Retromobile 2016 : Gregor Fisken (2)

« Characters » diraient les anglais . Qualificatif qui irait à nos personnages. Personnalités hors normes, indépendantes, au parcours atypique. Intrigantes. Nous les avons croisées dans les allées ou sur les stands. Nous avons voulu en savoir davantage. Elles affichent leurs voitures plus facilement que leur propre histoire. Mais les mots semés valent la rencontre. Après les voitures et les artistes, place aux « Characters ». 2e Partie.

Olivier Rogar

Gregor Fisken

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Il y a deux choses que tous les visiteurs de Rétromobile peuvent voir sur le stand Fiskens : des voitures exceptionnelles et des hôtesses en kilt. Noblesse oblige. Gregor Fisken a le talent de savoir faire des affaires de sa passion et de sa passion ses affaires. Il a le contact simple et professionnel, l’oeil aux aguets, ciblant les acheteurs du monde entier se présentant à son stand tout au long du Salon. Il s’éclipse alors discrètement et la conversation continue comme si de rien n’était avec l’un de ses collaborateur et associé. Il revient ensuite en s’excusant.

Depuis 25 ans il excelle aussi bien dans le développement de « Fiskens » que sur les pistes « historiques » du monde entier. Son travail de développement et sa réputation lui permettent une présence continue sur les plus beaux évênements historiques, aux commandes de ses autos ou de celles que des amis et clients lui confient.  Le salon Rétromobile est le seul rendez-vous de ce type auquel participe la Maison chaque année. Est alors présentée au monde la collection sur laquelle sera fondée la saison à venir. L’activité ne se limite pas à ces quelques voitures exceptionnelles. Une partie des ventes se fait à titre privé au long de l’année.

La réputation de Gregor Fisken l’a appelé à siéger au Conseil d’Administration du Goodwood Members Meeting qui a lieu  en mars. Réunion qui diffère de Goodwood Revival en ce sens qu’elle a pour objet de réunir les membres de Goodwood, leur famille, leurs invités et les enthousiastes  » du même état d’esprit » pour un week end de courses. L’année se pourrsuit avec le Concours d’élégance d’Amelia Island aux Usa puis avec Monaco Historique qui verra Grégor piloter une Shadow DN5 F1 ex-Jarier. Mais le summum des manifestations sera pour Fiskens le « Royal Concours » en septembre, dont Gregor fait partie du Comité de sélection,  au château de Windsor. A l’occasion de la célébration du 90e anniversaire de la Reine  ce sera probablement le plus beau concours jamais organisé en Grande Bretagne.

Compte tenu des prix stratosphériques auxquels se négocient les voitures présentées ici, il est délicat de s’aventurer sur le terrain des conseils d’achat sans paraître ridicule. Je me suis néanmoins enquis, pour nos lecteurs, des fondamentaux . Il faut savoir se sacrifier pour la bonne cause. Conseils frappés au sceau du bon sens :  cette année si les prix ont continué de monter il y a une tendance à la stabilisation.  Ce qui montrerait que le marché est mature et capable de se corriger seul. Qu’il n’est pas simplement une bulle spéculative. Il privilégie la rareté, la provenance et l’état d’origine. Les années de hausse continue, l’influx des nombreuses ventes aux enchères a contribué à mettre beaucoup de voitures sur le marché. Créant parfois de la confusion sur la réelle valeur de certaines d’entre elles. Il faut toutefois rappeler que les ventes aux enchères ne représentent finalement que 30 % du total des transactions et que les achats de modèles exceptionnels passent le plus souvent par des spécialistes, ceux étant à même de trouver les montages adaptés aux situations. En effet, il n’est pas toujours possible d’acheter une auto sans se dessaisir d’une autre par exemple.

Ferrari Dino 166/246 Tasman F2 – 1968

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Pilotée par Jacky Ickx, Ernesto Brambilla et Derek Bell. ( Et la première victoire pour ce dernier et pour Ferrari en F2).

Bizzarini Competition Lightweight Coupé – 1966  (Chassis no BA40106)

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20160205_112851Le concept Bizzarini poussé à l’optimum. Balance des masses parfaite. Châssis allégé. Carosserie en fibre de verre. Rhd. A couru Le Mans en 1966 et 1967, la Targa Florio 1966 et Monza 1000 kms 1966. Stockée 30 ans sans son moteur. Puis totalement reconstruite.

