De l’hydrogène dans nos veines !

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A la fin du XIXe siècle l’automobile s’apprêtait à révolutionner les transports et la vie. Vapeur, électricité, pétrole étaient en concurrence, chacune de ces énergies ayant son lot d’avantages et d’inconvénients.

On sait aujourd’hui que le pétrole l’a emporté. Du moins jusqu’à une récente décision de l’Assemblé européenne. La fabrication de moteurs thermiques sera interdite en Europe à partir de 2035. Cette décision nous paraît d’une violence extrême. Comme toute mesure excessive elle semble avoir été prise sans beaucoup de réflexion.

La fin du moteur thermique condamne le sport que nous aimons sous sa forme actuelle. Nous souhaitons donc essayer de comprendre de quoi il retourne. Electrique, hybride, hydrogène, carburants de synthèse : les options sont multiples. Au travers de cette rubrique occasionnelle, nous essaierons de nourrir notre réflexion.

Olivier ROGAR

Hydrogène

Samedi 3 septembre 2022, sur le Boulevard de l’Océan de La Baule-Escoublac fermé pour l’occasion, un collectif d’industriels proposait une démonstration d’un prototype de course Electrique-Hydrogène aux performances très proches d’une LMP3.

Jean-Paul Orjebin


Eau d’échappement

Le pilote Stephane Richelmi – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin
Hydrogène
Pierre Fillon et Mr le Maire de la Baule, Franck Louvrier – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin
Hydrogène
Eau d’echappement – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin

Stephane Richelmi, le pilote, savait qu’il ne battrait pas son propre record, celui qu’il a effectué en juin dernier avec cette même auto au Mans, 290.8 km/h, mais la vitesse qu’il a atteinte sur le boulevard a suffi à impressionner fortement son passager d’un jour, le Maire Franck Louvrier. Un maire bien content en sortant du cockpit de se désaltérer en buvant au goulot d’une bouteille d’eau d’échappement, puisque Mission H24 ne rejette rien d’autre que de l’H2O, et d’avoir été le passager d’un vainqueur en 2016 des emblématiques 24 h du Mans.  

Pile à combustible

Hydrogène
Le propulseur – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin
Pierre-Lou Fleury – Pierre Fillon- Bernard Niclot – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin

Le sympathique Team Manager, Pierre Lou Fleury, donne l’impression d’être sorti hier de l’ESTACA alors qu’il a déjà pas mal baroudé notamment chez ORECA. En discutant longuement avec lui, j’ai compris que si je le trouvais si jeune, c’est sans doute que je vieillissais et que malgré toutes les explications techniques qu’il me donnait, j’étais imperméable à la mécanique surtout lorsqu’elle est sophistiquée à ce point. Je retiens malgré tout de cette Mission H24 que c’est une auto à propulsion électrique dont la puissance dépasse 480 kw ( 653 ch) , que ses batteries sont alimentées par une pile à combustible, elle-même alimentée par 8.6 kg d’hydrogène stockés dans un réservoir à la pression de 700 bars … ouf !

Ce que j’ai compris tout seul en regardant de près le propulseur, c’est que plus usine à gaz que ça, c’est difficile.

Le plein d’hydogène en 3 mn

La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin
Pneu Michelin – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin

La société Mission H24 est basée au Castellet, Total fait partie des premiers partenaires, ils ont conçu, et c’est une première mondiale, une station mobile de ravitaillement en Hydrogène. Elle se déplace sur les sites d’essais de courses et de démonstration, elle est capable de faire le plein des réservoirs en 3mn à une pression de 450 bars et ce, en toute sécurité. Autre partenaire impliqué, l’ACO, très active pour faire le lien avec la FIA et adapter les recherches et le développement de Mission H24 aux règlementations et aux principes d’équivalence. Ceci à terme pour engager les protos H24 en courses autrement qu’en catégorie expérimentale.

Michelin a développé des pneus spécialement adaptés à Mission H24. Ces enveloppes sont aujourd’hui recyclables à 53%, les ingénieurs de Clermont-Ferrand ont l’objectif d’atteindre et de dépasser 80%.

L’hydrogène ou zéro carbone

L’intérêt de cette technologie pour le sport automobile est de rendre une auto pesant 1420 kg, capable de rouler à 300 Km/h avec une autonomie suffisante pour faire, par exemple au Mans, des relais de 45 mn et des ravitaillements pour recharger le réservoir de 3mn et donc pas loin des LMP3 tout en ayant un bilan carbone de fonctionnement nul.

