Les 70 ans de Ferrari – 1967

LE MANS 1967 : AVANT, PENDANT ET APRES

A la fin 1966, « la Ferrari » est bouillonnante d’activité : une nouvelle monoplace de Formule 1 (V 12 à échappement central, 390 ch annoncés) est en chantier, la Dino 206 GT entre en production, tandis que la 330 GTC et la 275 GTB (dont la variante GTB/4 a été présentée en octobre au Salon de Paris, conjointement à la 330 GTS)  connaissent un assez joli succès. La production de la maison pour l’année s’est établie à 665 voitures et un accord a été passé avec Fiat pour créer la Fiat-Dino, dont le V 6 de 2 litres anime le coupé Bertone et le spider Pininfarina, présenté en novembre au Salon de Turin parallèlement à la 206 GT. Le nombre des moteurs Dino ainsi produits permettra de faire homologuer une monoplace de Formule 2 de 1600 cm3. Mais en Endurance, Ferrari reste en quête d’une revanche contre Ford, victorieux au Mans en 1966, et même dans le Trophée International des Marques. Pour y parvenir, l’arme absolue pourrait bien être la toute nouvelle et magnifique 330 P 4…

Jacques Vassal

Classic Courses 16 juin 2017
70 ans Ferrari 24h Daytona 1967 arrivée 2 @ DR

TIERCE GAGNANT A DAYTONA

En fait, le travail sur la P 4 a commencé dès 1966. L’ingénieur Mauro Forghieri et le motoriste en chef Franco Rocchi ont créé un nouveau V 12 de 4 litres. La cylindrée (3967 cm3) et les cotes d’alésage X course (77 X 71 mm) sont identiques au V 12 de la 330 P 3. Mais les différences sont nombreuses. A commencer par la distribution, désormais à trois soupapes par cylindre (deux d’admission, une d’échappement). A continuer par l’alimentation : injection indirecte au lieu des traditionnels carburateurs. Le moteur de la P 4, porteur derrière la coque, développe 450 ch à 8000 tours/minute. Soit une trentaine de plus que celui de la P 3. La carrosserie de la P 4, qui existera en berlinette et en spyder, ressemble fort à celle de la P 3 mais un oeil exercé y verra de subtiles nuances, comme la forme et la taille des ouïes d’aération en haut de la calandre et celles de la poupe. Sinon, la différence la plus visible, ce sont les jantes Campagnolo de la P 4, à cinq branches, en élektron et de couleur dorée. Et sous le capot arrière, les disques de freins Girling sont accolés aux roues et non plus à la boîte de vitesses – une boîte « maison » et non plus une ZF.

La plupart des 330 P3 de 1966 seront modifiées pour 1967, en adoptant les nouvelles jantes Campagnolo et quelques détails de carrosserie des P 4. Nommées 412 P par l’usine, souvent surnommées « P3/P4 » dans la presse, elles feront l’appoint pour la Scuderia en début de saison puis seront revendues à des écuries « satellites » comme le NART, Francorchamps, Filipinetti ou Maranello Concessionaires.

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 24h Daytona 1967 330P4 Amon @ DR

Dès le début du mois de décembre 1966, le premier exemplaire terminé, le spyder châssis 0846, a été envoyé en Floride pour des tests intensifs sur le circuit de Daytona. Encadrés par Forghieri et par Eugenio Dragoni (le directeur sportif jusqu’à la fin de 1966), plusieurs pilotes se sont relayés à son volant : Lorenzo Bandini, Lodovico Scarfiotti, Mike Parkes (également ingénieur)  et Chris Amon, nouveau venu au sein de la Scuderia. Le Néo-zélandais signe d’ailleurs un chrono qui constitue un record officieux sur ce tracé, ses camarades aussi alignent des temps encourageants en vue des 24 Heures de Daytona, première manche du Trophée, à venir le 4 février.

