Rétromobile 2015 – D’or et de rouille

Un peu sonné. C’est ainsi que je suis sorti de Rétromobile. J’avais l’habitude de croiser au milieu de belles carosseries, comme si j’étais dans un musée et d’en sortir émerveillé. J’en ignore la cause mais ce ne fut pas le cas cette année. Les  prix étaient-ils affichés en plus gros que les caractéristiques ? Les hôtesses étaient – elles plus dicrètes, elles aussi cachées par les multiples zéros ? Le livre – à vendre – qu’on m’a presque mis dans les mains pour attendre Erik Comas avec lequel je souhaitais discuter ? La surcôte de certaines voitures, proposées ici 50% plus cher que sur le marché ?  Toujours est-il que j’ai eu comme une nausée. J’ai repris mon souffle devant le coupé Napoléon – Qui oserait appeler une voiture comme celà aujourd’hui ? (A part moi) avant de trouver refuge dans les boutiques, chez les artistes et artisans du salon. J’y ai repris mon souffle. Le rétablissement fut complet après une escale ravitaillement sur le stand « Limousin » et un bon dîner Classic COURSES. Les copains étaient là. Mon salon et moi étions sauvés !

Olivier Rogar

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Le prix du rêve

Le temps où l’on tombait sur la bonne « occase », discutait, concluait, amassait de la « pièce », bricolait et roulait avec les copains, est passé. On y redoutait la panne. Celle qui retardait l’heure des agapes. Le temps des agents, des courtiers, des financiers est arrivé.  Recherche « worldwide », négociations, contractualisation, locaux sécurisés, côte d’investissement… On redoute l’explosion de la bulle. Celle qui nous laissera avec une auto moins mobile qu’espéré.

« Oui la 2,7 RS (Porsche) fait 750» et devant le silence de déglutition du quémandeur, le marchand d’ajouter «  mais j’ai cette formidable 914-6 à 250»… Inutile de préciser qu’on parle ici en milliers d’euros et que j’ai cru entendre dire « mon pauvre »… mais quand on hallucine ?…

« The times they are a changin’». Le vieux Bob a toujours raison.

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Spéculations

Les populaires et leurs Clubs pittoresques ont disparu. Young-timers d’un côté et stands grands constructeurs de l’autre les ont remplacés. Rolls, Berliet, De Dion-Bouton, Hispano, Talbot, Bugatti, Facel : les grands Clubs se font discrets mais sont encore là. Les marchands par contre sont bien visibles. Anglais, français, allemands, néerlandais, suisses, belges, italiens. GT classiques en majorité et quelques très belles voitures de courses.

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Certains continuent de mener vente et art de la mise en scène, avec de belles expositions de modèles rares. D’autres ont simplement déployé leur étal. Les prix affichés comme des trophées sont à tomber à la renverse tellement ils paraissent décalés avec la vraie vie. Stands fermés, personnel d’accueil : c’est le règne de l’entre-soi et le quidam n’a pas droit de cité. Le voici condamné à déambuler. Un peu barbouillé. Il se demande si le journal de 20h00 ne le baratine pas avec cette crise qui dure et fait mal à certains. Mais ce quidam est-il celui qu’on pense ? …

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Avec ou sans rouille ? 

La vente aux enchères Artcurial mettra – t elle un bémol à ces envolées ? Nous ramènera-t- elle sur terre ?  Maintenant tout le monde connait la collection Baillon : une cinquantaine bien rouillée pour deux belles bien patinées. Des estimations qui laissent pantois suivies d’une vente qui a multiplié les plus optimistes par un facteur deux… Les hordes d’acheteurs sont là. Physiquement ou par téléphone. Sur place ou à des milliers de kilomètres. Dans la salle les bras se lèvent sans répi, mécaniquement. Les docteurs Folamour ont bien débarqué. 26 millions. Belle vente. Bravo. Maintenant on sait que les Ferrari comme neuves sont des voitures de parvenus et celles bien érodées que l’on hésiterait presque à montrer sont celles des esthètes. Le comble du raffinement.

