Robert Simac : La passion en partage 3/3

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La passion couvait comme le feu sous la braise ; après quinze années passées à explorer d’autres domaines, notre est revenu, notamment en championnat d’Europe F2 Historique. En lisant les lignes d’Olivier Favre, on ressent non seulement de l’estime pour cette trajectoire de pilote talentueux et passionné mais également du respect pour cette profondeur d’âme et de caractère qui ont permis à Robert Simac de rester fidèle à ses valeurs quelles qu’aient été les sollicitations. 

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Robert Simac : La passion en partage 3/3

3e partie : La March à suivre

« Après les rallyes, j’ai fait une coupure de 15 ans, j’ai tout arrêté, complètement. Je ne lisais plus la presse spécialisée, ne regardais pas les courses à la télé, rien, une coupure totale ! J’ai consacré ces années à retaper cette maison, c’était mon autre rêve. » Mais la passion n’avait pas disparu pour autant. « Non, sans doute, puisque le virus m’a repris en 2000. J’ai voulu acheter une F3-1000 cc, les fameux « screamers » qui m’avaient marqué pendant mon adolescence. Mon idée première était de trouver une Tecno. J’ai un peu cherché dans cette direction mais, finalement, j’ai laissé tomber ; je n’en ai pas trouvé de belle ou en tout cas une qui me paraissait assez authentique. Je découvrais alors le monde des voitures de course historiques. Je dirais juste pour l’anecdote que c’est fou le nombre de Tecno qui ont été conduites par François Cevert ! Et puis j’ai eu l’occasion d’acheter une F2 : la March 712 M châssis n°11 du Team Arnold en 1971.

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J’ai tenu à la repeindre et à la décorer aux couleurs d’origine, après avoir demandé l’accord de son pilote de l’époque, Jean-Pierre Jaussaud. Très gentil et intarissable, celui-ci m’a aiguillé sur Jean-Claude Arnold, le fils de Marcel, le mécène de Phalsbourg. J’ai ainsi pu remettre la voiture dans sa configuration d’époque. Et, en faisant des recherches sur l’histoire de ma voiture, j’ai découvert qu’elle avait aussi été conduite par Clay Regazzoni à Vallelunga. Je le lui ai d’ailleurs dit quand je l’ai croisé sur un circuit il y a quelques années : il ne s’en souvenait plus et ne voulait pas me croire ! » (NDLR : c’est parfaitement exact, mais il est fort compréhensible que « Rega » l’ait oublié : en ce 17 octobre 1971, il n’avait couvert qu’un seul tour de ce GP Madunina remporté par un certain Mike Beuttler, coucou à Philippe Vogel !)

« Ca fait douze ans que je cours avec cette voiture et je ne suis jamais sorti, j’ai toujours fini, c’est sans doute ce dont je suis le plus fier. Et j’ai été champion d’Europe F2 Historique en 2003 et 2004. Puis on m’a dit « attention, en 2005 il y a Martin Stretton qui arrive, ça va être une autre paire de manches ! » Je n’étais pas spécialement inquiet, mais il avait une telle réputation que je m’interrogeais quand même sur ma capacité à me mesurer à lui. Eh bien, j’ai été vite rassuré : dès la première course à Pau, j’ai fait la pole et j’ai gagné la première manche devant lui. Ensuite, j’ai soutenu la comparaison avec lui tout le reste de la saison. Tenir tête à Martin Stretton est une belle satisfaction, mais il peut y en avoir d’autres en Historique, parfois plus inattendues : « Un jour à Monza il y a quelques années, j’étais en train de démonter ma boîte dans le paddock quand j’ai vu arriver deux hommes dont un que j’ai reconnu tout de suite : un peu empâté, vieilli, certes, mais c’était bien Bruno Giacomelli, les bras chargés de deux grands sacs plastique remplis de livres. Me prenant pour le mécano, il m’a demandé où était le pilote de cette March rouge, car il ne voulait pas quitter le circuit sans l’avoir félicité pour ses trajectoires si propres. Je lui ai répondu qu’il l’avait devant lui et que j’appréciais d’autant plus le compliment que j’avais été handicapé par ma 2e qui sautait et qui m’avait obligé à tenir le levier en certains endroits. Cela restera un grand moment dans ma vie de pilote ! « 

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Autre forme de reconnaissance : quand un riche gentleman-driver vous confie une voiture puissante, rare et hors de prix.  » Il y a quelques années Howard Jones avait besoin d’un copilote pour engager son spider Lola T70 dans des courses d’endurance VHC. Il s’est renseigné sur moi et ce qu’il a entendu a dû lui convenir puisqu’il m’a contacté. Pour l’anecdote, les premiers essais de la voiture en début de saison étaient prévus dans le sud de l’Espagne. Grand seigneur, Jones m’a réservé l’hôtel et envoyé deux billets d’avion pour me rendre sur place. Mais, à sa grande surprise, j’ai décliné et lui ai dit que je descendrais là-bas en voiture et ferais du camping, comme d’habitude. Il faut vous dire que je ne prends jamais l’avion, je n’aime pas ça du tout ! Voilà qui explique aussi le kilométrage du break Volkswagen que j’aviserai en quittant mes hôtes : 540 000 km ! Mais revenons à la Lola … « Je n’avais jamais rien conduit d’aussi puissant et je me demandais comment j’allais me débrouiller. Mais je n’ai pas été si impressionné que ça. Bien sûr, ça pousse fort, mais après quelques tours d’acclimatation, j’étais à l’aise et plus rapide que Jones. »

