GP d’Espagne 2019 par Johnny Rives

 Un élément permet d’atténuer l’ennui né du déroulement répétitif et sans surprise des grands prix. Il est d’ordre historique. Le privilège fourni par la sempiternelle domination des Mercedes est d’assister à du jamais vu. Eh ! oui, jamais depuis la création du championnat du monde des conducteurs (1950) on avait vécu une telle domination. Même en remontant aux périodes originelles, impossible de trouver une aussi forte mainmise que celle de Mercedes en 2019. Même la toute première saison, qui avait vu un triomphe sans partage des Alfa Romeo, il n’y avait pas eu de doublés aussi impressionnants. Dimanche, sur le circuit de Catalunya, Hamilton et Bottas ont avec aisance, sans contestation possible, signé leur cinquième doublé en cinq courses. Du jamais vu ? Maigre consolation. Mais consolation quand même…

Johnny Rives

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COMPARAISONS DIFFICILES…

GP d’Espagne 2019 – Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur permet de confirmer la situation exposée ci-dessus. 1950 ? Toute comparaison avec cette époque ancienne est tirée par  les cheveux – sur les sept épreuves du championnat cette année là, il n’y avait que six Grands Prix, contre vingt et un de nos jours. Et puis chaque équipe pouvait engager trois F1, voire même quatre. Alors les « doublés » ne paraissent pas avoir la même valeur qu’aujourd’hui. Alfa Romeo en avait réussi quatre grâce au concours du troisième pilote de l’écurie, Luigi Fagioli : Farina-Fagioli (Grande Bretagne, Suisse), Fangio-Fagioli (Belgique, France) en ayant été privé par Ferrari à Monaco (Ascari 2e derrière Fangio) et en Italie (Ascari-Serafini 2e derrière Farina).

GP d'Espagne 2019
GP d’Angleterre 1961 – Wolfgang von Trips – Ferrari 156 – Vainqueur @ DR

Deux ans plus tard, nouvelle équivoque grâce à Ferrari cette fois qui avait, faute d’une concurrence digne de ce nom, outrageusement dominé le championnat (ouvert aux seule F2 à cause du retrait d’Alfa) avec la série de doublés suivante : Taruffi-Fischer (Suisse), Ascari-Farina (Belgique, France), Ascari-Taruffi (Grande-Bretagne), et de nouveau Ascari-Farina (Pays-Bas, Italie). On garde également le souvenir d’une écrasante domination : celle de Mercedes (déjà !) en 1955 avec l’irrésistible tandem Fangio-Stirling Moss. Mais il n’y avait que six Grands Prix de F1, donc comment comparer ? Les choses pourraient commencer devenir comparables à partir de 1961, avec huit Grands Prix dans une saison dominée par Ferrari. Sauf que Stirling Moss était là, soufflant avec maestria la victoire aux « rouges » dans ce qui constituait alors deux épreuves de vérité : Monaco et le Nurbürgring.

ET McLAREN-HONDA EN 1988 ?

Pour tenter d’établir un parallèle avec la situation actuelle, il faut sans doute attendre 1988 et la domination des McLaren-Honda d’Ayrton Senna et Alain Prost qui s’adjugèrent quinze victoires sur seize (Senna 8, Prost 7), mais « seulement » dix doublés, soit un taux de 68,5 pour cent quand Mercedes en est actuellement à 100 pour cent. Ce qui avait impressionné cette année là était l’invincibilité des McLaren. Elle n’avait été remise en question qu’une seule fois. Et assez providentiellement, faut-il convenir : au GP d’Italie, quelques jours après le décès d’Enzo Ferrari, Berger et Alboreto avaient, sous les yeux émerveillés des tifosi, signé un doublé complètement inattendu – Prost ayant été éliminé par un problème mécanique et Senna lors d’une collision avec J.L. Schlesser.

BOTTAS N’A PAS TENU…

GP Espagne 2019
GP Espagne 2019 – Valtteri Bottas – Mercedes W10 @ DR

Au départ de ce GP d’Espagne 2019 Valtteri Bottas paraissait avoir de solides cartes en mains si l’on se référait à l’impression qu’il avait laissée tout au long des essais et surtout en qualification. L’écart creusé sur Lewis Hamilton (plus de 6/10) était tel qu’il s’affichait en grand favori de la course. C’était sans compter sur d’éventuels aléas (difficulté d’embrayage) et surtout sans le sursaut de fierté d’Hamilton. Qui retrouva au bon moment son habituelle motivation. Et lui permit de ne laisser aucun espoir à son nouveau rival.. et néanmoins équipier !

