F1 2016, Malaisie : Inespéré pour Daniel, Max … et Nico !

Chance ? Malchance ? Le débat était une fois encore ouvert à l’issue d’un G.P. de Malaisie riche en coups de théâtre. Souvent qualifié de malchanceux à son époque, Jean-Pierre Jabouille s’insurgeait : « La malchance n’existe pas, il y a toujours une erreur en cause. » A Sepang, il y a clairement eu faute plus que malchance dans l’accrochage qui a éliminé Vettel et retardé Rosberg. Vettel avait confondu vitesse et précipitation. Il était KO et Rosberg, relégué à la 20e place, ne valait guère mieux. Bien plus tard, aux trois quarts de la distance, Hamilton régnait sur la course, maitrisant Ricciardo et Verstappen lancés à ses trousses. Soudain, du jamais vu en 2016 : son moteur Mercedes s’effondra dans une gerbe de flammes, plongeant Lewis dans le désespoir. Un moteur pourtant renouvelé depuis Francorchamps. Et théoriquement plus frais que celui de Rosberg . Défaillance mécanique, donc erreur… Mais laquelle ? Surchauffe ? Usure prématurée ? Chez Red Bull, personne ne se posait la question : on exultait. Malchance d’Hamilton, chance de ses proches poursuivants : Ricciardo voyait compenser ses déconvenues d’Espagne et de Monaco. Max fit bonne figure. Et Rosberg semblait hébété sur le podium, croyant initialement avoir tout perdu, il portait finalement son avance sur Hamilton de 8 à 23 points. Chance, malchance ? On s’est amusé à articuler la description du scenario de ce Grand Prix déroutant en jouant avec deux adverbes contradictoires. Pour sourire…

Johnny RIVES.


CHANCE OU MALCHANCE ?

Crash

HEUREUSEMENT Rosberg avait réussi un aussi bon départ qu’Hamilton : il était deuxième derrière son équipier et rival au premier virage.
MALHEUREUSEMENT Vettel commettait un excès d’optimisme, perdant le contrôle de sa Ferrari qui accrocha la Mercedes de Nico.
Heureusement, si la Ferrari y laissa son train avant, la Mercedes n°6 s’en sortit indemne.
Malheureusement, le choc avait propulsé Rosberg en tête-à-queue…
Heureusement son système anti calage fonctionna bien, et Nico put reprendre la course.
Malheureusement il occupait la 20e place en repartant tandis que là-bas au loin Hamilton s’envolait vers une victoire probable.
Heureusement l’intervention de la safety car virtuelle offrit à Rosberg la possibilité de s’arrêter pour chausser des pneus durs, sensés capables de couvrir la distance.
Malheureusement cela ne devait pas être le cas, comme d’autres en firent l’expérience à l’exception de Bottas qui ne s’arrêta qu’une fois.
Heureusement Rosberg, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, se lança dans une remontée fructueuse : après 20 tours, il était 5e derrière Hamilton, Ricciardo, Verstappen et Raïkkonen.
Malheureusement la Ferrari s’avéra bien plus difficile à déborder que les adversaires précédents.
Heureusement Rosberg y parvint au prix d’une manœuvre osée et spectaculaire devenue denrée rare en F1.
Malheureusement les commissaires sportifs infligèrent une pénalité à Rosberg qui les collectionne cette saison.

Crash2
Heureusement les 10 secondes dont il fut accablé n’étaient rien par rapport aux malheurs d’Hamilton dont le moteur éclata quatre tours plus tard.
Malheureusement la position de 3e occupée par Rosberg derrière les deux Red Bull était illusoire : en fait il était 4e derrière Raïkkonen.
Heureusement, manifestant une fois encore l’ardeur lui ayant permis une spectaculaire remontée en début de course, il réussit à surmonter la pénalité, coupant la ligne d’arrivée derrière les triomphantes Red Bull avec 13’’2 d’avance sur la Ferrari, obtenant la 3e place pour 3’’2.
Malheureusement, Hamilton avait de quoi s’interroger après cette défaillance mécanique lui ayant coûté si cher. Est-il l’objet d’une conspiration ?
Heureusement cette incertitude manifestée sous le coup de la déception ne tient pas un instant à l’analyse. Et puis que sont 23 points de retard sur Rosberg en regard des cinq Grands Prix encore à disputer (Japon, Etats-Unis, Mexique, Brésil et Abu Dhabi) et des 125 points qui pourront y être collectés.
C Q F D …