Les « sans-rouille » seraient-elles désormais à l’automobile de prestige ce que les « sans-dents » (selon la dialectique présidentielle…) sont à notre humanité sociale ?

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Banque et vieilles tôles

On en vient à reparler d’argent. Encore. Mais c’est normal. Il y a des choses dont la logique incertaine demande à être comprise. Il y a aujourd’hui une telle demande pour l’auto de collection, si possible avec laquelle on puisse rouler, se faire plaisir – vous connaissez beaucoup d’investissements qui permettent de prendre son pied  tout en prenant de la valeur en vieillissant ?…. – et se faire voir en circuit, en rallye ou à St Trop,  que l’offre n’est pas suffisante pour certains modèles.

Comme le marché s’élargit aux pays émergeants, la pression s’accentue. Des fonds d’investissement se constituent qui achètent et stockent en vue de revendre. A qui, à quel moment ? Aux pays qui s’ouvriront bientôt à l’importation de voitures anciennes probablement. Ce qui aura pour effet de faire monter davantage les prix. La France protège involontairement ses collectionneurs en faisant sortir la voiture de collection de l’assiette de l’ISF, ce qui en fait un placement intéressant compte tenu de ce qui vient d’être exposé. Pour autant, personne n’est à l’abri d’un changement de politique en ces temps de disette fiscale et il est par ailleurs probable que la majorité des acheteurs de la collection Baillon soient étrangers.

Etrangers. Oui. De nombreux pays ont des situations économiques florissantes, d’une part et d’autre part, il y a dans le monde des individus qui peuvent acheter ce qu’ils veulent, se connaissent et se sont créés une belle compétition entre happy fews pour qui parviendra à acquérir les plus belles pièces. Une Royale, une Ferrari P4 ou une 250 GTO serait à vendre, elle trouverait aussitôt acquéreur en battant, c’est certain, un record du monde.

Reine et DS

L’une à l’apogée d’une vision élitiste  et traditionnelle voulue par un artiste en mécanique. L’autre descendante d’une ambition à la fois populaire et technologique voulue par l’esprit avant – gardiste d’un artiste en marketing. La reine de voitures ne fut pas celle des rois tandis que la DS fut « la » voiture emblématique de notre république laïque.  Voitures contraires. Respect universel.

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Je contemple la DS décapotable. A ma gauche une silhouette en costume ne m’est pas inconnue. « Mr Richards ?  » « Yes », « Nice to meet you », shake hands, « Very pretty french car », « Yes, that’s our « Volante » , smiles. Ce n’est pas tous les jours qu’on serre la main d’un – ancien- propriétaire d’Aston-Martin.

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Jean Pierre Wimille

Pierre Ménard nous en a parlé. Je n’ajouterai qu’un chose à l’émotion. En 1942 tandis que certains « réfléchissaient », que d’autres plongeaient dans un confortable exil, il y eut des pilotes comme Williams, Benoist ou Wimille qui s’engagèrent dans la résisitance. Les deux premiers y laissèrent leur vie. Wimille s’en sortit. Qui plus est en ayant étudié ce prototype. En pleine guerre. Chapeau.

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Petit commerce 

Mais alors….que diable le quidam va-t-il faire dans cette galère ? Il va simplement admirer, se procurer un livre, une pièce détachée, un joint (en caoutchouc), une miniature… Mais avec la manière. Il va discuter. Echanger. Communier à cette passion partagée. Et c’est ce qui rend ce salon malgré tout unique. Il n’a pas encore perdu son âme et le mérite en incombe à ces  visiteurs lambda, à ces exposants de fripes, de pièces, d’accessoires, ou d’outillage. A ces libraires, français, italiens, anglais qui se bougent pour vous trouver un bouquin, à ces petits exposants qui sont toujours heureux de prendre le temps de parler. Sans oublier les discussions toujours sympas qu’on peut avoir dans les restaurants du salon, sur certains stands, loin des espaces VIP, entre passionnés et copains.

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Talents

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Bernard Asset

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Paul Smith

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François Chevalier

Valentines 

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Osca 1600 GT. Tomber. Se relever. Les frères Maserati.

