DNF : trois lettres qui reviennent chaque année en janvier sur Classic Courses, avec une régularité métronomique. Trois lettres synonymes d’un hommage à tous ceux qui ont suscité ou alimenté notre passion commune et qui ont tiré leur révérence au cours de l’année écoulée.
Une fois n’est pas coutume, je commencerai cette traditionnelle note par un salut confraternel à ceux que j’appellerai les médiateurs. Ils n’ont ni piloté (encore que …), ni conçu des voitures, ni dirigé une écurie de courses. Mais ils ont participé à faire connaître le « motor racing world » au grand public. Et ont certainement fait naître des vocations chez certains. Ils étaient journalistes, artistes, entrepreneurs ou simples passionnés à l’enthousiasme communicatif et ils s’appelaient :
Médiateurs internationaux
Michael Turner (91 ans). Sans doute l’un des plus célèbres artistes de la course automobile et de l’aviation. On lui doit de nombreuses affiches de courses et d’innombrables tableaux à la fois réalistes et dotés d’une « patte » personnelle reconnaissable entre toutes . C’était aussi un pilote d’avion passionné. Son fils Graham a suivi ses traces. Il est lui-même un peintre renommé de l’univers de la course mais aussi en art médiéval et militaire.
Shunsaku Tamiya (90 ans). Comme beaucoup de gens sans doute, je connaissais son nom sans savoir exactement qui était derrière. Car qui ne connaît ces fameuses maquettes en plastique qui apparurent sur le marché européen dans les années 70 ? Des productions au réalisme saisissant, mais qui nécessitaient patience et un certain doigté pour arriver à un résultat satisfaisant. Monsieur Tamiya était le fondateur de cette marque.

Journaliste autrichien, Helmut Zwickl (85 ans) avait débuté en tant que chimiste chez un fabricant de peinture. Ayant pris pied dans le milieu de la course dans le sillage de Jochen Rindt, il a écrit des livres. Le dernier, en 2018, résonne avec une sentence bien connue sur Classic Courses : « Damals – als Sex noch sicher und die Formel 1 gefährlich war ». Littéralement « À l’époque où le sexe était encore sans risque et la Formule 1 dangereuse »
Le Danois Anders Ditlev Clausager (76 ans) commença sa carrière comme designer chez Volkswagen puis British Leyland. Puis il devint un archiviste et historien renommé. Il signa de nombreux livres sur l’histoire de l’automobile au Royaume-Uni.
Chris Rea (74 ans), musicien et chanteur britannique, passionné de course auto. Il était notamment l’auteur du film « La passione », qui narre la « rencontre » entre un jeune garçon et la Formule 1 dans les sixties.

Médiateurs français
Jean-Pierre Gosselin (82 ans), journaliste passé notamment par L’Equipe et Auto-Hebdo, auteur de livres sur l’écurie Ligier et son fondateur avec Renaud de Laborderie. Passionné et averti en matière de technique de par sa formation initiale d’ingénieur, il avait fondé le Journal du pneumatique. Il présida aussi un temps l’Association française de la presse automobile.
Jean-Paul Calmus (81 ans), pilote amateur, journaliste au magazine Échappement, promoteur du Championnat de France de la Montagne. Egalement très impliqué dans le Trophée Andros de courses sur glace.
Journaliste, historien,pilote de voitures d’époque, Marc Sonnery (63 ans) était un expert reconnu de la marque Maserati.
Marjorie Brosse fut une figure discrète mais éminemment efficace dans l’épopée de Jean Rondeau. Le M dans le matricule des protos Rondeau, c’était pour elle. Epouse du préfet de la Sarthe d’alors, elle se mit en quatre pour trouver des soutiens pour la petite équipe mancelle. C’est pour une bonne part grâce à elle que l’aventure ne se termina pas au bout de deux ans, quand la marque Inaltéra retira ses billes et vendit tout le matériel de l’écurie.
Evidemment, on ne saurait clore cette liste sans évoquer deux personnages importants pour CC dont ils furent contributeurs : Eric Bhat (68 ans) à qui une note a rendu hommage en juin dernier : https://www.classiccourses.fr/magazine/eric-bhat-22-11-1956-08-06-2025/ et Michel Mathieu (78 ans), plus connu ici sous le nom de Professeur Reimsparing, qui faisait partie de la « bande à Patrice Vatan ». Pour les avoir rencontrés tous les deux, je peux témoigner du plaisir qu’il y avait à échanger avec eux.