Lewis

RENAULT VENT EN POUPE

Pour chanceux qu’il soit, le doublé réussi par Red Bull en Malaisie concrétise imagesles réels progrès effectués par les moteurs Renault en 2016. La mauvaise humeur manifestée par l’écurie anglo-autrichienne à l’égard de son motoriste la saison passée en paraît d’autant plus saugrenue. Les qualités routières du châssis Red Bull entrent bien sûr en compte dans les bons résultats obtenus depuis la rentrée (Belgique), comme le souligne la faiblesse de celui obtenu à Monza, circuit de moteurs par excellence (Ricciardo 5e). Aux performances en progrès du V6 français s’ajoute une autre qualité, la résistance aux efforts. Celle-ci a été mise en valeur en Malaisie à travers le duel fratricide que se sont livrés Ricciardo et Verstappen, le premier pour défendre sa première place, le second pour la conquérir. Dans ces moments parfois très chauds, les deux rivaux n’ont rien épargné à leurs machines. On a apprécié au passage que nulle intervention de l’écurie ne soit intervenue. Et au terme de quoi, bien que battu, Max Verstappen a fait bonne figure, autres satisfaction. Du coup, Max a effacé les effets de réactions de mauvaise humeur qu’il avait pu manifester précédemment. Et qui, vu son très jeune âge, pouvaient paraître irrespectueuses vis à vis de certains anciens à qui elles étaient destinées.

Illustrations © DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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17 pensées sur “F1 2016, Malaisie : Inespéré pour Daniel, Max … et Nico !

  • le dernier paragraphe est beau comme du Johnny Rives dans le texte.

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    • Johnny a la plume aussi verte que lorsqu’il débutait à Var Matin !

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  • Cher Johnny Rives.
    Je voudrais rebondir sur les deux phrases clé de votre texte. Je vous cite : « Malheureusement, Hamilton avait de quoi s’interroger après cette défaillance mécanique lui ayant coûté si cher. Est-il l’objet d’une conspiration ? Heureusement cette incertitude manifestée sous le coup de la déception ne tient pas un instant à l’analyse. »
    Quand vous écrivez « « il avait de quoi s’interroger », vous semblez accréditer l’idée que la question peut se poser. Mais sur quoi repose cette interrogation qui amènerait à conclure à une conspiration ? Et puis, brutalement, dans la phrase suivante, vous balayez cette interrogation qui « ne résiste pas un instant à l’analyse ». Mais quelle est cette analyse ?
    Personnellement, mon analyse est la suivante : il peut peut-être y avoir une petite cote d’amour en faveur de Rosberg dans l’écurie Mercedes (notamment en raison de son ancienneté). C’est possible. Mais pas au point de susciter une défaillance moteur devant toutes les caméras du monde. Les intérêts industriels et commerciaux de Mercedes sont largement au-dessus de ces (petites) considérations humaines.

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    • On est bien d’accord… Je vois mal ce qui vous tourmente dans mon texte? Sinon que vous n’aimez pas ma façon d’écrire. Ce qui est votre droit absolu.

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      • En fait, c’est moi qui me suis mal exprimé. Je ne suis pas tourmenté par vos propos et j’aime beaucoup votre façon décrire. Seulement, on voit bien que ce soupçon de favoritisme au sein de l’équipe Mercedes est dans les esprits. Alors, parlons-en. Mon intervention n’avait pas d’autre objet. Laurent Rivière, de son côté, est un tenant de la thèse conspirationniste. Il y a 15 jours, il nous a déjà annoncé que Rosberg serait champion du monde. Aujourd’hui, il nous explique pourquoi: le patron de l’équipe Mercedes est totalement acquis à la cause de Rosberg.

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    • A chaque semaine sa vérité
      La thèse conspirationniste n’a pas résisté au mauvais départ d’Hamilton à Suzuka. Il aurait dû se contenter de la piste telle qu’elle était et ne jamais demandé à ce que l’on nettoie son couloir… Quoique, derrière lui, la Red Bull n’a pas semblé affecté par l’état de la piste. Pour Hamilton, ses états d’âme sont bien plus nocifs que l’état de la piste, aussi sale est-elle présumée être.
      Sûr que le scénario d’Austin, dans quinze jours, mini…misera mes propos et bien d’autres.
      Amistats

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  • Hamilton sous le coup du sort s’est lâché livrant probablement le fond de sa pensée, ayant jusqu’alors toujours intelligemment félicité son équipe malgré les avatars mécaniques successifs. La casse moteur peut être un incident de course (Schumacher a perdu le championnat à Suzuka quand en tête il abandonna sur bris de moteur donnant la victoire et le titre à Alonso) mais force est de constater que Mercedes a fourni au vu de la saison une voiture mieux préparée et plus fiable à Rosberg. A Sepang en L3 quand Hamilton venait de claquer un temps laissant loin derrière Rosberg la caméra se porta sur le visage fermé de Toto Wolff qui semblait plus consterné que satisfait mais en course il parut désappointé quand la sanction de 10 seconde tomba sur Rosberg alors que l’enjeu pour la 3ème ou 4ème place n’avait apparemment que peu d’importance si ce n’était de creuser davantage l’écart entre ses deux pilotes.