Robert n’est plus un petit jeune cherchant à grimper, mais son investissement personnel reste comparable à celui des années 70. « On ne cherche plus à faire ses preuves, on ne joue pas sa carrière, donc c’est plus détendu, même s’il y a quand même de belles bagarres. Mais, en Historique aussi il y a de grosses disparités dans les moyens financiers. Moi, je fais tout moi-même. Mais ça prend beaucoup de temps et ça demande beaucoup d’énergie. Je me rappelle une course à Hockenheim il y a quelques années. A la fin des essais je me suis pris un gros coup de bambou, à tel point que je n’ai même pas pu sortir de la voiture ! On m’a emmené en ambulance à l’hôpital de Heidelberg pour des examens et j’y ai passé la nuit en observation. Et le lendemain, on m’a dit qu’il n’était pas question que je fasse la course. Ca, il ne fallait pas me le dire ! je me suis barré en douce, en chaussettes, j’ai rejoint le circuit en taxi et j’ai pris le départ ! »

En deux fois 15 ans de courses, à des époques bien différentes, Robert a côtoyé nombre de personnages, connus ou inconnus, du milieu de la course. Une expérience dont il a tiré l’un ou l’autre enseignement sur la nature humaine : « C’est souvent dans les petites courses régionales qu’on trouve de la méfiance, de la jalousie, de la rancœur. Plus l’on monte et l’on côtoie des « grands », moins il y a de mesquinerie, de petitesse. Et j’ai connu quelques seigneurs, parmi lesquels je citerais Daniel Champion, qui était le chef mécanicien de Didier Pironi en FRE, un grand bonhomme. »

Enfin, il ne saurait être question de prendre congé sans rendre hommage à Cathy Simac. Robert le souligne spontanément, son indéfectible soutien depuis 25 ans lui a été infiniment précieux. Combien de km parcourus, de nuits courtes et inconfortables, de casse-croûtes rapides aux quatre coins de l’Europe pour celle qui, en épousant Robert, s’est mise au diapason de sa passion, avec patience et abnégation. Son regard à l’évocation des sacrifices consentis au long de ces années en dit plus long que tous les discours. Mais, en contrepartie, il y eut aussi de grandes joies. Et la dernière est toute récente.

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Après l’avoir manqué de peu en 2012, Robert est reparti à l’assaut du titre européen en 2013. Et, malgré les aléas climatiques nombreux cette année (« Spa sous la pluie, c’est quelque chose ! en haut du raidillon, la voiture est très, très légère … « ), il est devenu champion d’Europe pour la troisième fois, le 6 octobre dernier à Dijon. La March est à présent remisée pour l’hiver, mais son pilote lui rend souvent visite : il s’agit de la préparer pour la saison 2014 durant laquelle Robert remettra son titre en jeu. Et qui sait s’il n’aura pas aussi l’occasion de réaliser un dernier rêve : « Je n’ai encore jamais piloté une F1 historique, j’aimerais en louer une un jour. » C’est sur ce vœu exprimé avec le mélange de candeur et de détermination d’un enfant complétant sa liste au Père Noël, que nous quittons ce couple attachant et revigorant. Car ils nous démontrent tous les deux par l’exemple que, pour vraiment enrichir et intensifier la vie de celui qu’elle tenaille, une passion ne peut se contenter d’être un jardin réservé, une « propriété privée ». C’est au contraire en étant vécue dans un esprit de partage qu’elle irradie dans l’entourage et donne ainsi un sens à tous les sacrifices consentis au fil des années. Bravo, merci et bon vent à la famille Simac pour la saison 2014 !

Olivier FAVRE

Photo 1 : March 2013 @ DR

Photo 2 : March-Monza 2005 @ Simac

Photo 3 : Lola Howard Jones @ DR

Photo 4 : March-Spa 2013 @ DR


 

6 pensées sur “Robert Simac : La passion en partage 3/3

  • Tout est dis avec modestie ,bravo robert, amitiés jjg

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  • PS > je serai en dédicace à Rétromobile le mercredi 5 février (à confirmer)

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  • Quel exemple nous donne le nouveau champion d’Europe! Les gens de l’Est sont décidément pleins de ressources.

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  • Magnifique analyse concernant son pilotage, expliqué simplement, basé sur l’expérience et…beaucoup de talent. L’âge venant il n’a rien altéré de ses qualités « naturelles », je crois, qu’en 1976, nous étions engagés sur les circuits Européens en FRE , je me trompe ?. Bravo et Merci pour l’article et les photographies à Robert Simac.

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