David Purley

S’il n’y avait eu risque d’homonymie avec un autre grand personnage du sport automobile, nous aurions certainement intitulé cet article « Mr Courage ». David Purley ne s’était pas contenté de recevoir une fortune et une éducation. Il incarnait l’âme des conquérants, ceux auxquels Rudyard Kipling disait :

« …Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front…

 …Alors tu seras un homme mon fils. »

David Purley a fait toutes les rencontres, y compris avec la faucheuse à laquelle il avait déjà échappé à trois reprises au moins quand il se crasha avec son Pitts special, le 2 juillet 1985.

En lui rendant hommage, François Coeuret évoque un parcours extrème, bien loin des principes de précaution par lesquels nous nous sommes laissés cerner.

Classic COURSES

 

 françois coeuret,david purley,roger williamson,lec,classic courses,classic,coursesHéritier d’une famille anglaise ayant crée la célèbre firme des réfrigérateurs Lec, David Purley entre dans l’armée de sa très Chère Majesté où il va s’aguerrir et canaliser sa hardiesse. Un saut en parachute manquera de l’envoyer pour de bon au ciel [1], aussi lorsque le jeune homme quitte l’uniforme d’officier parachutiste [2], c’est inspiré par son ami Derek Bell qu’il se lance dans la compétition automobile.

Après avoir couru fin des années 60 sur AC Cobra puis Chevron il débute en monoplace en 1970. Il fourbit ses armes en Formule 3 sur une Brabham puis une Ensign avec l’appui financier de la famille. Des débuts assez encourageants avec comme points culminants trois victoires à Chimay en 70,71,72, deux à Lyden puis à Brands Hatch en 71.

Il va ensuite s’essayer en F2 puis en Formule Atlantique en 72-73 et même envisager de courir quelques Grands prix en 73 au volant d’une March privée grâce encore aux subsides de Lec. L’affaire réalisée, les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, la March louée n’apporte que peu de satisfaction mais de l’argent à l’équipe officielle !

C’est par un acte courageux qu’il va se faire remarquer lors du Grand Prix de Hollande lorsqu’il s’arrête pour tenter de secourir Roger Williamson dont la voiture sortie de la piste s’est retournée et a pris feu.

Avec l’énergie du désespoir il court en quête d’un extincteur, tente de remettre l’auto sur ses roues puis d’éteindre les flammes. Les commissaires de piste ont fait preuve d’une mollesse proche de la lâcheté sur cet accident et David recevra la « George Medal » britannique  pour son acte.

 

Déçu par la March, abandon à Monaco, retrait en Hollande, forfait en France, non partant en grande Bretagne, quinzième et neuvième en Allemagne-Italie, Purley projettera de faire assembler sa propre F.1 dans le but d’obtenir de meilleures performances.

Le Lec racing se donne du temps pour concrétiser le projet, Purley court en F2 en 74 sur la Chevron du Team Harper terminant second à trois reprises puis le team Lec se rode en Formule 5000. En  1975 l’anglais rate de peu le titre derrière Teddy Pilette. 1976 sera la bonne année avec la Chevron revue par Mike Pilbeam, le titre est en poche.

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Pour 1977  la conventionnelle LEC  CRP1 crée « Pilbeam » est enfin prête. Durant cette période euphorique, les engagements en F.1 sont pléthores et des pré-qualifications nécessaires pour départager les candidats aux Grand Prix. David Purley, compte tenu des performances de sa voiture au châssis pataud, s’en tire honorablement, il est le plus souvent dans la fournée des qualifiés pour la course mais subit la moindre compétitivité de son châssis.

Ne participant pas aux lointaines premières courses du Championnat, Il débute en Europe, ne se qualifie pas en Espagne, est forfait à Monaco, 13è en Belgique, 14è en Suède, ses freins le lâchent en France [3].

Aux essais du Grand Prix  d’Angleterre, des canalisations d’essence mal montées provoquent un début d’incendie éteint par la mousse carbonique des commissaires de piste. Rapidement nettoyée par les mécaniciens, la Lec repart mais les guillotines d’injection bloquées par le mélange essence-résidu de neige carbonique provoquent une violente sortie du pilote anglais.

Purley, malgré les grillages, subit les effets d’une terrible décélération, l’avant de son auto est pulvérisée [4]. Dégagé avec de multiples fractures aux jambes, bassin et côtes touchés, traumatisme crânien, le pilote anglais s’en sort [5]. Une très longue convalescence s’en suivra [6].

 

 David remontera plus tard dans une monoplace en formule Aurora mais abandonnera rapidement et définitivement la course [7].

Amoureux de vitesse et de danger, Il se lancera dans l’acrobatie aérienne mais décèdera le 2 juillet 1985 à 40 ans aux commandes de son avion, un Pitts Special, tombé en mer.

 

François COEURET

Photos @ DR

Videos @ DR

Annotations Olivier ROGAR d’après l’article de David Tremayne « Purley King », Classic & Sports car, May 1997

 

David Purley / Pilote F.1 – 13 engagements – 7 GP disputés – 3 abandons – 6 non participations /  1945-1985 

 

[1] Son parachute ne s’étant pas ouvert, il ne dut son salut qu’à la présence du parachute de son instructeur qui avait sauté juste avant lui et sur la coupole duquel il se « posa ». Ce qui lui permit d’arriver sain et sauf au sol…

[2] Son véhicule blindé sauta sur une mine à Aden, tuant six de ses camarades.

[3] Au Grand Prix de Belgique 1977, très momentanément leader suite à des arrêts au stand, il se retrouva sur la route de Lauda en pleine remontée. Lauda, énervé par ce retardataire ( rabbit backmarker) lui montra un doigt vengeur. A l’arrivée, Purley alla lui expliquer qu’à ce moment il était lui – même leader et que s’il s’avisait de lui refaire un tel geste, il le lui mettrait là où ça fait mal !  Après cette course la LEC fut décoré avec un lapin ( Rabbit) tandis que la Ferrari s’orna d’un rat.          

[4] La plus forte décélération connue dont un homme ait réchappé. De 106 mph à 0 en moins d’un mêtre… 179 G de décélération…

[5] 29 fractures, 6 arrêts cardiaques…

[6] Convalescence au cours de laquelle sa jambe gauche fut allongée de presque 3 cms pour rattraper la taille de la droite et lui éviter la claudication causée par son accident.

[7] En 1979 il retourna à la course automobile, d’abord avec la LEC puis avec une Shadow DN7 dans le championnat Aurora British F1 series. A Snetterton il mena la Shadow à la quatrième place. Un triomphe du courage et du sang froid. Quand il arriva dans l’allée des stands, il resta dans le cockpit et fut poussé à l’arrière du garage. Mike Earle explliqua :  » je lui dis, sacrément bien joué mon pote, je suis impressionné ! Et si tu m’impressionnes, c’est que tu t’es sacrément bien débrouillé ». Purley sourit à son vieux copain et dit doucement :  « Accorde moi une faveur Mike, je ne veux pas avoir l’air d’un infirme, mais je ne peux pas bouger. Pousse la voiture à l’arrière et je sortirai là-bas. On poussa la voiture où personne ne pouvait le voir et on l’en sortit. Mais il s’était prouvé quelque chose à lui même et pouvait maintenant quitter volontairement la compétition. A ses propres conditions. »

              

 

 

 

        

 

 

7 pensées sur “David Purley

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