26 septembre 2014

Adjö Herre Waldegård

Waldegard-Escort.jpg

Björn Waldeg …hum, bon, comment on fait ce a surmonté d’un petit rond ? … ah, il faut taper Alt+0229 ! eh ben, impossible à deviner … et ce a s’appelle « a rond en chef » ; au moins j’ai appris quelque chose aujourd’hui. Waldegård, donc. Il y a 45 ans, quand Björn Waldegård est apparu sur le devant de la scène, les machines à écrire du sud de l’Europe n’avaient pas ce å que l’on prononce « ô ». Et les journalistes confrontés à ce problème l’ont remplacé par un double a. C’est ainsi que durant quasiment toute sa carrière, Waldegård fut appelé Waldegaard. Cela n’émut guère le principal intéressé qui se contentait de dire qu’il préférait voir son nom mal orthographié en haut des classements plutôt que parfaitement conforme mais en queue de liste. Et le haut des classements, il le fréquenta souvent pendant plus de quinze ans.

Olivier Favre

 Waldegard-Monte 69.jpg

Quand, il y a trois semaines, le grand Suédois dégarni a fait une dernière fois la une à l’occasion de son décès à 70 ans, terrassé par le cancer, c’est à l’orthographe de son nom que j’ai pensé en premier. Mais immédiatement, l’anecdote a laissé la place au souvenir global d’un grand rallyman, certainement l’un des plus grands. 16 victoires en championnat du monde (qui ne fut créé qu’en 1973, soit plusieurs années après son éclosion au plusWaldegard-San Remo 76.jpg haut niveau), une polyvalence marquée mais une réussite toute particulière en Afrique (4 victoires au Safari, 3 en Côte d’Ivoire), des victoires sur des voitures totalement différentes (911, Escort, Stratos, Mercedes 450 SLC), un don extraordinaire pour l’improvisation, le pilotage à l’instinct, et un titre de champion du monde en 1979, le premier qui fut décerné à un pilote de rallye. Tout cela est connu et a été abondamment rappelé à l’occasion de sa disparition.

Mais curieusement, pour ma part, quand je pense à la carrière de Björn Waldegård, ce ne sont pas ses nombreux succès qui me viennent à l’esprit en premier. C’est une défaite. Mais pas n’importe quelle défaite. Une défaite glorieuse, une de celles qui font plus que bien des victoires pour exhausser un personnage. Monte-Carlo 1979 : à l’évocation de ce rallye, tout le monde pense illico à Darniche et à sa Stratos bleue, à son extraordinaire remontée de la dernière nuit et à sa victoire pour 6 petites secondes. Mais ce qu’on oublie parfois (ou que l’on veut oublier, peut-être par solidarité nationale avec Nanar …), c’est que le 2e, Waldegård justement, qui avait jusque là dominé le rallye de la tête et des épaules, n’aurait pas laissé échapper la victoire sans la bêtise chauvine d’une poignée de spectateurs.Waldegard_Monte_1979.jpg En effet, une fois encore (souvenons-nous de Larrousse en 68, mais aussi de Thérier en 81), quelques crétins inconscients (pléonasme ?) jugèrent opportun de fausser l’empoignade finale en déposant un gros rocher sur la route, juste avant le passage du leader suédois dans l’avant-dernière spéciale. Le temps perdu par celui-ci et son coéquipier Hans Thorszelius pour le déplacer et repartir fut évidemment bien supérieur à 6 secondes et c’est ainsi que la performance – au demeurant extraordinaire – de Darniche fut assombrie par une injustice évidente. En tout cas pour l’adolescent d’à peine 13 ans que j’étais alors. Certes, Waldegård avait déjà gagné le Monte, deux fois même. Mais justement, le gagner une troisième fois, 10 ans tout juste après la première victoire, ça aurait eu de la gueule. Surtout au volant d’une Escort qui serait ainsi devenue la voiture de rallye la plus polyvalente de son époque, puisque la seule à s’être imposée sur tous les terrains : l’asphalte du Monte-Carlo, après la boue du Safari, les chemins de terre du RAC,  la neige de Suède, les bosses des 1000 Lacs, …

Waldegard-Bandama 83.jpg

Waldegård sut surmonter cette déception pour remporter le titre mondial quelques mois plus tard. Mais c’est cet épisode douloureux que je voulais rappeler pour saluer la mémoire d’un grand Monsieur du rallye, peut-être le plus grand rallyman des années 70, doublé d’un homme simple, abordable et discret. Adjö och tack Herre Waldegård !*

 

* Au revoir et merci Monsieur Waldegård !

 

Illustrations :
Porsche 911 S – Monte-Carlo 70 @ DR
Lancia Stratos – San Remo 76 @ DR
Escort 1800 RS – Monte-Carlo 79 @ DR
Toyota Celica Turbo – Côte d’Ivoire 83 @ DR

 

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