Grand Prix de l’ACF 1947

1947, huit ans après le dernier Grand Prix de l’ACF remporté par Hermann Paul Müller sur Auto Union, le public français renouait avec une épreuve officielle organisée par l’Automobile Club de France.

Deux ans auparavant, en 1945, juste au sortir de la guerre, la journée automobile de l’AGACI tenue au Bois de Boulogne avait déplacé les grandes foules. Les Parisiens venus y retrouver bruits mécaniques comme odeurs de gommes et de ricin avaient pu fêter la victoire du grand Jean-Pierre Wimille.

Lors de cette manifestation, on avait ressorti des garages les « avant guerre ». La Bugatti de Maurice Trintignant, cachée jusqu’alors dans une grange avait des soucis d’alimentation. Il allait lui falloir gamberger un bon moment avant de diagnostiquer le problème : des « pétoules » (crottes de rat)  dans le réservoir… « Pétoulet » avait gagné son surnom !

François Coeuret

Pour le Grand Prix de l’ACF 1947 le Vauclusien est absent de même qu’Alfa-Roméo qui renonce à participer à la course. La firme Maserati  représente l’Italie sur le circuit de Lyon Parilly. Ce dernier développe 7,289 km, il sera parcouru 70 fois (un peu plus de 510 km).  La réglementation « voiturette » est en vigueur : 4.5 L atmosphérique ou 1.5 L suralimenté. Le populaire Jen-Pierre Wimille est absent suite au forfait de son équipe italienne.

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Côté français Raymond Sommer va étrenner la nouvelle CTA Arsenal (V8-1500 cc-compr.) conçue au Centre d’Etude technique de l’Automobile et du Cycle, un établissement d’Etat qui deviendra l’UTAC. Henri Louveau, Pierre Levegh et Raph pilotent des Maserati 4CL (L4-1500cc-compr.) tandis que Chaboud, Rosier et Giraud-Cabantous (associé à John Selsdon) sont engagés sur Talbot Lago T150C (L6 cyl-4000 cc). Charles Pozzi est inscrit sur une Delahaye 135 S (L6 cyl-3600 cc) de même que Meyrat associé à Varet. Le franco-monégasque Louis Chiron mène une Talbot Lago T 26 (L6 cyl-4500 cc).

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Le contingent italien compte Alberto Ascari et Luigi Villoresi sur Maserati  tandis que Franco Comotti pilote une Talbot T 150C. Les Britanniques Reg Parnell et Ernie Wilkinson se partagent une ERA E (L6cyl-1500cc-compr.), deux voitures de la marque sont pilotées par Ian Connell associé à Whitehead (ERA B) et Leslie Brooke (ERA E). Le Suisse Emmanuel De Graffenried est engagé sur une Maserati 4 CL. L’américain Luigi Chinetti ferme la liste des engagés sur une Talbot T26.

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Les essais consacrent Henri Louveau qui réalise le meilleur temps, la Maserati domine les deux Talbot de Louis Chiron et Eugène Chaboud. C’est la première ligne tandis qu’au second plan suivent les Maserati de Levegh et Raph puis Whitehead sur Era. Sommer, qui dégrossit la CTA Arsenal, n’est que treizième.

Au départ Levegh  se faufile et prend la tête devant Raph, Louveau, Chaboud, Chiron. Sur la grille de départ Sommer a cassé son essieu arrière. Avant la fin du premier tour on enregistre aussi les abandons de Brooke et Chinetti. Villoresi fait le forcing de même que le spectacle puisque sa remontée météorique le place en tête au troisième tour. Sa Maserati va cependant se mettre à fumer et l’Italien rentre au stand. De Graffenried très en forme également va passer Levegh et Raph. Les positions varient dans un peloton serré, au dixième tour c’est Chiron qui impose sa Talbot en tête devant Graffenried, Louveau, Raph et Levegh.  Le Suisse va renoncer sur sa Maserati qui surchauffe. Au 23è tour, Levegh casse son vilebrequin en pleine ligne droite à 200 km/h. Ne pouvant contrôler son auto, le Français sort de la piste et heurte des spectateurs. C’est le drame, on dénombre trois morts et plusieurs blessés. Levegh légèrement blessé est totalement abattu, psychologiquement anéanti.

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La course continue, Chiron augmente son avance, il possède 1’31’’ d’avance sur Louveau à mi-course. Raph va abandonner sur panne moteur, Comotti est retardé, Giraud-Cabantous se retire au 39è tour, Parnell casse la direction de son ERA et s’en tire avec une grosse chaleur !  Ascari abandonnera en fin de course alors que Louveau revient sur Chiron lors d’un dernier ravitaillement de ce dernier. Le pilote Maserati doit également s’arrêter peu après. Chiron n’est plus menacé, il remporte sur la Talbot Lago son quatrième Grand Prix de l’ACF (31-34-37-47). Eugène Chaboud finit troisième devant Louis Rosier et Charles Pozzi, suivent Comotti, Whitehead, Meyrat. Ainsi s’achève une course haletante malheureusement endeuillée par l’accident de Levegh.

