Johnny Rives F1, Autriche 2017

 TOUT BIEN ORDONNÉ ! TROP BIEN…

 Après la deuxième pole position de sa carrière, Valtteri Bottas a pris un départ foudroyant (… surprenant ?) qui lui a permis de filer sans encombre vers la victoire au G.P. d’Autriche. Sa deuxième de la saison et en carrière. Bravo. Derrière lui, Sebastien Vettel a fait de son mieux pour qu’on oublie sa mauvaise réaction de Bakou. Et sa Ferrari ne s’est inclinée devant la Mercedes triomphante que pour six misérables dixièmes de seconde au bout d’une poursuite haletante de 307 km. Bravo là aussi. Et puis, une fois encore, Daniel Ricciardo a remarquablement tiré son épingle du jeu avec une Red Bull dont la cavalerie reste, en dépit des efforts de Renault, un poil en retrait. Bravo encore ! Enfin, Lewis Hamilton  a réussi à compenser partiellement le handicap d’une pénalité concédée par son équipe à Spielberg pour qu’il en soit épargné à Silverstone en fin de semaine. Chez lui, devant son public, c’était l’écueil à éviter en toute priorité. Bravo, bravo, bravo !

 Mais force est de constater que cette belle hiérarchie si bien ordonnée à l’issue d’un Grand Prix au final pourtant intense n’a guère contribué à nous tenir en haleine. Chacun était à sa place dès les premiers tours de ce circuit qui n’a plus la grandeur qui était la sienne à l’époque où on l’appelait Zeltweg. Tout était bien ordonné dans le déroulement de ce G. P. d’Autriche décevant. Trop bien ordonné. La course a terriblement souffert de ce manque d’incertitude qui fait le sel de tout spectacle sportif. A Spielberg nous étions loin, très loin, de Bakou et de ses surprenants désordres. Les nouveaux gestionnaires des Grands Prix n’ont pas dû manquer d’établir la même constatation. Si par chance ils s’avisaient de se pencher sur la question avec le concours indispensable de la F.I.A, espérons que ce sera en respect de la nature profonde des Grands Prix. De leur essence même. Celle qui, depuis 1950 avec la création du championnat du monde de F1, et même lors des années 1930 avec les mémorables batailles de ces pilotes que l’on avait surnommé les « Titans », a fait leur grandeur.

                                                            Johnny RIVES.

GP Autriche 2017 - Valtteri Bottas @ DR
GP Autriche 2017 – Valtteri Bottas @ DR

BOTTAS

Au vu de cette bientôt première demie saison, l’équipe Mercedes n’a pas beaucoup perdu au change en remplaçant Nico Rosberg, démissionnaire heureux, par Vallteri Bottas. En neuf Grands Prix, le taciturne Finlandais a totalisé deux victoires et six podiums. Cette jolie moisson lui permet d’occuper une confortable troisième place au championnat derrière l’inapprochable tandem Vettel-Hamilton. Inapprochable ? Cela reste à voir car finalement Bottas n’est pas si loin de son propre équipier : 151 points pour Lewis, 136 pour lui – la valeur s’une simple troisième place les sépare. Certes cet écart a de grandes chances de s’accroître dans quelques jours. Car tout sera fait chez Mercedes pour qu’Hamilton s’illustre devant son public. Quitte à ce que cela soit au détriment de Bottas lui-même. Evidemment l’objectif prioritaire sera de battre les Ferrari. Ce qui, sauf caprice météorologique toujours possible à Silverstone, ne devrait pas poser de problème d’après ce que l’on a pu voir à Spielberg.

VETTEL

GP Autriche 2017 - Sebastian Vettel @ DR
GP Autriche 2017 – Sebastian Vettel @ DR

