GP d’Italie 2019 par Johnny Rives

Parmi les plus grands de l’histoire

 La masse colorée de la grande tribune, à gauche, ne le distrait pas. Il ne la voit pas. Il la sait là, agitée, joyeuse. Mais n’y prête surtout pas attention. Tout concentré qu’il est sur le point de freinage à ne pas manquer. Lancé à 80 mètres par seconde, pas le droit à la plus infime hésitation. Elle serait fatale à cause de ce fuselage argenté qui, collé à son sillage, le harcèle sans répit. Ses mains agissent avec la même promptitude que son regard. Tous les sens à fleur de peau. Dégringoler les rapports jusqu’en deuxième. Et une fois, sur un fil, la chicane avalée, accélérer, accélérer ! Le plus fort possible jusqu’au prochain obstacle. Juqu’au prochain point de freinage à respecter avec la même précision. Après quoi ce sera Lesmo. Puis la « variante » Ascari. Puis la Parabolique. Toujours avec cette précision rigoureuse pour freiner très tard. Mais pas trop tard. Pour tenir bon face à la pression. D’abord celle d’Hamilton. Puis celle de Bottas, avec leurs fuselages argentés.

Ces manœuvres, Charles Leclerc les a accomplies cinq fois à chaque tour. Pendant 53 tours. Pour décrocher une victoire grandiose. Plus encore que celle de Francorchamps, une semaine plus tôt. Une victoire qui confirme son accession au cercle des plus grands pilotes de l’Histoire de la course. Chapeau !

Johnny RIVES.



Résumé vidéo de la course avec f1.com
https://www.formula1.com/en/latest/article.race-highlights-2019-italian-grand-prix.1mY9sB3h75WmMuiUytsu8R.html


Sur un fil

GP Italie 2019
GP Italie 2019 – Charles Leclerc – Ferrari SF90 @ DR

Meilleure que les Mercedes, la Ferrari de Leclerc à Monza ? La question peut se poser. Mais comment y répondre ? Oui ? Non ? Elle a gagné avec un très mince avantage – moins d’une seconde. Au terme d’un sprint d’une heure et quart au cours duquel le jeune Monégasque n’a pas pu être pris en défaut même lors de ses (rares) erreurs. Les Mercedes roulaient avec plus d’appui aérodynamique. Leur finesse compensait cet inconvénient. Et l’aspiration de la Ferrari faisait le reste. Elles avaient, grâce à leurs ailerons plus braqués, plus de stabilité aux freinages. Et une meilleure vitesse de passage à Lesmo et dans Ascari. Mais insuffisamment pour avoir la Ferrari à leur merci. Les meilleurs tours en course ne permettent pas d’y voir beaucoup plus clair. Car ils sont l’apanage des deux pilotes ayant changé deux fois de pneus (Hamilton et Vettel) sur ceux qui se sont contentés d’un seul changement (Bottas et Leclerc).

En outre Hamilton avait des pneus « tendres » (rouges) pour sa performance (1’21’’779) quand Vettel (1’22’’799) n’avait que des « mediums » (jaunes). De même, entre Bottas (1’22’’859) et Leclerc (1’23’’009) la différence (15/100e) peut s’expliquer par le degré d’usure moindre du Finlandais qui avait mis son second train de pneus sept tours après le Monégasque. Au crédit des deux grands battus de Monza, on soulignera la difficulté qu’ils rencontrèrent pour sauver leurs pneus en se trouvant dans le sillage de Leclerc, ce qui les privait d’appui dans les passages en courbe les plus rapides – tous deux en firent la remarque après la course. Tout cela confirme bien que la victoire de Charles ne tint à pas grand-chose. Pour nous, elle tint surtout à une exceptionnelle maîtrise nerveuse de Leclerc. Que, malgré leurs généreux efforts, ni Hamilton ni Bottas ne purent mettre à mal.

Malheureux Vettel

GP Italie 2019
GP Italie 2019 – Ambiance @ DR

 Bien plus que les Mercedes, le grand perdant de ce GP d’Italie a été Sebastian Vettel. Désespérément lancé à la poursuite du trio de tête, dont il soutenait le rythme avec difficulté, l’Allemand ne put éviter ce tête-à-queue dans la Variante Ascari qui devait lui coûter si cher – un arrêt interminable pour changer l’aileron avant endommagé, à quoi s’ajouta un « stop and go » de 10 secondes pour sa dangereuse remise en piste ayant coûté un tête-à-queue à Lance Stroll. Lequel devait commettre une faute identique au détriment de Pierre Gasly, dont il ne fut puni que par un « drive threw » qui lui coûta beaucoup moins cher.

