Grand Prix Historique de Monaco (6) Pilotes

Nous clôturerons notre compte rendu de Monaco Historique par ce chapitre concernant les pilotes. Célèbres ou anonymes, ils sont l’âme de cette manifestation. Dire qu’il va falloir attendre deux ans pour voir la suite !

Olivier Rogar

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1 Carte postale

JARIER MARCHE A L’OMBRE

Entre March et Shadow, c’était inévitable…

François Mazet, volant Shell 1967, Champion de France de F3 1969, est à côté de « sa » March 701. Enfin presque. Car cette 701-06 vendue à Frank Williams pour la saison 1971 avait été confiée à Henri Pescarolo. Jean Max, le pilote marseillais, l’avait louée au Grand Prix de France. Avant dernier qualifié, il acheva la course au 14e rang officieux car non classé.

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C’est avec une autre 701, la 05 que François Mazet s’était qualifié lors de son premier et unique Grand Prix. Il avait fini la course en 13e position. La voiture était engagée par Jo Siffert Automobiles. Elle avait été la monture de ce dernier au cours de la saison 1970. Sans aucun succès.

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Il y avait du beau monde sur les March. Le business model de Max Mosley et de ses associés, Alan Rees, Graham Coaker et Robin Herd consistait non seulement à aligner une écurie mais aussi à vendre des voitures «de l’année » à nombre d’autres compétiteurs. Neuf châssis de March 701 tournèrent en Grand Prix entre 1970 et 1971. March acheva les championnats 1970 et 1971 en troisième position. Ronnie Peterson engagé par March STP finit même le championnat 1971 en seconde position.

Au moment où François Mazet évoquait le souvenir d’une voiture fragile, n’inspirant pas confiance, apparu un visage gourmand aux yeux rieurs. Jean Pierre Jarier appuyait le jugement de François Mazet. Le souvenir d’une marche arrière à 280 km/h au Nürburgring sur rupture de suspension lui faisait rendre grâce aux fascines qui l’avait freiné sans autre dommage qu’une belle frayeur. « Je meurs » … Si le souvenir ne fait aucun doute, j’ai cherché dans mes archives sans trouver trace de cet accident.

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Lui aussi a commencé en F1 sur cette March 701 ! Engagée par le Shell Arnold Team, elle était louée à Hubert Hahne. Qualifié dernier, Jarier fait une course régulière qui le mène à la 11e place officieuse elle aussi car non classé.

Et Jarier de raconter : « C’est alors que quelqu’un me dit que j’ai droit à une prime d’arrivée. Les italiens payent une prime extraordinaire pour moi à cette époque. En liquide. Il faut se présenter au guichet à partir de 9h00 [oui je sais, c’est bizarre comme horaire] J’arrive à 9h40. Et ils me disent que ma prime a déjà été touchée. Par le constructeur !… »

Jarier 1971 F1 Monza

Quand on pense que c’est ce même « constructeur » qui empêchera Jarier d’aller chez Ferrari en 1974 après avoir refusé de le libérer de son contrat…

La March 701 de David Ferrer n’a pu prendre part au GP de Monaco Historique.

Je croise ensuite Gregor Fisken dans le paddock. ( Oui, celui de Retromobile. Les jupes écossaises, ça vous parle ? L’amende de 150 livres mise par un bobby zélé cette année à la Ferrari 512 M à 15 millions de dollars. Mal garée sur le trottoir à proximité des mews de Londres. Amende photographiée, reprise par tous les média et qui aura la meilleure rentabilité publicitaire qu’une amende n’ait jamais eue.) Il est engagé sur une des sept Shadow qui garnissent le plateau G. La DN5 utilisée par Jean – Pierre Jarier en 1975-1976. Décidément. Sait-il qu’il est présent à Monaco ?  Ce serait intéressant de réunir les deux  pilotes et la voiture. Chose faite le lendemain. Devant la DN5 tapie dans son box.

