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Encore trop jeune pour avoir vécu l’épopée Alpine de 1973, j’ai découvert les rallyes un peu plus tard avec Sandro Munari, qui vient de disparaître à 85 ans.
Olivier Favre
Pour le garçon de 10 ans que j’étais en 1976, le rallye c’était le Monte-Carlo. Et le Monte-Carlo c’était une Stratos à parements verts et rouges pilotée par un Italien nommé Sandro Munari. Fasciné par la Stratos, je m’étais pris d’admiration et d’affection pour ce pilote dont le nom sonnait si bien dans la langue de Nuvolari. Alors qu’en fait, par bien d’autres aspects, il tranchait avec ses compatriotes : brun certes, mais assez grand, il était réservé et peu bavard, voire froid. De quoi inspirer le respect et marquer une certaine distance. D’ailleurs, son surnom « Il Drago di Cavarzere » (petite commune de la plaine du Pô, proche de Venise), était très évocateur. Contrairement à d’autres pilotes latins de son époque tels Thérier ou Ragnotti, on n’aurait pas forcément eu l’idée d’aller taper dans le dos du dragon.

Victoire au Monte-Carlo 1975 – © AFP
Le roi Munari
De même que Walter Röhrl serait la référence des rallyes du début des années 80, Sandro Munari en fut le roi au milieu des années 70. Hélas pour lui, aucun titre mondial des pilotes n’existait alors. Et s’il fut le premier vainqueur d’une coupe FIA des pilotes en 1977, on a déjà eu l’occasion il y a quelques années (https://www.classiccourses.fr/bjorn-waldegard/) de dire tout le mal que l’on pense de ce trophée aux règles d’attribution absurdement alambiquées et qui aurait dû, en toute justice, échoir cette année-là non à Munari mais à Björn Waldegard.

Première victoire de la Stratos au Monte-Carlo en 1975 – © DR
Il est clair que Munari aurait décroché au moins deux titres mondiaux si les bonzes de la CSI avaient eu la bonne idée de récompenser les pilotes comme les marques dès 1973. Entre fin 1974 et début 1977 il remporta davantage de victoires en championnat du monde (sept au total) qu’aucun autre rallyman et se montra à l’aise sur quasiment tous les terrains. Certes, il ne s’aventura pas dans les rallyes nordiques, Suède et 1000 Lacs. Mais on ne saurait limiter ses talents au Monte-Carlo. Avec un brin de réussite supplémentaire, il aurait imposé la Stratos au Safari. Et il montra aussi qu’il n’avait rien à envier à ses adversaires sur les parcours secrets du RAC, qu’il termina au pied du podium en 1976.
Cette année 1976 fut d’ailleurs « son » année. Aiguillonné par la présence de Waldegard chez Lancia, il montra sans équivoque qui était le « patron » et accumula victoires (Monte-Carlo, Portugal, Tour de Corse) et podiums (2e au San Remo, 3e au Maroc). Au terme de cette fructueuse saison, un officieux championnat du monde pilotes lui aurait donné plus de deux fois le nombre de points de son plus proche poursuivant. Qui n’était autre que son coéquipier Waldegard.
Sandro Munari et Fiat

Victoire à la Targa Florio 1972 avec Arturo Merzario et la 312 PB – © DR
Sandro Munari, c’est aussi l’histoire d’une longue fidélité. Alors que son successeur sur le trône, Walter Röhrl, remporta quatre fois le Monte-Carlo avec autant de constructeurs différents, Munari resta fidèle au groupe Fiat, de la Fulvia à la Stratos en passant par la 131 Abarth. Et quand Cesare Fiorio lui octroya l’un ou l’autre bon de sortie, ce fut pour le prêter à Ferrari. Ce qui permit en 1972 à Munari de rééditer l’exploit de Vic Elford : remporter la même année le Monte-Carlo et la Targa Florio.

2e place à la Targa pour la jeune Stratos avec Andruet en 1973 – © DR
Enfin, si Munari doit beaucoup à la Stratos, l’inverse est tout aussi vrai. C’est bien Sandro qui au cours de patients essais entre 72 et 74 fit d’une bête sauvage et fragile une machine à gagner qui allait révolutionner les rallyes. Rarement dans l’histoire de la course une voiture et un pilote furent aussi étroitement associés dans une même gloire.
C’est donc bien un géant de la course que je tiens à saluer ici en me rappelant le petit garçon qui rêvait de la nuit du Turini trouée par la rampe de phares additionnels d’une Stratos aux couleurs Alitalia qui gagnait toujours à la fin.

Dernière victoire au Monte-Carlo en 1977 – © Pirelli