Tout contrit d’avoir été (avec mansuétude) rappelé à l’ordre par la FIA après son coup de sang azerbaïjanais, Sebastian Vettel n’a pas pour autant été muselé. A preuve ses protestations sur le départ qu’il juge anticipé de Bottas en Autriche. L’enquête de la FISA lui a donné tort : Bottas a réagi 0’’201 après l’extinction des feux, ce qui est conforme. Là où le témoignage de Vettel est troublant c’est que lui (et pratiquement tous les autres) ont réagi avec 0’’3 et quelques centièmes alors que d’habitude le temps de réaction moyen se situe entre 0’’2 et 0’’3. C’est-à-dire en dessous des relevés effectués à Spielberg… à l’exception des 0’’201 de Bottas ! Vallteri a-t-il bénéficié d’un bug du système de mesure ? C’est ce que sous entend Vettel, sans pouvoir le prouver évidemment. L’Allemand a néanmoins pris sa deuxième place de Spielberg avec le sourire puisqu’elle lui a permis d’accroître son avance sur Hamilton. Entre eux, la bagarre promet d’être serrée pour le titre, au vu de la prestation des Mercedes et des Ferrari en Autriche. Les flèches d’argent semblent, malgré les efforts consentis par Ferrari, posséder encore un avantage sur les Rouges. Aussi léger soit-il. On peut compter sur Hamilton pour en tirer parti…

RAÏKKONEN

GP Autriche 2017 - Valtteri Bottas - Kimi Raikkonen@ DR
GP Autriche 2017 – Valtteri Bottas – Kimi Raikkonen@ DR

Ils sont six pilotes avec qui les autres ne sont guère capables de rivaliser : ceux des Mercedes, Ferrari et Red Bull. Il n’est qu’à consulter les grilles de départ depuis le début de la saison, c’est eux qui, à de rares exceptions près, monopolisent les trois premières lignes. Si l’on fait exception de Max Verstappen – sur lequel s’accumulent tous les soucis qui accablent les Red Bull – le moins brillant d’entre eux est Kimi Raïkkonen. Son score au championnat du monde est éloquent : il ne totalise même pas la moitiés des points marqués par Vettel depuis le début de la saison : 171 pour l’Allemand, 83 pour lui. A Spielberg tandis que les quatre premiers classés ont terminé dans une fourchette étroite (moins de 7 secondes entre Bottas vainqueur et Hamilton, quatrième), Kimi est arrivé 20 secondes après Vallteri. Evidemment, 20 secondes ne sont pas grand chose dans une course de presque 82 minutes. Mais ici elles ont marqué une différence notable qui n’a pas échappé au président de Ferrari, Sergio Marchione. Lequel a exprimé ouvertement une critique à l’adresse de l’ancien champion du monde finlandais. Il lui reproche d’être insuffisamment impliqué. C’est un constat d’une gravité extrême dans la perspective du renouvellement du contrat liant Kimi à la Scuderia Ferrari. Vu de loin, le jugement peut paraître sévère car il nous semble que Raïkkonen fait vraiment le maximum pour tirer tout le parti possible de sa belle rouge. Mais la réalité est là : après neuf Grands Prix, les résultats pouvant en faire la démonstration se faisaient toujours attendre. Enfin la réussite à Silverstone ? Croisons les doigts pour Kimi, qui a toute notre sympathie.

VERSTAPPEN

GP Autriche 2017 - Kvyat -Toro Roso @ DR
GP Autriche 2017 – Kvyat -Alonso @ DR

Lui aussi sans réussite, Max Verstappen est loin de soulever la même inquiétude chez Red Bull. Les performances, il les multiplie, notamment en qualification. Mais en course, sa machine ne le suit pas toujours. A Spielberg, il n’a même pas eu le temps de montrer en course ce dont il est capable. Trahi par son embrayage, il est arrivé à l’arrière du peloton dans le premier virage où Danil Kvyatt s’est chargé, à sa façon, de faire le ménage – aux dépens de Verstappen et aussi d’Alonso qui n’est guère plus chanceux que le Néerlandais.

Ferrari regarde intensément de son côté mais on ne tient pas à le laisser partir chez Red Bull. Et cela se comprend. C’est une bonne nouvelle pour Raïkkonen.

GROSJEAN

GP Autriche 2017 - Romain Grosjean - Haas @ DR
GP Autriche 2017 – Romain Grosjean – Haas @ DR

Avec une pointe d’humour appréciable, Romain Grosjean s’est dit satisfait de terminer premier derrière les pilotes « hors concours » de la F1. Il a même obtenu la 6e place grâce au retrait de Verstappen. En foot, on dirait qu’il a fini premier du « reste du monde ». Depuis quelques Grands Prix les choses ont l’air de tourner un peu mieux pour lui et pour sa Haas, dont il semble avoir surmonté les problèmes de freinage. A Spielberg, il a réussi une prestation de toute beauté, émergeant immédiatement parmi les meilleurs. Après s’être incliné devant Raïkkonen, puis Hamilton, il s’est maintenu avec une jolie constance en tête du « reste du monde », donc. Ce qui lui a permis, à l’arrivée, de placer sa F1 americano-italienne devant les Force India et les Williams – ce qui n’est pas rien.

