Johnny Rives F1, Spielberg 2018

LA REVANCHE DES MAL AIMÉS

 Quand la mauvaise fortune s’en vient accabler un pilote sur deux parmi les six dominateurs du championnat 2018 de F1, tout se trouve soudain chamboulé. Tout devient plus intéressant. Tout paraît plus beau. On avait déjà connu cela à Bahrein (où Gasly avait obtenu une 4e place providentielle mais méritée) puis à Bakou (où Perez s’était miraculeusement classé 3e devant Vettel) – deux Grands Prix qui avaient obtenu la meilleure satisfaction des téléspectateurs, si l’on se fie aux notes récoltées par Canal +. Dimanche, sur le Red Bull Ring de Spielberg, les records précédents ont été battus. La belle poursuite délivrée par Raïkkonen et Vettel derrière Max Verstappen y est sans doute pour beaucoup. Mais qu’en aurait-il été si Hamilton et Bottas avaient toujours été là, eux que l’on croyait être partis pour une belle promenade de santé depuis le troisième virage de ce G.P. d’Autriche… L’échec inattendu de l’équipe reine, Mercedes, aura permis à Verstappen et quelques autres mal aimés (Grosjean, en premier  lieu) de prendre une revanche méritée sur un sort qui ne leur avait guère souri jusque là. Ce qu’espérait le public, faut-il croire…

                                          Johnny Rives.

MAX PASSE DE L’ORANGE AU VERT

GP Autriche 2018 - Max Verstappen - Red Bull @ DR
GP Autriche 2018 – Max Verstappen – Red Bull @ DR

En début de saison, Max Verstappen s’était surtout fait remarquer par des incartades dont il n’avait pas été le seul à payer le prix. Passe encore en Australie où un tête-à-queue lui avait perdre deux places. Mais à Bahrain, il n’avait pas mérité les compliments d’Hamilton que, faisant fi du moindre respect, il avait bousculé sans ménagement. Il avait récidivé en Chine, au détriment de Vettel cette fois, qu’il fit dégringoler de la 3e à la 9e place – recevant pour cela une ridicule pénalité de dix secondes. Ce fut pire à Bakou, où il piégea son propre équipier Ricciardo qui voulait le dépasser, tous deux étant réduits au KO pour le compte. Après un joli podium en Espagne, il retomba dans ses excès à Monaco où un accident aux derniers essais libres le priva de qualifications – le condamnant à s’élancer en dernière ligne pour le Grand Prix. Il faut croire que ces multiples leçons ont fini par être retenues comme en témoignent ses résultats au Canada (3e), en France (2e) et enfin en Autriche où il a fini par renouer avec la victoire. Pour le coup, Max a enfin comblé ses nombreux supporters oranges (à quand un G.P. des Pays-Bas ?) en réussissant enfin à passer au vert ! Ce qui n’était pas simple à Spielberg où l’on redoutait le premier virage autant pour lui que pour quelques autres (Vettel, Grosjean). Ouf ! Tous en sont sortis blanchis.

PAIRE AUX AS POUR LES HAAS

GP Autriche 2018 - Romain Grosjean @ DR
GP Autriche 2018 – Romain Grosjean @ DR

Depuis le G.P. d’Australie, où elles s’étaient distinguées en émergeant nettement de ce que les Anglais appellent le « midfield » (le gros peloton), on attendait que les Haas américaines confirment cet ascendant. Elles n’en avaient alors, sort excessivement cruel, récolté aucun fruit par la faute de roues mal fixées. Certes Kevin Magnussen (5e à Bahrain, 6e en Espagne, 6e en France) tirait parfois son épingle du jeu. Mais le plus souvent les bons résultats du Danois étaient éclipsés par des erreurs spectaculaires de son équipier Romain Grosjean. Lequel avait commis des bévues parfois grotesques (à Bakou, alors 8e derrière Perez futur 3e, il avait eu un accident sous régime de safety car !), parfois incompréhensibles (en Espagne, énorme sortie de route entrainant Gasly et Hulkenberg dans son propre désastre). Sa situation avait pris une tournure plus ambiguë encore au G.P. de France où il s’était attiré les foudres justifiées d’Esteban Ocon pour un comportement répréhensible – quoiqu’il ait pu en dire. Compte tenu de quoi, il jouait gros en Autriche. D’autant plus qu’ayant brillamment émergé du lot (le fameux « midfield ») aux essais (à chaque séance, 7e temps derrière les six intouchables), il avait hérité en qualification de la 5e place sur la grille grâce à la pénalité de Vettel et à la contre performance de Ricciardo. Dans sa situation, comment allait-il aborder l’épineux premier virage ? Par bonheur, tout se passa bien. Ainsi que dans les deux virages suivants, ce qui ne fut pas le cas pour tout le monde. Sixième à l’issue du premier tour, il fut bientôt repoussé à la 7e place par Vettel. Quand la SC virtuelle incita, au 15e tour, pas moins de onze pilotes à changer de pneus, Grosjean émergea des stands 8e derrière Magnussen et Perez qui ne s’étaient pas arrêtés. Lesquels, quand ils s’y résolurent, laissèrent la 6e place à notre Grosjean (29e tour) que les ennuis de Ricciardo, puis d’Hamilton propulsèrent tout près du podium (4e). Restait alors à achever ce joli travail. Cela ne fut pas facile à cause de la dégradation des pneus. Mais le Franco-suisse y parvint, marquant enfin ses premiers points au championnat – 12, de surcroit ! Magnussen s’étant hissé juste derrière lui, l’écurie Haas marqua donc 22 points, se hissant en bon rang (5e) au classement des constructeurs dans ce fameux « midfield » que contrôle toujours Renault (4e) malgré un décevant résultat de l’équipe française.

