GP de Chine 2019 par Johnny Rives

BOULEVARD MERCEDES

Trois grands prix, trois doublés Mercedes : le championnat de F1 ouvre un boulevard devant les roues des flèches d’argent ! Écartant d’entrée la moindre ambiguïté. La W10 a impitoyablement éclipsé la SF90 rouge. Les essais préliminaires de Barcelone avaient été trompeurs. La brillante (et malheureuse) chevauchée de Leclerc à Bahrein est restée sans lendemain. Le circuit de Shangaï était, croyait-on, favorable aux grandes vitesses de pointe – l’atout des Ferrari. Mais un impérial Hamilton y a brillamment troublé les cartes. Jusqu’au détriment de son propre équipier Bottas, qui, après avoir brisé les codes à Melbourne, parut plongé lors du GP de Chine 2019 dans un insondable désespoir. Est-il besoin d’évoquer celui de Ferrari ?

Johnny RIVES.

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HAMILTON EN MAJESTÉ

GP de Chine 2019

GP Chine 2019 – Lewis Hamilton – Mercedes © DR

A Melbourne il avait félicité Valtteri Bottas pour sa chevauchée victorieuse. A Bahrein, c’est Charles Leclerc qui avait bénéficié de sa sollicitude après sa brillante et malheureuse démonstration. Mais à l’issue du GP de Chine 2019, Lewis Hamilton s’est contenté de savourer son propre triomphe sans avoir à décerner d’accessit à quiconque. Devancé de peu (23 millièmes de seconde) par Bottas en qualification, mais devancé tout de même, il n’a pas tardé à remettre bon ordre à la hiérarchie telle qu’il la conçoit. Son départ n’a pas souffert du moindre retard, du moindre excès de patinage. Il était en tête dès le premier virage et personne ne l’a plus revu. Même les changements de pneus ne l’ont pas délogé de la première place. Il l’a conservée de bout en bout en ajoutant en fin d’épreuve de la pondération à sa pugnacité initiale, comme le souligne son meilleur tour en course : le cinquième (1’35’’892) derrière Gasly (1’34’’742), Vettel, Leclerc et Bottas. Il règne sur la F1 en douceur. Avec majesté.

BOTTAS PERPLEXE

Il était radieux, Valtteri Bottas, après son triomphe australien. C’était compréhensible et justifié. Mais il en est revenu, comme l’indiquait son visage dépourvu du moindre sourire après sa (tout de même) probante deuxième place de Shangaï. Le constat, imposé par la manifeste reprise en main de la situation par Hamilton, a provoqué une morosité chez le Finlandais qu’il a été incapable de dissimuler. Pourtant il pourrait se réjouir d’une chose : sa situation pouvait poser question à l’issue de la saison dernière – devrait-il être remplacé chez Mercedes par plus jeune que lui, ou plus ambitieux ? Mais tel n’est plus le cas aujourd’hui : Bottas occupe strictement la position qu’espère Toto Wolf à la tête de l’équipe Mercedes F. Celle d’un complément incontournable au leader incontestable de l’écurie, Hamilton. Au (sans doute) grand désespoir d’Esteban Ocon dont la place de pilote n°3 n’a, sauf accident, plus rien d’enviable désormais…

« SCUDERIA CHERCHE LEADER » ?

Les messages abondent cette saison chez Ferrari pendant les courses. « Non, n’attaque pas, reste à ta place ! » (Australie). « Prends patience avant d’attaquer… » (Bahrein). « Laisse passer Sebastian » (Chine). Tous destinés à Charles Leclerc. Tout sourire, plein de modestie quand il est pied à terre, le talentueux Monégasque montre un tout autre aspect  de sa personnalité quand il est au volant. La patience que les plus sages pourraient lui suggérer d’observer, ça ne le concerne pas. Il a des qualités à prouver et entend le faire sans ambiguïté. Ferrari s’est trompé à Shangaï en croyant que, placé dans son sillage en début de course, Vettel perdait du temps derrière les Mercedes qui prenaient le large.  Erreur qui s’est révélée dès que l’ordre des facteurs a été inversé selon les desiderata de la Scuderia : le tandem Vettel-Leclerc n’était pas plus rapide que l’avait été le tandem Leclerc-Vettel. Les Mercedes prenaient le large avec la même aisance. La stratégie des arrêts pour changements de pneus en a même, seconde erreur, été modifiée. Certes cela a permis à Leclerc d’accéder à deux reprises à la 2e place entre Hamilton et Bottas (22e puis 37 et 38etours). Mais au final cela lui a valu de perdre la 4e place de la course au bénéfice de Verstappen. Quelles leçons en tirera Ferrari ? Une des innombrables questions devant aujourd’hui tarauder les têtes pensantes de la Scuderia.

