Retraités mais pas trop – Niki Lauda

Niki Lauda, Mario Andretti, Alan Jones, Alain Prost, Nigel Mansell, Michael Schumacher, Kimi Raikkonen. Sept champions du monde F1, 18 titres. Ils ont pris leur retraite, y sont restés plusieurs mois, parfois plusieurs années, puis sont revenus aux affaires. Entre les résultats de leurs deux carrières, de même qu’entre leurs véritables motivations et celles qu’on leur a prêtées, il y a parfois un gouffre .

Olivier Rogar

 

Ils ont tous passé l’âge

Au cours de la saison 2012, on a vu deux anciens Champions suivre des trajectoires contraires. Retour fulgurant après deux saisons d’éloignement pour l’un,  seconde retraite, consécutive à  un retour en demi-teinte  pour l’autre. Ces champions ont tout gagné et sont partis. Alors pourquoi reviennent-ils ? Et avec quels résultats ? Nous avons essayé de comprendre. Ce phénomène apparait à l’orée des années 80. En effet, jusqu’à la fin des années 70, le danger omniprésent, les nombreuses tragédies, ne suscitent pas ce genre de questionnement chez les pilotes. En 1980, parmi les champions retraités Fangio, Brabham, P. Hill, Surtees, Hulme ont passé l’âge d’un retour, Stewart, sollicité, a déjà rejeté cette option. Reste Niki Lauda chez qui les paramètres sont réunis…

Sauf Niki Lauda

…Encore faut-il qu’il soit motivé. Souvenons-nous. Titré en 1975 et 1977, il quitte la Scuderia au cours d’une séance d’essai du Grand Prix du Canada. Parti chez Brabham, il dit assez imprudemment que l’on verrait dans deux ans où en serait Ferrari et où il en serait lui-même… la réalité est qu’en 1979 Ferrari  est à nouveau champion du monde et que Lauda quitte la F1 par la petite porte. Une nouvelle fois avant la fin de la saison. Une nouvelle fois pendant les essais du Grand Prix du Canada. Laissant sur place combinaison et casque. Cela permet à Riccardo Zunino de disputer ses premiers essais officiels pour Brabham déguisé en Lauda.

La rationalité de celui qui a été surnommé «  l’ordinateur » est pour une fois dominée par ses sentiments. Malgré son contrat et une auto performante, il ne trouve plus de sens à ce qu’il fait. Il part survoler ce monde-ci,  deux années durant, aux commandes de ses avions de ligne. Il a 30 ans, 2 titres, 17 victoires, 113 Grands Prix disputés et 24 pole positions.

Par la suite s’il fait quelques apparitions sur certains Grands Prix, cela le laisse de marbre. Il n’est plus concerné. Son parcours est fini. L’idée d’un retour ne l’effleure pas…du moins jusqu’au jour de 1981 où  il se pose la question fatidique : « et si ?… » . Si l’on se réfère à ce qui précède et à ses deux « arrêts », l’esprit de Lauda arrive fréquemment aux conclusions au terme d’un cheminement silencieux, voire inconscient. Et lorsque la conclusion s’éveille à la conscience, la décision est immédiate, abrupte et sans appel.

« Et si ?… « 

« Et si ? … » est la question finale, la décision est déjà prise. Le retour décidé. Compte tenu de l’enchaînement des faits, on peut imaginer que Ron Denis – avec Marlboro – a quelque peu incité Lauda à se la poser cette question. On a aussi évoqué des besoins financiers pressants liés à sa compagnie aérienne « Lauda Air ». Test McLaren à Donington. Pas évident ; voiture inconnue, circuit inconnu. Après une soixantaine de tours, il ne rend que quelques dixièmes à Watson. Entrainement intensif, mise en place d’un contrat «  à siège éjectable » en cas de manque de résultat.

Arrive le début de saison 1982. Niki Lauda prend immédiatement la tête de la première … grève des pilotes de F1 ! (1).  Pour ne pas subir les pressions des chefs d’écurie, les pilotes s’enferment dans un hôtel situé à 30 kms du circuit. Les négociations durent toute la nuit du vendredi au samedi. Ils obtiennent gain de cause. Les essais, tronqués d’une séance démarrent.

Retour gagnant

Le retour de Lauda a pour le moins été remarqué. Les média du monde entier ont en effet relayé ces circonstances particulières. En piste il finit quatrième ce week end là. Puis il gagne deux Grands Prix ; les USA Ouest à Long Beach et La Grande Bretagne à Brands Hatch. Il finit 5e au championnat tandis que John Watson également vainqueur de deux Grands Prix, finit second (ex-aequo avec Didier Pironi). Mc Laren est second chez les constructeurs avec la MP4B/5.

On passera rapidement sur la saison 1983 durant laquelle Lauda ne s’intéresse qu’au développement du moteur TAG (conçu par Porsche) V6 Turbo qui remplace le Cosworth en cours de saison. Il acheve sa saison à la douzième place du championnat, Watson étant sixième et McLaren cinquième chez les constructeurs avec les MP4/1C Cosworth et MP4/1E TAG.

Champion du monde

On retrouve le grand Niki Lauda en 1984. Son nouvel équipier Alain Prost l’aiguillonne  certainement, mais la McLaren est à nouveau compétitive.  Il n’est pas le plus rapide, largement dominé en qualifications par Prost, mais finalement un peu plus régulier. Il compte cinq victoires contre sept à Prost. Six abandons, contre cinq à Prost. Mais quatre secondes places contre une à Prost. En fin de saison,  à Estoril,  Prost gagne mais Lauda est second.