La Scuderia sera, pour la saison 1967, placée sous la direction de Franco Lini. Journaliste à Auto Italiana puis à Autosprint,  correspondant en Italie pour le quotidien L’Equipe, cet homme est bien connu des deux côtés des Alpes et parle le français aussi couramment que sa langue natale. Son épouse Hélène est originaire de Corse, où il passe souvent ses vacances. Très cultivé et plein d’humour, il connaît fort bien pilotes, mécanos et ingénieurs et il a depuis longtemps ses entrées à Maranello. C’est donc lui qui sera aux commandes à Daytona. Les deux Ferrari d’usine sont le spyder 0846 (Bandini/Amon) et la toute neuve berlinette 0856 (Parkes/Scarfiotti), épaulées par la 412 P 0844 du NART (Rodriguez/Guichet). C’est le futur tiercé gagnant, auquel s’ajoutent au départ la 412 P 0850 de l’Ecurie Francorchamps (Mairesse/ »Beurlys »), ainsi que deux 365 P : 0838 du NART (Gregory/Schlesser) et 0836 de David Piper (copilote: Richard Attwood). Des forces a priori solides face à la toute nouvelle Chaparral 2 F de Phil Hill/Mike Spence (moteur Chevrolet 7 litres) et aux Ford Mk II (au nombre de six tout de même). Un accident va éliminer la Chaparral mais les Ferrari ont aussi leurs problèmes (freins, boîte et abandon pour la 412 P belge, panne d’essence, pneu éclaté et boîte pour la 365 P du NART, boîte encore pour celle de  Piper/Attwood). Les Ford Mk II sont à la peine, Gurney/Foyt ont abandonné (moteur) après un vif baroud d’honneur et McLaren/Bianchi comptent jusqu’à… 60 tours de retard ! Le trio des Ferrari, solidement en tête, a plusieurs fois échangé les positions au gré des ravitaillements et des relais de pilotes. C’est finalement dans l’ordre 1-Amon/Bandini, 2-Parkes/Scarfiotti, 3-Rodriguez/Guichet que, regroupées en vue de l’arrivée quoique n’ayant pas, et de loin, couvert le même nombre de tours, elles franchissent la ligne sur le « banking », pour une photo de famille restée célèbre : les voitures de Maranello ont infligé, en terre américaine, un véritable camouflet à celles de Detroit !

Mais chez Ferrari, on sait que la suite de la saison sera bien plus ardue. Car Ford prépare la revanche avec une nouvelle arme redoutable : la Mk IV, voiture bien plus évoluée – notamment en termes d’aérodynamique – et plus rapide que la Mk II, même en évolution B. Aux 12 Heures de Sebring, en l’absence de la Scuderia il est vrai, elle débute en fanfare, le 1er avril. Et ce n’est pas un poisson ! : Mario Andretti et Bruce McLaren, un équipage de choc, l’emportent facilement, à 12 tours devant AJ Foyt/Lloyd Ruby sur une Mk 2. La 365 P de Piper/Attwood a abandonné, la Chaparral aussi, et ce sont les Porsche 907 qui se classent 3e et 4e.

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 24h Daytona 1967 Retour Maranello @ DR

DOUBLE A MONZA

Les 8 et 9 avril ont lieu les essais préliminaires des 24 Heures du Mans. Sur le circuit de la Sarthe, Ferrari teste ses deux P 4, le spyder et la berlinette. En 3’25 »5, Bandini bat de plus de 5 » le record du tour établi en 1966 par Dan Gurney sur une Ford Mk II. Curieusement, la berlinette conduite par Mike Parkes ne peut faire mieux, mais on repart rassuré pour la suite car la seule Ford Mk IV a tourné encore moins vite.