Ferrari 512 M – 1970 – ex Escuderia Montjuich ( Chassis no 1002)

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La Escuderia Montjuich a été fondée par quatre associés au milieu des années 60 : Enrique Coma-Cro, Felix Munoz, José Juncandella et Juan Fernandez. Conçue en neuf mois pour contrer Porsche et la 917, pas moins de 12 512 particpèrent aux 24h du Mans en 1970. Le modèle présenté a notamment participé deux fois aux 24h du Mans, aux 24h de Daytona, aux 1000 kms de Buenos Aires et de Paris ( Classée seconde pilotées par Juncadella et Jabouille derière la Matra de Jack Brabham et François Cevert)    ainsi qu’au Tour de France Auto 1971 ( seconde, pilotée par Juncadella avec Jean-Claude Guesnard) derrière la Matra de  Gérard Larrousse – Johnny Rives…

Alfa Romeo Tipo 33 / 2B Daytona coupe

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L’une des autos ayant fait un tiercé de classe à Daytona en 1968. Abarth Gallery Museum au Japon pendant 20 ans. Restaurée pour courir en historique.

Jaguar E- type Lightweight prototype – 1961
ex- Briggs Cunningham

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Porsche 356 Carrera GTL Abarth

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Porsche 962 C – 1990
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Illustrations © Olivier Rogar

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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15 pensées sur “Retromobile 2016 : Gregor Fisken (2)

  • Je ne suis pas spécialiste des Bizzarrini, mais la voiture présentée à Rétromobile ne peut avoir couru les 24 Heures en 1967. En effet, aucune Bizzarrini n’était au départ cette année-là. Il y en avait bien une engagée, mais elle n’a – semble-t-il – pas dépassé le cap des vérifications techniques.
    Concernant la 512 M Montjuich, signalons que Jean-Pierre Jabouille a aussi grandement contribué à la 2e place obtenue au Tour Auto 71.

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  • La 512 présentée est une version 71 , en 70 la 512 Montjuich était une S à la carrosserie plus ronde elle finit 5eme tandis que la M (dont le châssis est identique à la S de 70) a mené lors de la 12 eme heure en 71 avant d’abandonner.

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    • …lors des 24 H du Mans bien entendu.

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  • Bonjour!

    Pour la Ferrari de l’Escuderia Montjuich, la 512S de 1970 n’a pas terminé 5e aux 24 heures du Mans puisqu’elle a renoncé (c’est à Buenos Aires 1971 qu’elle finit ainsi (version S) comme à Brands-Hatch 1971 (version M). Pour celles et ceux qui apprécient cette écurie > http://www.escuderia-montjuich.com/

    Quel dommage que, de nos jours, la décoration de la voiture soit si incomplète alors que niveau budget c’est « epsilone »…

    Bien à vous ! Philippe Vogel

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    • Erreur de ma part en effet Philippe Vogel c’est la 512S Francorchamps qui finit 5 eme au Mans 70… La couleur jaune m a trompé.

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  • Entièrement d’accord avec Philippe : la déco de la 512 Montjuich est à la fois incomplète et inexacte (cf la taille et le graphisme des numéros). Accorder un peu plus d’attention à ces détails ne coûterait presque rien, mais changerait beaucoup la perception de la voiture par les « puristes ». Mais les puristes, quelle importance me direz-vous …

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  • Dans la mesure où ces voitures sont davantage appelées à courir qu à demeurer dans un musée je demeure totalement indifférent à la taille ou la fidélité de leurs autocollants. Je suis par contre attentif aux fondamentaux : moteurs et châssis. Mais qui peut être totalement sûr de l origine de ces éléments ? … A ce niveau, la réputation du marchand est primordiale. Sa responsabilité me semblant, de loin, plus engagée que celle de la salle de ventes aux enchères.

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  • Cet entretien avec Gregor Fiskens m’a beaucoup intéressé. Je ne connaissais pas le personnage, me contentant chaque année de me promener sur son stand et d’y admirer ses autos et ses hôtesses.
    Le fait que l’unique salon ou il expose ses autos soit Paris est une info très valorisante pour Rétromobile.
    A propos des prix qui se stabiliseraient, l’avenir le dira mais nous pouvions remarquer que les enchères cette année à Rétromobile l’ont quasiment toutes été au dessous de l’estimation basse.
    Faut il en conclure que le marché soit baissier ou que les commissaires priseurs soient irréalistes ?