Après cet hommage à ces médiateurs connus des seuls « fanatiques », passons sans transition aux plus célèbres, ceux qui ont fait de la F1. Soit comme pilotes, soit comme patrons d’écurie.
DNF Jochen
Jochen Mass (78 ans). Depuis les 24 Heures de Spa en 1972 (Ford Capri) jusqu’aux 24 Heures du Mans en 1989 (Sauber-Mercedes) en passant par les 12 Heures de Sebring (1987 – Porsche 962) ou les 6 Heures de Fuji (1982 – Porsche 956), cet Allemand francophile a gagné presque toutes les grandes courses d’endurance de son époque (seule exception : les 24 Heures de Daytona). Au total, trente victoires dont plus de la moitié entre 1976 et 1985 avec Jacky Ickx, au sein de la fameuse paire « MIX » des Porsche 935 et 956/962 d’usine. Pourtant, Mass fut d’abord un grand espoir de la monoplace. Tout comme Hans-Joachim Stuck, il devait venger von Trips et enfin rapporter des titres à l’Allemagne. Au final, le bilan fut mitigé. Vice-champion F2 en 1973 derrière l’intouchable Jarier, Mass ne confirma jamais en F1 les espoirs qu’il avait suscités.
Des places d’honneur chez McLaren, mais une seule victoire peu significative (GP d’Espagne 1975, course arrêtée avant son terme). A contrario, ses équipiers, Fittipaldi puis Hunt, gagnaient des courses et jouaient le titre. Puis une lente dégringolade chez ATS, Arrows et enfin March en 1982, où il eut l’insigne malchance de se trouver sur la trajectoire de la Ferrari d’un homme en colère le 8 mai à Zolder. En quittant la F1 quelques semaines plus tard après un dernier accident au Ricard qui aurait pu lui être fatal, peut-être songeait-il à ce Grand Prix d’Allemagne 1976, le dernier sur le Nürburgring. Seul pilote à avoir fait le pari des pneus slicks, il menait largement après le premier départ. Hélas pour lui, l’accident de Lauda rebattit les cartes.

DNF Andrea
Andrea de Adamich (84 ans), un des plus connus pilotes à lunettes (avec Rolf Stommelen). Très lié à Alfa Romeo et Autodelta, il décroche deux titres de champion d’Europe Tourisme en 1966 et 67. C’est pourtant au volant d’une Ferrari qu’il débute en F1 lors du Grand Prix d’Afrique du Sud 1968. Son succès majeur à Maranello fut la Temporada Argentina F2 à la fin de cette même année 68. Son statut chez Autodelta lui valut de piloter en 70-71 les McLaren et March F1 à moteur V8 Alfa. Mais sans aucun succès. En endurance, au contraire, sa meilleure saison fut 1971 avec l’Alfa 33/3 : deux victoires aux dépens des 917, à Brands Hatch avec Pescarolo et à Watkins Glen avec Peterson.
Sa carrière en F1 (30 grands prix, deux 4e places comme meilleurs résultats) prit fin à Silverstone en 1973, lors de ce fameux carambolage provoqué par Jody Scheckter qui se solda pour lui par de multiples fractures aux jambes. Coïncidence, Jochen Mass, également éliminé dans ce crash, débutait ce jour-là en F1 chez Surtees. On revit Andrea en endurance en 74, puis il prit sa retraite de pilote. Il se consacra à une société de prêt-à-porter, au commentaire des Grands prix F1 à la télévision italienne et à la création d’un centre de sécurité routière sur le circuit de Varano, près de Parme.
DNF Enzo
Enzo Osella (86 ans) incarnait toute la passion et le courage (l’inconscience ?) qu’il fallait pour oser s’aventurer sur le terrain de Ferrari, en Formule 1, à une époque où les artisans s’apprêtaient à y laisser la place aux industriels. « Petit Enzo » parvint à s’y maintenir pendant dix ans, déjà un véritable exploit en soi. Mais les résultats furent très pauvres : cinq points en tout et pour tout. Dont trois lors du GP de Saint-Marin 82 boudé par les teams FOCA. Son écurie survivra encore deux ans sous le nom de Fondmetal avant d’achever sa course au cimetière des illusions, comme tant d’autres à cette époque.
N’oublions pas toutefois qu’Osella s’était lancé dans le grand bain fort d’une expérience solide. En prototypes après avoir récupéré le matériel d’Abarth au moment de l’intégration de cette dernière dans le giron de Fiat. Et en Formule 2 où le jeune Eddie Cheever fut en lice pour le titre européen en 1979 (trois victoires). Sans doute Enzo Osella aurait-il dû poursuivre à cet échelon plutôt que de céder au mirage de la F1 …