A Monaco la course avait été arrêtée au 31e tour à cause de la pluie. Prost avait gagné d’extrème justesse devant la révélation « Senna » mais seule la moitié des points avait été attribuée. Des points qui manquent cruellement à Prost lors du décompte final. Lauda le devance de 0,5 points et devient champion du monde pour la troisième fois. McLaren est champion chez les constructeurs avec la MP4/2 TAG. Voir ici les extraits de ce Grand Prix à suspense.

Lors d’une interview d’après titre par la télévision française, il lui est demandé si en 1985 il aidera Prost. Il répond logiquement que Prost n’a besoin de l’aide de personne pour devenir Champion du monde.

Dernière saison ?

1985 est sa dernière saison. Sa décision d’arrêter prise et irrévocable. La motivation n’est plus là, onze abandons, un forfait, une arrivée hors des points et trois arrivées dans les points seulement. Il gagne cependant à Zandvoort après avoir annoncé sa retraite.

Et il va au terme de la saison ! Il se classe dixième au championnat tandis que son équipier, toujours Alain Prost, remporte son premier titre. McLaren est champion chez les constructeurs avec la MP4/2B TAG. Niki Lauda a 36 ans, 3 titres, 25 victoires, 171 Grands Prix disputés et 24 pole positions. Un retour pour huit victoires et un titre ! On n’a pas vu mieux à ce jour, un « second » palmarès qui aurait fait de n’importe quel pilote un homme comblé.

La suite de la carrière de Lauda va se faire entre aviation et F1. Il mène les deux en parallèle. Côté F1, ses rôles de commentateur TV lui permettent de maintenir le contact avec la course. Tandis que les écuries désireuses de s’adjoindre les services d’un chef d’entreprise à l’intelligence vive, font de lui leur conseiller. Bmw, Ferrari, Jaguar, Mercedes le titularisent à différentes reprises comme conseiller ou même chef d’équipe. Force est de constater que les résultats acquis dans cette phase de sa carrière ne sont pas à la hauteur de son palmarès. Jusqu’au transfert de Lewis Hamilton puis de Nico Rosberg chez Mercedes…

… à suivre !

Video Great Drives Niki Lauda Portugal 1984 @ f1educator

Notes

(1) en 1982 est par la FIA instituée une super licence obligatoire pour tous les pilotes de Formule 1. Les contraintes liées à son attribution sont telles que les pilotes se trouvent totalement tributaires du bon vouloir des écuries pour changer…d’écurie. Niki Lauda est le premier qui se rend compte de la situation et prévient Didier Pironi qui s’ empare du problème avec toute la détermination qu’on lui connait.

10 pensées sur “Retraités mais pas trop – Niki Lauda

  • Ce qui ne m’empêchera pas de corriger ce texte et de vous remercier pour avoir relevé cette sacrée coquille !

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  • Daniel, vous avez sans doute raison en ce qui concerne cette « victoire à 4,5 points » pour Prost à Monaco en 1984 à laquelle aurait été évidemment préférable une seconde place à 6 points si la course était allée à son terme. Mais rien ne dit qu’Alain serait allé au bout car, de son propre avis, ses freins commençaient à bloquer méchamment et, sur une piste détrempée avec encore 40 tours à parcourir, l’affaire serait devenue très délicate pour Prost ! De toute façon, ce ne sont là que supputations et seul le résultat compte au final.

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  • sommes confinant à la démesure…Non suivies d’effets …

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  • Et oui, on peut toujours se perdre en conjectures à propos de ce fameux grand prix de Monaco 1984 qui conditionna d’une certaine manière l’issue de la saison. Car imaginez que le trop tôt disparu Stefan BELLOF qui fondait lui aussi comme neige au soleil sur PROST et….SENNA l’ait emporté ! PROST aurait peut être gagné le championnat puisque tout le classement des TYRRELL pour l’ensemble de la saison fut invalidé pour tricherie et poids non conforme. Mais la carrière d’un Stefan BELLOF eut pris d’autres détours et ne serait peut-être pas passée par SPA l’année suivante.

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  • Mais on vit aussi que les conditions étaient praticables pour d’autres,Senna impressionnant, Bellof réalisant lui aussi une remontée.Je crois que la détermination de Senna ayant tout à prouver et n’ayant rien à perdre était suffisante pour expliquer l’écart sur le leader qui fondait à vue d’oeil.Cette fin de course tronquée alimenta les commentaires en son temps et on se souvient de Donington 1993.

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  • Heureux de lire vos commentaires sur ce fameux grand-prix de Monaco 84. Si tout le monde se remémore de la splendide course de Senna, la performance de Bellof n’était vraiment pas en reste. Si le brésilien remontait sur le français, l’allemand volait (ou nageait…) littéralement sur le duo devant lui. Et dans quel état se trouvait la Toleman suite à sa touchette en dépassant Alboretto, serait-elle jusqu’au bout de la course? Et imaginons un podium Senna, Bellof, Prost, le français serait devenu champion du monde sur tapis vert suite au déclassement des Tyrrell, bonjour les remous! Dans tous les cas, il m’est bien agréable de rendre un petit hommage à Stefan Bellof, pur diamant qui n’aura pas eu le temps de briller au firmament de son monde. Et ainsi que le dit fort justement Daniel Dupasquier, peut-être qu’il ne se serait pas retrouvé à Spa quelque mois plus tard…

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  • Qui dit? qui sait? que Alain Prost serait aller au bout du GP s’il n’aurait pas été stopper. Et en terminant second, pas plus loin.

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  • j’ai écrit une bêtise. C’et Didier Pironi qui a été volant ELF en 1973.

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