F1 2016 – Brésil : Verstappen ensoleille Interlagos

VERSTAPPEN ENSOLEILLE INTERLAGOS

 La Formule 1 était en train de se noyer. La pluie était pourtant loin d’être diluvienne. Bien au sec dans sa tour de contrôle, Charlie Whiting ouvrait le parapluie. En désespoir de cause, on invoquait la mémoire de Senna au G.P. du Portugal 1985, celle de Beltoise au G.P. de Monaco 1972. Mais où étaient les pluies d’antan ? Ces souvenirs rendaient insupportables les tours au ralenti derrière la SC (25 au total !). Pour ne rien dire des deux drapeaux rouges (oui, deux !) qui interrompirent les évènements… Jusqu’à ce que, soudain, la lumière jaillisse ! Une lumière salvatrice, éclairant enfin la grisaille entretenue par des dispositions règlementaires insupportables. Cette lumière, ce soleil, avait un nom, un seul : Max Verstappen. Animé par un entêtement salutaire, changeant de pneus autant de fois que l’en inspirait le ciel maussade de Sao Paulo, prenant, à l’exception du seul Hamilton, ses adversaires à contre pied dans le choix de trajectoires qu’ils n’avaient pas décelées, Verstappen donna enfin vie à un événement qui avait frôlé le sabordage. Le G.P. du Brésil 2016 a finalement eu lieu. Grâce à lui.

                                                      Johnny RIVES.

Brésil 2016 Hamilton Rosberg

HAMILTON MAINTIENT LE SUSPENSE

Comme lors des Grands Prix précédents, les Mercedes de Lewis Hamilton et Nico Rosberg ont accompli leur propre course sans (trop) se préoccuper de ce qui se passait derrière elles. Hamilton surtout. Lui n’a pas d’autre choix, depuis sa victoire au G.P. des Etats-Unis (23 octobre) que gagner, gagner et gagner encore pour garder une chance de combler son retard au championnat sur Rosberg. Ce retard s’élevait à 33 points, à l’issue du G.P. du Japon gagné par Nico. Restait alors quatre Grands Prix à disputer : Etats-Unis, Mexique, Brésil et Abu Dhabi. La condition nécessaire pour qu’il conserve son titre était qu’Hamilton évite désormais tout faux pas. Et qu’il gagne. Une condition qui n’était pas suffisante puisque si Nico se contentait de terminer 2e derrière lui à chaque fois, il garderait le commandement du championnat jusqu’au bout. Pari réussi jusqu’ici par Hamilton, qui a gagné trois fois sur trois. Et par Rosberg qui, trois fois sur trois, s’est classé 2e derrière lui. Un parcours qui met en évidence une supériorité de l’Anglais que le Germano-Monégasque ne pourrait contester que s’il réussissait à devancer Lewis au départ pour l’empêcher de poursuivre sa marche triomphale.

 Brésil 2016 HamiltonMais voilà, Hamilton se montre constamment plus rapide en qualification, s’assurant la pole position pour deux dixièmes, parfois un seul – presque rien, mais un presque rien qui fait tout depuis qu’Hamilton réussit sans erreur ses départs. Il ne reste plus à Rosberg qu’à se réfugier dans la stratégie qu’Alain Prost prévoyait depuis le Texas : s’assurer prudemment des deuxièmes places salvatrices. Ce qu’il a failli ne pas réussir à Interlagos quand Verstappen réussit à le devancer (entre le 32e et le 43e tours) avant de changer de pneus. Mais finalement la stratégie très agressive des Red Bull concernant la gestion des pneus a tourné à son avantage. Il a terminé 2e, limitant comme prévu ses pertes sur son rival. Tout se règlera donc à Abu Dhabi le 27 novembre où, grâce aux 12 points d’avance qu’il compte encore, Rosberg pourra même se contenter de finir 3e pour être titré. A moins que le désir de redorer un blason quelque peu terni ne le pousse à jouer grand jeu pour décrocher la victoire. Une victoire qui donnerait à son titre mondial un relief que les supporters d’Hamilton remettent déjà en question.

