Johnny Rives F1, Hockenheim 2018

 HAMILTON DU DÉSESPOIR A L’ALLÉGRESSE

 Quand, aux deux tiers de la distance, Lewis Hamilton changea enfin de pneus, il reprit la piste en 4e position avec 25 secondes de retard sur le leader du GP d’Allemagne, Sebastian Vettel. Le même écart qu’avant le changement de pneus de ce dernier. On pensa alors au pronostic de Toto Wolff sur la grille de départ où Hamilton occupait la 14e place. « Au mieux, prévoyait son chef d’équipe, Lewis se classera 4e ou 5e ». Toto ne s’était pas trompé. Sauf sur un point : la météo. Dix tours plus tard, alors qu’une averse avait humecté une partie du circuit d’Hockenheim, Vettel freinait un soupçon trop tard à l’approche d’un virage serré. Roues arrière bloquées, la Ferrari partait en luge, échouant dans les barrières où sa course prenait fin. Encore mieux (pour Hamilton) : l’accident déclencha l’intervention de la voiture de sécurité grâce à laquelle Hamilton recolla à Raïkkonen et Bottas, alors en tête. Lesquels furent appelés à leurs stands pour changer de pneus, halte à laquelle Hamilton eut la présence d’esprit de se soustraire au tout dernier moment. Ce qui lui permit de se retrouver en tête. Une providence ! Hamilton était loin de l’envisager la veille, quand sa Mercedes défaillante l’avait empêché de disputer totalement les qualifications. Le désespoir qu’il avait alors manifesté s’était miraculeusement transformé en allégresse… Hamilton l’y avait bien aidé !

                                         Johnny Rives.

 

GP Hockenheim 2018 @ Sutton
GP Hockenheim 2018 @ Sutton

LA SOUDAINETÉ D’UN COUP DE GÉNIE

GP Hockenheim 2018 - Hamilton - Mercedes @ Sutton (2)
GP Hockenheim 2018 – Hamilton – Mercedes @ Sutton (2)

 La prise de pouvoir d’Hamilton sur le GP d’Allemagne s’est située au 53e tour. Quand, appelé à son stand en même temps que Bottas (alors en tête) il se ravisa. Il s’était pourtant engagé dans la voie des stands derrière la Mercedes sœur. C’est alors qu’il prit  brusquement conscience qu’il ne DEVAIT PAS s’arrêter, contrairement à la consigne de son équipe. De quoi se méfia-t-il alors ? De perdre quelques précieuses secondes en attendant que reparte la Mercedes de Bottas, juste devant lui ? Qu’on chausse sa propre Mercedes de pneus intermédiaires, ce qui eut été une erreur – comme quelques autres (Leclerc par exemple) en ont fait l’expérience ? Toujours est-il qu’il prit soudain l’initiative de refuser cet arrêt souhaité par son équipe. Et de regagner la piste en coupant à travers le gazon – ce qui lui valut une simple remontrance et non une pénalité, fut-ce de quelques secondes… heureusement pour lui. En tout cas c’est ainsi qu’il se retrouva au commandement du Grand Prix un tour plus tard, quand Ferrari rappela Raïkkonen pour le chausser en ultra tendres. Et qu’il gagna. Sa décision de ne pas s’arrêter avait eu la soudaineté d’un coup de génie. A porter à son crédit.

CONSIGNES D’EQUIPE

GP Hockenheim 2018 - Vettel - Ferrari @ Sutton
GP Hockenheim 2018 – Vettel – Ferrari @ Sutton

 Lorsque la voiture de sécurité s’effaça, libérant les F1 pour les dix derniers tours du Grand Prix, on guettait un sprint à couper le souffle. Et l’on eut raison. Chaussé d’ultra tendres neufs, Bottas tenta aussitôt d’attaquer son équipier Hamilton pour lui ravir la première place. Ce fut un duel aussi bref qu’intense. Il fut entamé au freinage de l’épingle serrée à l’extrémité du circuit, où la piste restait bien humide. Les deux Mercedes se côtoyèrent sans ménagement. Entre Hamilton et Bottas, c’était à celui qui prendrait le pas sur l’autre. Vaincre ou mourir. Bottas réussit à se hisser au niveau d’Hamilton, et il fallut, pour conserver son bien, que Lewis s’impose dans un nouveau freinage tangent, quand ils atteignirent le gauche serré suivant. Au pied de la tribune Mercedes. Ils jouaient avec le feu ! Aussitôt consigne fut donnée à la hâte aux deux pilotes : « Conservez vos positions ! » Bottas ne pouvait que se plier à la consigne. Hamilton avait gagné.

 Bien plus tôt dans la course, Ferrari avait usé du même stratagème, demandant à Raïkkonen qui menait de laisser passer Vettel (39e tour), qui s’était plaint d’être empêché d’adopter un rythme suffisant derrière son équipier. Il n’y avait pourtant pas péril en la demeure. Mais Raïkkonen avait sportivement obtempéré – après avoir exigé que lui soit clairement spécifiée cette consigne. L’histoire ne dit pas si Ferrari l’a regrettée ou non.