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 1000 kms Monza 1967 Ferrari 330 P4 Bandini Amon @ DR

La prochaine course du Championnat se déroule le 25 avril en terre italienne : les 1000 Kms de Monza. Ici, c’est l’usine Ford qui, concentrée sur la préparation du Mans, déclare forfait; la marque est toutefois représentée par le biais de deux GT 40 (dont celle de Ford-France de Jo Schlesser/Guy Ligier) et des deux Mirage-Ford de John Wyer, des GT 40 allégées et équipées d’un V 8 de 5 litres (avec Jacky Ickx et David Piper pour pilotes de pointe). La Chaparral 2 F est là, avec Phil Hill et Mike Spence, d’ailleurs en pole-position au départ, à côté de la P 4 berlinette de Bandini/Amon. En 2e ligne, la P 4 de Parkes/Scarfiotti (0858, dernière berlinette construite) et la 412 P de Müller/Guichet. La Scuderia a confié un spyder Dino 206 S à Jonathan Williams, déjà vu en F 2, et à l’Allemand venu de  chez Porsche, Günter Klass. Les premiers tours de course voient un chassé-croisé entre les deux P 4, les deux 412 P du NART (Rodriguez/Guichet) et de Filipinetti (Müller/Vaccarella) et la Chaparral 2 F, menée par Mike Spence, qui prend la tête pendant plusieurs tours. Mais au 20e tour, c’est l’abandon pour le bel oiseau texan (transmission). La Ferrari de Rodriguez abandonne après une touchette sur une chicane lors d’une tentative de dépassement « limite » de Pedro pour ravir le commandement à Parkes, tandis que Vaccarella est retardé par un tête-à-queue à Lesmo. Les deux P4 d’usine ne manquent pas de signer un doublé, Bandini/Amon devant Parkes/Scarfiotti.

On enchaîne (quelle santé !) sur la Belgique et les 1000 Kms de Spa, disputés le 1er mai. Pour l’occasion, l’une des deux Mirage, celle de Jacky Ickx associé à Alan Rees, a droit à un moteur de 5,7 litres. Elle réalise le 2e temps des qualifications (3’39 »), juste devant la P 4 de Parkes/Scarfiotti (3’39 »1) mais nettement derrière la Chaparral de Hill/Spence (3’35 »0). En 2e ligne, la 412 P de Mairesse/ »Beurlys » et la Lola-Chevrolet de Hawkins/Epstein. Le début de course tourne au duel acharné entre les deux Belges, Ickx contre Mairesse, Mirage-Ford contre Ferrari, qui prennent une avance inexorable sur Parkes, surtout quand la pluie s’en mêle. C’est néanmoins Spence qui signe le record du tour sur la Chaparral, avant d’être relayé par Phil Hill, qui va perdre des places à cause d’un problème de démarreur. On change la batterie et la 2 F repart après 10 minutes d’immobilisation. Elle battra le record du tour, avec Spence au volant, mais abandonnera au 34e tour. Du côté Ferrari, « Beurlys » tourne moins vite que Mairesse, qu’il a relayé, et que Scarfiotti, qui a relayé Parkes. Si bien que Willy, quand il reprend le volant de la 412 P , se retrouve 3e. Couteau entre les dents, à vouloir trop tôt rattraper le retard, il sort de la piste et c’est l’abandon. Ickx n’a été relayé que brièvement par Thompson, préféré à Alan Rees quand l’autre Mirage, que celui-ci devait partager avec David Piper, a abandonné. Et c’est la victoire dans son jardin pour Jacky Ickx, la première pour la nouvelle marque de John Wyer. Ce qui permettra à Christian Moity de titrer, dans L’Automobile-Sports Mécaniques du mois suivant, « Mirage n’est plus illusion… ».