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Cette voiture ne permit rien en 1976. Par contre en 1975 Jean-Pierre Jarier avait fait des débuts tonitruants avec deux poles successives en argentine et au Brésil. Sans concrétiser en course malheureusement. Deux troisièmes places et deux quatrièmes places poncturèrent sa saison.

De bons souvenirs pour Jean-Pierre apparemment. Et une belle performance de Gregor Fisken avec une 5e place en course.

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ARNOUX AURAIT FINI EN PRISON

Romain Dumas tourne sur l’une des Porsche du Musée. A l’initiative de Chopard. L’autre Porsche, celle de Dan Guney étant menée par Jacky Ickx.

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Romain Dumas est l’exemple type du pilote polyvalent tel qu’on les connaissait dans les années 60. Volant Elf 1994 il a fait de la monoplace de manière consistante mais c’est en endurance qu’il s’est illustré. Il a gagné le titre ALMS 2007 en LMP2, les 12 Heures de Sebring 2008, les 24 Heures du Nürburgring 2007, 2008, 2009 et 2011, les 24 Heures du Mans 2010 sur Audi, Les 24 Heures de Spa, les 24 Heures du Mans 2013 en GT Pro. Il est actuellement en tête du championnat du monde d’endurance sur sa Porsche 919 Hybride. A côté de ça, il court et gagne en rallye et a participé plusieurs fois à Pikes Peak qu’il a gagné en 2014 sur une voiture préparée par ses soins. Un passionné. Tous les pilotes ne le sont pas. Son incursion dans le monde de l’historique aux côtés de Jacky Ickx témoigne de l’estime et de la confiance dont il bénéficie chez Porsche. Je me permets par ailleurs d’insister sur le fait que le championnat WEC est somptueux et j’incite tout un chacun à s’y intéresser.

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Romain Dumas me pose une ou deux questions. Le type qui est à ses côtés répond à l’une d’elles en me chambrant gentiment. Cheveux longs. Pas très grand. Lunettes de soleil. Mais cet accent ?!…. René Arnoux !  Pour une surprise !

OR : «Mais René, comment se fait-il qu’on ne vous entende jamais ? Pas d’interviewes, pas de livre ?»

RA : «Je vis dans le présent. Le passé ne m’intéresse pas. Un livre de photos. Pourquoi pas»

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Nous sommes rejoints par la personne en charge des Porsche « Classic »(PC) . Un ancien de l’époque des 935 et 936.

PC : «René, tu n’as jamais couru chez nous ?»

RA : «Non, en endurance je n’ai couru que pour Renault à cette époque».

PC : «Ah Renault, je me souviens en 76 quand les mécanos avaient monté un pignon de boite à l’envers. La voiture qui était devant est parti en marche arrière ! Et derrière c’était l’autre Renault, qui elle est partie en marche avant !!! » et le même de continuer de plus belle en s’esclaffant « et à telle course, les deux Renault qui s’éliminent au premier virage… »

L’avalanche ne cessera que lorsque quelqu’un lui demandera ce qu’il a pensé de 1978…

RA : « On prenait quasiment 375 dans les Hunaudières, on savait que c’est là que ça pouvait faire mal.»

RD : « Nous on prend environ 350. Avec les chicanes.»

RD : « Tu tournes toujours ? »

RA : « Non, de temps en temps en Italie sur Ferrari FXX  et sinon j’ai été invité à Goodwood Festival of Speed »

RD : « J’ai tourné à Goodwood Revival avec une 250 LM. Quelle magnifique voiture. Incroyable. Voir ce que font les types avec des voitures pareilles. Se frotter les portières avec des GTO…. ! »

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OR : «René, désolé de vous poser une question qu’on a déjà dû vous poser 1000 fois, mais lors de votre duel avec Gilles Villeneuve en 1979 à Dijon, aviez-vous le sentiment de prendre des risques ? »

RA : «Pas du tout. Gilles était un ami. Je savais qu’il ne lâcherait rien. Et il savait que je ne lâcherai rien non plus. J’étais en totale confiance. Ca a été quelque chose mais on ne s’en est pas rendu compte sur le moment. »

OR : «  C’est probablement le plus gros mano à mano de l’histoire de la F1 »

RA : « Ah c’est sûr, si on avait fait ça avec les règles d’aujourd’hui, on finissait tous les deux en prison ! »

OR : « Vous suivez la F1 actuelle ? »

 RA : « Pas du tout ! Elle ne m’intéresse pas du tout »

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JULIA DE BALDANZA

Julia est venue avec deux de ses voitures exposées à Retromobile. Elle comptait être présente avec la Maserati mais celle-ci avait un problème de moteur. Elle était donc alignée sur l’Acta ex Roberta Cowell et sur une Bugatti 35.