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Illustrations : 
Illustration 1 : Départ Louveau- Chiron – Chaboud @ DR
Illustration 2 : Sommer – CTA Arsenal @ DR
Illustration 3 : Chaboud – Talbot – Lago T 150 C @ DR
Illustration 4 : Parnell – Wilkin – ERA @ DR
Illustration 5 : Ascari – Maserati @ DR
Illustration 6 : Chiron – Talbot Lago T 26 @ DR

 

7 pensées sur “Grand Prix de l’ACF 1947

  • Course peu connue. Ce récit est le bien venu pour illustrer une époque « désertique ». Les souvenirs les plus marquants que l’on a de la fin des années 40 concernent principalement Jean-Pierre Wimille, dont les victoires au sein de l’équipe Alfa Romeo officielle ont eu du retentissement. Il devait hélas périr à Buenos Aires en janvier 49 au volant d’une Simca-Gordini dont il était également pilote officiel.
    Écrit par : Johnny Rives | 07/12/2014

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  • J’ignore tout, ou presque, de cette période d’immédiate après guerre. François Coeuret, qui est devenu en quelque sorte l’historien de Classic Courses, vient combler nos lacunes. Quel étrange et dramatique destin que celui de Pierre Levegh ! J’apprends ainsi que, 8 ans avant la catastrophe du Mans, il avait déjà été impliqué dans un accident terrible entrainant la mort de 3 spectateurs. Il en avait été bouleversé, nous dit François Coeuret. Facile à dire quand on connait la suite, mais sans doute – et rétrospectivement – aurait-il dû faire comme Tony Maggs. Ce dernier avait été impliqué dans un accident qui avait couté la vie à un jeune spectateur. Il n’en était nullement responsable, mais il avait lui aussi été bouleversé par ce drame. Il avait sur le champ renoncé au sport automobile.
    Écrit par : René Fiévet | 09/12/2014

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  • Je ne suis pas historien René Fiévet! Pour Classic Course je m’informe, je « pique », je pioche ça et là dans des ouvrages, sur le Net… Par plaisir et intérêt car comme vous ne n’y connais rien ou presque sur les époques précédant 1950. Lorsque j’ai cherché une épreuve à relater dans le proche après scde guerre mondiale je choisis la reprise du GP de France en 47. C’est avec stupeur que je découvre ce drame impliquant Levegh…On lit dans un ouvrage qu’à la suite de cet accident il « est légèrement atteint physiquement mais surtout choqué »… On le serait à moins en effet…
    PS: dans le texte : »dégrossie » (la CTA de Sommer)… Olivier vous avez changé « défriche » par « dégrossit »..Je n’y vois aucun inconvénient mais enlevez ce « e » que je (et tous )ne saurais voir!!! : t …
    Écrit par : F.Coeuret | 09/12/2014

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  • Il est fâcheux que le « correcteur » se fasse « corriger » 🙂 .
    Toujours est-il que j ai eu la même réaction en lisant ce qui était arrivé à Levegh.
    Cela me rappelle l histoire d un commandant de navire qui s était retrouvé à terre, dans une antenne de recrutement de la Royale. Ce poste était une sanction suite à une fortune de mer dont il avait été jugé responsable. Quelques années apres, ayant retrouvé un commandement, son sous-marin coulait avec son équipage… Quel rapport me direz-vous ? Celui de la malchance qui semble s’acharner sur certaines destinées.
    Écrit par : Classic COURSES | 10/12/2014

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  • François,
    Les historiens professionnels, soucieux de leurs titres universitaires et de leur statut, ont un nom pour qualifier les gens de ton espèce (ou plutôt, de ton acabit) : ils les appellent, avec mépris, les « historiens du dimanche ». Je t’encourage à revendiquer hautement ce titre, en soulignant notamment que la quasi-totalité des courses automobiles se déroulent le dimanche.
    Écrit par : René Fiévet | 09/12/2014

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  • Of course! Thanks Mr Fiévet …Sorry Olivier!
    Écrit par : F.Coeuret | 10/12/2014

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  • Le terme « dégrossir » est assez adapté, mais en ce qui concerne les premiers tours de roues sur piste d’un modèle de course dans le but d’en avoir un premier aperçu avant que d’attaquer les réglages à proprement parler , le terme le plus adéquat utilisé par tous les pilotes, ingénieurs et mécaniciens, est en fait « déverminage ».
    Écrit par : Pierre Ménard | 10/12/2014

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