Vous avez dit deux poids, deux mesures ? On aimerait que les commissaires sportifs, toujours aussi imprévisibles, nous éclairent sur ce point. Des commissaires qui, par parenthèse, se montrèrent particulièrement indulgents vis-à-vis de Leclerc lorsqu’il manqua la chicane. Ce dont on les remercie. Preuve que c’est bien quand ils s’abstiennent qu’ils sont appréciables. Pour en finir avec les fautes de Vettel et Stroll, on ne les accablera pas. Car les carénages latéraux des habitacles des F1 ne leur permettaient pas de voir si un autre pilote ou non arrivait quand ils reprirent la piste. Un point du règlement technique à revisiter peut-être…

Les Renault au-dessus de la mélée

GP Italie 2019
GP Italie 2019 – Ricciardo – Renault @ DR

 Habituellement, derrière les six F1 dominantes (qui, pour une fois n’étaient que quatre à Monza, par la faute des Red Bull) les courses opposent dans une mêlée échevelée McLaren, Alfa Romeo, Racing Point et Renault selon leur forme du moment. Tel n’a pas été le cas à Monza, où les Renault s’étaient déjà extirpées de ce magma en qualification (Ricciardo et Hulkenberg 5e et 6e temps). Allaient-elles afficher le même avantage en course, se demandait-on avec quelque appréhension au vu de leurs performances précédentes ? Eh! bien, pour une fois, ce fut enfin le cas.

Sur un tracé où la vitesse l’emporte sur les qualités routières, Ricciardo et Hulkenberg se sont maintenus avec constance à l’écart de l’habituelle bagarre de chiffonniers, dans laquelle les McLaren ont eu en revanche du mal à tenir leur rang habituel. Sainz aurait sans doute obtenu l’accessit derrière les Renault. Il en fut empêché par une roue mal fixée. Finalement, Alexander Albon en a profité au bénéfice de Red Bull cependant que Max Verstappen (battu d’avance pour avoir dû s’élancer en dernière lignbe) prenait sa « défaite » avec fatalisme. Classé 8e malgré quelques déboires, il marquait les quatre points au championnat du monde lui permettant de précéder encore Leclerc avant d’aller à Singapour. Où il aura sans aucun doute une bonne occasion de prendre sa revanche.

COTE D’AMOUR ET.. DE DÉSAMOUR !

A Monza, nous avons aimé :

 ***Leclerc 
 ** Hamilton, Bottas, Ricciardo
  * Hulkenberg, Albon, Perez, Renault, l'ambiance

A Monza, nous avons moins aimé :

°°°Vettel, Stroll 
           

Classement « Classic Courses » après le GP d’Italie 2019 :

Nous avons aimé :

22 *  Lewis Hamilton -
16 *  Max Verstappen - Leclerc
14 *  Bottas  
12 *  Vettel
 6 *  Mercedes - Honda - Sainz
 7 *  Norris
 5 *  Albon
 4 *  Kvyat - Ricciardo
 3 *  Ferrari - Red Bull - La pluie - Gasly - Hulkenberg - Renault
 2 *  McLaren - Stroll - Giovinazzi - Perez
 1 *  Stroll - Circuit Gilles Villeneuve - Raikkonen - Alfa Romeo - Grosjean - Kubiça - L'ambiance de Monza

Nous avons moins aimé :

-9 ° Renault 
-8 ° Ferrari - Règlement sportif 
-7 ° Vettel 
-6 ° Haas
-4 ° Stroll
-3 ° Kvyat  - Albon - La mensuétude des Commissaires ( Suite accident Gasly - Albon) - Perez - Ricciardo 
-2 ° Giovinazzi - La sévérité du déclassement des Alfa
-1 ° Le circuit de Melbourne - Grosjean - McLaren - Alfa-Romeo - La safety car - Magnussen

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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18 pensées sur “GP d’Italie 2019 par Johnny Rives

  • Encore une fois , merci Johnny pour ce commentaire hautement professionnel concernant ce G.P. d’Italie sur cet historique circuit de Monza .C’est avec plaisir et joie que nous assistons depuis peu à des G.P. comme nous les aimons ! Le retour de Ferrari au premier plan grâce en partie à l’arrivée de ce sympathique et brillant Charles Leclerc nous change un peu de la morosité du cavalier seul des flèches d’argent .Nous souhaitons que cela continue encore le plus longtemps possible pour le bonheur de tous les fanatiques de G.P. que nous sommes .