DNF Eddie
Dix ans après Osella, une autre écurie de l’échelon du dessous franchit le pas ultime vers les grands prix : le Jordan Racing fondé par l’ancien pilote irlandais Eddie Jordan, disparu en mars dernier à 77 ans moins dix jours. Mais les résultats furent bien meilleurs. Après des débuts très convaincants en F3 britannique, le team d’Eddie s’adjuge le titre en F3000 avec Jean Alesi en 1989, puis débarque en F1 en 1991. Les débuts sont encourageants, mais l’écurie est très fragile financièrement et les résultats restent modestes les années suivantes. Il faudra attendre l’arrivée de Damon Hill en 1998, puis de Heinz-Harald Frentzen l’année suivante, pour que l’écurie récolte ses premières victoires et s’impose enfin comme un top team.
Hélas, Jordan ne reste pas longtemps au sommet. Le déclin s’amorce dès l’année 2000, malgré une victoire inespérée au Brésil en 2003 pour Fisichella. Fin 2004, Eddie vend son écurie à Midland et se reconvertit plus tard dans le commentaire de grands prix à la BBC. Homme d’affaires avisé ayant bâti une fortune considérable, il pouvait aussi se vanter d’avoir fait souffler un vent de fantaisie et de rock n’roll dans une catégorie-reine qui avait tendance à se prendre trop au sérieux.
DNF David, Louis, Sally
Dans un autre genre, dix ans avant Jordan, un autre personnage avait fait un passage remarqué en F1. David Thieme (82 ans) avait noué une amitié et un partenariat avec Colin Chapman pour qui sa société Essex Petroleum, spécialisée dans le négoce de pétrole, succéda à Martini en tant que sponsor principal de Lotus. Personnage assez extravagant et énigmatique avec son chapeau, son bouc et ses lunettes noires carrées, il menait grand train dans les paddocks. Il fut l’un des premiers à comprendre que la F1 était ou devait être aussi un spectacle glamour et flamboyant. Sa chute fut aussi rapide que son apparition en F1. Accusé de fraude par la police suisse, confronté à des prix du pétrole en chute libre, sa situation financière devint intenable. Essex s’effondra et Thieme disparut de la circulation. Il est mort discrètement en France en août dernier.

