Johnny Rives F1, Barcelone 2018

MERCEDES A REPRIS LE POUVOIR

Le doublé manqué par malchance à Bakou, Mercedes l’a réussi impeccablement au Grand Prix d’Espagne. Ferrari et Red Bull y ont montré leurs limites. Sur un circuit aussi conventionnel, avec sa ligne droite manquant d’ampleur et sa bonne variété de virages, la hiérarchie s’est établie sans incertitude – aux hasards près des premiers virages, comme l’ont montré Grosjean et les infortunés Hulkenberg et Gasly…

Johnny Rives.

Barcelone 2018 – …Emmenées par un impérial Hamilton, les Mercedes s’y sont montrées sans faille. Au contraire de leurs adversaires les plus proches (Ferrari et Red Bull, comme d’habitude) qui ont pêché par une inattendue irrégularité. Celle-ci a été soulignée par Ricciardo, classé 5e à 50 secondes d’Hamilton et cependant auteur du meilleur tour en course avec près de 7/10 d’avance sur celui du vainqueur. Cela à égalité de changements de pneus. « Parfois ma voiture était d’une grande efficacité et au tour suivant j’éprouvais les pires difficultés pour rester sur la piste, » témoigna-t-il. En cause les nouveaux pneus Pirelli et leur épaisseur de gomme réduite de 4 millimètres… sur recommandation de Mercedes, nous dit-on ! Des pneus aussi capricieux en course qu’ils l’avaient été aux essais, surtout chez Ferrari et Red Bull. Une étrangeté à démêler  dès le prochain GP de Monaco pour mieux comprendre la reprise du pouvoir de Mercedes.

ENTENTE CORDIALE

GP Espagne 2018 Podium @ DR
GP Espagne 2018 Podium @ DR

Lewis Hamilton et Valtteri Bottas ont donné, après leur doublé, une jolie et rare image de la bonne entente pouvant exister entre deux équipiers et néanmoins rivaux. Ils se racontaient, tout sourire, quelques épisodes de leurs courses respectives, gestes à l’appui. Cela change de la rivalité ayant prévalu jusqu’à il y a deux ans entre Hamilton et Rosberg. Ou encore actuellement entre Verstappen et Ricciardo. Voire entre Vettel et Raïkkonen. A propos du tandem de la Scuderia Ferrari on conserve par exemple le souvenir du départ du GP de Chine où les deux rouges étaient en première ligne et où la première préoccupation de Vettel avait été de fermer la porte à Raïkkonen, le plaçant ainsi en difficulté par rapport aux Mercedes et Red Bull qui n’en espéraient pas tant. Rien de tel chez Mercedes au GP d’Espagne où Hamilton s’est abstenu de se rabattre devant Bottas… ce qui n’a pas empêché Vettel de prendre l’avantage sur le Finlandais, d’ailleurs. On perçoit chez Hamilton un respect de ses adversaires qui lui fait honneur.

GROSJEAN COMME DEVANT

GP Espagne 2018 R.Grosjean @ DR
GP Espagne 2018 R.Grosjean @ DR

Le fâcheux épisode déclenché par Romain Grosjean à Barcelone nous a ramené quelques saisons en arrière,  à l’époque où le franco-suisse jouait accidentellement les trouble-fête, époque que l’on croyait révolue. Or, après sa bévue accidentelle de Bakou (où par maladresse il avait involontairement modifié la répartition du freinage de sa Haas, provoquant sa sortie de route… derrière la voiture de sécurité), et après plusieurs incidents aux essais du GP d’Espagne (deux sorties sans dommage en L1, un tête-à-queue suivi d’un enlisement en L2, une nouvelle sortie en L3) Grosjean a attiré négativement l’attention en entrainant avec lui, lors d’une nouvelle faute, les infortunés Hulkenberg et Gasly. Accident lui ayant valu une sanction (trois places de pénalisation sur la grille de Monaco) et peut-être, ce qui est pire encore, la perte de son statut de leader de l’équipe Haas que ses résultats de 2017 lui valaient. Car pendant qu’il s’égarait, Magnussen obtenait une brillante 6e place après avoir tenu loin derrière lui les Renault, McLaren et autres Force India. Résultat qui, ajouté aux précédents, lui vaut d’occuper  la 9e place au championnat avec 19 points quand Grosjean n’a pas réussi à en marquer un seul. Pour un pilote dont la mauvaise réputation n’est pourtant pas usurpée, Magnussen a de quoi se réjouir.