BATAILLE RENAULT-HAAS

GP Hockenheim 2018 - Renault @ DR
GP Hockenheim 2018 – Renault @ DR

 Les téléspectateurs ont été privés d’une belle bataille en fin de course. Celle qui opposa les plus valeureux des poursuivants, loin derrière les trois équipes dominantes. Par la constance de son effort, Nico Hulkenberg (Renault) avait fini par émerger du peloton après une longue bataille contre Magnussen (Haas) qui lui avait longtemps résisté. Pendant la SC (du 53e au 57e tours) Haas et Renault commirent la même erreur : passer aux pneus intermédiaires (51e tour) avant de revenir aux ultra tendres (55e). Hulkenberg perdit moins de temps à son stand que les Haas, stoppées au même moment. Il en tira bénéfice en se classant meilleur des « faire-valoir », cinquième derrière Verstappen quoiqu’à respectueuse distance (19 secondes concédées en dix tours à la Red Bull). Chez Haas, l’affaire fut plus compliquée : Romain Grosjean reprit la piste en 10e position. C’est alors qu’il se lança éperdument dans le sprint final, tirant un parti inouï de sa Haas à moteur Ferrari. Hartley, Ericson, Ocon et enfin Perez (au dernier tour) furent incapables de lui résister. Voilà comment, sous le drapeau à damier, Grosjean se retrouva sixième, guère plus de deux secondes après Hulkenberg. Comme l’avait dit le directeur général de Renault F1 Cyril Abiteboul : « Les Haas sont meilleures que nous. Si nous les dominons, c’est à la constance. » Qualité qu’Hulkenberg a encore mis en valeur dimanche devant le méritant Grosjean. Voir ici les 10 derniers tours de Grosjean.

RED BULL EN RETARD D’UNE VICTOIRE

GP Hockenheim 2018 - Verstappen-Red Bull @ DR
GP Hockenheim 2018 – Verstappen-Red Bull @ DR

 Après neuf Grands Prix, on se félicitait de constater un partage équitable entre les trois équipes du haut de tableau : Ferrari, Mercedes et Rd Bull en comptaient trois chacune. Deux courses se sont déroulées depuis (Grande-Bretagne et Allemagne). Ferrari a gagné chez Hamilton (Silverstone) et Mercedes chez Vettel (Hockenheim). Du coup, Red Bull est en retard d’une victoire sur ses deux rivales. Pour que l’équilibre soit maintenu, il faudrait qu’elle s’impose dans le prochain G.P. de Hongrie. Cela tombe bien car, sur le tourmenté Hungaroring, Verstappen et Ricciardo devraient moins souffrir qu’ailleurs de leur habituel déficit en ligne droite. Ce qui reste à démontrer. Car comme l’a souligné à juste titre Toto Wolff après la victoire d’Hamilton : « La course, ça n’est pas le vendredi ou le samedi. C’est le dimanche ! »

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

Johnny Rives has 161 posts and counting. Tous les articles de Johnny Rives

Johnny Rives

9 pensées sur “Johnny Rives F1, Hockenheim 2018

  • Avatar

    Et heureusement que le dimanche il pleut pour rendre intéressant ce qui eut sinon été une procession insipide . Et que les prévisionnistes , chers payés par les teams , se trompent autant : ils feraient mieux de le jouer à pile ou face comme TODT au DAKAR !

    Répondre
  • Avatar

    La victoire programmée de Vettel a été tenue en échec par des conditions de piste piégeuses. Au départ Toto Wolff sachant Vettel hors de portée visait une deuxième place pour le finlandais voire une victoire si des imprévisibles survenaient et une 4 ou 5 ème place pour Hamilton. La pluie s’invita et Mercedes misa encore tout sur Bottas, demandant à Hamilton de rentrer au stand pour assurer. C’était faire fi de la démonstration de Hamilton qui après avoir mené très loin ses pneus tout en gardant le même rythme que son équipier chaussé de pneus plus frais, remontait vers la tête après s’être déjoué de toutes les embûches sur cette piste changeante. La surprise vint de l’opportuniste finlandais, lui qui parait souvent bien tendre dans les duels croyait-il, en partant à l’assaut de son équipier avec les risques de contact qu’il allait combler les 59 points de retard et s’en prendre ensuite à Vettel pour le titre? Hamilton plus réaliste lui montra en alignant des records du tour avec ses pneus violets déjà plus fatigués comment on signait une victoire sur la piste avec panache et non dans les stands par défaut. Johnny Rives met en exergue le moment où le britannique s’imposa démontrant qu’une certaine liberté de stratégie comme celui-ci l’a souvent demandée à son équipe en fonction de son ressenti et non des datas doit être parfois accordée au pilote