Une catégorie Hydrogène au Mans en 2025 ?

La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin
Franck Louvrier – Pierre Fillon – La Baule – Mission H24 2022 © Jean-Paul Orjebin

Pierre Fillon nous avouait espérer voir au Mans une catégorie électrique-hydrogène en 2025 ou 2026. Il sait déjà quel grand constructeur est sur le coup, mais malgré notre insistance, sa réponse est restée dans un sourire et un clin d’œil. Le Président de l’ACO, très impliqué dans ce projet, servira de coach à Franck Louvrier dans l’art de s’introduire dans un cockpit de Prototype. Un peu à l’étroit dans le baquet, ceinturé, casqué combinaison fermée, porte baissée, il nous dira après cette expérience que le mot confinement prend tout son sens.

Jean-Paul Orjebin

Aller plus loin :

The Conversation : Comment l’UE en est arrivée à interdire les moteurs thermiques à partir de 2035.
France 24 : Le parlement européen vote la fin du moteur thermique.
LaTribune : Passage à l’électrique : Pour Carlos Tavares, il ya aura des conséquences sociales majeures.

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J.P. Squadra

Grace à Classic-courses nous connaissons le passé de notre passion pour mieux appréhender le présent. Et voilà que nous envisageons un futur déjà actuel ! Avec enthousiasme et optimisme ? Pas sûr mais c’est bien de comprendre, merci.

richard JEGO

Vous y croyez , vous ? Moi , pas mais sur que certains malins vont bien vivre de l’hydrogène et des subventions qui l’accompagnent .

Olivier Rogar

A titre individuel on peut avoir beaucoup d’idées contre l’électrification à outrance. Ou l’inverse. On tente d’être sage du point de vue environnemental et rationnel du point de vue industriel. Mais le calcul de l’impact de l’utilisation de telle ou telle source d’énergie devrait être étendu à toute la chaîne de production et d’utilisation pour qu’on puisse construire une modélisation pertinente. Il serait alors plausible que plusieurs sources d’énergie doivent cohabiter pour atteindre des objectifs ambitieux qui n’excluraient pas non plus une composante sociale européenne. En effet, quid de l’avenir de l’industrie automobile européenne avec des batteries et des chaines… Lire la suite »

Viceroy

L’article oublie de dire que ce sont des voitures quasi-silencieuses, car à propulsion électrique. Les gens actuellement viennent voir du sport automobile car beaucoup apprécient le bruit des moteurs, la fureur, les montées en régime qui vous donnent la chair de poule, les passages de vitesse, les fréquences auditives perçues modulées par l’effet Doppler. Il y a un coté addictif, mais qui fait du bien, à suivre une course de voitures thermiques. Tout cela n’existera plus. Comme M. Jego, je ne crois pas du tout au succès populaire de courses impliquant ces engins de nouvelle génération, car il y manquera… Lire la suite »

Olivier Favre

Je suis d’accord, je suis moi-même très sceptique sur le succès de ces engins. Et pas seulement parce qu’ils sont discrets à l’oreille. Aussi parce que la doxa officielle est anti-voitures, comme elle est anti-viandes, anti-mâles, anti tout ce qui est associé à la force et à une certaine démesure. Nous nous devons d’être doux, humbles, repentants, vegans, … Les voitures électriques de course répondront-elles à ces exigences ? Leur mode de propulsion suffire-t-il à les ranger dans le camp du Bien ? L’avenir le dira … assez vite, sans doute.

Olivier Rogar

Le son met en relief l’image. C’est valable au cinéma comme au bord d’une piste. Entendre le sifflement du moteur électrique, le travail du châssis et des freins, sans oublier les pneus, est tout ce qu’offrent les électriques en matière de sensation sonore. Et c’est très déroutant. Tellement déroutant que lors du 1er GP électrique de Monaco, c’est un DJ qui faisait monter le son au départ, simulant en quelque sorte l’emballement des moteurs avant le lâcher des voitures. Ceci étant le fond de notre propos est d’essayer de comprendre. La doxa est pour l’électrique. Nous pensons que l’autoritarisme « vertueux »… Lire la suite »