Mornay Festival 2020 : Contre vents et virus

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Le Mornay Festival 2020 s’est bel et bien tenu sur le beau circuit de la Creuse. Il a fallu beaucoup de ténacité et de positivisme à Pierre Petit et son équipe pour réussir ce tour de force en ces temps tellement troublés et incertains. Et pour parachever le chef d’œuvre, une météo exécrable s’en est mêlée. Mais le soleil brillait dans les cœurs, et c’est ce qui a permis à l’événement d’exister en cette année « difficile ».

Pierre Ménard (texte & photos)

Mornay
Le Covid et la pluie n’ont pas eu raison de l’édition 2020 du Mornay Festival.

Visibilité quasi nulle

Pour être tout à fait honnête, il a fait très beau le samedi, contre toute attente. Malheureusement, votre serviteur avait prévu de longue date de venir le dimanche, ayant d’autres obligations le samedi. C’est comme ça… A la vue des quelques clichés illustrant cette note, le lecteur ressentira vraisemblablement l’humidité et la froideur de l’atmosphère qui enserrait le petit circuit creusois en ce dimanche 27 septembre 2020. Qu’importe : la deuxième édition du Mornay Festival venait d’avoir lieu !

Mornay
Les roulages font partie de la convivialité de l’événement.

Quinze jours auparavant, je n’avais toujours pas mon accréditation presse, pourtant demandée en juillet. Pas de problème d’organisation à mettre en avant, mais une totale absence de visibilité pour tous les inconscients ayant la prétention de vouloir à tout prix organiser un événement public en cette année mémorable. Au téléphone, un membre de la dite organisation m’informait que la tenue du festival était toujours suspendue à la décision préfectorale qui devrait être prise dans les jours à venir. « On travaille comme si de rien était, même si on sait que tout peut s’arrêter là », conclut, fataliste, mon interlocuteur. Trois jours plus tard, je reçus la confirmation que le festival aurait bien lieu.

Mornay
Les « Bug » se sont alignées pour un somptueux plateau.

British atmosphère en Creuse

Peu connu du grand public, le circuit de Mornay vaut pourtant le détour. Créé il y a une vingtaine d’années par Pierre Petit (1), c’est un site comme on les aime à Classic Courses : tracé dans le parc du château de Mornay, harmonieusement vallonné, entouré de grands arbres et de gazon bien tondu comme il faut, c’est un peu un tracé à l’anglaise. Et justement, le dimanche, la météo s’est mise à l’heure britannique avec un ciel digne des plus beaux jours d’Oulton Park ou Brands Hatch en mars ! Le Mas du Clos faisant malheureusement partie des beaux tracés désormais inaccessibles, Mornay reprend désormais le flambeau des sports mécaniques dans la verdoyante Creuse.

Mornay
La balade d’une centaine de kilomètres autour du circuit permet de découvrir une région riche, malheureusement un peu humide en ce dimanche matin.

A la différence de ses grands aînés proches comme Charade ou Magny-Cours, Mornay est une piste privée qui n’a pas ambition de s’ouvrir au grand public. Point de dédain ou de snobisme dans cette intention, juste du réalisme comme nous l’explique Pierre Petit : « Le but était de faire une école de pilotage et d’étendre à d’autres formations comme la prévention routière ou les mises en marché pour les véhicules constructeurs. C’est avant tout un circuit de formation. On n’a pas de tribune ou de grand espace public ».

Mornay
Oui, nous aussi on aime !

Après plus de vingt ans d’activités formatrices, l’idée vint de populariser un peu plus le site avec la création de ce Mornay Festival : « C’est arrivé un peu tardivement, je l’avoue. L’idée n’était pas de refaire Magny Cours qui a d’autres moyens que nous. C’était d’utiliser ce bel endroit pour rendre les passionnés heureux. Le but, c’est « Mornay fait son show », en compagnie des gens avec qui on travaille depuis longtemps, comme Renault qui a amené des voitures. Je voulais rassembler cette année un plateau de Formule 1, parce que c’est mon cœur de métier, mais le Covid est passé par là. On a quand même réussi à organiser l’événement contre vents et marées, et je remercie chaleureusement tous mes proches et partenaires qui ont cru en ce projet » !

Mornay  2020
Une Renault turbo RS10 et une Peugeot 205 T16 réunies sur la même piste pour le plus grand bonheur du public transi.

Autos, motos et avions en 2021 ?