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  • La ou les théories du complot ( lequel d’ailleurs) ont visiblement de beaux jours ici ou ailleurs . Une suggestion à la lecture de certains commentaires et leur réponse ( pas que pour ce sujet d’ailleurs ) : carpe diem ou seize the day and tomorrow will be another day .

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  • Ironie du sort : Franck Montagny a interviewé à Sepang Gilles Pironi, en charge de la fiabilité chez Mercedes. La découverte d’un des deux fils de Didier, le jour où un moteur a cassé de manière spectaculaire, tombait à point nommé… Autre ironie du sort : Webber recueillant les réactions de Ricciardo et Verstappen à propos d’une passe d’armes qui rappelait en tous points celle qui l’avait opposé à Vettel au même endroit et dans la même écurie. Confirmation enfin -pour moi en tous cas- des désagréables injustices crées par la « virtual safety car » selon l’endroit du circuit où se trouve le pilote quand elle régule ou libère sa vitesse.

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    • Bien observé concernant le « virtual », Luc. La solution serait-elle de repérer la position du leader et de ne redonner le feu vert que lorsqu’il repasse précisément au même endroit ? Sauf que s’il observe un arrêt, ça fiche tout par-terre… Il faut donc y réfléchir…

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  • Ce « sourire » dans le chapeau… Qulle est la pensée qui se cache à la fois dans le chapeau (bon oui d’accord fastoche) et dans le sourire, cher Johnny ? Ce qui est sympa est de voir ta passion intacte. Outre la qulité intacte de tes écrits et analyses, ça va de soi? Bien à toi; mes amitiés

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  • A propos de  » conspiration « , à laquelle je ne crois pas une seconde, une seule question:

    qui a eu le plus de problèmes mécaniques sur le cumul ses années 2013, 2014, 2015 ?

    Bien entendu, personne à ce moment là, n’a parlé de  » conspiration « …Certains ont parlé de
     » favoritisme », mais c’est ainsi depuis que la F1 existe…

    Donc laissons les aller au bout de leur championnat, en souhaitant une belle bataille, les éventuelles analyses viendront après…

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    • Sages propos. Ça fait du bien à côté de l’hystérie. Et encore ne nous plaignons pas. Sur certains sites la teneur des partisans de l’un ou de l’autre des pilotes Mercedes tient du lynchage…

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      • Sourires….

        Entièrement de votre avis, Johnny, c’est la raison pour laquelle je n’interviens pas sur les autres sites et forums dédiés à la F1.

        Effectivement, à mon avis, lorsque l’on aime vraiment le sport automobile, que
        l’on suit son épopée depuis presque 50 ans, que l’on a un peu roulé, et si l’on possède un tant soit peu l’esprit sportif, l’on respecte TOUS les pilotes…

        Vous savez aussi bien que moi, que la critique est facile, mais l’art est difficile…Critique d’autant plus facile, que l’on ne tient pas à portée de raisonnement, tous les tenants et aboutissants, des évènements qui font la vie du  » Circus de F1″, à moins d’être membre d’une écurie de F1, pilote en exercice, ou journaliste très pointu (comme vous )…

        C’est sans doute avec l’âge et le recul du à l’expérience, que l’on prend la distance nécessaire, pour être prudent dans ces jugements, cela n’empêche nullement la passion, et d’avoir ses favoris…

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  • Quand Johnny Rives peint des pilotes ou des voleurs de chevaux, il ne dit pas que c’est mal de vaincre sans gloire ou de voler des chevaux.
    C’est l’affaire du drapeau à damier ou du jury, et pas la sienne.

    Heureusement qu’il ne prend pas parti pour Hamilton ou Rosberg.
    Malheureusement il ne prend plus parti pour Prost ou Senna .
    Heureusement il rappèlera qu’il n’avait finalement pas pris parti pour l’un ou pour l’autre.
    Malheureusement il n’aura plus Ayrton pour penser à son anniversaire .

    Merci Maestro pour vos mots si justes et toujours bienveillants.

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  • On en sait apparemment un peu plus ce soir : la casse est due à un coussinet de bielle .
    Ce qui ne fait rien avancer pour qui connait les techniques métallurgiques 2016 de fabrication de cette pièce , sait que ces pièces ne sont pas fabriquées à l’unité mais en série et suppute que les controles qualité sur un coussinet de bielle doivent etre plus que redondants vu leurs conséquences  » to say the least  » ou alors MERCO n’est plus MERCO .
    En résumé : On en est toujours au meme point et ne sait pas comment un coussinet défectueux a pu etre monté sur le moteur de LEWIS .

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