22 mai 2015

24 Heures du Nürburgring 2015 : KOLOSSALE FETE !

Considérant la Nordschleife du Nürburgring comme un circuit hors normes, gorgé de légendes et de folies automobiles, je m’étais dit qu’un jour, je devrais faire le voyage vers l’Eifel pour vivre de l’intérieur l’ambiance exceptionnelle de cette course si particulière que sont les 24 Heures du Nürburgring. Je peux désormais dire qu’à une ou deux réserves près, je n’ai pas été déçu.

Pierre Ménard

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On va tout de suite évacuer ce qui fâche, comme ça on n’en parlera plus. N’étant pas revenu sur le Ring depuis une petite dizaine d’années, j’ai eu la désagréable surprise de constater que désormais toutes les zones accessibles au public sont bardées de ces hideux grillages hérissés d’ordinaire sur les circuits modernes. On aura beau arguer que « c’est pour la sécurité du public, regardez ce qui s’est passé avec la Nissan quelques semaines auparavant, etc. », je continue à penser que l’hystérie sécuritaire amène à des extrêmes qui ne pourront de toute façon pas empêcher certains drames inhérents à la course automobile (ben tiens, justement, la Nissan : il y a avait pourtant des grillages, ça n’a pas empêché la mort d’un spectateur. Alors on fait quoi ? Des grillages encore plus hauts, ou plus de spectateurs ?). Et surtout, la Nordschleife est le témoignage rare, et toujours vivant, d’un circuit comme on n’en fera jamais plus. L’enlaidir de la sorte me rend triste, et me frustre en tant que spectateur obligé de voir passer les bolides au travers de ces ferraillages castrateurs.

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L’autre motif de rogne fut le prix de la manifestation (62 euros pour le week-end – si on achète sur place – auxquels il faut ajouter 7 euros de parking), prix élevé en regard de ce qui se fait par exemple à Spa pour le même type de course, et pour moitié moins cher. Le « Gros Problem » du Nürburgring est qu’il faut payer pour les incohérences d’une gestion catastrophique qui a amené le site vers une dette abyssale et le menace chaque jour de fermeture. Des associations se battent mais en attendant, il faut prendre l’argent là où il se trouve ! Ceci dit, tout cela n’empêche en rien l’installation massive de dizaines et dizaines de milliers de fans tout au long du mythique trajet (200 000 spectateurs officiellement recensés cette année, ça peut faire rêver certains organisateurs de Grand Prix) et c’est bien cela qui fait rapidement s’estomper la soupe à la grimace pour amener à savourer cette immersion dans ce monde surréaliste que sont les 24 heures du Nürburgring.

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Disons-le franchement : l’intérêt de cette épreuve se situe autant sur qu’en dehors de la piste. Même si l’ADN des autos en piste peut faire hésiter au déplacement (des GT3 et des voitures de tourisme certes très affûtées, mais sans le pouvoir attractif des gros protos) une course de 24 heures, quelle qu’elle soit, est toujours magique. De par sa longueur autorisant les installations dans des spots intéressants ainsi que les longues promenades autour du circuit, et de par l’alternance jour/ nuit avec tout ce que ça comporte en matière d’ambiances changeantes. Mais au Ring, tout prend une ampleur démesurée, liée avant tout à la forte identité germanique de la manifestation : un circuit unique chargé d’Histoire et un plateau de 152 voitures constitué quasi exclusivement de modèles allemands (exception faite de quelques Bentley, Aston Martin, Nissan ou Renault – deux Clio !) glorifiant ainsi la puissance industrielle d’Outre-Rhin et flattant normalement la fierté de tous ces joyeux teutons venus célébrer ces jours de fête mécanique à grands renforts de bière, saucisses et décibels musicaux sortant de sonos démentes.

CC 24 H Ring 4.jpgAmateurs de finesse et délicatesse, passez votre chemin : ici tout est brut de fonderie, sans nuance aucune ! Selon les lieux, le vacarme est parfois assourdissant entre les moteurs, les haut-parleurs, les feux d’artifice tirés çà et là et les différentes sources musicales en total désaccord entre elles. Mais on se promène avec un étonnement et un effarement croissants le long du sentier bordant la piste en admirant l’ingéniosité de nos chers Allemands quand il s’agit d’ériger leur petit « chez nous » gemütlich (confortable, cosy) qui les abritera tout au long du week-end, voire le plus souvent des cinq jours qu’ils ont décidé de passer au bord de la piste. Les habitués de longue date de l’épreuve affirment que les fans poussent le bouchon toujours un peu plus loin d’année en année : leurs constructions sont de plus en plus élaborées, amenant leurs auteurs à transbahuter les nombreux matériaux idoines ainsi qu’une lourde logistique indispensables à l’assemblage final.

