Timo et Leo, les premiers « Flying Finns »

Depuis plus de 50 ans, la Finlande, petit pays de 5,5 millions d’habitant mais grande nation de sport automobile, lance régulièrement sur les routes et les pistes de nouveaux « Flying Finns » , rivalisant ainsi avec la France et l’Allemagne au nombre de titres mondiaux pilotes. Cette longue liste de Finlandais volants fut inaugurée par deux pilotes qui, coïncidence, ont disparu récemment à quelques semaines d’intervalle : Timo Mäkinen sur les routes et chemins, Leo Kinnunen sur les circuits.

Olivier Favre

Timo Mäkinen

Makinen-Cooper
Timo Makinen @ DR

Décédé le 4 mai dernier à 79 ans, Timo Mäkinen fut le premier grand rallyman sorti des lacs et forêts finlandaises pour conquérir les lauriers internationaux et consacrer l’appellation controlée « Flying Finns ». Son arme fut la fabuleuse Mini Cooper qui lui permit, avec ses confrères Hopkirk et Aaltonen, de faire main basse sur les grands rallyes au mitan des années soixante. Pour sa part Mäkinen s’adjugea trois victoires successives aux 1000 Lacs, mais aussi deux au Monte-Carlo (si l’on compte celle de 1966, retirée par la fameuse affaire de l’éclairage non conforme). Avec son compatriote Aaltonen, il fut un pionnier du freinage du pied gauche, ne ressentant pas forcément le besoin de soulager l’accélérateur compte tenu de la faible cavalerie dont il disposait. La British Motor Corporation l’envoya aussi défendre ses couleurs dans quelques courses d’endurance (avec des Austin Healey ou MG B), en particulier les 12 h des Sebring et, bien sûr, la Targa Florio où il se montra très à son aise (9e et 1er en GT en 1966), comme la plupart des rallymen de l’époque.

Puis, arrivé chez Ford dans les bagages de Stuart Turner, il trouva avec l’Escort RS sa deuxième monture emblématique. Mais Ford n’avait pas un programme complet au niveau international et Mäkinen était très occupé par le championnat de Finlande et par son autre passion, les courses de bateaux à moteur. Il mit donc quelques années à récolter de grands succès internationaux avec l’Escort, en particulier trois victoires de rang au RAC Rally, de 1973 à 1975.

Timo Makinen - Ford - RAC 1974 @ DR
Timo Makinen – Ford – RAC 1974 @ DR
Timo Makinen - Peugeot 504 - Bandama 1974 @ DR
Timo Makinen – Peugeot 504 – Bandama 1974 @ DR
Hormis quelques piges chez Fiat ou Mercedes, la troisième et dernière partie de sa carrière se déroula surtout chez Peugeot, chez qui il emmena son fidèle Henry Liddon pour occuper le baquet de droite. Admettant qu’il n’était plus assez rapide en Europe face aux jeunes loups comme Alen ou Vatanen, il se fit marathonien en Afrique, sa résistance physique se mariant parfaitement à celle des 504 berlines puis coupés. Ce n’est pas pour rien qu’il remporta deux fois le rallye de Côte d’Ivoire (qui s’appelait encore le Bandama), épreuve particulièrement cassante où l’on comptait le plus souvent moins de 10 rescapés à l’arrivée (et même aucun en 1972 !). Et aussi qu’il fut le vainqueur de la plus longue spéciale de l’histoire des rallyes mondiaux : les 786 km ( ! ) reliant Fès à Agadir lors du Rallye du Maroc 1976. Aujourd’hui, quand une spéciale fait plus de 40 km, on s’extasie presque, autres temps …
Mäkinen n’était pas seulement généreux sur les chemins de terre. Après l’arrivée, on pouvait retrouver ce bon vivant au bar de l’hôtel où il tenait des « conférences de presse » bien arrosées, qui pouvaient se prolonger jusqu’aux premières lueurs de l’aube.
Timo Makinen - Peugeot coupé 504 V6 - Acropole 1980 (10e avec Jean Todt) - © DR
Timo Makinen – Peugeot coupé 504 V6 – Acropole 1980 (10e avec Jean Todt) – © DR

