F1 2016 – Etats-Unis : La fameuse première épingle d’Austin

 « Tout peut se jouer dès le premier virage, l’épingle… » Tel était le mot d’ordre à la veille du G.P. des Etats-Unis sur le beau circuit d’Austin (Texas). Les favoris qui ne l’avaient pas prononcé l’avaient pensé si fort qu’on les a entendus ! Et c’est bien ce qui s’est produit au moment où, emmenées par la Mercedes d’Hamilton qui n’avait pas loupé son départ, les 22 Formule 1 abordèrent cette épingle si particulière. Cela se produit au terme d’un raidillon très prononcé – bien que cela soit peu perceptible sur les images télévisées, mais on nous parle d’une grimpette à quelque 16%. Et juste après un brusque changement de pente favorable aux pertes d’adhérence. Hamilton menait donc la danse. Rosberg, après un départ équivalent à celui de son équipier et rival, avait choisi de se placer dans son sillage, du coté droit de la piste, plutôt que de rester à gauche, donc à l’intérieur de la courbure. Sans doute pour éviter qu’Hamilton ou éventuellement Ricciardo ne lui claque la porte au nez à l’endroit où tout le monde se rue à la corde. Il était lui-même serré de près par Ricciardo dont la Red Bull était chaussée de pneus plus performants (super tendres) que les Mercedes (tendres). En revanche Verstappen, qui avait opté pour le même choix de pneus qu’elles, n’était déjà plus en position de les menacer. Il était à la bataille avec les Ferrari, avec le recul que cela impliquait. Dans l’épingle, Rosberg opta prudemment pour une trajectoire élargie (comme il l’avait souvent fait aux essais, d’ailleurs). Ricciardo en profita pour pointer le nez de sa Red Bull sous l’aileron d’Hamilton. A l’accélération, mieux placé et mieux chaussé que Rosberg, il lui subtilisa la 2e place. Il n’y avait pas eu de grabuge parmi les favoris. Ne restait plus à Hamilton qu’à défendre sa première place et à Rosberg d’attendre le premier arrêt/pneus de Ricciardo (qu’il suivait avec aisance) pour assurer le doublé des Mercedes. Et rester, à peu de choses près, l’un et l’autre sur leurs positions au championnat du monde. Ce qu’ils réussirent parfaitement.

                                                           Johnny RIVES.

  • TOUS CONTENTS CHEZ MERCEDES.

– Lorsqu’ Hamilton franchit victorieusement la ligne d’arrivée, Toto Wolff exprima sa satisfaction d’un sourire qui en disait long sur le scenario que l’on venait de vivre. Un scenario rêvé pour l’équipe allemande et ses deux pilotes. Hamilton, pour garder ses chances au championnat, ne pouvait plus se permettre d’égarer le moindre point. Il en avait gagné 25. Parfait. Dans la même perspective, Rosberg devait, compte tenu de ses 33 points d’avance à quatre Grands Prix du dénouement, perdre un minimum sur Lewis. Ce qu’il fit, en concédant les 8 points séparant le vainqueur de son dauphin. Ce qui lui laissait encore 26 points de bonus avant les trois derniers Grands Prix – Mexique, Brésil, Abu Dhabi… Parfait, là encore ! Tout le monde était donc content chez Mercedes, même le « battu », Rosberg. Celui-ci avait suivi, sans le connaître encore, le conseil que devait lui suggérer Alain Prost après la course : « Ne saisir une attitude agressive pour tenter de gagner que si elle se présentait avec évidence. Sinon se contenter prudemment de défendre ce qui peut l’être… » A savoir sa première place au championnat. Du pur Prost !

USA 2016 Hamilton podium

  • GRIMACE CHEZ RED BULL.

– Malgré l’excellente performance de Daniel Ricciardo, on ne trouvait guère matière à se réjouir chez Red Bull. Christian Horner trouva même matière à critiquer la « virtual safety car » qui avait été mise à profit par Mercedes pour effectuer un second changement de pneus sur ses deux F1. Un changement « gratuit » puisque cet arrêt n’avait rien coûté de fâcheux à Hamilton et à Rosberg, ce qui n’aurait pas été le cas sans le ralentissement général imposé par la voiture de sécurité virtuelle. Horner déclara préférer une « vraie » voiture de sécurité en cas de nécessité (ce qui n’était en l’occurrence pas le cas). En cela il pourrait être rejoint par tous les responsables des voitures retardataires qui, avec une « vraie » voiture de sécurité, bénéficient d’une remise à zéro de leur retard. Ce qui annihile le travail accompli jusqu’alors par le leader – conséquence peut-être heureuse pour l’incertitude de la course, mais fort regrettable concernant l’équité sportive. Pour rester chez Red Bull, on a apprécié les réactions modestes de Verstappen après son abandon, lorsqu’il analysa sa course. Et notamment son 2e changement de pneus qui surprit son équipe « par ma faute », admit-il.

