Merci Monsieur Moity

La disparition de Christian Moity a suscité l’émotion de nombreux lecteurs de Classic Courses et, sans surprise, plusieurs de nos auteurs ont souhaité lui rendre hommage. Jacques Vassal dont il a été le rédacteur en chef et Olivier Favre qui a été l’un de ses lecteurs assidus nous rappellent pourquoi cet homme les a tant marqué.

Nous adressons à son épouse, à sa fille et à ses deux fils nos condoléances les plus amicales.

Classic Courses

MONSIEUR MOITY PAR JACQUES VASSAL

Une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Quelques heures après celle de John Surtees, nous apprenions la mort de Christian Moity. La signature de ce grand journaliste du sport automobile était une référence pour tous les amateurs et les professionnels de ce sport. A commencer par ceux qui, gamins dans les années 50, adolescents dans la décennie suivante, s’abreuvèrent de ses articles, toujours précis et documentés, dans le mensuel L’Automobile – et plus spécialement dans le supplément Sports Mécaniques, dont il fut longtemps la plume n° 1. Il y avait débuté en 1956, fréquentant assidûment les circuits, de Reims à Montlhéry, de Spa au Mans. Il vouait une passion particulière aux 24 Heures du Mans, dont il ne manqua pas une seule édition de 1956 aux années 2000, devenant avec Jean-Marc Teissèdre, qu’il avait formé, co-auteur de l’annuel officiel de cette course.

Charade - 24 sept 1989 - C.Moity - JM Fangio @ Christian Bedeï
Charade – 24 sept 1989 – C.Moity – JM Fangio @ Christian Bedeï

Pour avoir eu l’honneur et le bonheur de travailler longtemps sous sa direction, quand il était rédacteur en chef d’Auto-Passion puis, sporadiquement, compagnon d’autres aventures comme Automobile Historique, je puis dire que Christian Moity était non seulement un journaliste d’une qualité exceptionnelle (précision, rigueur, documentation, probité), mais aussi un « chef » d’une profonde humanité et un homme d’une grande culture, pas seulement automobile. Il avait une connaissance aussi précise, par exemple, de la musique de Mozart, des livres de Victor Hugo, que de la carrière de Juan Manuel Fangio. Esprit très indépendant, atypique et non-conformiste, il n’était pas « politiquement correct ». Par exemple il vouait une véritable admiration à Napoléon 1er, moi non plus, mais c’était un homme d’une grande tolérance, capable d’écouter, voire de prendre en compte les avis divergents. Il avait aussi une vraie confiance dans ses journalistes, qui la lui rendaient bien, et les encourageait à écrire jusqu’au bout de leurs idées, ayant trop souvent lui-même, disait-il, subi des coupures intempestives de ses précédents employeurs ! Il portait aussi un regard acéré sur le choix des photos, Christian Bedeï et d’autres vous le diront, et prêtait régulièrement tel ou tel dossier de ses précieuses archives. Cela s’appelle le sens du partage et, savez-vous, ce n’est pas si courant dans notre société? Ajoutez à cela un sens de l’humour et un goût pour les anecdotes truculentes, notamment sur Enzo Ferrari et sur d’autres constructeurs et leurs pilotes, dont il nous régalait régulièrement. On ne s’ennuyait jamais en travaillant avec lui, on apprenait toujours. Et sous ses airs bourrus, voire bougons, qui ne lui rendaient peut-être pas toujours service, il cachait – mal – un coeur en or et une vraie générosité.

Et d’ailleurs, un homme né en 1929, comme Stirling Moss ou Jacques Brel, ne pouvait pas être mauvais.

MONSIEUR MOITY PAR OLIVIER FAVRE

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Vendredi 10 mars 2017 : le décès de John Surtees est annoncé. Encore un pilote de légende qui s’en va, même si ça fait bateau de le dire, à force. Une double légende dans ce cas, puisqu’elle s’écrivit sur 2 roues et sur 4 roues. Et cette disparition touche évidemment tout passionné de l’histoire de la course. Mais, à titre personnel, c’est la mort de Christian Moity, apprise quelques heures plus tard, qui me marque le plus.

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Christian Moity @ DR

Car, quand on se pique d’écrire sur l’histoire du sport automobile, comment ne pas reconnaître ce qu’on doit à quelqu’un comme lui ? Si au tout début du XXIe siècle j’ai finalement décidé de pondre un premier article remontant plus de trente ans en arrière, c’est parce que pendant les quelque 20 années précédentes j’avais lu, absorbé, ingurgité, je dirais même « incorporé » la prose de quelques grandes plumes de la presse automobile française, à commencer par celle de Christian Moity. L’annuel des 24 Heures du Mans, quelle institution ! Et l’histoire de la course mancelle en photos, double pavé en 1992, triple en 2010, quels monuments ! Moity et les 24 Heures, pour moi c’était quasiment synonyme. Je me souviens encore très bien du jour où mon frère m’a rapporté comme cadeau d’anniversaire (le 14e ? le 15e ?) le livre « Les 24 Heures du Mans 1949-1973 ». Jamais cadeau ne fut plus attendu, jamais livre ne fut plus avidement dévoré. Voilà un ouvrage qui posa les bases de ma passion pour l’histoire de la course en général, pour celle de l’endurance en particulier. Ensuite, je découvris qu’il n’y avait pas que Sport-Auto et Auto-Hebdo : le supplément « Sports mécaniques » de L’Automobile magazine était au moins aussi riche, il suffisait de remonter le temps pour y trouver les articles et dossiers de Christian Moity. Notamment ceux qui faisaient le point des forces en présence avant le grand rendez-vous de la mi-juin.Moity 2 Evidemment, moi je connaissais le résultat, mais ça ne m’empêchait pas – au contraire même – d’apprécier la finesse de l’analyse mariée à la fluidité et la clarté du style. Un plaisir toujours renouvelé à chaque nouvelle livraison d’Auto-Passion où je me réjouissais de déguster comme un grand cru ses dossiers sur tel sport-prototype ou tel grand moment de l’histoire de l’endurance.

