’ont pas confirmé en course les espoirs qu’elles avaient fait naître aux essais. Sans oublier les Ferrari, qui ne valent guère qu’à travers le talent de Fernando Alonso… qu’elles vont bientôt perdre. On ne s’étendra pas sur la nouvelle bévue de Sergio Perez qui a malencontreusement renoué avec ses vieux démons alors que des milliers de spectateurs mexicains avaient effectué le déplacement pour l’applaudir. Un Perez qu’Adrian Sutil ne porte certainement pas dans son cœur !

 
 
Illustrations
 
Illustration 1 : Podium Hamilton – Rosberg – Ricciard © DR
Illustration 2 : Johnny Rives © Lysiane Rives

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Johnny Rives

7 pensées sur “F1 2014 : Le billet de Johnny Rives – Etats-Unis 17

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    un beau recit qui situe Hamilton a sa juste valeur et qui denonce une double dotation de points injustifiée…qui risque de fausser le resultat sportif du championnat!merci Mr RIVES.

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    Cher Johnny je partage entièrement votre opinion au sujet des points doublés, juste une petite chose dans une telle hypothèse Rosberg n’aurait un déficit « que » de 4 victoires … et même 3 pour ceux qui considéreraient la dernière comme double.

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    Absolument d’accord avec l’analyse de Johnny Rive, celà serait inique alors, si…avec les points « doublés », soit…50 Pts ! pour le dernier Gd Prix et abandon de Hamilton à l’avant-dernier Gd Prix, d’où et si Zéro Pts… au dernier, il ne serait pas titré ! De telles dispositions font que la FIA se tire une « balle dans le pied » ! ajoutons à celà le « grognement » des moteurs F1 tout au long d’un Gd Prix, quant à leurs difficultés de fonctionnement, le surcoût…semblent avoir mis, à bas, la trésorerie de deux écuries de fond de grille,il est vrai.

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    Excellente qualification de Rosberg très rapide, qui sait toujours très bien se préparer tandis que Hamilton n’assure peut être pas avec une aussi méthodique organisation se fiant trop à sa pointe de vitesse et de plus il rencontre souvent des ennuis mécaniques. En ce qui concerne la course les résultats sont sans appel 10 victoires à 4 , le britannique affiche une maîtrise que n’a pas Nico souvent fébrile avec des incursions hors piste comme ici encore dès le premier tour. Hamilton a toujours défendu proprement sa position comme il a toujours de même réussi des dépassements nets sur Rosberg. A l’inverse Nico est malheureux dans ses tentatives de dépassement il demande de l’aide à son équipe en Hongrie, harponne Lewis en Belgique et ruine sa course à Sotchi au premier tour et je n’en suis pas sûr mais je crois qu’il n’a jamais réussi depuis le début de saison à dépasser une seule fois son équipier. Le règlement d’attribution des points a souvent posé problème et a été remanié de nombreuses fois favorisant soit le panache soit la régularité. Hawthorn et Keke Rosberg ont bien été champions en ne remportant qu’une seule victoire. Avec ce regrettable règlement Nico conserve toutes ses chances mais Lewis mérite amplement le titre.

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    De mon côté, j’ai un rêve totalement utopique: aux fins d’éviter cette mascarade, la veille du dernier grand prix à Abu Dhabi, Mercedes annonce fournir un 6ème moteur neuf à chacun de ses pilotes, y compris toutes les pièces etc…par soucis d’équité et dans la perspective de réduire au maximum les risques de défaillance, de part et d’autre, lors de l’affrontement final.Les deux pilotes partiraient alors des stands. Compte tenu de la compétitivité de leurs monoplaces, Mercedes n’aurait pas à rougir contrairement à une aberration au cas où Rosberg serait titré grâce à une panne mécanique de Hamilton.

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    autres G.P.le pilote calculateur a battu le pilote le plus talentueux ,le plus rapide et le plus agile.

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