CC 24 H Ring 5.jpgAttention, quand on parle de « confortable », c’est un confort du genre « post-apocalypse », élaboré avec les moyens du bord. Et tous les fans n’ont pas la folie des grandeurs. D’abord, il y a les modestes. Qui installent un vieux canapé pourri juste derrière le grillage, un petit barbecue, un brasero – ou une chaufferette pour ceux qui ont amené le groupe électrogène –  les caisses de bière, les packs de saucisses ou de côtes de porc – Hé, on est en Allemagne ! – et une toile de tente abritant le tout. Puis ceux qui s’éloignent un peu pour dresser une barrière faite de planches de sapin clouées délimitant leur territoire où peut se trouver (au choix) une vieille caravane bien rouillée, un mobil home tout moussu, voire une construction hétéroclite de bois et métal qui protègera efficacement de la pluie. Mais certains sont de vrais bâtisseurs. Comme ce groupe du côté de Wippermann qui a élevé un étage d’une vingtaine de mètres carrés à plus de trois mètres du sol sur un treillis métallique (!), accessible par un

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escalier en fer décoré de multiples guirlandes en led, où la fête bat son plein autour d’un immense brasero sous un toit fait de tôles ondulées sous lequel deux immenses baffles diffusent un hard rock germanique à un volume à faire se décoller le papier peint de la salle à manger ! Ce qu’il y a de frappant dans la grande majorité de tous ces spectateurs allemands massés dans la forêt (très honnêtement, je n’ai pas entendu autre chose que la langue de Goethe et Vettel réunis lors de mes pérégrinations autour de la piste), c’est leur apparente volonté de venir s’éclater quelques jours dans l’Eifel entre potes plutôt que de s’intéresser véritablement à la course en elle-même. Peut-être que du côté du circuit F1, on s’intéresse plus au classement, aux stratégies ou aux

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changements de pilote, mais sur la vieille Nordschleife, là où se situe le véritable spectacle, on n’est pas là pour se faire emmerder, pour parodier Vian. On jette un coup d’œil sur la piste de temps en temps mais on est surtout là pour boire, non pas un mais DES coups, pour rigoler, pour improviser des concours idiots du genre planter une hache d’une seule main dans un billot de bois ou boire le plus de Bitburg en une seule gorgée (ah, je vous l’ai dit, c’est du délicat et du raffiné) et pour se serrer les uns contre les autres une fois la fraîcheur de la nuit venue (3° à 5H00 le dimanche !), réchauffés par les braseros ou les gigantesques feux de bûches de sapin ramassées tout autour (au Ring, il n’y a qu’à se baisser). Au Mans, on voit bien quelques allumés de ci de là, Tommies ou Teutons en goguette, mais rien de comparable à ce qu’on peut voir ici dans l’Eifel.

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Bon, et la course dans tout ça ? Je l’ai dit : belles GT3 extrêmement bien pilotées pour les meilleures, et grosse bagarre pour la gagne au scratch entre les Audi, les Mercedes, les BMW et les Porsche. Mais ma venue sur cet événement avait un autre but. Même si quelques écrans plats suspendus sommairement dans les « home » les plus aboutis (avec le groupe électrogène qui va bien) me donnaient parfois l’occasion de relever les positions respectives des uns et des autres, j’avais l’esprit plus enclin à me balader le nez au vent sur les sentiers de ce fantastique circuit pour y admirer les trouvailles les plus frapadingues qu’à savoir absolument qui menait ou qui avait claqué le meilleur tour en course (à Adenauer Forst, il y avait carrément une piscine gonflable dans laquelle se vautraient deux jeunes filles hilares – vu la température ambiante, c’était un petit exploit, quoiqu’avec une bonne dose de bière…). Je n’ai su que le dimanche soir qu’une Audi R8 LMS avait devancé sur le podium une BMW Z4 et une Porsche 911 GT3-R, Mercedes-AMG ne plaçant la première de ses SLS qu’à la cinquième place. C’est bien, les Allemands pouvaient être contents d’eux !

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Photos © Maxime & Pierre Ménard

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