Johnny Rives F1, Singapour 2018

IRRESISTIBLE HAMILTON

A l’issue des trois premières séances d’essais du G.P. de Singapour F1 , le bilan des forces en présence était trompeur. Pour la plupart des observateurs, nous compris, Ferrari dominait la situation. Elle dominait aussi franchement qu’elle l’avait montré précédemment à Francorchamps et à Monza – bien qu’au final elle y ait été battue. L’impitoyable circuit de Singapour semblait être un terrain idéal pour que les 062 EVO de Vettel et Raïkkonen y expriment une supériorité flagrante. Et puis tout changea dans les moments décisifs. En qualification puis en course. Avant de s’élancer pour son ultime tentative de décrocher la pole position, Vettel ne put se retenir de s’exclamer : « Cessez de me dire que nous sommes les plus rapides ! » Effectivement, ils ne l’étaient pas. Hamilton et Verstappen le démontrèrent avec un brio qui échappe régulièrement à la Scuderia et à ses acteurs, techniciens et pilotes. En théorie, Ferrari a peut-être la meilleure F1 du moment, mais en pratique elle ne sait pas concrétiser cet atout. Hamilton l’avait irrésistiblement démontré en Belgique et en Italie. A Singapour, Lewis s’est montré tout aussi irrésistible. Comment ne pas conclure que les jeux sont faits ?

Johnny RIVES.

HAMILTON

GP Singapour - Lewis Hamilton @ DR
GP Singapour 2018 – Lewis Hamilton @ DR

Raïkkonen semblait avoir décroché, en Q2, une performance (1’37’’194) situant avec éclat l’efficacité des Ferrari : la « pole » de 2017 (1’39’’491 par Vettel) était pulvérisée de plus de deux secondes. Mais on n’avait encore rien vu… Lewis Hamilton se chargea de remettre les montres à l’heure en Q3. Il boucla un tour à un rythme ahurissant (1’36’’015) qui laissa ses rivaux loin derrière. Le plus fascinant chez lui, outre un sens inégalable de la vitesse et de la performance, c’est sa faculté d’éviter des erreurs de pilotage auxquelles n’échappent pas ses rivaux directs. « Il suffit d’y croire ! » expliquait-il après son exploit. Sauf que les autres y croient aussi, évidemment. Mais qu’ils n’ont ni son talent, ni une F1 aussi performante que la sienne. Si elle paraît aussi merveilleuse entre ses mains, la Mercedes W09 le doit beaucoup à lui même. Valtteri Bottas ne dira pas le contraire, à qui sont offerts les mêmes éléments mécaniques sans qu’il sache en tirer le même profit qu’Hamilton. Lequel se situe au dessus du lot, comme on s’en était déjà rendu compte à Francorchamps et à Monza. Aucun doute possible.

VERSTAPPEN

GP Singapour - Max Verstappen @ DR
GP Singapour 2018 – Max Verstappen @ DR

Quels que soient les mérites et la valeur de Sebastian Vettel, un autre pilote qu’Hamilton s’est montré à Singapour plus convaincant que le quadruple champion du monde allemand : Max Verstappen, évidemment. Qui a finalement concédé moins de dix secondes à Hamilton au bout de 308 km de sprint, quand Vettel n’a pu faire mieux que d’en lâcher près de quarante (39’’945 précisément) au Britannique. Et cela, à en croire le jeune Batave, malgré un moteur Renault qui subissait des coupures ainsi que des baisses de rendement inattendues depuis les essais. Il faut qu’il soit sacrément fort, Max, pour surmonter aussi brillamment les faiblesses d’un moteur qu’il critique si souvent. Heureusement pour lui, tout ira mieux l’année prochaine. Il disposera un moteur irréprochable fourni par Honda.

ALONSO

GP Singapour - Fernando Alonso - McLaren @ DR
GP Singapour 2018 – Fernando Alonso – McLaren @ DR

Une des surprises de ce GP de Singapour aura été de constater un réel bond en avant des McLaren, en particulier celle de Fernando Alonso – le pauvre Vandoorne étant laissé pour compte par son équipe apparemment ! Onzième sur la grille de départ, l’Espagnol eut l’opportunité d’être le mieux placé des pilotes libres de choisir leurs pneus pour débuter la course. Alonso et McLaren optèrent pour les « ultra soft » (violets) qui, l’accrochage des deux Force India aidant, lui permirent de se dégager d’entrée du gros peloton. En tête duquel il se maintint jusqu’à l’arrivée, malgré les efforts des Renault et des Sauber. Une des surprises de la course fut l’inexistence des Force India (on sait pourquoi…) mais aussi des Haas, habituellement si performantes. L’équipe américaine a tiré son épingle du jeu grâce à un subterfuge : Magnussen a effectué deux changements de pneus, le dernier pour chausser des « hyper soft » tout en fin de parcours. Ils lui permirent de signer son meilleur tour une seconde plus vite (1’41’’905 contre 1’42’’913) que celui d’Hamilton. Un gag authentique qui interdit de considérer l’éventualité d’attribuer un point pour le championnat du monde à l’auteur d’une telle performance – sans signification raisonnable, Magnussen l’a clairement démontré ici ! En revanche, un point pour l’auteur de la pole position, pourquoi pas ? Hamilton ne serait pas contre. Il en a décroché sept cette saison, contre six à Vettel. Ricciardo (Monaco) et Raïkkonen (Italie) se sont partagés les deux restantes.

