10 avril 2023

Minia-chronique n°4 – Mazda Cosmo MdR 1968

Quand on évoque le nom Mazda on pense immédiatement au moteur rotatif. A son bruit si caractéristique. Et aux performances en endurance dans les années 80, culminant avec la victoire absolue aux 24 Heures du Mans 1991. Mais on sait peut-être moins comment cette épopée Mazda en course a commencé, il y a 55 ans. Spark nous le rappelle avec deux miniatures originales.

Olivier Favre

Dévoilée en 1964 au Salon de Tokyo mais produite seulement à partir de 1967, la Mazda Cosmo Sport (ou 110 S à l’étranger) est un coupé aux lignes assez futuristes, qui semble venir d’une autre planète. Et la pub ne se prive pas de mettre l’accent sur cet aspect (It’s a bird?, It’s a plane?), dans un style très psychédélique. Mais sous le capot aussi il y a de l’inédit. Ou presque. La Cosmo est la 2e voiture de série (1) équipée du moteur Wankel, après le spider NSU commercialisé en 1964. Mazda croit à ce moteur dont la firme a acheté la licence d’exploitation en 1961. Et quoi de mieux que la compétition pour démontrer les vertus d’endurance de son birotor de 982 cm3 et 110 ch, à la fiabilité mise en doute par beaucoup ? (2)

Mazda Cosmo pub
Une voiture venue d’ailleurs, selon la pub – © DR

Pour cela il faut sortir du Japon et venir concurrencer les marques européennes sur leur terrain. Audacieux, les Japonais décident carrément de commencer par la compétition la plus dure qui soit : le Marathon de la Route. Ayant délaissé les routes entre Liège et Rome (puis Sofia), celui-ci a trouvé refuge depuis 1965 sur le Nürburgring. Il ne dure pas moins de trois jours et demi, soit 84 heures du mercredi soir au dimanche matin ! Et le règlement est tout aussi exigeant que le parcours : tout arrêt au stand de plus d’une minute entraîne automatiquement une pénalité d’un tour ! Soit une demi-heure, puisque le parcours comprend à la fois la Nordschleife (22,8 km) et la Südschleife (7,8 km) !

Préparation soignée

Les Japonais se lancent dans une préparation méticuleuse. Les ingénieurs de Mazda reproduisent les paramètres du Nürburgring sur leurs ordinateurs, ce qui est à l’époque quasiment une première. Des essais réels ont également lieu sur le circuit d’essai de la marque à Hiroshima. A Suzuka aussi, où le son strident du birotor ne passe pas inaperçu : les fermiers des environs se plaignent que leurs vaches, perturbées, ne produisent plus de lait !

Mazda Cosmo
© Mazda

Arrive le mois d’août 1968. Mazda charge dans un DC8 de la Japan Airlines un considérable stock de pièces détachées et deux coupés Cosmo légèrement différents du modèle en production depuis un an. Techniquement, les freins sont maintenant assistés et le moteur est plus puissant (130 ch), même si son régime maxi est limité pour favoriser l’endurance. Visuellement, l’empattement est allongé de 15 cm et, devant une ouverture de calandre agrandie, quatre phares longue-portée remplacent les pare-chocs. Côté pilotes, on panache avec sur la n° 18 à parements rouges un trio japonais « triple K » (Katakura-Katayama-Koga). Et sur la 19 jaune trois Belges habitués des courses européennes, « Eldé » (Léon Dernier)-Deprez-Ackermans.

Marathon de la Route 1968 Liège
Vérifications techniques dans la cour du Palais des princes-évêques à Liège – © Mazda

Pari réussi

Nos deux nippones auront affaire à forte partie avec les équipes officielles Porsche (trois 911), BMC (deux MG C) et Lancia. On trouve au volant de l’un des deux coupés Fulvia Claudio Maglioli, Innes Ireland et … Stirling Moss, qui fait son retour six ans après son accident de Goodwood ! Après les traditionnelles vérifications techniques dans la cour du Palais des princes-évêques à Liège, les 44 partants prennent la route en convoi pour les quelque 150 km qui séparent la « Cité ardente » du Nürburgring. Puis c’est le départ à la nuit tombée, par une météo ressemblant fort à celle dont Jackie Stewart a émergé 15 jours plus tôt lors du Grand Prix d’Allemagne F1.

