Les abonnés de Canal+ l’ont signifié clairement en attribuant au GP de France 2019 la pire note depuis le début de la saison (10,2/20). Bien vu : il ne s’est rien produit d’extraordinaire sur le circuit Paul-Ricard. Un beau cavalier seul d’Hamilton ? Déjà vu ! Les Ferrari inférieures aux Mercedes ? Déjà vu ! Le gros peloton à des années lumières des cinq habituels hommes de pointe ? Déjà vu !
Il a fallu attendre le 53e et
dernier tour pour enfin connaître une vraie émotion. Quand, profitant des
difficultés mécaniques de Lando Norris, le trio Ricciardo,Raïkkonen,Hulkenberg
s’est empoigné férocement pour conquérir la 7e place que la McLaren n°4 ne
pouvait plus défendre.
Mais, patatras, les commissaires sportifs n’ont pas trouvé cet épisode émotionnel à leur goût. Ils ont frappé avec le même aveuglement que ceux du Canada l’avaient fait au détriment de Vettel. Cette fois les 5 secondes de pénalité ont frappé Ricciardo. Ce qui avait été une course de vitesse devint tout à coup un tribunal correctionnel.
Ah ! René Arnoux, ah ! Gilles Villeneuve, votre duel de 1979 à Dijon, que tous les passionnés évoquent quarante ans après avec tant de ferveur, appartient à une époque révolue. Ceux qui ont la charge d’entretenir notre beau jouet s’acharnent à le casser. Ironie des circonstances, ce sont les mêmes qui s’inquiètent de relancer l’intérêt de la F1. Ubuesque ! Comment conclure autrement que par le juron préféré du héros d’Alfred Jarry :
« Lorsque j’ai été appelé sous les drapeaux, à 21 ans, j’avais déjà une petite expérience journalistique. Un an et demi plus tôt j’avais commencé à signer mes premiers « papiers » dans le quotidien varois « République », à Toulon. J’ai envoyé le dernier d’entre eux (paru le 4 janvier 1958) à Pierre About, rédacteur en chef à L’Equipe. Il m’a fait la grâce de me répondre après quoi nous avons correspondu tout au long de mes 28 mois d’armée. Quand je revins d’Algérie, très marqué psychologiquement, il voulut me rencontrer et me fixa rendez-vous au G.P. deMonaco 1960. Là il me demanda de prendre quelques notes sur la course pendant qu’il parlait au micro de Radio Monte-Carlo. J’ignorais que c’était mon examen d’entrée. Mais ce fut le cas et je fus reçu ! Je suis resté à L’Equipe pendant près de 38 ans. J’ai patienté jusqu’en 1978 avant de devenir envoyé spécial sur TOUS les Grands prix – mon premier avait été le G.P. de France 1964 (me semble-t-il bien). J’ai commencé à en suivre beaucoup à partir de 1972. Et tous, donc, dès aout 1978. Jusqu’à décembre 1996, quand les plus jeunes autour de moi m’ont fait comprendre qu’ils avaient hâte de prendre ma place. C’est la vie ! Je ne regrette rien, évidemment. J’ai eu des relations privilégiées avec des tas de gens fascinants. Essentiellement des pilotes. J’ai été extrêmement proche avec beaucoup d’entre eux, pour ne pas dire intime. J’ai même pu goûter au pilotage, qui était mon rêve d’enfance, ce qui m’a permis de m’assurer que j’étais plus à mon aise devant le clavier d’une machine à écrire qu’au volant d’une voiture de compétition ! Je suis conscient d’avoir eu une vie privilégiée, comme peu ont la chance d’en connaître. Ma chance ne m’a pas quitté, maintenant que je suis d’un âge avancé, puisque j’ai toujours le bonheur d’écrire sur ce qui fut ma passion professionnelle. Merci, entre autres, à Classic Courses. »