LES FAUX PAS DE MERCEDES

GP Autriche 2018 - Toto Wolff - Mercedes @ DR
GP Autriche 2018 – Toto Wolff – Mercedes @ DR

L’équipe Mercedes partait pour une démonstration que l’on prévoyait impressionnante à Spielberg. Elles monopolisaient la première ligne. Après un départ manqué, Bottas n’avait eu besoin que de trois virages pour se placer dans le sillage de son leader Hamilton. Et c’est lui qui sonna la première alerte pour les flèches d’argent (problème d’hydraulique au 14e tour). Et même la seconde puisque l’équipe allemande n’eut pas le réflexe d’arrêter Hamilton lors de la mise en œuvre de la SC « virtuelle » quand il fut immobilisé. Erreur que ne commirent ni Verstappen, ni Ferrari, ni quelques autres encore. Si bien que, lorsqu’il y fut contraint, Hamilton ne reprit la piste qu’en quatrième position. Ce qui le contraignit à ses efforts que payèrent ses pneus (il dut observer un deuxième changement de gommes) et finalement sa mécanique quand la quatrième place qu’il occupait alors lui aurait permis de conserver son fauteuil de leader au championnat. Un fauteuil qu’il aura cœur à reconquérir ce 8 juillet prochain à Silverstone, devant un public de qualité qui lui est tout acquis d’avance.

SIX MOTEURS FERRARI DANS LES POINTS

GP Autriche 2018 - Sebastian Vettel - Ferrari @ DR
GP Autriche 2018 – Sebastian Vettel – Ferrari @ DR

Verstappen n’aura pas eu la partie facile en Autriche, avec les courses poursuites menées dernière lui par Raïkkonen et Vettel, sur leurs Ferrari. Des Ferrari qui, c’est une surprise en comparaison des déboires qu’elles avaient rencontré en ce domaine lors du G.P. d’Espagne, ont moins fait souffrir leurs pneus que leurs adversaires. Cet avantage a permis aux deux « condottieri » de la Scuderia de terminer en trombe, Raïkkonen réussissant même l’exploit de fixer la nouveau record de la piste (1’6’’957 contre 1’7’’411 à l’ancien) dans le tout dernier tour qu’il n’acheva qu’une seconde et demie derrière le vainqueur. C’est en début de course (malgré et peut-être à cause de son excellent départ) que Raïkkonen avait connu ses plus grandes difficultés, quand il s’était avéré moins performant que les deux Red Bull. Mais il s’est bien rattrapé par la suite. Son équipe lui a rendu hommage en ne lui réclamant pas de céder sa deuxième place à Vettel. En espérant que personne n’aura à le regretter en fin da saison. En tout cas, sur le moment, Vettel faisait bonne figure après l’arrivée en s’abstenant, tout sourire, de faire la moindre allusion à ce « fait de course » auquel nous avons échappé autant que Raïkkonen lui-même ! Ce beau résultat global de la Scuderia est encore renforcé par les Haas à moteur Ferrari (4e et 5e derrière les voitures sœurs de la Scuderia). Et même, plus inespéré, par les 9e et 10e places de Sauber-Ferrari de Leclerc et Ericsson. Ce qui a placé l’ensemble des six moteurs Ferrari au départ dans les points.

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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4 pensées sur “Johnny Rives F1, Spielberg 2018

  • Grosjean qui s achète une conduite. Les deux McLaren qui abandonnent. Cinq moteurs Ferrari dans les points. Deux Français qui le sont également. Sans compter Leclerc. Boullier qui demissionne…(suicide à bout portant ?) Quelle course !
    Bon pour revenir sur Grosjean, il a quand même remarqué que le départ avait été super chaud et qu il avait du faire gaffe… Ben oui Romain c est mieux quand on fait gaffe 😉

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    • Naturellement quand on parle d abandon on est davantage habitue à écrire McLaren que Mercedes. Ce que mon correcteur d orthographe a compris:) je disais donc : deux Mercedes abandonnent !

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  • Sauf mauvais calcul :
    6 moteurs FERRARI dans les points .
    1 suisse , 1 monégasque et 1 français dans les points .
    Et Renault qui enchaine casses et abandons et se fait rattraper par HAAS .

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  • Une très belle victoire méritée pour Verstappen la future star de la F1. Ce n’est plus tout à fait la dream team Mercedes avec des résultats en demi-teinte une fiabilité qui pêche et une Scuderia sous la houlette de Marcchione si sévèrement décrié à son arrivée, mais qui a beaucoup progressé au point pourquoi pas d’intéresser Hamilton? Pour celui-ci cette course où il a été oublié par son équipe principalement tournée vers son équipier ne va pas l’inciter à signer plus rapidement son contrat.

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