On ne retracera pas ici le déroulement de la course, ce n’est pas le but de cette note et ce serait bien trop long. Disons simplement qu’à l’aube du dimanche les deux Mazda Cosmo sont toujours là, en 4e et 5e positions. Mais celle des Japonais va devoir renoncer à quatre heures de l’arrivée, la perte d’une roue ayant entraîné une sortie de route. Durement sollicité sur les bosses du Ring, l’essieu arrière a rendu l’âme. Les Belges, eux, iront jusqu’au bout, terminant 4e, à 12 tours des deux Porsche victorieuses et 4 tours de la Fulvia de Munari-Pinto-Kallström. Pari réussi pour Mazda. Un mois plus tard, les modifications techniques testées par les deux Cosmo du Marathon seront reportées sur les chaînes de montage à Hiroshima. Ainsi que Soïchiro Honda l’avait énoncé (dit-on), « Racing improves the breed » (la course améliore la race). 

Mazda Cosmo
© Mazda

Les Mazda Cosmo de Spark

La Cosmo ne réapparaîtra pas en course mais, conforté par ce bon résultat, Mazda reviendra en Europe l’année suivante, avec des coupés Familia R100 qui décrocheront eux aussi des places d’honneur (5e et 6e aux 24 Heures de Spa (2), 5e au Marathon de la Route). En 1970 cette voiture passera même tout près de l’exploit en menant les 24 Heures de Spa jusqu’à la 21e heure, avant que le moteur rende l’âme. Puis, Mazda fera une longue pause. Avant de revenir sur les circuits à la fin des seventies avec le coupé Savannah RX7, d’abord aux États-Unis puis en Europe. Après une victoire retentissante aux 24 Heures de Spa 1981, ce sera l’ère du Groupe C jusqu’au succès au Mans en 1991.

Cosmo Spark
© Modelcarworld

Prolifique, la production de Spark n’est pas toujours irréprochable. Certains modèles ne sont pas exempts de défauts, parfois grossiers. C’est d’autant plus étonnant quand ils concernent des voitures célèbres et dont les photos ne manquent pas. Mais on connaît le dicton « Qui trop embrasse mal étreint ». Apparemment, les deux Cosmo 110 S sont de bonne facture et échappent à la critique. La ligne est bien rendue, l’empattement allongé a été respecté, la décoration, simple, est complète et la couleur, un blanc crème proche de celui des Chaparral, est apparemment exacte, pour autant qu’on puisse se fier aux rares photos couleur d’époque.

Dans une vitrine ces deux Mazda Cosmo complètent parfaitement les Familia R 100 des 24 Heures de Spa. Celles produites récemment par Spark (versions 69) et celles sorties il y a plus longtemps par Ebbro (versions 70). Ces miniatures rappellent le premier maillon d’une longue chaîne de Mazda de course.  Le moteur rotatif pouvant d’ailleurs constituer un thème de collection original et ayant le mérite d’être précisément circonscrit.

Ebbro - coupés R100 Spa 1970
Trois des quatre Mazda des 24 h de Spa 1970 – © DR

NOTES :

(1) Petite série toutefois, car la Mazda Cosmo ne sera produite qu’à 1 519 exemplaires en cinq ans (1967-72).

(2) Outre qu’il est gourmand en carburant et en huile, le point faible du moteur rotatif réside dans le défaut d’étanchéité des segments d’arête situés au sommet du rotor. Mazda viendra à bout de ce problème, mais finira par abandonner ce moteur en 2011. Il est toutefois réapparu il y a quelques semaines dans la nouvelle MX-30 électrique. Mais cette fois sous la forme d’un prolongateur d’autonomie qui joue le rôle d’un groupe électrogène.

(3) La troisième Mazda engagée aux 24 Heures de Spa 69 sera victime d’une sortie de route entraînant la mort de son pilote, le populaire vétéran Léon Dernier, dit « Eldé ».

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