LE NOUVEAU VERSTAPPEN

Le jeune, brillant et (trop ?) impétueux Max Verstappen a changé, c’est clair. Certes toujours vif à s’emporter. Il l’a montré en qualification quand il a été « empêché » d’améliorer ses performances en Q3 pour avoir pris la piste trop tard – à l’image de Vettel et des Renault qui l’ont doublé dans son tour de préparation pour éviter le drapeau à damier qui a coupé son élan. Mais en course autrement plus réfléchi. Comme l’a souligné le duel qui l’a opposé à Vettel après leur premier changement de pneus. Dans la même épingle où ils s’étaient accrochés un an plus tôt. Cette fois leur duel a été tout aussi musclé. Mais irréprochable. Vettel en est sorti gagnant. Mais Verstappen n’a rien perdu à l’affaire puisqu’il a fini à une 4e place inespérée devant l’autre Ferrari. Au final cela lui vaut même de précéder les « rouges » au championnat. Red Bull, dont les F1 ont perdu de leur superbe par rapport à 2018, peut se féliciter de disposer de son talent.

GP de Chine 2019

GP Chine 2019 – PIerre Gasly – Red Bull © DR

Et en même temps se rassurer d’avoir trouvé un second pilote qui se cherchait depuis le début de la saison. Cette fois, Pierre Gasly a réussi une mission délicate qui va apporter à son équipe la confiance en lui qui n’était pas encore apparue. Chargé, depuis la 6e place qu’il occupait à la régulière, de conquérir le meilleur tour en course (et le point au championnat qu’il rapporte) au prix d’un ultime et imprévu changement de pneus, il s’en est acquitté sans discussion possible. Le voici rassuré. Et ses supporters avec lui.

RENAULT ET LA PATIENCE

GP de Chine 2019

GP Chine 2019 – Daniel Ricciardo – Renault © DR

Derrière les trois grandes équipes, que personne n’est en mesure de concurrencer, la bataille est serrée entre Renault, Racing Point et Alfa Romeo comme l’ont souligné Ricciardo, Perez et Raïkkonen que séparaient quelques petites secondes à l’arrivée. Cela a donné enfin à Daniel Ricciardo l’occasion de marquer ses premiers points et de rejoindre Hulkenberg au championnat. Suffisamment sans doute pour s’armer de patience en attendant des évolutions châssis qui nous sont promises pour le GP d’Espagne… Où toutes les autres équipes en apporteront également !

ALBON FÊTE BIRA

GP de Chine 2019

GP Chine 2019 – Alexander Albon -Toro Rosso © DR

Nombreux sont sans doute les passionnés ayant découvert le nom du  prince Bira à l’occasion de ce GP de Chine. Il s’agit d’un (très) ancien pilote de F1 aujourd’hui disparu. Originaire de ce qui s’appelait alors le Siam (aujourd’hui Thaïlande), ce prince fort populaire sur les circuits dans les années 1940 et 1950 a marqué ses derniers points au championnat du monde en se classant 4e du Grand Prix de France 1954 au volant d’une Maserati. Devancé par les Mercedes W196 de Fangio et Kling ainsi que par la Ferrari « privée » de Robert Manzon. Au GP de Chine, 1000e épreuve du même championnat du monde, Alexander Albon, qui a la double nationalité britannique et thaïlandaise, lui a rendu hommage en décorant son casque en son honneur. A quoi il a ajouté une prestation de belle valeur. Parti dernier à cause d’un sérieux accident subi aux essais, il a réussi à se hisser à force de talent jusqu’à la 10e place à l’arrivée. Place qu’il a défendue avec brio devant la (décevante) Haas de Grosjean. Ce qui lui a valu d’être élu « pilote de la course ». A l’inverse de son équipier Kvyat, qui a anéanti à lui seul les chances des McLaren dès le premier tour !

COTE D’AMOUR ET… DE DÉSAMOUR !

A Shangaï, nous avons aimé :

***   Mercedes
**     Hamilton
*       Albon

Nous avons moins aimé :

°°°   Kvyat
°°     Ferrari
°       Haas

Classement « Classic Courses » après le GP de Chine 2019 :

Nous avons aimé :

****  Lewis Hamilton
***    Valtteri Bottas - Charles Leclerc - Mercedes
**      Max Verstappen
*        Lando Norris - Alexander Albon

Nous avons moins aimé :

°°°°°  Ferrari
°°°     Renault - Kvyat
°°       Giovinazzi - Vettel - Haas
°         Le circuit de Melbourne

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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12 pensées sur “GP de Chine 2019 par Johnny Rives

  • Une copie à nouveau parfaite, semblable à un dépassement de Fangio sur Hawthorn dans une courbe rapide, à la limite de l’équilibre, sur le Nürburgring en 1957.
    Vos lignes éclairent et font toujours gagner en émotion le lecteur, porté comme Stirling Moss vers la victoire anglaise par l’élégance par son équipier argentin.