Brésil 2016 Verstappen

LA CHEVAUCHÉE DE « MAX-LA-MENACE »

Animateur bienvenu d’une course qui a trop tardé à être enclenchée, Max Verstappen a fait évoluer sa position avec une constance qui touche à l’entêtement ! Quatrième sur le grille de départ, il s’est emparé de la 3e place au détriment de Raïkkonen dès que le feu vert a été donné (8e tour). Mais décidant de passer des pneus « maxi pluie » aux mixtes, il rentra au stand (14e tour) et reprit la piste quatrième derrière Raïkkonen. Celui-ci ayant subi son accident dès l’effacement de la safety car (20e tour), Max redevint 3e. Partant en chasse, il ravit alors la 2e place à Rosberg (38e tour), puis se rapprocha d’Hamilton sans cependant réussir à l’inquiéter. Estimant que ses pneus étaient en cause, il s’arrêta donc pour en changer encore (43e tour), retombant à la 5e place derrière Hamilton, Rosberg, Perez et Sainz. Ce nouveau train de pneus ne lui permettant pas de progresser autant qu’espéré, Verstappen décida d’en changer encore (56e tour) ce qui le fit dégringoler en quatorzième position. Ricciardo avait suivi la même stratégie ce qui incita Julien Fébreau à penser, non sans raison, que les Red Bull venaient de perdre leurs chances d’obtenir un bon résultat. Mais pas du tout ! Verstappen (et à un degré moindre Ricciardo) ne l’entendait pas ainsi. Tour à tour Gutierez, Wehrlein, Bottas, Ricciardo, Kvyatt, les inattendus Ocon et Nasr, puis Hulkenberg, Vettel, Sainz et enfin Perez l’apprirent à leurs dépens. Voilà comment « Max-la-menace » arracha de haute lutte une troisième place qui avait la valeur d’une victoire… morale !

FATALE LIGNE « DROITE » ( ?)

Brésil 2016 RaikkonenComme l’infortuné Romain Grosjean en fit la cruelle expérience dès le tour de mise en place – anéantissant ainsi accidentellement sa brillante performance des qualifs où il avait devancé les Force India d’Hulkenberg et Perez – la portion séparant le dernier virage de la ligne de chronométrage a une fois encore fait des dégâts. C’est là que se sont produits tous les accidents de l’épreuve (Ericsson, Raïkkonen, Massa). Et même d’autres incidents n’ayant valu à leurs victimes que des frayeurs, à l’image de Vettel (tête-à-queue, sans dommage), Verstappen (demi tête-à-queue, glissières frôlées mais évitées miraculeusement) et enfin Rosberg (gros travers rattrapé de justesse). A porter à son crédit, Hamilton a réussi apparemment à surmonter la difficulté sans émotion.

 On ne saurait achever ce panorama des faits majeurs ayant pimenté la course d’Interlagos sans mentionner le nom de Esteban Ocon. Le jeune français (20 ans) a accompli une prestation époustouflante, maintenant avec constance sa modeste Manor à la 8e place, jusqu’à ce que, en fin de course, des pilotes chaussés avec des pneus plus performants que les siens à cet instant (Verstappen, Ricciardo et Alonso) ne l’éjectent cruellement hors des points. Mais sa performance n’est pas passée inaperçue. Elle a dû rassurer l’équipe Force India à laquelle il appartiendra la saison prochaine.

Brésil 2016 Ocon

Illustrations © DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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7 pensées sur “F1 2016 – Brésil : Verstappen ensoleille Interlagos

  • Une nouvelle fois bravo et merci pour votre analyse. Votre introduction est parfaite !! 🙂
    Je comprends le déploiement des drapeaux jaunes vu l’endroit où échouaient les voitures d’Ericsson et Massa. Le drapeau rouge après l’accident de Raikkonen était probablement la meilleure décision à prendre vu l’éparpillement des débris… J’imagine que le 2eme rouge était justifié par l’accrochage entre Palmer et Kvyat (s’accrocher dans le brouillard alors que le peloton suit la SC, ça fait désordre)… Mais 25 tours derrière la SC, c’est juste trop !!!! Et ne constituerait pas un paradoxe avec la suite des événements ? Le restant de la course s’étant déroulé sans incident majeur (à part Massa) alors que les conditions semblaient à la TV plus dantesques qu’au départ, cela prouve quand même que les pilotes s’en sortent non ??!!
    Mais comme vous l’avez souligné, les images de Whiting et Blash bien au sec dans la salle de supervision m’ont fait halluciner !!
    Un grand bravo à Verstappen, quel brio, à Hamilton mais aussi Ocon !! L’extérieur au virage 3 n’a pas marché pour Max avec le français et Verstappen a du s’y reprendre à plusieurs fois.
    Par contre j’ai des doutes sur l’efficacité des Pirelli…
    Bonne journée à tous.