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari Targa Florio 1967 Mauro Forghieri @ DR

Changement complet de décor, direction le circuit des Madonies, pour la Targa Florio, le 14 mai. Dans l’intervalle, au Grand Prix de Monaco le 7 mai, la Scuderia a vécu un drame : le valeureux Lorenzo Bandini, probablement trop fatigué, a raté un virage au 82e des 100 tours de course. Prisonnier des flammes dans sa 312 F 1 retournée, il n’a pu être secouru assez vite. Il vient de succomber à ses brûlures et blessures, dès les jours suivants. Les hommes de la Scuderia arrivent en Sicile le moral au plus bas. Avec toutefois l’enfant chéri du pays, Nino Vaccarella, associé à Scarfiotti au volant de la P 4 0846, pour espérer le remonter. Sans oublier la 412 P de Filipinetti, menée par Guichet/Müller. Las ! Vaccarella, après un premier tour « canon », tape un trottoir en traversant Collesano et Guichet effectue un tête-à-queue lors du 7e. Deux abandons pour les deux Ferrari de pointe. Ce qui laisse le champ libre aux Porsche 910, voire aux Dino 206 ou aux Alfa Romeo 33/2, très à l’aise sur ce terrain. La 910/8 (2,2 litres) de Hawkins/Stommelen l’emporte devant les 910/6 (2 litres) de Cella/Biscaldi et Elford/Neerpasch, la Dino 206 de Williams, 4e, rapportant quelques points à Ferrari. A noter la participation courageuse de la Chaparral 2 F sur ce circuit vraiment ingrat pour elle. D’ailleurs, au 9e tour, l’Américain Hap Sharp, qui a relayé Mike Spence, s’arrête et abandonne à cause d’une crevaison.

RENDEZ-VOUS AU MANS

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 24h Mans 1967 affiche @ DR

Il reste encore une épreuve ô combien sélective avant Le Mans : le 28 mai, les 1000 Kms du Nürburgring. Mais les équipes sont déjà fatiguées par un début de saison fou, fou, fou. Ni Ford, ni Ferrari ne vont courir ici, officiellement. Elles sont à nouveau présentes par l’intermédiaire de John Wyer et de quelques écuries satellites comme Ford-France pour les GT 40 (Schlesser/Ligier, Greder/Giorgi), et la curiosité de cette course est la débutante Lola-Aston Martin aux mains de John Surtees, sans oublier la Chaparral 2 F (Phil Hill cette fois auteur du tour le plus rapide). Les Alfa Romeo complètent un plateau dominé par les Porsche. Lesquelles ne manqueront pas de truster les QUATRE premières places.

Rendez-vous donc au Mans les 10 et 11 juin. Cette fois, nous y sommes, avec quelque 300.000 spectateurs autour du circuit de la Sarthe. La pression médiatique est énorme pour les constructeurs, certains journaux ne craignant pas d’annoncer le « duel du siècle ». Comme si chacun gardait ses forces pour le grand jour, Ford n’engage pas moins de quatre Mk IV plus trois Mk II B, sans compter les deux Mirage et des GT 40 privées. Pour Ferrari, ce sont quatre P 4, trois 412 P et une 365 P 2. Deux Chaparral 2 F et deux Lola-Aston Martin complètent le plateau du côté des gros prototypes. On compte autrement six Porsche 907 et 910, deux Matra-BRM, huit Alpine-Renault, sans oublier les GT, 911 S, Mustang-Shelby, Chevrolet Corvette…  Il fait très beau et sec pendant tout le week-end, gage de moyennes élevées et de course vraiment disputée. Nous ne serons pas déçus.