LECLERC DÉFEND LE CLAN FRANÇAIS

GP Espagne 2018 C. Leclerc @ DR
GP Espagne 2018 C. Leclerc @ DR

N’en déplaise aux observateurs français s’obstinant à le considérer comme « étranger » (ce qui, en son temps, n’était pas le cas du grand Louis Chiron, Monégasque comme lui), Charles Leclerc a une fois encore, à travers une course de toute beauté, compensé le manque de réussite de ses camarades Français. Contrairement à Sergio Perez, Ocon n’est pas en réussite chez Force India. Ça n’est pourtant ni le talent ni la volonté qui lui manquent. Gasly, après son fameux exploit du GP de Bahrein (4e), court lui aussi après la réussite. On a évoqué plus haut le cas de Grosjean. Pendant ce temps, faufilant sa Sauber dans un peloton de F1 qui ne l’avait pas vue d’aussi près depuis longtemps, Leclerc enchaîne les bons résultats avec une modestie réjouissante. Le voici à la tête d’un capital de 9 points après cinq grands prix, ce que personne, pas même Frédéric Vasseur son directeur, n’aurait osé prévoir avant l’Australie. A Monaco, prochaine épreuve, il va être attendu au tournant. On peut parier, tant sa sagesse paraît grande, qu’il ne se laissera pas déboussoler par cette perspective.

FERRARI AU MAUVAIS ARRÊT ?

GP Espagne 2018 Ferrari @ DR
GP Espagne 2018 Ferrari @ DR

Après avoir gagné les deux premiers grands prix de la saison, Sebastian Vettel marque un temps de recul. En Chine, harponné par Verstappen, il avait grillé ses pneus arrière en les sollicitant à l’extrême dans l’espoir (vain) de ne pas perdre la 3e place qu’il tenait alors, finissant 8e. A Bakou, il avait encore grillé ses pneus, mais cette fois dans un freinage désespéré en tentant de ravir à Bottas sa première place, finissant 4e. En Espagne, nouvelle 4e place, pour s’être arrêté deux fois afin de changer de pneus quand les Red Bull se sont contentées d’un changement – ne parlons pas des Mercedes ! Un arrêt de trop ? « Non, assure Vettel, nos pneus s’usaient plus vite que chez nos adversaires ». Quoiqu’il en soit, la tâche s’annonce compliquée pour la Scuderia à Monaco. Sauf rétablissement de dernière heure. Avec l’appui de Pirelli ?

McLAREN : LE DEUXIÈME SOUFFLE.

Disons le tout net : on attendait bien mieux de McLaren au GP d’Espagne, qui nous avait promis une remise à jour importante au plan technique. Certes, Fernando Alonso s’est une fois encore (la cinquième en cinq courses) hissé parmi les dix premiers. Or sa huitième place est son moins bon résultat de l’année, ce qui est contraire aux espoirs qu’avait fait planer McLaren.  Fernando s’est montré loin de pouvoir rivaliser avec la Haas de Magnussen (le meilleur des « autres » tant en qualification qu’en course).  Et, sans doute plus que précédemment encore, de pouvoir rivaliser, à moteur égal, avec les Red Bull. Sans parler du meilleur tour exceptionnel de Ricciardo (1’18’’441, nouveau record) le meilleur tour d’Alonso (1’20’’727) rapporté à celui de Versteppan (1’19’’422) souligne combien il reste à accomplir à McLaren pour retrouver son lustre d’antan.

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Olivier Rogar
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Olivier Rogar

Le drift de Grosjean en plein peloton est la manoeuvre la plus débile que j’ai vue en quelques décennies de passion pour ce sport. Je ne suis pas du tout d’accord avec son manager qui dit que la décision pris en 1/1000 de seconde aurait pu être la bonne. Il y avait 99% de « chances » qu’elle soit mauvaise. Il va finir par se faire très mal ou, pis, faire très mal à quelqu’un. Qui parlait de coach récemment ? … Quant à l’entente Bottas-Hamilton, n’est elle pas due au fait que le rusé Hamilton ait le sentiment d’avoir désormais un… Lire la suite »

Hervé Smagghe
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Hervé Smagghe

A propos de Hamilton, et de son « lien » avec Bottas:
Souvenez vous du harcelement et du « lobbying » de Hamilton et son père, auprès d’un Ron Dennis aveugle.
Alors que l’équipier d’alors était Alonso.
Hervé

Bacinoni
Invité
Bacinoni

Hervé,

C’était il y a dix ans. L’un était rookie et l’autre double champion du Monde. Il semble, dix ans plus tard, que l’un a progressé humainement tandis que l’autre paye encore son « mauvais caractère ». J’en veux pour preuve les dernières déclarations de Wolff sur une possible arrivée d’Alonso chez les Gris.

Johnny Rives
Invité
Johnny Rives

Le déroulement lénifiant de ce GP d’Espagne n’est pas de très bon augure pour le GP de France, tout aussi conventionnel que celui de Catalogne, malgré son dessin différent. L’absence d’une ligne droite digne de ce nom s’achevant par un gros freinage (plus important que celui envisagé sur le Paul-Ricard à l’abord de la chicane placée dans la ligne droite du Mistral) y restreindra les possibilités de dépassements. Comme c’est souvent le cas à Barcelone et comme cela l’a été cette fois ci encore.

Johnny Rives
Invité
Johnny Rives

Pardon: … le Paul-Ricard étant tout aussi conventionnel… (etc.)

Thierry
Invité
Thierry

Merci M. Rives. Cela fait plaisir de vous lire, moi qui vous ai suivi sur TF1 en 1995.