Pierre Desproges disait « je les connais bien, je leur ai touché la main ». Je n’ai pas connu Christian Moity, malheureusement, mais je lui ai serré la main sur une manifestation historique en 2004. Ce fut très bref et ma timidité m’empêcha de saisir l’occasion de lui dire ce que je lui devais ; mais je m’en souviens bien, pour moi ce ne fut pas un moment anodin.

C’est idiot, mais j’aime bien l’idée que Moity et Surtees soient partis le même jour. Je les imagine faisant le voyage ensemble pour aller retrouver dans le grand paddock céleste, l’un les Siffert, Rodriguez, Bonnier, Cevert, …, l’autre les Jenkinson, Cahier, Crombac, Rosinski, …

Au revoir Monsieur Moity. Et merci.

Illustrations © DR

Olivier Favre

Olivier a collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui lui ont permis de garder le contact, précieux, avec le papier. Et enfin Olivier contribue activement à Classic Courses depuis 2012.

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5 pensées sur “Merci Monsieur Moity

  • Rien à ajouter aux propos de Jacques Vassal qui l’a parfaitement décrit. Tout est dit. Une belle âme !

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  • Bel hommage, bel article qui a brossé avec tellement d’exactitude le portrait de l’homme remarquable qu’était Christian.

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  • J’ai croisé le chemin de Christian Moity à maintes reprises du temps où je pigeais pour Auto Passion avec mes illustrations. Et quand Jacques parle de connaissance et de tolérance, me revient une anecdote qui modifia ma façon d’aborder les faits historiques. Christian n’était alors plus rédacteur en chef mais venait régulièrement au 3e étage de chez Hommell pour ses articles fouillés, ou ses chroniques sur le modélisme pour le magazine. Un après-midi, il était là à tourner dans ses mains une petite Lotus 49 Gold Leaf sur laquelle était écrit « Jim Clark » et se demandait quel Grand Prix cela pouvait être car ce n’était pas précisé sur la boîte. Assistant à la scène, j’osai faire valoir ma (petite) science et lançai fièrement : « Ce doit être une erreur car Clark n’a pas eu le temps de piloter cette 49 Gold Leaf ». Quelques secondes de silence, puis Christian bougonna de sa voix sourde : « Mouais… ‘y a pas que les Grands Prix officiels dans la vie ». Comme je restai sans réponse, il continua : « La Tasmanie, ça vous dit quelque chose »?
    De ce jour, j’appris à essayer autant que faire se peut de vérifier mes sources avant de sauter sur l’occasion de me distinguer. Mais dans l’histoire, Christian ne m’avait pas descendu, comme auraient pu le faire d’autres. Il m’avait simplement et humblement indiqué la marche à suivre. Par la suite, nous avons collaboré sur des dossiers de voitures pour lesquels je dessinais les profils, et j’eus l’occasion d’aller chez lui pour chercher des documents et d’admirer sa « caverne d’Ali Baba » où était entassée (dans le plus grand bordel, mais lui s’y retrouvait !) une documentation impressionnante.
    Je me souviens aussi de discussions improvisées avec lui les matins de presse à Rétromobile sur le stand Berlier où j’étais impressionné par le coup de fourchette à 10H00 du mat’ du bonhomme dès qu’il s’agissait d’attaquer les charcutailles lyonnaises. Car en plus d’aimer les voitures, l’Histoire et la musique, il ne passait pas son tour au buffet !

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  • Avec 42 fois les 24 heures au compteur en 50 ans (depuis 1966) C.Moity était le « personnage essentiel » dans mon aventure avec Le Mans. Aussi bien dans ces rubrique de l’Automobile magazine » que dans ces annuels sur Le MANS que je possède tous depuis celui de 1978.J’ai eu le privilège de discuter avec lui de nombreuses fois lors des pesages des 24 heures , accessible et historien merveilleux que du bonheur à chaque fois .Merci de lui avoir rendu hommage des cette rubrique

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  • Effectivement , toute ou presque mon adolescence avec le cahier Sports mécaniques de l’Automobile des sixties : gratuit car inclus dans la revue . Je relis ces anciens numéros régulièrement avec plaisir , surtout face à la médiocrité actuelle des revues françaises : que ce soit l’Automobile , sport auto ou l’hebdo voici-hebdo . Merci Monsieur : o tempora , o mores .

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