    Merci Johnny
    Merci Maestro

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  • Compliment d’autant plus appréciable qu’il émane, c’est l’évidence, d’un connaisseur. Merci.

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  • La force de Johnny Rives c’est de faire un compte-rendu bien plus passionnant que le GP en lui-même !
     » L’ennui naquit un jour de l’uniformité  » : 3 GP et 3 doublés Mercedes…
    Seuls Albon c’est vrai, mais aussi Kimi ont réalisé quelques beaux dépassements.
    J’ai toujours espoir en Leclerc, si Ferrari lui permet enfin de s’exprimer.

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  • M.DEJEAN :
    Un très beau et exact mot dans votre billet : ELEGANCE .
    Toute la différence entre la F1 de ma jeunesse meme si je l’idéalise un peu et le cirque commercial des gamins mal élevés de la F1 actuelle en un seul mot . MERCI

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  • L’analyse de Johnny est toujours un plaisir à lire tant elle éclaire véritablement ce qu’il s’est déroulé sur la piste. A propos du Prince Bira et de sa quatrième place au « Grand Prix de France » 1954, oserais-je néanmoins rappeler qu’à l’époque, on parlait du Grand Prix de l’A.C.F., et non du Grand Prix de France, cette appellation étant réservée à quelques épreuves hors championnat (en 1952, l’A.C.F. créa même une série de courses réparties sur le territoire national baptisées « Grand Prix de France »). Le Grand Prix de l’A.C.F. devint définitivement Grand Prix de France à compter de l’édition 1967. Johnny le sait mieux que quiconque, cela fait juste partie des petites inexactitudes qui peuvent tous nous piéger parfois.

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    • Non Pierre, ça n’était pas un piège. C’était pour éviter toute confusion. J’ai volontairement écrit GP de France à propos de ce GP de l’ACF, et je l’écrirai encore en d’autres occasions. Un jeune lecteur n’aura pas à se demander ce qu’est ce mystérieux (pour lui) GP de l’ACF. A l’intention de ce jeune lecteur et ses amis: ACF = Automobile Club de France.

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      • Permets-moi de ne pas être d’accord avec toi sur ce point précis : peut-être est-ce notre rôle de lui expliquer que ça voulait dire Automobile Club de France. Car, lorsque ce jeune lecteur tombera sur un article parlant des GP de l’A.C.F., il ne comprendra vraiment plus rien. Et puisque tu parles de confusion, elle peut être totale car il y eut bien des GP de France dans les années cinquante, qui étaient hors-championnat. Et ton jeune lecteur de dire : « Mais alors Johnny, c’était lequel le GP de France » ? Et là, tu devras te fendre d’une explication.

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  • Oui. Mais n’oublie pas que les GP de France de 1952 avaient tous leur nom propre: GP de Pau, GP de Marseille etc. Behra avait gagné le GP de Reims. Après quoi le cinquième de ces huit GP de France de 1952 était disputé à Rouen sous l’appellation officielle de GP de l’ACF. Tous ces propos souvent que nous sommes d’accord sur le fond mais pas sur la forme. e n’est donc qu’un détail…

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    • « Tous ces propos prouvent » voulais-je écrire. Pardon.

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    • Correction: « Tous ces propos prouvent » voulais-je écrire. Pardon.

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      • Les Grands Prix de France avaient été recréés en 1964 à l’initiative de Toto Roche et de Gérard Crombac : une série de courses de Formule 2 disputées sur les circuits de Pau, Reims, Rouen, Le Mans Bugatti, Clermont, Albi, Montlhéry, le Castellet plus tard, qui permettait à des pilotes du calibre de Clark, G.Hill, Rindt, puis Stewart, Ickx, Siffert et autres célébrités de se produire une demi douzaine de fois dans l’Hexagone et d’affronter « nos » vedettes : Schlesser, Rosinski, Offenstadt, Beltoise, puis Servoz, Pesca, Cevert, Jabouille, Depailler, etc. Les spectateurs français étaient vraiment choyés.

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  • Tous ces propos prouvent que dans la passion, c’est le rêve qui compte.

    Si seulement Jim avait connu la Lotus 72, Jochen la couleur noir et or,
    François la Tyrrell 007.

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