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  • On s’est régalé.
    Pour plein de raisons…
    Le déroulement du grand Prix of course. Les bagarres entre Leclerc et hamilton, Leclerc et Bottas ensuite. Le compte-rendu de Johnny enfin ! Toujours aussi pointu, aussi précis, aussi juste !
    Les grands prix ennuyeux où les Mercedes partaient devant et on ne les revoyait plus, est derrière nous. Quel pur bonheur. On voit enfin de la bagarre, du suspens, des faits de course. La F1 est libérée, enfin, dirions-nous. Et c’est amusant de se dire qu’elle l’est par un gamin aux yeux espiègles qui se prénomme Charles et se nomme Leclerc. De Gaulle et son général en même temps !
    « La F1 outragée, la F1 brisée, la F1 martyrisée mais la F1 libérée ! »
    Merci Charles

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  • La magie de Johnny, quand il écrit ses papiers, c’est d’être dans la monoplace, discrètement tapi sur l’épaule du pilote. Jolie façon de souligner les coulisses de l’exploit ! Leclerc vainqueur à Spa puis Monza, on en causera longtemps dans les chaumières…

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  • « J’en ai la chair de poule… » : c’est le commentaire que fit le consultant de la RTBF à l’issue de ce Grand-Prix. On ne peut mieux dire. Cette saison promet de rester à mes yeux l’une des plus belles depuis longtemps – de celles qui réconcilient avec la F1 – mais Charles Leclerc et ses adversaires directs nous ont cette fois offert une bagarre d’anthologie qui m’a « ramené dans le baquet » comme ça n’était plus arrivé depuis bien longtemps. Et bien plus. Car si cette victoire de Charles Leclerc m’a, à moi aussi, collé la chair de poule, c’est sans doute grâce au spectacle mais c’est aussi parce que la belle personnalité de ce garçon fait en sorte qu’on a envie qu’il gagne. S’il confirme – et rien ne laisse augurer du contraire – ses qualités de pilote, sa personnalité en fera non seulement un grand parmi les grands mais aussi un de ces Messieurs qui, bien davantage qu’un palmarès, écrivent la Légende du sport automobile. Allez jeunes gens : faites-nous encore vibrer souvent comme ça. Et toi, Charles,toi, colle moi très souvent la chair de poule.

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  • Je retrouve dans l’excellent chapeau de cette note le style enthousiaste de Johnny Rives dans ses reportages sur les débuts de Jean-Pierre Beltoise .
    Double émotion.

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  • Merci Johnny pour ton bel article aussi précieux et rigoureux que l’a été ce Grand Champion 🏎🇮🇩 durant tout le GP d’Italie 🇮🇹. Daghe Charles 👏

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    • Quel plaisir agréable que cette splendide victoire de Charles, et aussi de voir que nous sommes nombreux à apprécier le pilote et surtout le garçon !

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  • Bravo Charles et surtout bravo Johnny ! on se rappelle tes beaux textes du temps de Pironi ,Arnoux,Tambay,Prost chez Ferrari !

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  • J’adore ce jeune pilote déjà si grand dans sa tête et dans son pilotage! 😊🏆💋❤️

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  • En voyant la montée en puissance de Charles Leclerc je ne peux m’empêcher de penser à son  » grand frère » Jules Blanchi qui aurait pu écrire de belles pages avec cette écurie….

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  • C’est exactement cela. Johnny nous fait vivre les GP de l’intérieur du cockpit… C’est un vrai bonheur. Et cela donne effectivement une dimension toute autre à la performance exceptionnelle de ce « gamin » de 21 ans sur lequel la pression semble ruisseler comme sur les plumes d’un albatros (« c’est trop con un canard, même si ça fait cossu »…). Et comme souligné plus haut, cela fait donc six courses de suite que l’on évite la sempiternelle sieste du dimanche après-midi. Le jeune « Grand Charles » y est évidemment pour quelque chose mais il ne faut pas oublier son grand rival des prochaines années en la personne du « sale gosse » Verstappen. Si tout se passe comme il faut, ces deux là devraient être à même de nous écrire de belles pages d’histoire d’ici quelques temps. Tous les ingrédients sont là pour que la recette soit explosive, l’explication dans les monts de Styrie n’ayant présenté que les traits d’un amuse-bouche.

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    • Il faut savoir se glisser tout entier dans l’âme d’une monoplace rouge, remontée comme un jouet mécanique d’enfant par Johnny dans son papier terrible, et la laisser courber à l’entrée de la parabolique vers la victoire.
      Le Commendatore a du aimer, aurait demandé à Charles à Fiorano, comme autrefois avec Niki, combien de points il envisageait de ramener à la maison .
      Nove dans l’ancien monde.

      L’autrichien aura serré les dents pour son étoile anglaise mais se sera trouvé un puissant successeur monégasque aussi stratège que valeureux.
      Le temps boiteux du rêve de titre en rouge est passé en un inutile et dernier virage verglacé ou turinien pour Sebastian, comme pour Clay après la finale américaine de 1974 .
      On ne pilote pas chez Ferrari pour être écouté mais pour être admiré.

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      • Niki Lauda n’a-t-il pas écrit dans son autobiographie que le Commandeur (des croyants?) l’avait (aimablement?)appelé « ebreo » lors d’une négociation?

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  • Bravo Johnny. T’es comme le bon vin

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