En début de course, alors que la Lola-Aston Martin de notre ami John Surtees est déjà éliminée (rupture d’un piston), c’est une Ford qui prend la tête, mais contre toute attente c’est la Mk II B de Ronnie Bucknum. A la fin de la première heure, elle précède la Mk IV de Gurney/Foyt. Mais elle sera retardée par des ennuis de boîte de vitesses. Si bien qu’à la fin de la deuxième heure, la Mk IV des futurs vainqueurs a pris le commandement, devant la Chaparral de Phil Hill/Mike Spence et les Ford d’Andretti/Bianchi et de McLaren/Donohue. Les meilleures Ferrari P 4 sont aux 5e, 6e et 7e rangs. Je me rappelle la vision de la Chaparral 2 F, ultra-rapide, et de son aileron arrière mobile; la vélocité implacable des Ford. L’inquiétude des admirateurs de Ferrari quand les P 4 sembleront trop lentes (!) pour pouvoir mater les Ford. Mais aussi le son des P 4, le rugissement déchirant du V 12  quand un de ses pilotes accélère très brièvement à la sortie de la courbe « Indianapolis » puis rétrograde à l’entrée d’Arnage, où nous sommes longtemps restés. Hélas, dans la soirée il y en aura déjà une de moins, celle de Vaccarella/Amon, Chris, alors au volant, étant avec sa poisse légendaire, victime d’un début d’incendie vers Maison Blanche. Mais le clan Ford a aussi ses propres (et gros) ennuis : peu avant l’aube, à l’entrée du Tertre-Rouge, une Mk IV et deux Mk II B sont éliminées.

70 ans Ferrari 24h Mans 1967 Ferrari 330 P4 n°20 Vaccarella Amon @ DR
70 ans Ferrari 24h Mans 1967 Ferrari 330 P4 n°20 Vaccarella Amon @ DR

Elles se sont heurtées quand  Andretti, qui venait de repartir avec des plaquettes de freins neuves, s’est retrouvé en travers de la piste. McCluskey et Schlesser n’ont pu l’éviter. Parkes/Scarfiotti se retrouvent donc 2e à la mi-course, mais avec 5 tours de retard. Franco Lini donne ordre d’attaquer. Dans la matinée, revenus sur les balcons de ravitaillement, nous suivons la remontée de la belle italienne. Elle rependra un tour à force de cravacher mais cela ne suffira pas. Et Dan Gurney et AJ Foyt signeront la deuxième victoire de Ford au Mans, à plus de 218 km/h de moyenne (Foyt a gagné les 500 Miles d’Indianapolis dix jours plus tôt; Gurney gagnera, sur une Eagle-Weslake V 12 de sa construction, le Grand Prix de Belgique dans une semaine !). Le record du tour, lui, est descendu à 3’23 »6, d’abord par Denis Hulme, puis par Mario Andretti, qui a égalé ce temps. Ferrari n’a pas démérité :  la P4 de Parkes/Scarfiotti termine 2e et celle des Belges Mairesse/ »Beurlys » 3e, devant la Ford Mk IV de McLaren/Donohue. Il faut noter la 5e place de la Porsche 2 litres de Siffert/Herrmann, à plus de 201 km/h de moyenne.

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70 ans Ferrari 24h Mans 1967 Ford GT40 Mk IV Gurney-Foyt @ DR

EPILOGUE A BRANDS HATCH

Le spectacle a été somptueux, mémorable, nous avons été comblés. Mais les responsables de la CSI ont pris peur en voyant les moyennes stratosphériques atteintes par les prototypes de 4 à 7 litres et ont décidé, très vite après Le Mans, de limiter la cylindrée dans les épreuves internationales à 3 litres pour les prototypes, et à 5 litres pour les Sport, qui devront par ailleurs être construites à 50 exemplaires au minimum. Comme on sait, ce chiffre sera abaissé un an plus tard à 25 exemplaires, ce qui « facilitera » la tâche de Porsche pour produire et faire homologuer la 917, ainsi que celle de Ferrari pour en faire de même avec la 512 S. Des autos qui, en 1970 et 1971, se montreront au moins aussi rapides que les Ford Mk IV, Ferrari P 4 et autres Chaparral 2 F.