Le Festival se déroule sur invitations, ne pouvant recevoir sur les bords de son tracé qu’un nombre restreints de spectateurs, même hors « période Covid ». Les participants étaient malgré tout venus en nombre, voitures historiques pour les plateaux et anciennes perso pour les séances de roulage. « Renault Classic est venu, ainsi qu’un plateau de Bugatti. Ce sont des marques françaises. Trop souvent, les manifestations tournent autour de Porsche et Ferrari, ce qui n’empêche pas leur présence puisqu’on a eu cette année le concours de la concession Porsche de Limoges. Mais pour toucher tout le monde, on organise la balade du dimanche matin qui passe par les villages et les bourgs alentour. Mornay ne peut pas avoir un caractère « grand public », même si on laisse entrer gratuitement les Bonnachons [habitants de Bonnat, NDLA] qui se présentent à la grille ».

Mornay 2020
Malgré les conditions piégeuses à souhait, Pierre Petit a fait rouler l’ex-monoplace de René Arnoux.

Sachant ce format guère appelé à changer, quelles peuvent être les motivations futures de l’organisateur du Mornay Festival ? « Étoffer encore un peu plus le panel de voitures. J’aimerais plus de monoplaces, de Bugatti, de motos Grand prix, et aussi des avions, avec l’aérodrome de Guéret juste à côté. Comme on fonctionne bien avec les Remparts d’Angoulême, j’aimerais aussi avoir plus d’Anglais, qui vont là-bas et sont des collectionneurs passionnés. Mornay, c’est avant tout de la convivialité. Il y a encore plein de voitures qui dorment dans des musées ou chez des collectionneurs. C’est ça qu’il faut réveiller dans ce climat autophobe qui nous entoure ».

Mornay 2020
Ex-champion de la montagne, Jean-Christian Duby a démontré que la T16 était à l’aise sous la pluie.
Mornay 2020
Le circuit de Mornay est vallonné à souhait et appelle au plaisir du pilotage.

La passion anime toujours Pierre Petit, on le voit. Et il ne faut pas beaucoup le pousser pour qu’il renfile le casque et les gants afin de s’offrir, et nous offrir, quelques tours de bonheur sur son splendide circuit au volant de la Renault turbo de 1979 qui a modifié en profondeur le paysage de la F1. Afin de rendre la fête encore plus belle, une Peugeot 205 Turbo 16, menée avec vigueur par l’ancien champion de France de la montagne Jean-Christian Duby, a tourné en sa compagnie. Le froid et la pluie étaient – temporairement – oubliés !

Note

(1) Champion de France de Formule 3 en 1982, pilote de Formule 2 en 1983 chez Maurer et en 1984 chez March, puis en Endurance avec notamment 5 participations aux 24 Heures du Mans entre 1985 et 1996 (Porsche et WR), Pierre Petit fut également directeur de l’école de pilotage du Mas du Clos, avant de fonder en 1997 son propre circuit sur les terres du château de Mornay, à Bonnat.

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Pierre Ménard

Illustrateur de formation et passionné de Formule 1, il collabore à la revue Auto-Passion de 1993 à 2001, ainsi qu’à l’annuel L’Année Formule 1 de 1996 à 2013. En 1997, il participera par le graphisme au début de l’aventure Prost Grand Prix. En 1999, Pierre Ménard produit la Grande Encyclopédie de la Formule 1, aux Editions Chronosports, ouvrage réédité à quatre reprises. Il est également le co-auteur, avec Jacques Vassal, de biographies sur Juan Manuel Fangio, Stirling Moss, Alberto Ascari, Niki Lauda, Ayrton Senna et Alain Prost dans la collection Les légendes de la Formule 1, toujours aux Editions Chronosports. Il a également collaboré à l’élaboration du livre de Jean-Claude Baudier La magie du diorama, aux Editions du Palmier. En tant que journaliste historique, il écrit dans le magazine Automobile Historique de 2001 à 2005, et depuis 2012 dans Grand Prix. Il a rejoint feu Mémoire des Stands en 2008 et fut associé à l’aventure Classic COURSES dès septembre 2012.

Pierre Ménard
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Olivier Rogar

Un festival qui demande manifestement à être connu. Etonné par le niveau des voitures présentées et la qualité des installations. Dommage que ce temps maussade ait privé la fête de davantage de lumière.

Olivier Favre

Je n’avais jamais entendu parler de ce circuit jusqu’à il y a peu. Malgré le manque de lumière, les photos laissent deviner un beau cadre pour les spectateurs comme pour les pilotes.