Nous citerons aussi pour mémoire Louis Schweitzer (83 ans). Il n’avait pas de lien direct avec le sport automobile si ce n’est qu’il présida aux destinées de Renault de 1992 à 2005, avant l’ère Carlos Ghosn. Haut fonctionnaire familier des arcanes du pouvoir, il transforma la Régie Renault en une multinationale moderne. Côté sport auto, il y eut du bon (le retour de Renault en F1 après le rachat de Benetton) et du moins bon (l’abandon, heureusement temporaire, d’Alpine). Mais rien n’indique que l’homme ait été animé d’une réelle passion ni même d’un intérêt prononcé pour la course automobile.
Décédée à 80 ans, Lady Sarah « Sally » Aspinall doit sa présence dans cette note à son statut d’épouse, puis de veuve, de Piers Courage, avec qui elle forma, hélas peu de temps, un couple emblématique de la Formule 1, comme nous l’avions rappelé sur CC il y a cinq ans : https://www.classiccourses.fr/magazine/21-juin-1970-piers-courage/
DNF Pat et Stuart
Restons au pays de Sally. Le Royaume-Uni étant le pays de la course automobile par excellence, il n’est pas surprenant que cette année encore les disparus originaires d’Albion soient nombreux. Aucune « star » parmi eux cette année. Plutôt une longue liste de pilotes, mécanos et patrons d’écurie qui illustrent toute la richesse et la diversité du « motor racing world » de l’autre côté de la Manche. Commençons par la doyenne :
Fille du fondateur de Jaguar William Lyons, Patricia « Pat » Appleyard (98 ans) forma un célèbre duo en rallye avec son mari Ian Appleyard. Ayant remporté trois Coupes des Alpes consécutives (1950 à 52) avec leur Jaguar XK120, le couple décrocha ainsi la première Coupe d’Or de l’épreuve, parmi d’autres victoires notables au RAC et au rallye des Tulipes notamment.
Relativement peu connu du grand public, Stuart Turner (92 ans) était pourtant une véritable légende du sport auto britannique. Alors qu’il se destinait à une tranquille carrière de comptable, Turner fut mordu par le virus. Il devint d’abord copilote de rallye, avec comme succès notable une victoire absolue au Rallye RAC de 1960 au côté d’Erik Carlsson.

Alors qu’il exerçait aussi ses talents comme journaliste et essayeur pour le magazine Motoring News, Turner fut recruté, à 30 ans, comme directeur de la compétition chez BMC (British Motor Corporation). La suite est plus que célèbre. La Mini Cooper devint une bête de rallye avec ses pilotes (Aaltonen, Mäkinen) venus d’un pays lointain alors davantage associé au Père Noël qu’à la course auto. Quelques années plus tard, Turner passa chez Ford. Il y restera vingt ans, faisant de l’Escort une référence des rallyes, en particulier les plus durs (triomphe au Londres-Mexico 70, huit victoires consécutives au RAC, deux au Safari, …).
DNF John Lepp et d’autres
Étroitement associé à la marque Chevron dans les années 60 et 70, John Lepp (87 ans) était bijoutier de profession. Il fit les beaux jours des meetings anglais et du championnat d’Europe des protos 2 litres (plusieurs places d’honneur et une victoire au Ricard en 73). Avant de finir sa carrière au volant de protos March, il conclut son association avec la marque de Derek Bennett sur une belle 4e place absolue assortie d’une victoire en 2 litres aux 9h de Kyalami 1974.
Roger Hill (84 ans) était l’un de ces nombreux Néo-Zélandais partis tenter leur chance dans le sport automobile en Angleterre dans les années 60. Recruté par Ken Tyrrell en tant que mécano, il devint chef mécanicien et resta 30 ans dans l’écurie d’Ockham. Il participa ainsi aux heures glorieuses avec Stewart, Cevert ou Scheckter comme au lent déclin émaillé de quelques exploits signés Alboreto ou Alesi.

Pilote amateur britannique, Colin Crabbe (82 ans) se distingua comme l’un des premiers cadors des courses historiques dans les sixties. Mais il ne dédaignait pas la course moderne à laquelle il participa comme pilote (Ford GT40) et propriétaire d’écurie. Sous la bannière de son négoce Antique Automobiles, il tenta sa chance en F1. En 68 avec Vic Elford (Cooper-BRM puis McLaren-BRM), puis en 70 avec une March jaune confiée au débutant Ronnie Peterson. Un grave accident à Oulton Park en 1988 mit fin à sa carrière de pilote. Mais il continua à dénicher, restaurer et engager certaines des plus belles voitures de l’histoire de la course.
Bill Dryden (82 ans) récolta de nombreuses victoires outre-Manche, en Tourisme et GT, au volant de Lotus et Vauxhall principalement.
Ian Tarik Khan (65 ans) s’aligna deux fois aux 24 Heures du Mans (2002 et 2003) sur Porsche 911 GT3.
DNF Richard, Peter, Robin, …
Peter Wright (79 ans) participa grandement à l’évolution technique de la Formule 1 en tant qu’ingénieur. Après avoir débuté chez BRM, il développa chez Lotus avec Colin Chapman le concept d’effet de sol qui révolutionna la catégorie-reine à la fin des seventies. Plus tard, il présida la commission technique de la FIA. Il contribua ainsi à l’amélioration de la sécurité des pilotes de F1 par l’adoption de normes drastiques en la matière.