    Répondre
  • Avatar

    Les écarts entre ecuries propulsees par renault lors des qualifications  parlent d eux mêmes :
    Verstappen à 6 /10 de la pole.(4e)
    Hulkenberg à 1″35 de la pole (7e)
    Sainz à 1″5 de la pole (8e)
    Alonso à 2″45 de la pole (11e)
    Vandoorne à plus de 3″ de la pole (18e)
    McLaren à plus d une seconde de l écurie qui la précède avec le même moteur…

    Si on ajoute à cela l absence de sponsor titre et 750 millions usd de pertes pour la société en 2017, je me demande ce qu en pense Ron Dennis…

    Répondre
    • Avatar

      Pour compléter ce propos d’Olivier Rogar, voici les meilleurs tours en course par « famille » de moteurs:
      Mercedes: Hamilton 1’15 »545, Perez (Force India) 1’17 »867 (soit 2 »3 d’écart), et Stroll (Williams) 1’18 »361 (à 2 »3 d’Hamilton).
      Ferrari: Raïkkonen 1’15 »990, Grosjean (Haas) 1’16 »716 (un peu plus de 0 »7 d’écart), Ericsson (Sauber) 1’17 »745 (près de 1 »8 d’écart).
      Renault: Verstappen 1’15 »852, Sainz (Renault) 1’17 »430 (à 1 »6 de Verstappen), Vandorne (MLaren) 1’17 »737 (un peu moins de 2 secondes en retrait).
      A noter qu’entre le septième meilleur tour en course (Sainz) et le dix-septième (Ocon, 1’17 »941), onze pilotes étaient groupés en une demie seconde, tous ayant signé leur meilleure performance dans les trois derniers tours, la piste ayant séché, au cours d’un sprint haletant dont les téléspectateurs ont été privés, le réalisateur s’étant focalisé non sans raison sur le groupe des quatre leaders. C’est ainsi que la remontée époustouflante de Grosjean (11e au 56e tour, et 6e onze tours plus tard après avoir débordé Hartley, Ericson, Ocon et Perez) est passée elle aussi inaperçue.

      Répondre
    • Avatar

      et pourtant M.BOUILLIER ex MCL depuis peu nous a bassinés pendant tout 2017 avec :
      on a le meilleur chassis de toute la F1 . Comme l’écrivait PASCAL : vérité de ce coté des Pyrénées , erreur au delà !

      Répondre
  • Avatar

    Vous imaginez McLaren devenant l équipe B de Renault ?!… Comme Williams risque de devenir celle de Mercedes…

    Répondre
  • Avatar

    Bonjour ,à mon humble avis :
    HAAS et SAUBER sont à ce jour les équipes B de FERRARI . Mais les nouveaux patrons devront faire un choix selon leurs projets de développement ou non des ventes d’ALFA .
    Comme équipe B de MERCEDES , je vois plutot FI , Williams s’enfonçant de course en course et ça ne va pas aller mieux en 2019 avec la perte du sponsor titre MARTINI et de l’argent de papa STROLL .
    Quant à McLaren , je ne leur vois aucun avenir en F1 , plutot en INDYCAR pour tenter de garder ALONSO ( Zak B vient de là d’ailleurs ) et en WEC en 2020 avec les nouvelles régles pour augmenter leurs ventes de voitures de route ( n’ont ils pas affirmé qu’ils visent les 6000 ventes annuelles ).
    Time will tell .

    Répondre
    • Avatar

      Toto Wolff me semble t il est actionnaire de Williams. Mais de l autre côté FI est motorisée par Mercedes. Ocon est lié à Mercedes. Et toto Wolff est son agent. Ca fait effectivement de nombreux points de convergence.
      On peut aussi imaginer que Renault cherche un team B…et les pistes Williams, McLaren et surtout FI avec le financement Stroll et Ocon qui intéresse Renault sont ouvertes…

      Répondre
      • Avatar

        Ca fait maintenant un moment que Toto Wolff a revendu ses actions Williams. Et Mercedes ne prendra jamais une équipe B. Ils ont eu suffisamment de problèmes à faire accepter à leur personnel (les syndicats sont très puissants outre-Rhin) une équipe de F1, à deux, c’est la guerre nucléaire.
        Une équipe B pour Renault, oui, ils voudraient bien, mais avec ce que Ghosn va leur accorder pour ça… ils pourront peut-être faire courir un gars dans une formule de promotion en karting.
        Quant à Ferrari, avec la disparition de Marchionne, TOUT est désormais possible, il avait tellement imprimé sa marque sur la Scuderia que lui seul est capable de la diriger telle qu’elle est aujourd’hui. La mise en accord avec un nouveau dirigeant, même très talentueux créera au moins un gros passage à vide. Et de nouvelles décisions, radicalement différentes de celles qui avaient été prises, pourraient rapidement survenir. Bref, pour Ferrari, in tournant du championnat s’est peut être joué sur la piste ce week-end, mais un autre, autrement plus important s’est joué dans une chambre d’hopital, et il sera bien plus difficile à compenser…

        Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *