Johnny Rives F1, Mexique 2017

MAX A DÉJOUÉ LES FAVORIS

Deux virages. Il n’a fallu que deux virages à Max Verstappen pour déjouer les favoris de ce GP du Mexique, Sebastian Vettel et Lewis Hamilton. Placé exactement entre la Ferrari n°5 et la Mercedes n°44 à l’abord du virage n°1, il n’hésita pas à s’y engager de front avec Vettel. Lui sur la gauche, en trajectoire extérieure. Malgré cette position défavorable, il insista, forçant Vettel, pour ne pas le percuter, à serrer l’intérieur. Donc à virer moins vite qu’il le prévoyait. Tous deux émergèrent cote à cote de l’obstacle, mais la Red Bull avec plus d’élan. Max sut en tirer avantage dans le virage n°2 où il était à l’intérieur. Derrière eux, Lewis entrevit la possibilité de prendre avantage sur son rival direct en difficulté. Ce qu’il matérialisa dans le virage n°3. Vettel s’y trouva engoncé comme dans les deux précédents. Voulant réagir, il accéléra avant qu’Hamilton, sur l’extérieur, ne puisse le faire, abimant hélas son aileron avant et crevant un pneu de la Mercedes. Devant eux, Verstappen n’avait plus qu’à entamer sa promenade de santé à l’écoute de ses ingénieurs auscultant sur leurs écrans la bonne tenue (aléatoire) de son moteur Renault. 19e et 20e, Vettel et Hamilton affrontaient des soucis plus tangibles.

Johnny RIVES.

COURSES-POURSUITES

GP du Mexique 2017 Départ
GP du Mexique 2017 Départ @ DR

Le soit disant suspense concernant les chances de Vettel au championnat n’étant enfin plus envisageable (qui pouvait raisonnablement y croire au départ du GP du Mexique ?), spectateurs et commentateurs purent enfin se concentrer sur la course elle-même. Avec les deux favoris loin en arrière, l’intérêt de la course ne reposait plus que sur leurs éventuelles remontées.

GP Mexique 2017 Podium
GP Mexique 2017 Podium @ DR

Car concernant Verstappen, à la tenue de son moteur près, aucun doute ne subsistait : quelles que fussent les qualités de sa Mercedes, Bottas ne pouvait rien contre lui, c’était clair ! On se tourna donc vers les héros terrassés, Vettel et Hamilton, en se demandant comment ils allaient surmonter le handicap les ayant accablé d’entrée de jeu. Affaire d’autant plus épineuse que lors de leur arrêt pour réparation des dommages subis dans le virage n°3, leurs équipes les dotèrent l’un et l’autre les Pirelli les moins performants (les jaunes, abusivement dits « tendres » bien qu’ils fussent les plus durs disponibles).

GP Mexique 2017 Accrochage 1er tour
GP Mexique 2017 Accrochage 1er tour @ DR

Pas moins de 27 tours furent nécessaires à Hamilton pour se débarrasser de la lanterne rouge affublant sa Mercedes. Certes, il avait repris la course avec un énorme retard après son arrêt initial. Mais on constata clairement ses difficultés à soutenir un rythme digne de son standing – et de sa Mercedes – quand au 20e tour de course lui fut présenté le drapeau bleu afin qu’il cède le passage à Verstappen, qui lui prenait un tour d’avance ! Un Verstappen qu’il fut incapable de suivre, tout comme quelques tours plus tard il fut incapable de suivre Bottas qui lui avait infligé la même sanction. Enfin, il put tout de même laisser une F1 derrière lui, la Renault de Sainz (retardé lui aussi par un arrêt imprévu après un tête-à-queue, et qui roulait avec les mêmes Pirelli «jaunes »). De toute évidence, sa Mercedes ne jouissait pas de son punch habituel – comme il en avait exprimé la crainte par radio dès son tour de mise en place.

En revanche, les choses allaient bien mieux pour Vettel. A ce stade, Sebastian venait d’accéder à la 10e place entre les McLaren d’Alonso (9e) et Vandoorne (11e). Au même moment survenait l’abandon de la mieux placée des Renault (Hulkenberg, longtemps 4e entre Ocon et Raïkkonen). Puis celui de la Toro Rosso du débutant Hartley. L’incendie de son moteur Renault déclencha l’intervention d’une voiture de sécurité (SC) virtuelle. Ce dont chacun profita pour changer de pneus.

On n’était pas à la mi-course, mais Ferrari n’hésita pas à nantir Vettel  des Pirelli « violets » (les plus performants) quand, pour Hamilton, Mercedes opta prudemment pour des « rouges » moins performants.

Dès lors, Vettel put se déchainer, nous offrant quelques dépassements de haute volée (en particulier sur le coriace local Sergio Perez) jusqu’à se hisser à la 4e place devant le formidable Ocon. Mais avec 33 secondes de retard sur son équipier Raïkkonen et plus d’une minute sur le leader Verstappen. « Mamma mia ! » s’exclama-t-il à la radio.