Richard Sheperd-Barron (88 ans) fut un temps membre des Border Reivers aux côtés d’un certain Jim Clark. Son principal fait de gloire sur le continent fut une 13e place (victoire en GT 2 litres) aux 24 Heures du Mans 1962, au volant d’une étonnante Morgan Plus Four partagée avec Chris Lawrence.
Ingénieur devenu un peu par hasard un spécialiste Aston-Martin, Robin Hamilton (77 ans) en devient concessionnaire au milieu des années 70, alors que la vénérable firme n’est pas au mieux. Par deux fois (1977 et 79), il relève le défi de participer aux 24 Heures du Mans avec une lourde et guère jolie DBS V8 coursifiée, atteignant l’arrivée (17e) contre toute attente la première année. Il fut ensuite le promoteur des Nimrod-Aston Martin en Groupe C (1982-83). Une aventure sérieuse et courageuse mais sous-financée, qui ne pouvait pas espérer grand-chose face aux Porsche.
Entrepreneur dans les télécoms et les médias, Leo Hindery Jr (77 ans) aligna quatre participations aux 24 Heures du Mans avec des Porsche 911 GT de 2002 à 2005, avec une victoire en catégorie LMGT2 la dernière année.
Garagiste, bon rallyman amateur, Tony Fowkes finit troisième du RAC en 1975 (Ford Escort), puis deuxième du marathon Londres-Sydney 1977 au volant d’une Mercedes d’usine. Il prit part ensuite à plusieurs raids Paris-Dakar, à moto ou en auto.
DNF de Suisse, Belgique, Autriche
A l’opposé des Britanniques, Georges Gachnang (95 ans) avait eu le « malheur » (relatif) de naître en Suisse, où les courses sont interdites. Cela ne l’empêcha pas de créer avec son frère Claude la marque CEGGA (Claude et Georges Gachnang Aigle) qui écuma les courses de côte dans les années soixante avec des barquettes et monoplaces équipées de moteur Maserati ou Ferrari. Il était le grand-père de Sébastien Buemi, quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans avec Toyota.

Le Belge Julien Vernaeve (94 ans) était concessionnaire Jaguar dans le civil. Mais son nom reste attaché à la Mini Cooper dont il fut un spécialiste dans les années 60 et 70. Il fut aussi avec Yves Deprez le premier pilote à faire rouler au Mans une voiture équipée d’un moteur japonais. En l’occurrence le rotatif Mazda monté dans une Chevron B16 en 1970.
Gérald Simonis fut un habitué des 24 Heures de Spa dans les années 70, notamment au volant d’Alfa Romeo.
Le père de Gérald Langlois van Ophem (85 ans) fut l’un des fondateurs du circuit de Spa. Son palmarès de gentleman-driver valait ceux de bien des professionnels. Pilier de l’Ecurie Francorchamps dans les années 60, il signa des podiums aux 24 Heures du Mans (2e en 63 sur Ferrari GTO) et au Tour Auto (3e en 62 sur GTO). Et aussi, avec Pascal Ickx, la première victoire de BMW aux 24 Heures de Spa en 1965, qu’il considérait comme le meilleur souvenir de sa carrière.
L’Autrichien Sepp Manhalter (88 ans), pilotait le plus souvent des BMW. En courses de côte, dans le championnat d’Europe Tourisme et dans la série Procar en 1979-80.
DNF italiens et danois
Designer automobile, Ercole Spada (88 ans) entre à 23 ans chez Zagato. Adepte de la coda tronca (queue tronquée) inspirée de l’aérodynamicien allemand Wunibald Kamm, il crée les chefs-d’œuvre que sont l’Aston Martin DB4 GTZ et les Alfa Giulia TZ et TZ2. Puis, passé chez Ghia puis BMW et Fiat, on lui devra notamment la Ford GT70, les BMW série 7 E32 et série 5 E34, la Fiat Tipo.

Luigi Colzani (86 ans) était un pilier de l’équipe de pilotes d’Autodelta au temps des Alfa GTAm et GTAJ.
Ingénieur motoriste chez Lancia de 1975 à 1990, Claudio Lombardi (83 ans) fut l’un des principaux artisans des nombreuses victoires en rallye et en endurance des Stratos, Beta Montecarlo, 037 et Delta. Il rejoignit ensuite Fiorio chez Ferrari en 89. Après le limogeage de celui-ci, il dirigea brièvement la Scuderia en F1, avant l’ère Jean Todt. On le vit ensuite concevoir des moteurs de moto chez Aprilia.
Claudio Bortoletto (71 ans) était le patron du Jolly Club, l’écurie satellite de Fiat et Lancia en rallye, championne du monde en 1992 avec Juha Kankkunen.
Vu au Monte-Carlo dans les années 70 puis surtout en endurance lors de la décennie suivante, Jens Winther (86 ans) fut le premier pilote danois au départ dans la Sarthe. Il participa quatre fois à la classique mancelle, en Groupe B (BMW M1) et en C2 avec une URD-BMW en 85-86 (11e place et 2e en C2 cette dernière année).

DNF Gene Hackman
Décédé à 95 ans dans de tristes circonstances, quelques jours après son épouse, Gene Hackman était avant tout connu pour sa riche carrière d’acteur émaillée de quelques grands succès (French Connection I et II, Conversation secrète, Superman, Impitoyable pour n’en citer que quelques-uns). Mais, à l’image de certains de ses collègues du grand écran, il fut aussi pilote dans les années 70 et 80. Après avoir pris des cours à l’école de pilotage de Bob Bondurant en Californie, on le vit participer une fois aux deux grandes épreuves d’endurance d’outre-Atlantique : les 24 Heures de Daytona en 83 et les 12 Heures de Sebring l’année suivante.
Autres DNF des USA
Rex White (95 ans) fut champion NASCAR Grand National en 1960 avec son inévitable n°4. Il fut retenu en 1998 dans la liste des 50 plus grands pilotes NASCAR à l’occasion du demi-siècle de cette série.

Karl Kainhofer (94 ans) fut le premier employé de Roger Penske lorsque celui-ci créa son écurie en 1966. Mécano allemand formé à Stuttgart chez Porsche, il fut durant plus de 30 ans le maître d’œuvre des très hauts standards de qualité que le team Penske fixa dans la course automobile américaine.
Acolyte dégarni de Dick Barbour dont il préparait les Porsche, Bob Garretson (92 ans) fut le premier champion du monde d’endurance en 1981. Cette année-là il gagna les 24 Heures de Daytona avec Brian Redman et Bobby Rahal. Trois ans plus tôt, il avait aussi remporté les 12 Heures de Sebring sur une 935, déjà avec Redman.
Lee Kunzman (80 ans). Pilote américain de monoplaces. Quatre participations à Indy (7e en 73 et 77) et deux très sérieux accidents. Le premier en 1970 lui avait valu de graves brûlures au visage. Il aura plus de réussite en tant que directeur de l’écurie Hemelgarn Racing, décrochant la victoire à Indy en 1996, puis le titre en 2000, dans les deux cas avec Buddy Lazier.
Greg Biffle, vice-champion NASCAR en 2005. Il est décédé en décembre avec sa famille dans un accident d’avion, quelques jours avant ses 56 ans.

DNF d’Australie, Canada, Japon
Allan Moffat (86 ans) était une légende du sport automobile des antipodes. Né canadien puis émigré à Melbourne à 17 ans, il fut multiple champion d’Australie. Le plus souvent avec des Ford ou des Mazda. A son palmarès quatre victoires à la classique de Bathurst, et une aussi à Sebring en 75 sur BMW.
John Graham (presque 70 ans), pilote canadien. Sept participations au Mans de 1984 à 2002 et quelques places d’honneur en IMSA GTP. Notamment à Sebring (6e en 1984 avec Bob Wollek et Al Holbert – Porsche 935 K4) et à Daytona (5e en 1998 sur Porsche 911 GT2).

Shigeaki Hattori (61 ans) a participé deux fois aux 500 Miles d’Indy (2002 et 2003). Il fonda ensuite en 2008 Hattori Racing Enterprises, une écurie de NASCAR. Il a été victime d’un accident de la route aux Etats-Unis.
DNF français en circuits
Entré chez Panhard à 20 ans, Etienne de Valance (95 ans) en devint le jeune directeur de la compétition dès 1955. C’est donc lui qui fut le responsable en chef des multiples victoires à l’indice et au rendement décrochées aux 24 Heures du Mans par les barquettes motorisées par le bicylindre de la marque. Quittant Panhard lorsque la marque fut rachetée par Citroën, il exerça ensuite ses talents avec Charles Deutsch (CD). Puis au sein de l’ACO en tant que commissaire sportif puis directeur de course en VHC.
Spécialiste des courses de côte, Yves Martin (84 ans) fut notamment vice-champion d’Europe de la spécialité en 1973 avec une Tecno F2.
« Gedehem » (79 ans), alias formé à partir des initiales de Gérard Dantan-Merlin. Porschiste polyvalent que l’on vit au Mans (2e en GT en 1971) autant qu’au Monte-Carlo, au Tour de Corse (8e en 73) comme à la Targa Florio.

Patrick Dal Bo (79 ans) était le fils de Marius, le constructeur des monoplaces Pygmée à Annecy. Cela lui permit de monter jusqu’en F2 après un fort honnête passage en F3 (victoire à Montlhéry en 68 devant Cevert, Jabouille et Peterson, excusez du peu). Souvent rapides, mais peu fiables, les Pygmée ne lui permirent pas de faire aussi bien en F2. Son meilleur résultat fut une 4e place à Thruxton en 1972 peu avant que son père jette l’éponge à l’aube de la crise pétrolière de 73.
Jean-Claude Police (71 ans), une participation aux 24 Heures du Mans en 1994 (Alpine A610 Turbo).
Gérard Dillmann (71 ans), grande figure du sport auto alsacien, avec une participation au Mans (1993 – Porsche Carrera 2). On l’a vu dans presque toutes les catégories (côte, circuit, supertourisme, Peugeot Spider Cup, trophée Andros, …). Il était le père de Tom Dillmann, actuel pilote en endurance.
DNF français en rallyes
Marlène Cotton (90 ans). A une époque où la course auto était, encore plus qu’aujourd’hui, le domaine réservé des hommes, elle fut la première femme à diriger un service compétition. En l’occurrence celui de Citroën où elle succéda à son mari René Cotton en 1971. En place jusqu’en 1978, elle réussit à maintenir la présence du double chevron en rallyes pendant quelques années, avec la DS, la SM et la CX.
Christian Dorche (78 ans). Pilote de rallye emblématique des années 70 et 80, c’était un habitué du Monte-Carlo (10e en 1975). Celui que l’on surnommait « Dorchekinen » a conduit des BMW, Opel, Peugeot avant de devenir officiel Citroën au temps des Visa Trophée, Chrono et Mille Pistes. Avec à la clé un titre de champion de France des rallyes sur terre en 1986 et quelques incursions en championnat mondial (8e au Portugal en 82).
Surnommé « L’Indien », Francis Vincent (76 ans) fut un autre bon rallyman français à la même époque que Dorche. Plusieurs victoires en championnat de France, souvent sur Porsche, un passage chez Fiat-France en 77 aux côtés d’Andruet, puis chez Pozzi sur Ferrari en 83. Un podium en rallye mondial (3e du San Remo 78 sur Porsche) et plusieurs places d’honneur au Tour de Corse.
Alain Sturm (69 ans) fut une pointure du rallycross au début des années 90. Il comptait une participation au Mans en 1993 sur Porsche 962C (14e).
Pour finir, mentionnons la disparition de Nicolas Thérier, fils de Jean-Luc, à seulement 52 ans, quelques jours après Noël.

L’auteur remercie l’ami Pierre Ménard pour sa contribution à l’illustration de cette note.



