F1 2016, Italie : Irréprochable Rosberg

Ce Grand Prix d’Italie a peut-être rajeuni Lewis Hamilton de quelques mois. Monza a en effet donné lieu, le concernant, à une réplique assez fidèle des G.P. d’Australie et de Bahrein qui avaient entamé le championnat 2016 de Formule 1. Qualifié en pole position devant Nico Rosberg, son équipier et rival direct, il a, comme dans ces deux courses, manqué son départ, laissant libre, dès les premiers mètres, la voie pouvant conduire Nico à la victoire. Après quoi, comme en Australie et à Bahrein, il a dû lutter dans l’anonymat du peloton pour en émerger et décrocher non sans effort une place sur le podium – appréciant modérément mais poliment que son rival y occupe la plus haute marche. Car, comme lors des deux courses auxquelles nous faisons référence, Rosberg n’a pas laissé filer la belle, l’inespérée occasion qui se présentait à lui de signer une jolie victoire au terme d’un sans faute peu scintillant, certes, mais irréprochable.

Johnny RIVES.

 

2016 Monza Lewis

* HAMILTON N’A PAS TOUT PERDU.

Quelle aurait été l’issue du G.P. d’Italie si Hamilton avait réussi son départ et abordé en tête la chicane n°1 ?Tout porte à croire qu’il aurait résisté à la pression que Rosberg se serait efforcé d’exercer sur lui… On en prend pour preuve leur meilleur tour en course : 1’26’’303 pour Hamilton et 1’26’’599 pour Rosberg, temps réalisés l’un et l’autre dès leur premier tour en pneus médiums avec lesquels ils achevèrent de boucler les 53 tours de Monza. Ces trois dixièmes ne font que confirmer l’ascendant que Lewis avait exercé sur Nico aux essais, à la seule exception de la première séance (L1) où le germano-monégasque avait réussi à le devancer. Dans le long effort déployé par Hamilton pour compenser son mauvais départ, on retiendra deux épisodes particuliers.
1) A son crédit, un joli dépassement réussi sur la très rapide Williams de Bottas pour lui ravir la 4e place. On a très nettement vu Hamilton sacrifier son entrée dans la Parabolique pour en émerger en plein élan dans le sillage de la Williams qui, un tour plus tôt lui avait résisté bien mieux que n’avait pu le faire la Red Bull (moins rapide) de Ricciardo en début de course. Dès lors Bottas ne put rien faire que regarder la Mercedes lui dérober sa position derrière les Ferrari.
2) A son débit un freinage manqué à la chicane N°1, faute de concentration sans doute. Heureusement le saute-moutons qui en résulta n’entraîna aucune conséquence fâcheuse sur la Mercedes n°44.
Hamilton a beaucoup perdu, certes, à Monza. Mais pas tout ainsi que le montre sa position sauvegardée en tête du championnat du monde. Son avance ténue sur Rosberg (2 points) va, à Singapour pour leur prochain affrontement, accroître encore la tension qui oppose les deux as de Mercedes. Une force qui peut évidemment se transformer faiblesse, comme on l’avait constaté au G.P. d’Espagne. Ferrari et Red Bull ne peuvent guère compter que sur cette éventualité pour les battre.

* FERRARI EN RETRAIT…

Les Ferrari ont-elles manqué le coche à Monza en accomplissant deux arrêts pour changer de pneus quand les Mercedes se contentèrent d’un seul ? 2016 Monza FerrariOn peut se poser la question même si Vettel et Raïkkonen affirmaient que leur stratégie (départ et 1er changement en super tendres –rouges- 2e changement pour des tendres – jaunes- aptes à couvrir la distance) était la meilleure possible. Ferrari n’avait pas affronté la deuxième série des qualifications (Q2) en se contentant des pneus tendres comme l’avait joliment réussi Mercedes. La Scuderia avait assuré le passage de ses deux pilotes en Q3 en utilisant des super tendres. Cela la condamnait à prendre le départ avec ces pneus là, plus performants mais moins endurants que les tendres des Mercedes. Malgré cet avantage, Vettel s’avéra incapable de suivre le rythme imposé par Rosberg en début de course. Après les premiers arrêts, les Ferrari précédaient encore Hamilton mais la contrainte d’un second changement de pneus les condamnait à céder tôt ou tard la deuxième place à l’Anglais.

• LES AUTRES, SANS SURPRISE …

Derrière les Ferrari, on guettait d’éventuelles surprises à Monza, mais il n’y en eut point. Les Red Bull ont pris un léger ascendant sur les Williams, bien que Bottas se soit intercalé entre elles (une bonne note à Verstappen, au passage, que son départ manqué n’a pas incité à tenter l’invraisemblable).

2016 Monza Ricciardo

Au crédit de Ricciardo un dépassement à couper le souffle sur Bottas, malgré une vitesse de pointe inférieure. Il lui a fallu, pour y parvenir, retarder à un point inouï son freinage à la chicane n°1. Un bon point à Bottas qui a tenté de se défendre sans compromettre leur course. D’autre part, les Williams ont confirmé qu’elles conservent l’avantage sur les Force India malgré les belles ressources de ces dernières. Toutes ont rallié l’arrivée dans ce Grand Prix pourtant éprouvant pour les moteurs, ce qui a contraint un opiniâtre Grosjean à se contenter d’une bonne (mais stérile) 11e place. On saluera la conviction avec laquelle Felipe Massa et Jenson Button ont disputé cette épreuve alors qu’ils avaient indiqué qu’on ne les reverrait pas en F1 la saison prochaine. On adressera un clin d’œil sympathique également en direction d’Esteban Ocon, dont la Manor s’était montrée très capricieuse aux essais. Mais ce jeune apprenti de 19 ans n’en pas moins rallié pour la deuxième fois l’arrivée en deux Grands Prix. Allant même jusqu’à signer son meilleur tour en course au passage du drapeau à damier. Ce qui prouve une détermination dont personne apparemment ne doute, chez Manor, Mercedes ou encore Renault !

2016 Monza Button

Illustrations © DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

Johnny Rives has 167 posts and counting. See all posts by Johnny Rives

5 pensées sur “F1 2016, Italie : Irréprochable Rosberg

  • Meilleur tour pour Alonso. Le premier pour Honda depuis 24 ans et le premier pour McLaren depuis 2013… Le signe d’une montée en puissance qui se confirme ?….

    Répondre
    • Un lot de consolation offert par McLaren plutôt ! fin de course quasi à vide en super soft neufs sur une piste claire …

      Répondre
  • John, ce qui m’a impressionné dans le temple de la vitesse, c’est la maîtrise de Nico Rosberg. La manière dont il vient de remporter les deux derniers Grand Prix, où il ne s’était jamais imposé auparavant, dans le contexte de rivalité vécu avec son coéquipier chez Mercedes et avec la pression qui va avec, atteste des qualités d’un pilote qui a vraiment la taille patron, celle d’un champion du monde en puissance.

    Répondre
    • Souhaitons le pour lui, Gilou! Et pour l’alternance – mot à la mode ces temps ci…

      Répondre
  • Merci Monsieur Rives pour ce limpide compte-rendu d’une course au déroulement simple… pour les initiés.
    N’est-il pas tout de même crispant de constater combien il est nécessaire de fournir des explications surréalistes pour éclairer les situations de course et la dynamique de celle-ci quand un regard néophyte nous accompagne ? En d’autres temps, le premier était bien le premier… Aujourd’hui, selon la stratégie choisie, c’est moins sûr ! Et quand on soumet au même regard le spectacle du GP2 et celui de la F1, que croyez-vous qu’on en pense ?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.