Leo Kinnunen

A contrario, l’image de Leo Kinnunen, disparu le 26 juillet dernier quelques jours avant son 74e anniversaire, paraît beaucoup plus sage. Sans doute est-ce dû aux photos qui le montrent en 1970, visiblement intimidé de se retrouver en compagnie de Siffert, Redman et Rodriguez pour conduire les bientôt fameuses 917 Gulf. Il faut dire que personne ne s’attendait au choix de John Wyer : un quasi inconnu pour faire la paire avec Pedro Rodriguez ! Car, après avoir débuté en rallye, comme il sied à tout aspirant pilote finnois et terminé 2e du championnat de Finlande en 1967, le jeune Leo (26 ans) n’a guère de références « piste » à présenter ; si ce n’est sa victoire avec une Porsche 908 dans la Nordic Challenge Cup 1969, mini championnat de trois courses qui préfigure le championnat Intersérie. Mais aussi quelques belles prestations en F3, dont une victoire face aux jeunes Peterson et Wisell.

Targa 70
Leo Kinunnen 2e Targa Florio 1970 @ Bernard Cahier

Sa saison 1970 est bien connue : vainqueur dès la première course, les 24 Heures de Daytona, il devient le premier Finlandais à remporter une épreuve de championnat du monde (celui des rallyes n’existant pas encore). Il en gagnera trois autres cette année-là (Brands Hatch, Monza, Watkins Glen), même s’il faut reconnaître que l’essentiel du boulot est accompli par un Rodriguez au sommet de son art. A la décharge de Leo, signalons que la 917 est réglée selon les souhaits de son équipier auquel le team Wyer est entièrement acquis. Le Finlandais n’étant là que pour rendre à Pedro une voiture encore en position de gagner une fois qu’il a accompli son temps de conduite réglementaire. Ce que Kinnunen fait parfaitement, se montrant ainsi à la hauteur du job. Mieux que cela, à la Targa Florio il sort de l’ombre du Mexicain (qui n’est pas au mieux ce jour-là) avec le « vélo » 908/3, fixant définitivement le record du tour des Piccolo Madonie à quelque 129 km/h de moyenne.

Interserie 71Quittant le team Wyer à l’issue de cette saison qui l’a vu aussi faire deux piges remarquées chez Abarth (2e au Mugello à moins de 4 secondes de son équipier Merzario, 3e aux 500 km du Nürburgring), il trouve refuge à la maison dans l’équipe d’Antti-Aarnio Wihuri (AAW), l’importateur Porsche et VW et devient le roi du challenge Intersérie au volant de spyders  917 : trois victoires successives de 1971 à 73.

En 1974, désireux d’accéder enfin à la F1, Leo loue à John Surtees une TS16, mais celle-ci va s’avérer un véritable piège. La monoplace est un vieux châssis de développement lourd et bien fatigué que la toute petite équipe n’a pas les moyens de rendre suffisamment compétitif pour décrocher une place sur la grille. D’où une désespérante série de non-qualifications jusqu’au GP d’Italie, après lequel il jette l’éponge. Grâce à la mansuétude des organisateurs suédois, Leo est néanmoins autorisé à prendre le départ à Anderstorp, mais sa course prend fin dès le 8e tour. Il devient ainsi le premier Finlandais à disputer un Grand Prix, ouvrant la voie aux Rosberg, Häkkinen, Salo, Raïkkönen, … Pour l’anecdote, il est aussi ce 9 juin 1974 le dernier pilote à disputer une épreuve de F1 avec un casque ouvert, des lunettes et un foulard.

Leo Kinnunen - Surtees TS16 _ Essais GP d'Autriche 1974 - © DR
Leo Kinnunen – Surtees TS16 _ Essais GP d’Autriche 1974 – © DR

On reverra encore Kinnunen en endurance en 1975 et 76, avec quelques places d’honneur à la clé (2e à Watkins Glen en 76 sur Porsche 934/5). Puis il finira sa carrière là où elle avait commencé : les rallyes finlandais.