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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11 pensées sur “Johnny Rives F1, Singapour 2018

  • Rigolons un peu car ce GP fut une morne procession de plus :
    1. Ocon a encore joué au débutant immature en se viandant au 3 ème virage sur son équipier .Cette année déjà 4 abandons sur crash au 1er tour ; n’est pas grosjean qui veut !
    1. HONDA sans doute mécontent que l’ibère qualifie son moteur F1 de gp2engine a refusé de le motoriser en Indycar . Bien fait et belle réponse du berger à la bergère .

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    • J’aime beaucoup le site, l’analyse des courses de formule un et les commentaires qui permettent à chacun de s’exprimer. Aussi, je fais part de mon analyse sur l’incident du premier tour qui est tout à fait différente.
      Pour moi, Esteban Ocon a au contraire réussie une manœuvre audacieuse et sa sortie n’est due qu’au petit coup de volant de Perez pour le mettre dans le mur. Perez, expert dans l’exercice, n’a pas été sanctionné certes, car les deux pilotes sont de la même écurie – décision constante de la direction de course – mais les images montrent bien sa responsabilité et il s’est excusé.
      Dans le contexte de course actuel, le premier tour d’un grand prix est le moment le plus favorable pour gagner des places dans le contexte de course actuel et Esteban ne cesse de progresser dans cet exercice. Qu’il n’ai pas de volant en 2019, sauf opportunité de dernière minute est tout à fait regrettable car son absence de talent n’est pas le motif de ce départ. Il reviendra, j’en suis persuadé.

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      • Bonjour,

        Mon analyse est un peu différente : ce que l’on prend abusivement pour un coup de volant de Pérez est en fait un contre-braque. Comme cela a été dit, il était légèrement hors trajectoire car il laissait un peu d’espace à Grosjean qui n’avait rien à faire là, lui qui aurait dû se ranger derrière les deux bonbons roses après avoir coupé le 1er virage.

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    • on peut effectivement se tromper sur l’action, mais regardez la vidéo transmise par le site anglais, vous verrez Perez mettre un coup de roue à la voiture de Ocon, vous réviserez ainsi ce vous dites sur lui. Pour info, Perez lui a transmis ses excuses…

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      • Surprenant que personne ne relève la présence incongrue de la HHAS de Grosjean qui après avoir coupé le 1er virage revient en piste comme si de rien n’était (à son habitude ): sauf qu’il est à l’intérieur de ce fameux 3 ème virage et oblige PEREZ à élargir sa trajectoire sur sa droite , là ou OCON se situe .

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  • Hamilton impérial, Johnny je suis bien d’accord. Une pole d’anthologie comme pouvait en réaliser Senna et une course qui fut un modèle du genre, et cette année ce n’est pas la première! Mais il faut reconnaître que Vettel sait aussi réaliser des perfs de dernière minute exceptionnelles en qualif. A Singapour en course je ne pense pas qu’il ait démérité face à Verstappen: le dépassement en début de course fut aussi un grand moment dont il est sorti vainqueur malgré le contexte plus stressant de la course au titre. C’est la stratégie de Ferrari en revanche qui a été désastreuse (c’est hélas loin d’être la première fois même si c’est aussi arrivé à Mercedes) et je crois qu’ensuite il ne restait plus grand chose à faire que de préserver cette troisième place. Sinon, assurément l’autre grande performance est celle d’Alonso. Quelle tristesse de voir un si grand pilote se battre en milieu de peloton !

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  • Je ne vais peut-être pas me faire que des amis, mais Vettel, comme les saisons passées, est nettement un cran en dessous d’Hamilton. Ils sont tous deux 4 fois champions du monde, mais je pense que Vettel ne mérite pas tous ces titres: je lui en donnerais au mieux 2.

    J’aime beaucoup l’homme Vettel: sympathique, plein d’humour, intelligent.
    Je n’aime pas le pilote: rapide, mais fébrile et difficilement capable de reconnaître ses erreurs (et donc d’apprendre à travers elle).

    Hamilton ou Vettel quintuple champion (ce qui ne signifie pas rien) à la fin de l’année ? Avouez que l’un le mérite largement plus que l’autre !

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    • En ce qui me concerne, totalement de votre avis. Vettel a eu l opportunité d être au bon endroit au bon moment et son talent à fait le reste. Méritait il 4 titres ? La même question peut se poser au sujet de Schumacher…
      En voyant le talent d Hamilton je pense souvent à Rosberg qui a vraiment du tout donner pour s imposer en 2016.

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    • Pas du tout de cet avis. Un titre de F1 ne s’obtient pas au mérite ou au talent mais à la réussite de réunir tous les paramètres sur une période plus ou moins longue. On peut considérer que Hamilton est le meilleur depuis près de 10 ans – je le pense également – mais à mon avis, il n’est pas besoin de relativiser voire réviser le palmarès des pilotes.

      Si l’on va par là, Senna ne devrait avoir que deux titres, Prost l’ayant nettement battu aux points. Avec le barème actuel cela donnerait 301 pour le Français contre 274 en 1988, puis 245 à 168 en 1989. Ne devrait-on pas dire dans ce cas que le Brésilien n’était pas si fort puisqu’il aurait dû attendre le départ de Prost pour obtenir son 1er titre ?

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  • Hello. J’ai lu « Il faut qu’il soit sacrément fort, Max, pour surmonter aussi brillamment les faiblesses d’un moteur qu’il critique si souvent. Heureusement pour lui, tout ira mieux l’année prochaine. Il disposera un moteur irréprochable fourni par Honda. » J’espère – et je pense – que c’est de l’humour… 🙂

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    • Evidemment ! J’ai d’ailleurs bien apprécié cette petite pique 😉

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