Grand Prix de Monaco 1929 – 2e partie

Les efforts de tous les protagonistes du premier Grand Prix de Monaco, au premier rang desquels Anthony Noghès, ont été récompensés au – delà des espérances. Le succès a non seulement été immédiat mais perdure quelques neuf décennies plus tard. Dans les rue étroites de la principauté, comme souvent, ce sont les plus agiles qui se sont distingués. Le « David » Williams et sa petite Bugatti ont dominé le « Goliath » Caracciola et sa  monstrueuse Mercedes. Mais il s’en est fallu de peu !

Olivier Rogar

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Un circuit dans la ville

1929 GP Monaco-tracé circuit @DR
1929 GP Monaco-tracé circuit @DR

Une promenade de 3180 mètres à travers les rues de la Principauté. Distance à  parcourir cent fois. L’épreuve s’achèvera trente minutes après le passage du vainqueur. Course réservée aux seuls pilotes. Pas de mécaniciens à bord des autos. Un changement de pilote est autorisé pourvu qu’il se produise à la fin d’un tour complet. Dix virages marqués, environ trente-cinq changements de vitesses par tour. 3500 en 100 tours. Freinages par câbles ; mollets droits, tambours fumants laisseront au frein moteur le soin de rattraper les excès d’ardeur puis de fatigue. Néanmoins, au-delà de cette composante inévitable, la forme même du circuit, avec sa chicane et ses épingles incite à la plus grande vigilance, réduisant de fait le risque d’incidents de course.

Parcours

1929 GP Monaco - Virage du bureau de tabac@DR
1929 GP Monaco – Bureau de tabac@DR

Les tribunes font face à la mer et à la grille de départ. Le parcours débute sur le Boulevard Albert 1er. et bifurque à droite au niveau de la chapelle Ste Dévote. Il y a la montée vers le Casino bordée par un parapet avec Beaurivage puis le gauche de Massenet qui ouvre le passage entre l’hôtel Hermitage, le casino et l’hôtel de Paris, le droite de Mirabeau, la descente vers la gare et son épingle à cheveux, un premier virage à droite vers le portier qui débouche sur le front de mer puis le tunnel doté d’un éclairage électrique, descente, chicane, gauche du bureau de tabac puis tout droit jusqu’à l’épingle du gazomètre et retour vers la ligne droite du départ.

Les zones les plus dangereuses ont été bordées de sacs de sable. Voire par des palissades en bois comme au bureau de tabac. La surface du circuit a été refaite à neuf.

Monaco 1929 - Classic Courses - Tracé du circuit @ DR
Monaco 1929 – Classic Courses – Tracé du circuit @ DR

Tremblements

1929 GP Monaco-Affiche liste des engagés @DR
1929 GP Monaco-Affiche liste des engagés @DR

Pourtant les pires dangers sont promis aux organisateurs par les intemporelles Cassandre, conseilleurs, metteurs en garde, « trembleurs » comme le dit le journaliste de « L’Eclaireur de Nice et du Sud Est ».  Lancer des bolides dans la ville est une folie Les organes mécaniques seront mis à rude épreuve sur ce parcours étroit et tourmenté bordé à quelques dizaines de centimètres par des maisons, des barrières, des parapets. Sans parler du retour depuis le tunnel vers le gazomètre offrant un accès direct à la méditerranée…. Pourtant les commentaires des témoins loueront l’organisation de l’épreuve, la fermeture des rues adjacentes au circuit, le fléchage des accès, les zones de tribunes, la sécurité omniprésente notamment grâce au fort contingent de policiers et carabiniers déployés autour du circuit. Des dispositions qui laissaient à penser que l‘épreuve, de niveau déjà international, avait tout pour se pérenniser.

Sur invitation

Quatre courses ont déjà été disputées en 1929 lorsque le week-end du 14 avril, les concurrents se dirigent vers Monaco. Tripoli, le 24 mars à Tagiura, Antibes le 1er avril, à la Garoupe, La Riviera le 7 avril à Cannes puis L’Algérie le 7 avril également, à Staouéli.

Mais Monaco, richement doté, jouit déjà d’une aura particulière. Les prix sont importants : au vainqueur le trophée et 100 000 francs, au second 30 000 francs puis 20 000 au troisième, 15 000 au quatrième et 10 000 au cinquième. L’auteur du meilleur tour reçoit 3000 francs et le leader 1000 francs tous les dix tours.

Mais comme pour d’autres évènements plus mondains, le droit de participer n’est pas donné à tous. Il faut être invité par l’organisateur. Vingt participants représentant huit nationalités le sont. Aucune écurie officielle n’est engagée. Même si l’on peut supposer que Bugatti, Mercedes et Alfa Romeo suivent de près leurs pilotes.

Participants

En avril 1929, les invités se présentent tous avec une certaine notoriété :

René Lamy écume les courses de côte du sud-est de la France avec sa Bugatti et en remporte plusieurs au cours des années 1928, 1929. En janvier 1929 il gagne celle de Marseille – Boulevard Michelet. La même année il est inscrit aux Grand Prix d’Antibes et de Monaco. Il ne prend le départ d’aucun des deux.

Philippe Etancelin victorieux au Grand Prix de la Marne en 1927 sur Bugatti. Sa grande carrière prend véritablement son essor en 1929.

1929 GP Monaco - Philippe Etancelin@ DR
1929 GP Monaco – Philippe Etancelin@ DR

Christian Dauvergne a remporté le Grand Prix de l’ACF 1924 sur Peugeot, a gagné sa classe aux 24 heures du Mans 1928  et vient de finir 3e du Grand Prix d’Antibes.

1929 GP Monaco - Christian Dauvergne@ DR
1929 GP Monaco – Christian Dauvergne@ DR

Marcel Lehoux originaire d’Algérie, vient de remporter le Grand Prix d’Alger sur Bugatti. Auparavant il a inscrit son nom au palmarès des Grand Prix du Maroc 1924, d’Algérie 1928, de Tunisie 1928 et des 12 Heures de Saint Sebastien 1927.

1929 GP Monaco - Marcel Lehoux @DR
1929 GP Monaco – Marcel Lehoux @DR

Guglielmo Sandri, italien, est avant tout un pilote motocycliste NSU puis Moto Guzzi. Il fera des incursions sporadiques en sport automobile. Notamment à Monaco en 1929 sur Maserati.

« Williams », franco-britannique, de son vrai nom William Grover court sous pseudonyme pour ne pas effrayer sa mère. Actif depuis 1926, il a gagné plusieurs courses de côte et fait preuve de son talent lors de plusieurs Grand Prix finis aux places d’honneur, notamment le Grand Prix de Provence 1926 à Miramas. Sa première grande victoire est celle du Grand Prix de l’ACF 1928 sur le circuit du Comminges, comme pilote officiel Bugatti.

William Grover-Williams vainqueur GP du Comminges 1928@DR
William Grover-Williams vainqueur GP du Comminges 1928@DR

« Philippe », français, lui aussi court sous un pseudonyme. Georges Philippe n’est autre que Philippe de Rothschild. Il contribue à donner aux années 20 leur réputation d’années folles. Passionné d’automobiles et de courses, il bat le record du train Paris Nice en 1922. Lié par son frère ainé à Robert Benoist, il débute véritablement en sport automobile en 1928, il participe au premier Grand Prix Bugatti du Mans, où il termine deuxième derrière André Dubonnet.

1929 GP Monaco - Philippe de Rothschild@ DR
1929 GP Monaco – Philippe de Rothschild@ DR

Goffredo Zehender, italien, a fini 3e du Grands Prix Bugatti au Mans en 1928. Il sera ensuite pilote privé Alfa Roméo.

1929 GP Monaco - Goffredo Zehender@ DR
1929 GP Monaco – Goffredo Zehender@ DR

Georges Bouriano est un pilote d’origine roumaine émigré en Italie puis en Belgique. Ingénieur, il participe à ses premières courses sur cyclecar EHP avant de faire l’acquisition d’une Bugatti 35 avec laquelle il finit  second du Grand Prix d’Espagne 1928. Il a également remporté la Course de côte de Malchamps en 1925 et 1926, la King’s Cup en 1926 (une course de 24 Heures), la course du Circuit de Thuin en 1927.

1929 GP Monaco - Georges Bouriano@ DR
1929 GP Monaco – Georges Bouriano@ DR

Jan Bychawski, pilote polonais dont on a malheureusement perdu la trace.

Raoul de Rovin, constructeur français de motos puis de voitures, né en Algérie. Il dispute son premier Grand Prix en 1928 à Antibes, il remporte la victoire au Grand Prix de l’A.C.F 1928 en 750cm à Saint-Gaudens. Auteur du meilleur temps des essais au Grand Prix de l’ACF. Il est engagé à Monaco sur une Delage 1927.

1929 GP Monaco-Raoul de Rovin@DR
1929 GP Monaco-Raoul de Rovin@DR

Louis Rigal, français, il gagne les 24 h de Spa 1926 puis de nombreuses courses de côte jusqu’en 1928, toutes sur Peugeot. De nombreuses places d’honneur s’ajoutent à son palmarès dont les secondes places du Grand Prix d’Italia tourisme 1926, du Grand Prix d’Antibes Juan-les-Pins 1929, sur Alfa Romeo 6C 1500 (à La Garoupe), des troisièmes places au Grand Prix de l’ACF 1925 voitures légères, sur Peugeot 18CV (à Montlhéry) et à la Coppa Florio 1927, sur Peugeot;

1929 GP Monaco - Louis Rigal@ DR
1929 GP Monaco – Louis Rigal@ DR

Diego de Sterlich, ce noble italien consacre sa vie aux chevaux, aux femmes et aux automobiles, y dilapidant une fortune qui semblait inépuisable. Malheureusement, son talent n’est égalé que par sa générosité et c’est sans calcul qu’il aide ses amis. Maserati bénéficia deux fois de ses largesses. Il vendit des centaines d’hectares de foncier pour leur venir en aide. Il finança la création du circuit de Monza, fonda l’Automobile Club des Abruzzes et créa la Coppa Acerbo.  Entre 1926 et 1929 il remporte plusieurs courses en Italie et en Suisse, notamment la course de côte de Klausen. Il est inscrit à Monaco sur une Maserati 26B.

1929 GP Monaco - Diego de Sterlich ( avec casquette) @ DR
1929 GP Monaco – Diego de Sterlich ( avec casquette) @ DR

René Dreyfus, pilote français dont la carrière a débuté dans les années 1924 avec une victoire au Circuit des Gattières sur Mathis. C’est à partir de 1929 que son palmarès va s’étoffer de nombreuses victoires sur Bugatti, Alfa Romeo et Maserati. Invité de dernière minute, grâce à l’appui de Ernest Friederich, agent Bugatti à Nice, ll est inscrit à Monaco dans la catégorie « Voiturettes » sur une Bugatti 37 A.

1929 GP Monaco - Williams et René Dreyfus@ DR
1929 GP Monaco – Williams et René Dreyfus@ DR

Mario Lepori, ce pilote suisse a disputé le Grand Prix de San Sebastian 1928 au cours duquel il a été disqualifié, puis a gagné le Grand Prix d’Antibes le 1er avril 1929.

1929 GP Monaco - Mario Lepori@ DR
1929 GP Monaco – Mario Lepori@ DR

Michel Doré, d’Abbeville a commencé à piloter sur Senechal GS Ruby en 1923. Il a remporté le Grands Prix Cyclecars du MCF (Motocycle club de France), en 1925 sur Sénéchal GS Ruby puis le Grand Prix du Salon, en 1927 sur La Licorne (Les deux à Montlhéry), ainsi que de nombreuses courses en endurance – tourisme et en courses de côte.

1929 Michel Doré @ DR
1929 Michel Doré @ DR

Rudolph Caracciola, né à Remagen au royaume de Prusse, a gagné son surnom de Regen Meister ( Maître de la pluie) lors du Grand Prix d’Allemagne 1926 sur le circuit de l’Avus. Ayant calé au départ, il a fait sous la pluie et dans le brouillard, une partie de son retard quand il doit à nouveau s’arrêter pour une bougie défaillante. Il repart avec pour seul objectif de finir. Lorsque, exténué, il y parvient, il apprend qu’il a remporté l’épreuve. Il remporte à nouveau le Grand d’Allemagne en 1928, sur le Nurbürgring cette fois sur la « grosse » Mercedes S de 7.1 L.

Rudolph Carracciola @ DR
Rudolph Carracciola @ DR

Albert Perrot, après des débuts sur cyclecars au milieu des années 1920,  Il participe aux 24 Heures du Mans 1928, sur Salmson CS 1,1 L. avec J. Hasley. Il a remporté pour cette marque le Grand Prix de Picardie 1926 réservé aux cyclecars.

1929 GP Monaco - Albert Perrot@ DR
1929 GP Monaco – Albert Perrot@ DR

Pietro Ghersi, pilote italien motocycliste né à Gènes, a alterné moto et automobile à partir de 1927. Il a fait partie avec Achile Varzi, du premier engagement italien au Tourist Trophy couru sur l’Ile de Man sur Moto Guzzi. En automobile il a d’abord couru sur OM puis sur Alfa Romeo. Il est inscrit à Monaco sur une Alfa Romeo 6C 1500.

1929 GP Monaco - Pietro Ghersi @DR
1929 GP Monaco – Pietro Ghersi @DR

Hans Stuck, allemand, sa famille est originaire de Suisse. Depuis la fin de la guerre, il produit du lait dans sa ferme proche de Munich. Il fait les livraisons. Aussi. Vite. Très vite. De plus en plus vite. Si bien que ses amis le poussent dès 1923 à s’inscrire à sa première course de côte. Il remporte sa classe. Austro-Daimler lui propose un challenge sur quatre courses qu’il réussit in extremis en remportant la dernière d’entre elles à Tauern en Autriche. En 1927 il devient pilote officiel de la marque et remporte neuf courses de côtes majeures.

1929 GP Monaco - Hans Stuck @DR
1929 GP Monaco – Hans Stuck @DR

Quatre d’entre eux ne prendront pas le départ pour cause d’accident ou d’ennuis techniques. Lamy, Bychawski, Ghersi et Stuck. Si un doute subsiste sur le nombre final de participants, on s’en tiendra aux seize figurant dans le tableau des inscrits et sur le compte rendu des journalistes.

Curieusement, le monégasque Louis Chiron qui a assisté Anthony Noghes de ses conseils est absent. La raison en est simple, il a un engagement à Indianapolis qui lui a été obtenu par son sponsor Freddy Hoffman.

Essais

1929 GP Monaco-Affiche liste des engagés2@DRLes essais ne sont pas chronométrés officiellement. Ils sont destinés à repérer cette piste nouvelle et piégeuse entre rochers, falaises et plongeoirs !

A l’instar de ce qui se passe toujours aujourd’hui, ils s’ouvrent le jeudi. A 5h30. Les monégasques se réveillent dans le bruit et la fureur. Les touristes aisés qui ont choisi la ville pour son calme fuient momentanément les hôtels de luxe, laissant la place aux passionnés. Le cirque reprend le vendredi à la même heure, sous la pluie. Le samedi doit être calme. Aucun essai n’est programmé. C’est sans compter sur l’arrivée tardive le vendredi de « Williams ». L’organisateur l’autorise à repérer le parcours. Toujours très tôt…

L’ordre de la grille est déterminé par tirage au sort lors de l’attribution des numéros de course. Caracciola n’est pas favorisé et partira en avant dernière position avec sa lourde et encombrante Mercedes 7.1L.

Grille de départ

Grille de départ GP Monaco 1929
Grille de départ GP Monaco 1929

Course

1929 GP Monaco -Grille de départ @DR
1929 GP Monaco-Grille de départ @DR

Ce dimanche 14 avril 1929, le Tout-Monaco se presse dans les tribunes du Boulevard Albert 1er. Comme le dit le journaliste de « L’Eclaireur » : « L’évènement sera mondial ! des sacrifices énormes, qui dépassent vraisemblablement un million ont été consentis pour quelques heures. On a refait des routes, lancé des passerelles, érigé des tribunes, démoli des escaliers, construit des plans inclinés. Des travaux cyclopéens ont abouti à une réalisation éphémère. La principauté autant que la côte d’azur seront les bénéficiaires d’un effort autant sagace que fastueux. ».

Le corps préfectoral des Alpes Maritimes voisines, le corps consulaire au grand complet, les différents corps administratifs entourent la famille princière. Le spectacle est dans les tribunes, sur la piste, sur le rocher qui grouille immédiatement d’amateurs. La sécurité a été prise en compte mais il faudra du temps pour laisser au « progrès » la possibilité de masquer le circuit et les voitures aux yeux des passants. Les spectateurs sont partout, sur les terrasses, aux fenêtres, aux balcons et bien tendu dans les tribunes.

Le bord de mer n’est pas encore couvert de yachts et les rues sont bordées de petits immeubles. Le soleil brille désormais et la vue est dégagée. Le regard comme le son, épargnés par toute résonnance portent au loin, croissent, diminuent, disparaissent en laissant place aux obstacles, au silence, à l’imagination…

1929 GP Monaco-Grille de départ @DR
1929 GP Monaco-Grille de départ @DR

A 13h00 les voitures rejoignent la grille de départ. Certains concurrents effectuent un tour de chauffe et viennent se ranger à leur place. Charles Faroux, le Directeur de Course effectue un tour à bord de la Bugatti de Dreyfus. A 13h25 le Prince Louis 2, accompagné de Charles Faroux et Anthony Noghès ouvre le circuit à bord de sa Voisin.

1929 GP Monaco-SAS le Prince-Louis 2-Anthony Noghes-Charles Faroux @DR
1929 GP Monaco-SAS le Prince-Louis 2-Anthony Noghes-Charles Faroux @DR

A 13h30 le départ est donné pour les seize participants. C’est Lehoux sur Bugatti 35C qui s’élance en tête suivi par Etancelin et Williams, tous deux sur Bugatti. La Delage de Rovin est restée sur son emplacement de départ, toutes les autres voitures passent dans le bruit rauque ou caverneux de leurs mécaniques poussées au maximum.

1929 GP Monaco - Départ @DR
1929 GP Monaco – Départ @DR

Elles virent à Sainte Dévote puis s’engouffrent dans la montée du Casino, tandis que l’infernale sarabande s’estompe dans le lointain, le silence peu à peu revient Boulevard Albert 1er.. Pour quelques secondes seulement, brisé déjà par le retour des bolides, régurgités les uns après les autres par l’obscur tunnel, ils passent la chicane, se relancent vers le portier et filent vers le gazomètre. Au terme de ce premier tour, Williams est en tête devant Lehoux, Etancelin, de Sterlich, Philippe et Caracciola qui vient de doubler dix concurrents !

1929 GP Monaco - Ste Devote @DR
1929 GP Monaco – Ste Devote @DR

Ce n’est pas fini, poursuivant son effort il achève le second tour en seconde position, quelques 300 mètres derrière Williams. A la sortie du tunnel, Lehoux a perdu sa Bugatti et glissé vers les sacs de sable qui bordent le quai. Trois roues cassées lui vaudront au cours des prochains tours, l’effort de courir vers les stands, de récupérer trois roues de rechange et de les remonter sur son auto blessée. Onze tours lui seront nécessaires. Onze tours au cours desquels le peloton le frôle, le macule de particules de pneus et d’huile, mais ne lui font pas perdre courage. Il reprend la course mais doit abandonner peu après sur problème de transmission.

1929 GP Monaco - Williams - Epingle de la gare @DR
1929 GP Monaco – Williams – Epingle de la gare @DR

Au 7e tour Williams a pris un tour à l’Alfa de Perrot qui abandonnera au 18e tour. Au treizième tour la Mercedes de Carraciola a perdu un peu de terrain sur la Bugatti de Williams. Il a fait un tête à queue à l’épingle de la gare. Au 30e tour, Caracciola est en tête devant Williams. Le troisième, Bouriano est à une minute. Suivent « Philippe », Lepori, Etancelin, Rigal, Doré, Sandri et De Rovin.

GP Monaco 1929 - Rudolph Carracciola - Epingle de la gare @ DR
GP Monaco 1929 – Rudolph Carracciola – Epingle de la gare @ DR

Au 40e tour, Williams a repris la tête, Dreyfus s’est hissé à la 5e place, Lepori a glissé à la 8e et Doré à la 10e.

1929 GP Monaco-Rovin-Delage et Williams-Bugatti @DR
1929 GP Monaco-Rovin-Delage et Williams-Bugatti @DR
1929 GP Monaco - Rudolph Carracciola - Mercedes @ DR
1929 GP Monaco – Rudolph Carracciola – Mercedes @ DR

Au 50e tour, Williams s’est arrêté pour ravitailler, tandis que Caracciola, victime d’un nouveau gros dérapage se rend compte que ses pneus ne tiennent plus sur ce revêtement qui fond sous l’effet du soleil. Il s’arrête au 51e tour. Et là rien ne se passe comme prévu. Le plein englouti quatre bidons. Le mécanicien s’apprête à changer la roue arrière droite quand le cric glisse sur le rail de tramway sur lequel la voiture s’est arrêtée. Il faut ensuite changer de côté pour la roue arrière gauche et donc remettre la voiture sur cric. Un marteau de cuivre est utilisé pour dévisser et revisser le papillon de roue. Malheureusement son manche casse en pleine manoeuvre. L’arrêt de Caracciola lui coûte 4mn30 ! Permettant ainsi à Williams de reprendre la tête avec un tour et quart d’avance. Bouriano qui s’est également arrêté se retrouve 2nd. Suivent « Philippe », Caracciola, Dreyfus, Etancelin, Lepori, Rigal, De Rovin, Doré.

1929 GP Monaco-Rovin-Delage et Williams-Bugatti - Bureau de tabac @DR
1929 GP Monaco-Rovin-Delage et Williams-Bugatti – Bureau de tabac @DR

Au 70e tour, Caracciola est repassé en 3e position derrière Williams et Bouriano. Tous les autres coureurs sont au moins à un tour.

1929 GP Monaco - Williams passe la ligne d'arrivée @DR
1929 GP Monaco – Williams passe la ligne d’arrivée @DR

Au 100e tour, Charles Faroux peut abattre son drapeau au passage de la Bugatti verte de Williams sous les applaudissements de la foule. Le spectacle a été dense et le duel entre les trois principaux protagonistes a rendu l’issue de la course incertaine jusqu’au bout. Bouriano est second à 1mn 17.8s, Caracciola 3e à 2m22.6s. Philippe est à un tour, Dreyfus à 3 tours, Etancelin à 4 tours. Tous ont dû terminer leurs 100 tours pour être classés. Ce qui n’a pas été le cas de Lepori, Dore et Rigal. Hors délais, non classés.

GP Monaco 1929 - William Grover dit "Williams" @DR
GP Monaco 1929 – William Grover dit « Williams » @DR

Résultats

 

Classement arrivée GP Monaco 1929
Classement arrivée GP Monaco 1929

 

  

Sources

  1. kolombus.fi – 1929 Grand Prix season . Leif Snellman – Hans Etzrodt
  2. L’Eclaireur de Nice et du Sud Est – 15 avril 1929.

Olivier Rogar

Olivier collabora avec « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, il créée Classic COURSES avec les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui l’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité de décision dont la maîtrise conditionne toute réussite.

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8 pensées sur “Grand Prix de Monaco 1929 – 2e partie

  • 100 tours et 4 heures . De nos jours les chochotes pilotes de F1 sont fatiguées après 1 h 20 mn environ . Tout faux .

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    • Je suis étonné que personne n’ait repris ce commentaire. Les normes des courses ont évolué de pair avec la sécurité. Tourner à la moyenne de 80 km/h pendant 4 heures (1929) exige des qualités d’endurance certes différentes de celles qui sont nécessaires pour tourner à 160 km/h (Perez 2017) pendant 1h44. Mais à cette vitesse il faut une extrême concentration avec un risque omniprésent (Wendlinger). Les pilotes vainqueurs sont exceptionnels… Le qualificatif que vous leur attribué est totalement inapproprié. Par ailleurs et pour rappel la course est passée de 100 tours à 80 tours suite à l’accident mortel de Lorenzo Bandini en 1967.

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      • Mr Rogar :
        En 1937 , la course a duré 3 heures 7 mn et 23.9 secondes à 63 mph de moyenne soit 102 kmh , avec des voitures de 560 cv sur des pneus de bicyclette ou presque , et un record du tour à 66.79 mph soit pas loin de 110 kmh établi au 74 ème tour soit après environ 2 heures et demi de course .
        Je maintiens mon commentaire et mon qualificatif encore plus approprié au vu de ces chiffres .A chacun son avis sur les pilotes du fond de grille depuis quelques années .

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  • Magnifique retour sur cette première édition du GP de Monaco ! Manifestement de part son tracé si sélectif (agrémenté par les rails du tramway qu’il valait mieux éviter à cette époque)le GP de Monaco est fidèle à son histoire, puisque encore aujourd’hui mis à part un peu de chance, seuls les grands Champions y gagnent. Bravo Olivier pour ce récit aussi complet qu’intéressant ! Williams Grover William avait remporté l’année auparavant le GP du Comminges comptant pour l’ACF, le 1er Juillet 1928 à St-Gaudens sur Bugatti.

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    • Merci Michel. Beaucoup à dire sur Williams. Nous y reviendrons.

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  • Une petite rectification linguistique : en allemand, Maître de la pluie se dit « Regenmeister ».
    Et « Rain master » en anglais.

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    • Corrigé Herr Deutsch Meister 😉

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  • Petit à petit, le site Classic Courses enrichit l’historiographie du sport automobile. Ces deux articles sur le GP de Monaco 1929 forment un ensemble tout simplement unique. Je me demande où l’auteur a trouvé toute cette documentation. La liste des vingt pilotes, avec leur photo et une brève présentation, est impressionnante.
    Au tout début, Olivier Rogar nous parle des « années folles », ce qui est une façon assez rituelle de parler de cette époque. En fait, comme toutes les généralités, il s’agit d’une idée fausse. Dans les années vingt, la France a encore une population en majorité rurale (60%), et au lieu de s’étourdir dans les excès, les Français ont au contraire passé leur temps à inaugurer des monuments aux morts. Mais au-delà de la fausse généralité, Olivier Rogar est dans le vrai : les « années folles » ont concerné uniquement les élites, et le sport automobile – surtout à Monaco – est l’affaire des élites.
    Petite remarque : il n’y a aucun doute sur le nombre de participants (16), comme le montre la photo de la grille de départ.

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