Kinnunen est sans doute l’un des tout meilleurs pilotes que la Finlande ait produit. Mais son obstination à ne pas vouloir apprendre l’anglais ne le mit pas en position idéale pour défendre ses intérêts au mieux. Ajoutez à cela un caractère rugueux et un franc-parler peu diplomatique et vous avez sans doute l’explication de statistiques qui paraissent bien maigres par rapport à ses illustres successeurs finnois.

En saluant la mémoire de ces deux « défricheurs », nous terminerons par un petit « le saviez-vous ? » : Timo et Leo sont montés au moins une fois sur le même podium et pas n’importe lequel : celui des 1000 Lacs 1973. Eh oui, alors que le rallyman remporte ses 4e 1000 Lacs devant le tout jeune Markku Alen, qui donc est 3e sur une Porsche Carrera privée louée pour l’occasion ? le pistard Leo Kinnunen, qui s’est permis de remporter pas moins de 20 des 43 spéciales !

Leo Kinnunen - Porsche 911 3e des Mille Lacs 1973 - © DR
Leo Kinnunen – Porsche 911 3e des Mille Lacs 1973 – © DR

Portraits :

Timo Mäkinen – © DPPI
Leo Kinnunen – © Rainer Schlegelmilch

Olivier Favre

Olivier a collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui lui ont permis de garder le contact, précieux, avec le papier. Et enfin Olivier contribue activement à Classic Courses depuis 2012.

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7 pensées sur “Timo et Leo, les premiers « Flying Finns »

  • Merci Olivier pour ce double hommage qui aborde une discipline spectaculaire trop souvent oubliée dans Classic Courses, le rallye.

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    • Affirmatif Monsieur C.LEMCHOT ! Notre ami Olivier Favre que je rencontre
      souvent dans cette belle Alsace est le journaliste qu’il faut concenant
      les autres disciplines que la F.1 . Olivier n’est pas un fanatique du cirque
      Barnum de la F.1 actuelle , il aime avant tout les voitures de Sport type le Mans et aussi les rallyes , les voitures de G.T. Donc c’est l’homme de la situation qui n’est pas monomanique comme vous le dites si bien !

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    • Nous pouvons encore une fois le confirmer : Olivier Favre n’est pas monomaniaque ! Il est protophile entre autres…Je me permets de dire qu’il est tout de même un peu maniaque… Mais c’est pour la meilleure cause, celle de ses sujets présentés sur CC. Coté intérêt et rigueur d’écriture (mais il n’est pas le seul) , ces derniers font probablement l’unanimité auprès des lecteurs de ce site.

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      • Merci, merci, je vais rougir …
        En tout cas, je confirme : j’aime le rallye, surtout celui des années 60-70, quand il s’agissait aussi d’une aventure humaine et que la résistance des hommes et des voitures comptait au moins autant que la vitesse.
        J’y reviendrai certainement pour CC un de ces jours …

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  • « Atavisme familiale » j’aime bien

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  • voila un article qui me rend heureux, car on ne parle que rarement ici de rallye. Moi j’adore la discipline, naturellement les rallyes du passé, et ces deux pilotes là, Makinen et Kinnunen, je les admirais beaucoup durant leur époque d’activité sportive. Surtout Leo, il était très fort et il savait passer du circuit à la route sans aucune difficulté, comme beaucoup de pilotes de cette époque benie. En étant moi un incorrigible nostalgique, j’aimais beaucoup son obstination de porter un casque ouvert, comme s’il voulait rester lié à la tradition d’antan. Inoubliables, infin, ses duels avec Willy Khausen en Interserie avec ces monstres de 917-10 d’une puissance énorme.
    Et je n’oublie pas de manifester mon admiration pour Makinen aussi, sa carrière et son palmares parlent mieux qu’un livre.
    Chapeau bas à ces deux flying finns, et bravo à Olivier pour cet article.

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