Angoulême : A la recherche du son perdu

La chronque de Patrice Vatan du 13/09/2019

Avant que les clameurs s’élèvent j’ai remonté la Charente du côté de chez saint Yrieix, tel Marcel Proust remontant le cours de la Vivonne, ne lui reprenant rien d’autre que son côté souffreteux, ainsi qu’en témoigne cette note.

Passé la base de loisirs, la Charente se déleste des promeneurs qui grouillent le long de sa berge comme des intrus. Le fleuve vert d’eau déroule alors de doux méandres dans une verdoyance plombée par un étonnant soleil d’arrière-saison
Je veux remonter aux sources des sons primordiaux. Le tissus végétal est si dense que les nuisances sonores portées par le vent depuis la Nationale 10 qui descend sur Bordeaux se dissolvent, puis s’éteignent.

Midi. Plus une tronçonneuse, plus un tracteur, plus une mobylette en échappement libre qui donnent au XXIe siècle sa bande sonore à la campagne de France. L’air en fusion vibrionne d’insectes. Le pfft d’un martin-pêcheur puis un canard qui arrive dans l’eau en un grand splash. Eventé par un geai, l’indic des bois, Je n’entendrai rien de plus.

Le charme rompu fait place à un autre. Des sons essentiels qui me constituent l’un s’éveille, titillé par les clameurs annoncées sur les Remparts. Un bloc fabuleux, le 6 cylindres en ligne Abarth qui équipait la Wheatcroft F2 de Brian Henton à Truxton en 1976.
Cramé pour la course, il sonnait haut et clair aux essais, tel un petit Ferrari dans les courbes interminables à droite. Je revois encore la gueule effarée des Britons avec qui je buvais une lavasse immonde dans la baraque en planches qui tenait lieu de coffee shop au paddock.
Souvenir sonore enfouis, que je croyais perdu.

Pourquoi lui et pas le V12 Matra poussé à fond dans la forêt de Saint-Eutrope, pourquoi pas le grondement caverneux du flat 12 Alfa chauffé dans le stand Martini Racing de Reutemann à B’Hatch, voire même ce V8 DFV qu’on montait en température dès l’aube des 1000 km de Paris et dont l’onde métallique franchissait les buttes des Essarts pour cogner à la toile de tente ?

Mystères de la mémoire. Relire Proust.

Une pensée sur “Angoulême : A la recherche du son perdu

  • Quel plaisir de vous lire à nouveau, Patrice !

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