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Dans un volumineux essai que vient de lui consacrer l’Académicien Antoine Compagnon, l’année 1966, qu’il qualifie de mirifique, marque la convergence de lignes de force qui la hissent au faîte des Trente Glorieuses.
Patrice Vatan
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1966 et la mini-jupe
L’année de la mini-jupe et des cheveux longs voit les baby-boomers atteindre l’âge adulte.
Inventivité, liberté créatrice, refus du conformisme irriguent la société en profondeur. Quand Jacques Demy tourne les Demoiselles de Rochefort, Godard Pierrot le fou, Lelouch un Homme et une Femme, Marcello Gandini dessine du côté de Modène la Lamborghini Miura. Il a 28 ans. La Miura, une des rares créations humaines sur laquelle bute la langue française.
Giorgetto Giugiaro a lui aussi 28 ans. Un gène de Michel Ange se balade sous sa peau, responsable du dessin de la Maserati Ghibli.
Qui n’a pas rêvé des heures devant l’essai que réalisait José Rosinski dans Sport Auto ? Mon frère avait ruiné mon exemplaire en décalquant cette sublime silhouette hors les mots.
A Detroit, Henri Ford s’agace des succès de l’orgueilleux Commendatore, là-bas dans ce fameux triangle d’or modénais. Il lance comme ça, pour voir, un petit commando de sept Ford GT 40 Mk III street version.
L’Alfa Romeo Tipo 33/2 Perescopica marque l’arrivée de la firme en prototype. Une beauté du diable, n’est-ce pas Jean Rolland…
1966 et ses jumelles, 1965 et 1967.
Richard Mille affiche une splendeur absolue, la Ferrari 250 LM victorieuse au Mans 65. Me revient la voix éraillée, étrange de Jochen Rindt, raccord avec son physique, gravée sur un disque 33 tours maintenant collector.
Et la P4 ! Le triplé des Ferrari P4 aux 24 Heures de Daytona en 1967, historique, est à l’origine de la formation de notre bande.
Le lendemain dans la cour de récréation d’une école de Reims, le petit Pascal Bisson commente cette victoire enthousiasmante si fort qu’il accroche l’attention d’un élève qu’il ne connaît pas, Philippe Machet.
Une amitié naît, que seule interrompra la mort récente de Philippe. Il aura concrétisé son rêve ébauché ce jour-là, posséder des Ferrari.
Le même jour en région parisienne, deux mômes, Jean-Paul Orjebin et Pierre Pastore font connaissance autour de la mythique photo du triplé de Daytona. Soixante ans plus tard, ils communient – nous communions – à la table de la Brasserie Vagenende, (à lire demain).
1966, année mirifique qui offrit aux automobiles des robes issues d’un trait de crayon de vitesse pure, auquel les néo-barbares d’aujourd’hui substituent leur agressivité vulgaire et grossière, comme exutoire à la liberté routière criminalisée.