Hamilton était en bien plus grandes difficultés. On le vit lutter avec peine contre la Sauber d’Ericson pour lui souffler la… 12e place ! Tout comme à la fin il s’époumona derrière Magnusen dont la Haas lui résista jusqu’au bout pour la 8e place ! Heureusement pour lui, Lewis eut largement de quoi se consoler avec son titre de champion du monde. Le quatrième, qui fait de lui, au plan des statistiques, l’égal d’Alain Prost et de Vettel.

GP Mexique 2017 Hamilton Mercedes Champion du Monde 2
GP Mexique 2017 Hamilton Mercedes Champion du Monde 2@ DR

OCON A TOUT D’UN GRAND

GP Mexique 2017 Ocon Force India
GP Mexique 2017 Ocon Force India @ DR

A cause de l’incident Hamilton-Vettel du virage n°3, ou grâce à lui si l’on préfère, la course s’esquissa d’étrange façon : Esteban Ocon se retrouvait en charge de mener la poursuite derrière les leaders Verstappen et Bottas, tandis que derrière lui – surprise, surprise !- pointaient les Renault d’Hulkenberg et Sainz. Puis Perez. Et enfin Raïkkonen après un départ hésitant. Hélas, tout cela était trop nouveau, trop beau. Une fois les Renault évanouies, les Force India d’Ocon et Perez surprirent par leur stratégie : elles furent les premières à troquer leurs pneus « violets » qui semblaient tenir bon sur les autres F1. Cela leur retomba bientôt sur le nez, quand leurs adversaires directs eurent tout loisir de changer de pneus sans perte de temps pendant la SC virtuelle consécutive à l’incendie du vaillant Hartley. Du coup, Ocon et Perez en firent autant pour revenir à des gommes plus performantes. Raïkkonen, Stroll et Magnussen en avaient profité pour leur passer sous le nez. Les deux « panthères roses » reprirent la chasse avec conviction. Mais Raïkkonen était hors de portée d’Ocon. A quoi s’ajouta le joli retour de Vettel qui condamna le Français à une 5e place fort belle certes, mais contrastant méchamment avec la 3e  qu’il avait occupée si longtemps. Et qui l’avait fait rêver d’un podium.

Qu’importe après tout. Si quelques observateurs avaient besoin qu’on leur ouvre les yeux concernant les qualités d’Ocon, c’était chose faite à l’issue de ce GP du Mexique. Rapide, constant, ne commettant que de façon rarissime des erreurs (Bakou), Ocon s’est élevé en une saison et demie au niveau des meilleurs pilotes de Grand Prix. Après des débuts en 2016 au volant d’une F1 ne lui autorisant aucun espoir (la Manor), il a réussi par se faire remarquer par sa constance (il avait terminé les neuf Grands Prix auxquels il avait participé) autant que par un brio pourtant muselé par sa poussive F1. Au point qu’il a été engagé en 2017 par Force India pour remplacer Hulkenberg, appelé chez Renault. Cela l’a amené à côtoyer Sergio Perez, formidable batailleur – donc âpre équipier !

Se situant d’abord derrière le Mexicain (mais pas loin !) qui ne lui faisait aucun cadeau, il s’est bientôt senti en mesure de ne pas lui en faire non plus. A Bakou un duel fratricide l’a vu manifester ses ambitions avec excès en bousculant Perez. Qui en a profité pour lui faire la leçon par media interposés. Ce fut insuffisant pour entamer sa volonté. A force d’approcher de son leader, Ocon a fini par faire mieux que lui à Silverstone. Puis à Monza. Et enfin coup sur coup au Japon, aux Etats-Unis et même au Mexique, sur le terrain même du redoutable Perez ! Aucun doute : Esteban Ocon a tout d’un grand !

RENAULT : LE CHAUD ET LE FROID

GP Mexique 2017 Renault
GP Mexique 2017 Renault @ DR

Avec le superbe succès de Verstappen à Mexico, Renault a signé sa deuxième victoire de la saison. Bottas n’a rien pu faire, malgré sa Mercedes, pour empêcher la domination de la Red Bull-Renault du jeune Batave. Mais paradoxalement cette course a débouché aussi sur de sévères déceptions avec les abandons spectaculaires de Ricciardo, Hulkenberg, Hartley et Sainz. Sur la grille de départ, un responsable de l’équipe française ne cachait pas sa satisfaction après les encourageantes performances enregistrées aux essais. Notamment par l’intéressant tandem constitué par Nico Hulkenberg et Carlos Sainz sur les deux monoplaces jaunes. La course lui a montré impitoyablement qu’il y a souvent loin de la coupe aux lèvres. Bien loin.

GP Mexique 2017 Circuit Hermanos Rodriguez
GP Mexique 2017 Circuit Hermanos Rodriguez @ DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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