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Lamborghini Miura. Comme Ava Gardner, ça brûle mais ça ne se discute pas.

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De Tomaso. Le meilleur des deux mondes ?

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Bugatti 35. LA voiture de Course

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Mercedes C111 . Chef d’oeuvre. Monsieur Paul Bracque.

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Porsche 917 – Le génie de Ferdinand Piech

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Bentley

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Shelby 350

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Porsche Carrera 6 : La première victoire à laquelle j’ai assisté. Course de Côte de Saint Antonin. 1966 – 67 ? J’ai fait faire à ma tante tous les magasins de jouets d’Aix pour en trouver une petite !

Classic COURSES rétromobile 2015,olivier rogar

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Apéro offert par Jean-Paul Brunerie sur le stand « Limousin en anciennes ». Puis dîner des auteurs en compagnie de Bernard Asset – qui a pris cette photo – et de Michel Ribet, Président de l’Automobile Club du Midi (ACM) et initiateur du projet de création d’un Musée à Comminges. Autour de la table en partant de la droite , donc : Alexandre ( ACM) , Michel Ribet ( ACM), Eric Bhat,  Olivier Favre, Jacques Vassal, moi, Madame Fiévet, René Fiévet.

 

Illustrations :
Dîner Classic Courses @ Bernard Asset
Apéro Classic Courses @ Jean-Paul Brunerie
Autres photos @ Olivier Rogar

9 pensées sur “Rétromobile 2015 – D’or et de rouille

  • Excellent papier Eric, que je partage à 100% alors que je suis pas allé à rétromobile mais tous les échos que j’en ai eu m’ont permis de me faire une opinion. Et puis cette vente aux enchères révélatrice de ce que tu nommes très justement une « compétition entre happy few » dont les ressources sont sans fond, indécentes, et « jouent » à se tirer la bourre en surenchérissant, comme ils font avec tout : leurs baraques, les femmes, les bateaux, la peinture… Oui, vraiment, excellent – et réconfortant dans un sens – papier, Olivier !
    Écrit par : Gaston | 14/02/2015

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  • Eric ???… C’est Olivier Rogar qui signe cette note pleine d’à propos… dont le propos nous attriste un chouïa.
    Écrit par : Pierre Ménard | 14/02/2015

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  • « Un peu sonné » sentiment partagé ! Commencer Rétromobile par la visite d’un cimetière de vieilles carcasses rouillées ne m’étais jamais arrivé. De là à assister à cette vente « non merci » il y avait mieux à voir. Tout le reste n’était qu’émerveillement avec une dose plus où moins forte selon les goûts de chacun ! Vers 22h mes jambes n’y tenaient plus, un bon dîner entouré de personnes de valeur partageant la même passion que moi, fut des plus réparateurs. Donc à l’année prochaine.
    Écrit par : ribet | 14/02/2015

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  • D’après cet article, il semblerait que ce salon que nous aimons tant soit en train de changer de destination…dommage.
    Les financiers aujourd’hui ont les cartes en main dans de très nombreux domaines des affaires, la voiture de collection ne fait pas exception…surtout que pour certains, il y a beaucoup d’argent disponible.
    Même sensation de mal à digérer après t’avoir lu, Olivier…
    Heureusement que le clan des copains authentiques montre encore la voie pour bien vivre et bien rire !
    Mon souhait : que tous ces copains, par leur passion commune, leur envie, leur amour authentique de la belle mécanique redonnent à ce salon un peu d’humanité et d’authenticité.
    Merci pour les belles photos aussi.