USA 2016 Ricciardo

  • UN CIRCUIT FORMIDABLE.

– Le circuit d’Austin a encore une fois permis de mesurer les grandes qualités de son tracé – très sélectif et USA 2016 Circuiten même temps extrêmement favorable aux dépassements. Fernando Alonso en a fourni quelques démonstrations de haut vol, notamment aux dépens de Massa et de Sainz. Heureusement, pour une fois bien inspirés, les commissaires sportifs (ici dirigés par Mark Blundell) n’en ont pas profité pour distribuer des sanctions à tort et à travers, comme cela leur est arrivé trop souvent. Comme rien n’est parfait, on pourrait regretter que la première épingle joue un rôle si décisif quelques secondes après le départ. Hulkenberg et Bottas en savent quelque chose, qui y ont perdu toute chance d’un bon résultat en raison d’un accrochage où il serait vain de chercher un responsable. Vettel lui-même n’y a pas coupé, racontant après la course qu’il y a subi un choc important dont sa Ferrari a supporté les conséquences jusqu’au bout. Ce qui ne l’a pas empêché d’occuper la première place pendant trois petits tours, ayant été celui qui a emmené le plus loin son premier train de pneus (des super tendres, pourtant).

* CENT POUR CENT.

– On se console comme on peut. Les deux Français en lice à Austin peuvent se prévaloir d’être MM. Cent pour cent, chacun en son domaine. Romain Grosjean au terme d’une course anonyme due à des performances décevantes de sa Haas après un G.P. du Japon qui avait laissé espérer mieux. Classé tout de même 10e, il a, bon an mal an, réussi à marquer le 29e point de l’écurie américaine – qui lui doit la totalité de sa récolte. Et pour qui il est donc à ce jour M. Cent pour cent. Satisfaction un peu comparable pour Esteban Ocon, qui, quoique dominé cette fois par son équipier Wehrlein, a réussi à franchir l’arrivée pour la 6e fois en six Grands Prix. De plus ayant habilement opéré un changement de pneus en fin de parcours, il effectua ses derniers tours avec des Pirelli super tendres qui lui permirent de signer le 11e meilleur tour en course, devant des pilotes comme Perez, Grosjean ou Button. Une performance toute relative évidemment, comme le meilleur tour absolu de Seb Vettel (1’39’’877, soit deux secondes plus rapide que son plus proche performer – Raïkkonen). Auquel Vettel lui-même n’accordait aucune signification, car accompli, comme celui d’Ocon, à armes inégales au plan des pneus.

USA 2016 Grosjean

Illustration © DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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4 pensées sur “F1 2016 – Etats-Unis : La fameuse première épingle d’Austin

  • Belle analyse de ce G.P par Johnny comme d’habitude , il n’y à rien à ajouter. Un miracle, pour une fois cette année ,nous avons vu les supers dépassements de Fernando Alonso (qui n’a rien perdu de sa motivation )
    sur F.Massa et C. Sainz . Bravo pour une fois à ces commissaires dirigés
    par Mark Blundell qui n’ont pas appliqués de stupides sanctions comme nous en avons vu trop souvent .

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  • « A la Prost » qui le tenait (?) de Lauda.
    Je crois me souvenir de l’exposé « comptable » que faisait Lauda à ceux qui lui reprochait son manque de panache en fins de courses pour expliquer sa « gestion » de ladite comptabilité..

    Cela étant l’exposé stratégique du rapport risque/avantage lorsqu’on est second avec le points de Rosberg tombe sous le sens intellectuel (sic)

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  • Hamilton est devenu ce week-end l’un des trois pilotes a avoir franchi le cap des 50 victoires en Grand Prix. Il rejoint Alain Prost et Michael Schumacher. Trois personnalités différentes. Trois contextes différents. Les qualités des voitures et leur domination ont certes contribué à ces performances. Néanmoins, qu’un pilote soit au bon moment dans la bonne écurie reste l’apanage des plus grands. Hamilton pourtant dénote. Il est différent. Il dérange même. Il est black, il est tatoué, il ressemble plus à un rappeur qu’à un pilote, il se montre au sein de tout ce qui brille…Et pourtant… Quel « racer » ! Je pense, à l’instar de Bernie, que cette forte personnalité fait du bien à la F1. Il est le pilote d’une rupture. Le premier de ce genre. Il a ouvert la voie. Il y en aura d’autres. Au contraire de McLaren qui veut tout formater, Mercedes l’a laissé devenir qui il est. Choix osé et courageux tant la marque semble culturellement éloignée de cet environnement. Mais choix intelligent au vu des résultats et de la dynamique générée. Qu’il soit ou non champion cette année, son image ressortira grandie. Peut-être d’ailleurs davantage si Rosberg l’emporte. Respect.

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