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70 ans Ferrari 6h Brands Hatch 1967 @ DR

Mais nous n’en sommes pas encore là à l’été 1967. Il reste une ultime manche à courir pour l’attribution du Trophée International des Marques: : les 6 Heures de Brands Hatch, le 30 juillet. Ford s’abstient d’y participer, ayant atteint son but suprême : gagner les 24 Heures du Mans en y battant Ferrari. Celui-ci, en revanche, veut absolument décrocher le titre « Constructeurs » et envoie donc trois P 4 en Angleterre. Dans l’intervalle, Mike Parkes a subi un grave accident au Grand Prix de Belgique (remporté par Dan Gurney sur son Eagle-Weslake V 12, une semaine après Le Mans !). Puis – nouveau drame – Günter Klass  s’est tué au circuit du Mugello. La Scuderia Ferrari doit donc remanier les équipages. Franco Lini recrute l’Australien Paul Hawkins pour épauler Jonathan Williams sur une P 4, le gentleman-driver Peter Sutcliffe pour relayer Scarfiotti sur une autre, et surtout Jackie Stewart, qu’il associa sur la troisième à Chris Amon. Jackie a eu peu d’occasions de piloter en endurance cette année et, d’autre part, il en a assez des contre-performances des BRM en Formule 1. Bingo ! LA P4 de Stewart/Amon se classera 2e, après une très belle remontée sur la Chaparral 2 F de Phil Hill/Mike Spence, qui obtient là, enfin, la victoire, que l’auto, si novatrice, ses pilotes, si brillants, et l’équipe, si opiniâtre, méritaient amplement. Ferrari est vainqueur du Trophée, devant Porsche et Ford.

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 6h Brands Hatch 1967 Ferrari 330 P4 Amon-Stewart @ Race Bears

Une anecdote pour terminer sur cette fantastique saison 1967. C’est Franco Lini qui, rencontré un jour d’essais au Mans dans les années 90 (il nous a quittés en 1997), nous l’a racontée, avec son style inimitable. Je le cite de mémoire : « Après Brands Hatch, j’ai profité du Grand Prix d’Italie qui se courait la semaine suivante pour faire venir Jackie Stewart à Maranello et rencontrer « Il Vecchio », pour discuter de son entrée éventuelle dans la Scuderia pour 1968. Il est venu déjeuner à l’auberge du Cavallino, en face de l’usine, en compagnie de son avocat. Entre la poire et le fromage, ils ont commencé à discuter de chiffres en milliers de dollars, pour un possible contrat de pilote. Je traduisais de l’anglais en italien pour Enzo Ferrari, puis dans l’autre sens. Stewart et son avocat avaient des exigences plus élevées que ce à quoi Ferrari s’attendait. Au bout d’un moment Ferrari, excédé par les chiffres avancés, s’est exclamé :  »Ma, que voglie, questo putano d’inglese !? » Et Stewart, qui n’a pas eu besoin de traduction sur cette phrase, de rectifier, flegmatique, en levant un doigt comme on le voit sur ses portraits : « No…Scottish ! ».

Comme disent nos amis anglais : « Those were the days… »

Classic Courses 20170616
70 ans Ferrari 1967 330P4 SN 0858 @ Olivier Rogar
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70 ans Ferrari 1967 330P4 SN 0858 3 @ Olivier Rogar
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70 ans Ferrari 1967 330P4 SN 0858 2 @ Olivier Rogar

Jacques Vassal

Avant de devenir un journaliste bien connu dans le domaine de la chanson (américaine, française et du monde entier), et dans celui du sport automobile et de son histoire, Jacques Vassal a été un « enfant dans la course ». Ses premiers souvenirs remontent à 1952 – il n’a alors que 5 ans. – quand son père l’emmène, en Bugatti 57, assister à Montlhéry à un « Grand Prix de France » de Formule 2. Puis en 1953, il assiste à ses premières 24 Heures du Mans et au Grand Prix de l’ACF à Reims. Bien d’autres ont suivi depuis…

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20 pensées sur “Les 70 ans de Ferrari – 1967

  • C’est bon de lire ces exploits datant pile-poil d’il y a cinquante ans (époque où, dans un autre domaine qui est celui de la musique, l’actualité était également foisonnante) au moment même où débute la 86e édition des 24 Heures du Mans avec un duel tant attendu entre Toyota et Porsche.
    Pour ce qui est de « il putano d’inglese », heureusement pour lui que ses prétentions ont effrayé le « Drake » et qu’il n’est pas allé à Maranello en 1968.