VERSTAPPEN MIEUX QUE FERRARI.

GP Espagne 2019
GP Espagne 2019 – Max Verstappen – Red Bull @ DR

Autre déception du jour : celle provoquée par Ferrari, que l’on savait depuis les essais en grandes difficultés face aux Mercedes. Mais que l’on croyait capables de s’opposer à Verstappen. Ce qui n’a été le cas ni avant la voiture de sécurité (SC) intervenue suite à l’accrochage Stroll-Norris, ni après. Vettel avait audacieusement tenté sa chance dès le départ, affrontant les deux Mercedes dans le premier virage. Cela lui coûta une sévère remise en place par le tandem Hamilton-Bottas, loin de se laisser faire ! Au point qu’encore désorienté dans  le virage n°3, l’Allemand y fut débordé par l’audacieux Max – qui lui fit imparablement l’extérieur pour conquérir une troisième place qu’il conservait encore à l’arrivée. La stratégie tentée par Ferrari d’alterner les efforts de Vettel et de Leclerc pour aller inquiéter la Red Bull demeurèrent vains.

DERRIÈRE ? LE DÉSERT…

Quelles autres conclusions tirer de ce décevant GP d’Espagne 2019 ? Que derrière les trois équipes de pointe, c’est une sorte de désert ne contenant aucune chance prochaine de surprise. Derrière la 6e place de Pierre Gasly (dont on espère qu’elle constitue un encouragement pour lui, tout en ayant des doutes) les Haas tirèrent pour une fois leur épingle du jeu. Mais sans empêcher leur patron Gunther Steiner, au-delà de la satisfaction d’avoir marqué de précieux points (Magnussen 7e, Grosjean 10e), de « clarifier la situation » concernant le comportement de ses pilotes qui entrèrent sévèrement en contact quand, la SC s’étant effacée après l’incident Stroll-Lorris, Magnussen souffla sans ménagement la 7e place à son équipier (?) français…

Loin derrière tout ça, on n’a pas été sans remarquer les 12e et 13e places de Ricciardo et Hulkenberg avec leurs Renault, une fois encore hors du coup. Si l’on se fie à la 8e place de la McLaren-Renault de Sainz, les difficultés de l’équipe française tiennent plus au châssis qu’au moteur. On voit mal comment elle pourrait se racheter au prochain rendez-vous de Monaco.

 

COTE D’AMOUR ET… DE DÉSAMOUR !

A Barcelone, nous avons aimé :

***   Mercedes
**     Hamilton
*       Verstappen

Nous avons moins aimé :

°°°   Ferrari
°°     Renault
°       Stroll

Classement « Classic Courses » après le GP d’Espagne 2019 :

Nous avons aimé :

********  Lewis Hamilton -
******      Valtteri Bottas - Mercedes
***            Charles Leclerc -  Max Verstappen
*                Lando Norris - Alexander Albon - Perez

Nous avons moins aimé :

°°°°°°°° Renault - Ferrari
°°°         Kvyat
°°           Giovinazzi - Vettel - Haas - Ricciardo
°             Le circuit de Melbourne - Grosjean - Stroll

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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8 pensées sur “GP d’Espagne 2019 par Johnny Rives

  • Aprés 5 GP dont le fameux 1er européen qui devrait enfin tout révéler, force est de constater une hiérarchie coulée dans le bronze .Comme 6 ou 7 autres vont suivre à cadence infernale d’ici la treve du mois d’aout il y a peu de chances que ça change .
    Mercedes domine comme jamais . RB grace à Verstappen est bon 3 ème et GASLY progresse . Ferrari s’enfonce abonné aux 4 et 5 èmes places en accumulant les erreurs stratégiques : Triste pour Leclerc.
    Williams , Sauber Alfa et Stroll malgré ses dollars en fond de grille sans espoir d’en sortir .Idem pour HAAS .
    Dans le marais : Torro Rosso en progrès , Mclaren plus ou moins selon les circuits , mais plus inquiétants pour les français RENAULT qui s’enfonce . Et comme GHOSN n’est plus là , on peut se demander combien de temps vont t’ils rester en F 1 .