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VISIONS FUGITIVES

Brian Redman

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Gerhardt Berger

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Emanuele Pirro

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Jacky Ickx

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Alain de Cadenet

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Photos © Olivier Rogar

Sauf Photos March 701 François Mazet et JP Jarier en course © DR

 

Olivier Rogar

Olivier collabora avec « Mémoires des Stands » puis, à sa disparition, en 2012, il créée Classic COURSES avec les encouragements de Pierre Ménard et Johnny Rives. L’esprit d’entreprise qui l’habite trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, de prise de risques, de rapidité de décision dont la maîtrise conditionne toute réussite.

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19 pensées sur “Grand Prix Historique de Monaco (6) Pilotes

  • Excellent, captivant, comme toujours.Et comme souvent, Olivier Rogar, des questions que nous nous posions…Des questions que vous avez posées. Bravo et merci

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  • En F1, Jarier a piloté sur March en 1971, GP d’Italie, et en 1973 lors de 10 GP, mais pas au Nürburgring. Sa « marche arrière » sur une March, si elle eut lieu, se situa peut-être en F2, à vérifier. Les anciens pilotes ont en général des souvenirs précis des actions passées, mais mélangent souvent les lieux et les dates.

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    • Je suis étonné qu’en ayant fait des centaines de courses, ils puissent avoir autant de souvenirs précis. Sur un autre registre on peut se demander ce qu’aurait donné la présence de Jarier chez Ferrari en 1974.

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  • Intrigué moi aussi par cette « marche arrière », je suis allé compulser mes vieilles revues et je pense que ce souvenir de Jarier doit se rapporter aux Coupes de l’Eifel F2 en 1973, qu’il disputait au volant d’une March 732. Mais le compte-rendu de Sport-Auto, assez lapidaire, ne permet pas de l’affirmer avec certitude : au 2e tour Jarier tape le rail et (je cite) »bien que les dégâts ne soient très importants, il ne peut repartir ». Or, une rupture de suspension est quand même un type de dégâts assez conséquent …

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  • Bonjour !

    Ce bel article fait replonger dans cette période du sport automobile qui nous fait encore rêver. Mes prédécesseurs en commentaire se sont exprimés sur la March arrière de Jean-Pierre Jarier ; je n’y reviens pas. Toutefois, je tenais à préciser qu’en 1971, Ronnie Peterson était pilote officiel chez STP-March (711) avec, in fine, une place de dauphin au championnat ; l’écurie Antiques automobiles l’engageait uniquement en 1970 sur March 701.

    Bien sportivement ! Philippe Vogel

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    • Parfaitement exact Philippe. Ca a été corrigé dans l’article. Merci.

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      • Bonjour et merci Olivier de cette réactivité ; pour René Arnoux, il est sans doute bon de rappeler qu’il a couru à nouveau au Mans en 1994 (Viper-Chrysler) et 1995 (Ferrari 333SP).