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  • Merci pour ce très bel article et hommage . Au sujet de la P4 et de Forghieri , j’ai lu je ne sais plus ou une interview récente de ce grandissime ingé : Il avait demandé à Ferrari de construire plus de P4 ce qu’Enzo avait refusé . Et Mauro de conclure : vu les prix actuels , dommage !

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  • Oui, merci Jacques pour cette superbe saison si agréablement narrée.
    Une petite rectification cependant : à Sebring les Porsche classées 3e et 4e n’étaient pas des 907 mais des 910. Les 907 (en version longue) ne disputeront leur première course qu’au Mans.
    Quant à Mauro Forghieri, il contracte le temps : le GP d’Italie (le 10 septembre), une semaine après les 500 Miles de Brands Hatch (le 30 juillet) ?

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  • Très bel article sur cette magnifique Ferrari et en plus,ça rajeunit !!!

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  • très bel article, j’aime beaucoup quand on refait le parcours d’une de ces belles saisons d’antan. C’était une époque bénie, et qu’importe les petites fautes sur le temp, entre Brand Hatch et Monza, c’est tellement beau de regarder les photos et les vidéos de l’époque, que tout est pardonné. Bravo!

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  • La plus belle voiture de tous les temps ?

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  • … Et la Talbot Zagora (Hi, hi, hi).

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    • Qui est tellement moche que t’arrives même pas à écrire son nom : Tagora !

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      • Exact, Tagora (j’ai écrit ça de – mauvaise – mémoire).

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  • Oui , l »alfa 33 Stradale , la P 68 sont belles avec les memes formes callypiges que la P4 . Mais pour moi , la P4 est largement au dessus de toutes car ELLE , elle a un palmarès en course et quel palmarès , ayant en outre été pilotés par des légendes du sport auto . Et , cerise sur le gateau , elle a un V12 et quel moteur !

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    • C’est vrai Richard et je l’écrivais dans mes notes sur la beauté des F1 ou des barquettes : celles qui ont un palmarès ont un bonus sur l’échelle de la beauté. La P4 est donc sans doute indépassable sur cette échelle.

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  • Excellent papier ( pléonasme ) de Jacques Vassal. Présent au Mans 1967, j’ai encore quelques souvenirs sonores et visuels dans un coin de ma mémoire. A 18 ans, J’étais pour Ferrari bien sûr, fasciné par la sculpturale beauté des P4. Mais dans la ligne droite des stands, on percevait bien que leur petit 4 litres, malgré leur bruit sublime, n’avait pas « le souffle  » des gros V8 américains. Ils avalaient avec bien plus de facilité sans forcer sur les tours la courbe Dunlop. Dommage que Ferrari se soit obligé à rester en 4 litres de cylindrée. Avec le bloc 4,4 l qui existait, tout aurait été peut être différent. Mais avec des si..

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    • L’un des souvenirs les plus précis que je conserve de ces 24 Heures du Mans 67, c’est l’enthousiasme de la foule dès le dimanche matin, qui applaudissait à tout rompre chaque ravitaillement de la P4 de Parkes-Scarfiotti. Et le charme de cette saison, pour le gamin de 22 ans que j’étais, c’était de pouvoir vivre dans l’intimité de la Scuderia grâce à l’inoubliable et chaleureux Franco Lini.

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  • Absolument pas F.Coeuret, Je parle de la photo oui Amon et au ravitaillement à Daytona. Une photo que j’avais scanné d’un Sport Auto. Je trouve étonnant que Johnny Rives ne l’ai pas remarquer.

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