    Michèle
    Écrit par : Michèle Turco | 14/02/2015

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  • Excellent article,plein de vérités; qui me prouve que je n’ai pas tort de dire qu’avec Ayrton SENNA, le monde de la course, de l’automoblle en général,ont également disparus un certain 1er mai…..Rien ne sera plus comme avant désormais.
    Écrit par : Jean PAPON | 14/02/2015

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  • Tres heureux d’être monté des pyrénées une fois encore pour visiter ce magnifique salon et d’avoir partagé de tres bons moments. Je suis sur les 2 dernières photos avec Michel Ribet …..
    Écrit par : alexandre | 14/02/2015

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  • Je n’étais pas à RETROMOBILE, mais je partage tout a fait cette analyse.
    Malheureusement la spéculation écarte aujourd’hui beaucoup de véritables amateurs de leur passion, devenue hors d’atteinte du collectionneur moyen
    A propos de la CARRERA 6, j’avais preté la mienne (ex BEN PON) à l’ami CHARBONNEAUX pour décorer le stand de RALLYSTORY lors d’un précédent RETROMOBILE, et, honte à moi, je l’ai vendue sur le salon, heureusement à un amateur qui l’a engagée à plusieurs TOUR AUTO. Je me suis consolé avec la très fidèle maquette que j’ai longtemps cherchée, avant de la trouver à la BOUTIQUE PORSCHE ! Celle victorieuse en 67 à SAINT ANTONIN était probablement celle du Gapencais Jean CLEMENT.
    Écrit par : Jean-claude MICHEL | 14/02/2015

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  • Merci Olivier, la retranscription est parfaite. On a donc tous senti cette même impression bizarre… Quelque chose a véritablement changé et cela ne va pas dans le bon sens.
    Un peu comme quand le petit garage de quartier dans lequel on allait voir le vieux mécano faire ses réglages « au bruit » a été remplacé par un « Supermarché de l’Occasion » affublé d’un crétin en costard mal coupé qui vous vend une trapanelle pour un avion de chasse…
    Le télescopage de cette sensation avec la venue de « Retro » dans le Hall 1 depuis 2 ans est tellement flagrant que l’on en viendrait à se demander si ce n’est pas LA raison. Tout ce qui est petit étant plus mignon… Mais ce serait un peu trop facile.
    Ils ont un peu cassé le jouet, même si, dieu merci, il reste évidemment quelques motifs de satisfaction de-ci de-là. A commencer par certaines raretés et à condition de ne pas regarder les prix comme vous le dites tous.
    Ma préférée est sans conteste, car je ne la connaissais pas, le Coupé Alfa Pininfarina de 1949, d’ailleurs photographié par l’oeil aiguisé de P.Ménard dans son papier. Pas vraiment une voiture de « pauvre », même à l’époque je pense…
    Ah et aussi la Voisin Lumineuse de Le Corbusier car vraiment dans son jus pour le coup 🙂 Au delà d’un caractère historique intéressant compte tenu de la complicité qui existait entre ces 2 génies du siècle dernier, elle faisait du bien au milieu de toutes ces « pulpeuses over-liftées » prêtes à tout pour appâter le gogo.
    Alors, svp messieurs les « chirurgiens esthétiques » des beaux quartiers, arrêtez de nous remettre toutes ces autos en état plus que neuf car ça pue le « fake » à plein nez et ça ne ressemble vraiment plus à rien dans certains cas, surtout à l’intérieur.
    « Oui mais c’est le client qui veut ça mon bon Monsieur! » C’est bien ce qu’Olivier disait en substance plus haut. Il doit être nouveau et riche le client…
    Écrit par : Flugplatz | 16/02/2015

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  • Désolé, je n’ai pas souvent fréquenté Rétromobile ces dix dernières années, mais à chaque visite, l’impression est la même, et recoupe ce qui est énoncé plus haut.
    Le temps des premières éditions, à la Bastille, pour ceux qui s’en souviennent, est bien loin !
    Me permettez-vous de faire appel au cénacle prestigieux que vous formez, tous érudit et fins connaisseurs des choses automobiles et de ce milieu, pour éclairer des propos tenus par ailleurs sur le web, et se rapportant à la vente Artcurial, et au marché des automobiles de collection en général.
    Voici le lien :
    http://www.gatsbyonline.com/main.aspx?page=text&id=1479&cat=auto
    Sauriez-vous commenter son prolixe contenu avec intelligence ?
    Par avance, merci.
    Bien sincères amitiés aux plumes que je connais.
    Écrit par : Christophe Montariol | 22/02/2015

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