Wake up boy, it’s Boxing Day !

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Les seuls jours de l’année où Pat Getaway ne balance pas son réveil à bas du lit sont jours de course à Brands Hatch. Et aujourd’hui, lendemain de Noël, c’est Boxing Day, jour férié sauf pour les chasseurs de renards et les racing cars fans. Ouvrier typographe au Sun, Pat est un cockney pur jus qui laisse la chasse au renard aux nantis, aux gentlemen d’Epsom, aux aristos de Hampton Court. Eggs sunny side up, deux toasts en parcourant le Sun de la veille avec un regard appuyé sur la pin up en page trois, jean, épais blouson Castrol, il fait chauffer la vieille Chrysler Hillman stationnée devant chez lui, à Brixton, direction Bromley par la North Circular Road où il doit prendre son pote de l’imprimerie, Guy Kingman. Il tripote son autoradio, trouve Radio Caroline, un truc de Procol Harum, Homburg, pas mal. Si ça roule ils seront à Brands Hatch pour 8 heures.

David Brodie a quitté Harrow avant l’aube, sa fidèle 1300 Anglia chargée hier soir sur la plateforme que tracte une Ford Granada aux couleurs de sa boîte de placage métallique. Il a veillé à ne pas réveiller Pinner Road et les types avec qui il vit dans un grand condominium, cheveux longs et pattes d’eph, tous bricolent dans les voitures de course : Bubbles Horsley, qui serait plus tard le bras droit de Lord Hesketh, Jonathan Williams, Chris Irwin et un nouveau au nez bizarrement écrasé, un certain Jochen Rindt.

Le front neigeux descendant droit des Orcades annoncé par BBC One ne douche pas l’énergie déployée par Sue Eldridge, une petite pouliche qui ressemble paraît-il à Diana Rigg et qui, à peine le jour levé, monte son étal derrière les stands, dans l’allée centrale de B’Hatch. Tout juste engagée chez Haymarket Ltd, le grand groupe de presse londonien, comme « commercial engineer », c’est à dire dans les faits, vendeuse corvéable et itinérante, elle n’a pas intérêt à se louper, aussi érige-t-elle à fond de train une toile au-dessus de ses tables, frappée d’un gros AUTOCAR en rouge. Elle extirpe d’une camionnette Morris Minor des caisses pleines des dernières livraisons de Autocar, Autosport et surtout du best seller qu’on va s’arracher tout à l’heure, le Motoring News daté du 21 décembre dont les quatre voitures de course qui se partagent la couverture, une Lotus 49, une Ferrari P4, une Porsche Carrera 6 et une Lancia Fulvia ne tardent pas à se gondoler sous l’effet de minuscules mais tenaces flocons de neige que projette un blizzard oblique.

Ses voisins de stand, deux jeunes qui vendent des voyages de Grands Prix pour Page & Moy lui donnent une bâche en plastique, assortie d’une proposition tellement séduisante : »Want to go to Kyalami, there’s a few seats left for the 1st of january, hey baby, it’s 85°F up there ! »La foule a pris d’assaut le Rising Sun, le pub historique de B’Hatch que la modernité autoroutière sacrifierait à la M 20 dans quelques années. Pour l’heure Guy Kingman et Pat Getaway y sont attablés devant deux roastbeef saignants accompagnés de ce qui semble être un effet spécial sorti des studios de Pinewood, des petits pois d’un vert surnaturel arrosés d’une bonne couche de confiture de fraise. Les deux compères choquent deux pintes de Whitbread. Une télé que personne ne regarde commente le récent « non » du général de Gaulle à l’entrée de l’Angleterre dans le Marché commun.

Sa Ford Anglia 1300 déchargée, garée à sa place au paddock, David Brodie – Brode pour tout le monde – fait la tournée des popotes. On y craint sa caisse, gonflée et allégée au maximum, dotée d’un radiateur de F3. Il salue la bande aux Lotus Elan, Mike Beckwith, John Hine et Jackie Oliver. Il y a même un de ses team mates de Pinner Road, Boley Pittard et son Alfa GTZ. Départ à 2 PM fait un marshall. « And about snowing ? » lance inquiet un nouveau dans le circuit, une face de citron nommée Tetsu Ikuzawa qui tourne très fort, ma foi, dans une minuscule Honda S 800. « We’ll start anyway ! Where you think you are, pal, having a cup of tea with Queen Mum ? »

2 PM. Une espèce de grésil glacé vernit le tarmac à Druids Bend. Les deux imprimeurs du Sun y ont rejoint des potes de Poplar, d’ex-mods au bras coudé à 90° avec des canettes de Newcastle brown ale au bout. Les gus trépignent car les Saloon cars sont en prégrille là-haut. C’est la défonce, encore mieux que la bibine. La F1 c’est pas leur truc. Trop intello, il n’y a que des matheux et des statisticiens pour se passionner pour ces trajectoires au millimètre, pour cette aérodynamique d’ingénieurs aéro, toute ce chichi de pédés, les Spence, Ickx, Courage, tous des tafioles. Non le vrai truc ce sont les Saloons, d’éructer les gars qui voient débouler les furieux à trois de front, une Triumph GT6, une 911 S et une MG MGB. Derrière le Brode fait l’intérieur à une Spitfire tandis que le nouveau niakoué, Ikuzawa, est revenu du fin fond de la grille. Pas raciste, Kingman en rote de bonheur.

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Linas27

Un texte apéritif ! Attention … Le dernier paragraphe s’aborde au second voir troisième degré…Evident, les supporters cités possèdent un QI à peu près identique à celui des inconditionnels de Trump ! Ce qui est loin d’être le cas de « Getaway » et « Kingman » !

richard JEGO

J’ai découvert brands dans ces années là , pour des courses de saloon ( Mini et Ford anglia avec un V8 US inside ) avec de bonnes odeurs d’huile de riçin et ce texte FABULOUS me rajeunit de 55 ans . Merci classic et m. Vatan .

Fournet Frédéric

Un pur bonheur de lire ce récit tant il est bien troussé, merci merci de nous enchanter ainsi…
je ne sais pas vraiment quelle est la part de réalité et la part de fiction mais peu importe, on y est et ce matin, la maison sent le cooked breakfast tandis que derrière la vitre, voilée de cette crachouille qui n’existe que là bas, un 4 longue course hoquette en lâchant des volutes de Castrol chaude…

Michel

Un vrai régal, une pure friandise ! J’en reprendrai au breakfast, avec un nuage de lait…

Bélorgey François

Génial votre texte.Je roule avec de veilles anglaises et après lecture mon seul regret est de ne pas avoir été sujet de sa Gracieuse Majesté dans les sixties.