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  • Beau rappel des dominations sans partage qu’évoque Johnny Rives. La période Mc Laren était sans discussion la plus dominatrice avec de plus les deux meilleurs pilotes très proches l’un de l’autre dont le duel tint en haleine la France entière et les médias du monde. Si le scenario ici se répète avec Mercedes la rivalité de leurs pilotes n’offre pas ici la même intensité que l’on a connue en 1988. Chez Ferrari on peut regretter la disparition de Marcchione décrié au début mais qui avait redressé de façon spectaculaire la Scuderia. On retombe dans les errements habituels connus à Maranello où il est difficile de construire une équipe en parfaite harmonie. Peut-être faut-il laissé à Binotto le temps de prendre ses marques, Rory Byrne, Ross Brawn Jean Todt et Michael Schumacher ont dû mettre en place leur structure progressivement avant d’entamer une domination écrasante. Vettel parait découragé et la venue du talentueux Leclerc ne va pas leur permettre de travailler dans la sérénité. Pour la photo on aura reconnu le départ du funeste GP d’Italie que Johnny Rives n’aurait pas manqué de rectifier.

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    • Oui Laurent, nous sommes à Monza en 1961 sur cette photo, le dernier départ de Von Trips.
      En ce qui concerne les dominations outrageantes du passé, citons également celle des Williams-Renault de Mansell/ Patrese en 1992 où les deux sociétaires réalisèrent quatre doublés lors des cinq premiers Grand Prix. A l’époque, ce genre de domination était certes regrettable pour le spectacle, mais s’effilochait avec le temps. Là, ce qui est vraiment pénible est qu’on a l’impression que rien ne bougera tant que les règlements sont figés de la sorte : Mercedes risque fort d’écraser la concurrence jusqu’en 2021 sans que personne ne puisse venir y contredire, pour le plus grand malheur d’un sport qui est vraiment en train de devenir un spectacle.

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  • Effectivement, nous nous sommes faits piéger par Internet. La photo demandée était relative au GP d’Angleterre ( Victoire de la Ferrari de von Trips). Elle était aussi légendée comme telle mais nos lecteurs aussi experts que bons observateurs ont immédiatement relevé qu’il s’agissait de Monza. Nos excuses pour cela. Nous avons remplacé la photo par une autre prise au GP d’Angleterre 1961.

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  • Tant qu’on y est, petit retour sur la série de doublés Ferrari de 1952. Elle s’achève bien par deux doublés Ascari-Farina, mais respectivement en Allemagne et aux Pays-Bas (pas de doublé en Italie).
    Ce GP d’Allemagne fut le théâtre du premier quadruplé de l’histoire du championnat du monde.
    Quatre autres suivront : Grande-Bretagne 1955 (Mercedes), Argentine 1957 (Maserati), ACF-France 1960 (Cooper-Climax) et Belgique 1961 (Ferrari).
    J’espère que Johnny – que nous ne remercierons jamais assez pour ses précieuses contributions – ne m’en voudra pas pour ce pinaillage : l’actualité du jour est plutôt le 47ème anniversaire de la victoire de JPB à Monaco.

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    • Quarante septième anniversaire? Mais c’était hier… (PS: merci pour vos aimables compliments).

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  • Un jour parfait pour relire le premier chapitre du « roman d’un champion » de notre hôte.

    Monaco 1972 sous le déluge dans la P160 de JPB en glissade et la fuite vers une victoire inouïe.

    Nulle caméra embarquée ne nous conduira jamais aussi proche de la limite, sous une pluie qui donne des frissons lorsque le rail est frôlé et menace de tout rompre.

    Je n’oublierai jamais ces lignes de magie, un grand œuvre en quelques pages uniques

    Merci Maestro Johnny

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    • 47 ans aujourd’hui ??!! hébé
      A défaut de vraie caméra embarquée, ce texte assez cinématographique m’avait inspiré une adaptation en BD (numérique) y a quelques temps.
      Je ne sais pas si Classic Course me permettrait de partager les liens dans ce post ?
      Merci d’ailleurs à Mr Rives pour ses encouragements et compliments sur ce projet 🙂

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