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  • Une course qui restera en mémoire en raison des conditions de piste qui ont permis de décanter les valeurs du plateau. Hamilton n’a fait que confirmer ce que l’on savait déjà. Il a contrôlé toute la course à la perfection et si il n’avait pas subi les ennuis mécaniques qui l’ont accablé cette saison on ne s’interrogerait pas aujourd’hui pour savoir qui sera champion du monde. Verstappen a fait taire désormais les sceptiques qui s’acharnaient encore sur lui au dernier GP. Il s’annonce comme le futur grand à l’image de Senna. Vitesse, audace, sens de l’attaque, sang froid, imperméable aux critiques, il a tout pour réussir une grande carrière. Toto Wolff qui mettait en garde le père de Verstappen a dû baisser pavillon quand il a vu avec quel panache Max a avalé sans coup férir son protégé un ton en dessous, n’ayant cure de ces petits arrangements qui nous auraient privés du spectacle auquel on a assisté. Qu’il se rassure le seul titre manquant à Mercedes a toutes les chances d’être attribué à Abu Dhabi.

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  • On aligne inutilement et de manière exaspérante les tours derrière la voiture de sécurité mais le principe du parc fermé interdit de régler les voitures dans les conditions « pluie » (hauteur de caisse, souplesse de suspensions, appuis) au mépris de la sécurité. Cette règlementation est débile.

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    • Oui Luc. Cela a éclaté avec tellement de force ici que j’espère qu’elle sera révisée pour la saison prochaine…

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  • Et si comme tout bon journaliste on revenait aux seuls faits ! Car le seul exploit de MAX , et c’en est un mais il le partage avec 15 autres pilotes , fut de rester sur la piste et franchir l’arrivée .
    Pour le reste :
    Il monte des pneus frais à 16 tours de l’arrivée et que dépasse t’il ?
    2 MANOR : fabuleux exploit pour une RB que d’aller plus vite que la Manor .
    2 Torro Rosso : autre fabuleux exploit , surtout que les TORRO ROSSO ont un moteur 2015.
    1 Sauber dont le pilote n’a qu’un objectif : finir et marquer des points pour que Sauber double MANOR au classement teams .
    Son équipier , effectivement aux abonnés absents sur cete course .
    2 FI : rappel FI a 163 points et RB 446 .Pas vraiment la meme catégorie .
    Et bien sur VETTEL qui a encore une fois pleurniché à la radio contre le méchant petit jeune .
    Bien loin des prouesses d’un Schumi sous la pluie ou de Senna à Donnington à qui il n’a fallu qu’un seul tour avec les memes pneus que les autres .

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  • J’aurais donné les 25 points de la victoire au pilote de la voiture de sécurité ! Un point par tour parcouru en tête… Non, je rigole mais c’était tellement grotesque le début du Grand Prix. Et Luc a raison de souligner l’incongruité d’un règlement qui ne protège pas la sécurité des pilotes en leur interdisant tout réglage pour adapter leurs monoplaces aux conditions de course. Trop de show tue le show

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  • Je me régale à lire vos commentaires. Effectivement, les F1 d’aujourd’hui « n’aiment pas la pluie »où plutôt les pneumatiques ne sont pas adaptés aux conditions du moment. Sûr VERSTAPPEN a apporté du piment à la course, il ne doute de rien, comme ont dit : il y va, il ne se pose pas de question, sûr de son action. A son arrivée je ne croyais pas en lui, mais forse est de constaté qu’il a marqué l’année de son empreinte. Avec la nouvelle réglementation et des F1 « plus physiques » sera-t’il aussi performant?

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