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  • Mr ROGAR :
    cette Ferrari date de 70 ou 71 ; elle a donc plus de 45 ans et il me semble que dans ces années là les voitures de course étaient pour ENZO du consommable : n’en a t’il pas fait détruire quelques unes à la fin de la saison de courses ?
    Alors peu importe la réputation et le carnet d’adresse du marchand : si cette 512 peut rouler encore et démarrer son moteur en 2016 , elle ne doit pas avoir beaucoup de pièces d’origine ; lois de la mécanique et vieillissement du métal des années 60 oblige , non ?

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    • Tout à fait d accord. La matière à ses faiblesses. De même que l esprit de compétition à ses excès. Ceci étant l historique limpide de la voiture demeure être un gage de salubrité, sinon d absolue originalité.

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  • Je mets ce commentaire en corrélation avec celui de PESCAROLO sur le GOODWOOD revival ou il roulait sur une GT40 peu trafiquée selon ses dires et ou il se faisait déposer par toutes les autres GT40 .
    Perso , je n’ai rien contre ces bidouillages qui permettent aux plus jeunes et aux moins jeunes comme moi de voir rouler ces superbes protos des années 60/70 : MAIS que l’on ne fasse pas croire à qui que ce soit qu’elles sont dans leur jus : le moteur a été fait et refait (et est nettement plus puissant qu’à l’époque ) , le chassis et les trains roulants itou , tout a été fiabilisé et je ne parle pas des pneus qui n’ont rien des savonettes de l’époque .
    Tant mieux pour le plaisir des yeux et des oreilles mais soyons réalistes : plus rien n’est d’origine , meme pas l’autocollant TERGAL .

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  • Bonjour à tous.
    Remerciements aux animateurs généreux de ce site : leur humilité et leur abnégation sont un gage d’honnêteté précieux et apprécié dans ce bas monde.
    Hommages aux anciens (et) contributeurs de ce site pour leur mémoire merveilleuse et leur attachement à une époque malheureusement révolue.
    Petite note principalement relative à votre compte-rendu de Rétromobile et aux réactions suscitées :
    – faire un gros plan sur la Lancia D50 est bien vu : c’est la première Formule 1 moderne. Vittorio Jano la conçoit avec des réservoirs latéraux, recentrant les masses et équilibrant le comportement de la voiture. Dans le livre consacré à Ferrari par Alan Henry en 1984, que j’ai eu le plaisir de traduire, il semble que la voiture était  »inconduisible » dans cette configuration pour les pilotes, dont Fangio, habitués aux réservoirs arrières et à des autos au pilotage évoluant pendant la course. Ferrari aurait donc détérioré le concept de Jano pour complaire à son champion. Si nos mémoires vivantes peuvent confirmer la chose…
    – évoquer Daisy Lewis-Evans est brillantissime. Peut-être faut-il rappeler, sous le contrôle de nos mémoires vivantes toujours, que son fils Stuart était un ami intime de Bernard Ecclestone, dit Bernie, qui était alors son manager et engageait sa Vanwall. La mort de Stuart a profondément marqué Bernie au point de l’éloigner des pistes, jusqu’à sa rencontre avec Jochen Rindt. On sait ce qu’il advint ensuite.
    – le commentaire de  »Jego » faisant part de la réflexion d’Henri Pescarolo concernant la préparation actuelle des  »anciennes’ voitures de course, totalement reconstruites et bodybuildées comparées à leurs versions d’origine, s’inscrit dans l’histoire naturelle du sport… et s’applique y compris aux plus anciennes, présentés en début de compte-rendu de Rétromobile : qu’on imagine combien les monstres des années 10 étaient périlleux à piloter avec les pneus d’époque, fragiles comme de la soie… Concernant la FIAT de 1911, il est bon de rappeler qu’à l’époque le règlement international fluctuait souvent (!) et qu’il limitait alors l’alésage des moteurs : dans leur course à la puissance, les motoristes allongèrent la course aux limites du raisonnable si pas au-delà, d’où les capots si hauts de ces autos…
    – enfin, un petit regret : vos papiers de décembre concernant les pilotes des années 30 n’ont inspiré aucun commentaire à notre bon ami Jacques Vassal. J’en suis bien triste : c’est une mine d’or sur la période et sur certains d’entre ces braves…
    Bonne année à tous, il en est toujours temps !

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