Au passage, Grosjean a même ravi la vedette française à Esteban Ocon, qui l’accaparait depuis le début de la saison. Mais qui cette fois, de nouveau derrière ce dur à cuire qu’est Sergio Perez, s’est contenté d’un résultat qui l’a déçu lui-même. Si on lui avait dit cet hiver qu’il serait déçu par une huitième place, Ocon ne nous aurait certainement pas cru. Et pourtant…

Johnny Rives

« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »

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Johnny Rives

10 pensées sur “Johnny Rives F1, Autriche 2017

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    FERRARI a mis au point en intersaison un plancher souple en carbone qui se déformait sous l’effet astucieux d’un matériau innovant et d’une conception innovante elle aussi. Le plancher se déformait tellement sous l’effet de la vitesse que la FIA en a été informée par les autres teams. Du coup, apparement pour en garder le caractère homologuable, Ferrari a du « brider » ce plancher souple. Une explication pour la baisse de forme des voitures italiennes ?

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    Johnny est une plume magique Eric mais je ne pense pas qu’il ait « les clefs de Chase Carey » !!!
    En revanche pour moi qui ne peut voir les Grands Prix ses articles me suffisent pour avoir les infos principales et garder un intérêt pour la F1 ?. Merci à lui ?

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    « Sur le circuit que l’on nommait Zeltweg » devrait écrire la légende… Aujourd’hui on le nomme Spielberg qui est un lieu dit plus conforme à la vérité géographique. Ou Red Bull pour les partisans du sponsoring à tout crin !

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    En réalité, et Johnny le sait, le vrai Zeltweg était le petit circuit tracé artificiellement à la fin des années cinquante sur l’aérodrome militaire de Zeltweg le bien-nommé et qui servit de « répétition générale » lors du Grand Prix d’Autriche 1964 avant la construction de l’Österreichring en 1969, Österreichring qui fut le spendide circuit que nous avons tous aimé avant le charcutage du à Hermann Tilke ayant abouti à l’A1 Ring dans les années 90, A1 Ring rebaptisé Spielberg maintenant. Ou Red Bull Ring, comme tu le dis, Johnny. Je crois d’ailleurs que c’est le nom tout à fait officiel du circuit maintenant, depuis que Dietrich Mateschitz a payé fort cher le droit d’avoir le nom de sa boisson au-dessus du circuit national.

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    Charcutage consécutif à la mort de DONOHUE , il ne faudrait point oublier

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    Hamilton domine à Bakou, se révèle le plus rapide aux essais d’entrée de jeu en Autriche et en course, mais il se heurte de façon récurrente à une succession d’ennuis. Au Spielberg il ne peut plus jouer la pole et Bottas qui vaut intrinsèquement 2/10 de moins que Hamilton, avec l’aide des datas partagées réduit son handicap et réussit même à décrocher le meilleur temps. Il dispose donc d’une voiture parfaitement réglée pour la course avec des ultra tendres qui font plus de tours que les super tendres de Hamilton dont les réglages empiriques de l’aileron avant sur la grille ne présageaient rien de bon. Quand Hamilton chaussa les ultra tendres ils se dégradèrent en quelques tours avec une voiture allégée alors qu’à son premier relais Bottas emmena sans difficulté ses ultra tendres jusqu’aux 41ème tour. Le britannique regretta d’avoir été rappelé inopinément au stand sans que le management de son équipe ne se préoccupe de ses retours sur l’équilibre de sa voiture. Tandis que Bottas après sa victoire expliquait sur le podium qu’il avait tout le soutien de son équipe, Hamilton devait penser qu’il n’est pas simple d’être prophète chez Mercedes.

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    M.RIVIERE ;
    Disposeriez vous de données confidentielles , donc a priori secrètes et non divulgables ,de MERCO pour affirmer de façon aussi péremptoire que Loulou vaut 2/10 de mieux que son équipier ?? Si non , il vaut mieux ne rien dire et encore moins écrire .
    Bonsoir

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