        Bien sportivement ! Philippe Vogel

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  • En ce qui concerne la « marche arrière » (March arrière?) de JPJ, elle est plausible du fait que le grand Nurburgring ne pouvait pas être couvert dans sa totalité par les différents journalistes – même si les plus attentifs faisaient parfois appel aux témoignages de leurs copains photographes disséminés sur ce vaste parcours. Si Jean-Pierre évoque la vitesse de 280 à l’heure, il s’agit d’une estimation excessive car il n’a jamais disputé de G.P. d’Allemagne sur March à cette époque là. Donc il ne peut s’agir que d’une F2… qui n’atteignait pas de telles vitesses. Sa « marche-March » arrière n’a peut-être eu lieu qu’à 240 km/h? Parfois de tels tête-à-queue, pour impressionnants qu’ils sont, s’achèvent par un contact moins terrible que redouté avec les bordures… D’où, peut-être (j’insiste sur ce peut-être) les dégâts « peu importants » mentionnés par Sport Auto sans autre détail…

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  • Merveilleuses années 70′
    Si l’on observe bien la 701-09 de JPJ, on remarque sur le saute-vent l’autocollant « Meubles Arnold Team », le même qui était distribué aux supporters de cette sympathique écurie, et que l’ami Jean-Claude m’a gentiment renvoyé. Quant au nom du pilote, il est écrit à l’aide de… scotch noir d’électricien. Enfin notons que Peterson lui-même a conduit la 09, quand il fallut démontrer à un Hubert Hahne énervé et procédurier – la justice faillit saisir le camion March en route vers le GP d’Autriche 70 – que la 701 qui lui avait été livrée était au moins aussi rapide que les modèles officiels.
    Mais, cela ne surprendra personne, le rusé Max avait plus d’un tour dans son sac…
    Enfin osons une hypothèse. Et si JPJ avait pris livraison de « sa » March en Allemagne et s’en était aller l’essayer sur le Nürburgring ?

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    • Francis merci de ce commentaire. Il me semble que Hubert Hahne l avait d’ailleurs engagée pour lui même au GP d’Allemagne sans se qualifier.
      9 châssis : le business marchait bien ! Sacré Max comme tu dis.

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  • C’est effectivement dans une course de formule 2 en 1973 que Jarier a eu son accident au Ring avec sa March 732-BMW. Il raconte cet accident dans Motorsport Magazine de juin 2015 (www.motorsportmagazine.com –> Archive –> Jean-Pierre Jarier): « J’ai pris la pole position et je suis parti en tête avec Patrick Depailler à mes trousses mais sur la longue ligne droite, ma suspension arrière a cassé. Il n’y avait pas de rail de sécurité à cet endroit, j’ai fait un tête-à-queue de 180 degrés en je suis sorti dans le fossé à une vitesse d’environ 150 mph (= quelques 240 à l’heure). »

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  • Merci de cet éclaircissement bienvenu Franky Hungenaert.

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  • Grand pilote et grand bonhomme ce JPJ : j’ai encore 31 ans après le souvenir d’une longue soirée à parler avec lui sur la plage du Méridien MAURICE . J’étais le seul à le connaitre et reconnaitre et l’on a parlé de MATRA , de F2 , F1 , de « godasse de plomb  » et de plein d’autres trucs autos .
    Je n’ai pas oublié ce que vous m’avez dit ce soi làv: à cette époque ( début seventies ) on ne savait pas qui finirait vivant la saison . J’ai cette immense chance d’etre toujours en vie alors que tant de mes amis se sont tués , donc aucun regret de n’avoir pas conduit en F1 pour Ferrari ni Lotus .
    Merci Jean Pierre pour cette discussion en novembre 1984 .Vous etes un grand MONSIEUR .

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    • Il a couru deux fois pour Lotus fin 1978. Dont une fois avec la victoire au bout de son capot (Canada). Son abandon (fuite d’huile) a permis à Gilles Villeneuve de signer sa première victoire en F1.

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  • MERCI M. RIVES : Oui je sais pour JPJ qui a fait 2 piges pour LOTUS suite à l’accident mortel de PETERSON .
    Par contre je ne sais pas pourquoi ARNOUX a été viré de FERRARI du jour au lendemain il y a 31 ans : pouvez vous nous éclairer s’ilvous plait ?

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    • C’est presque un sujet tabou, hélas pour nous. C’est peut-être la raison pour laquelle Arnoux dit plus haut ne pas vouloir faire de livre relatant sa carrière, si ce n’est peut-être un livre d’images, car selon lui, le passé ne l’intéresserait pas 😉

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      • Martine Camus a écrit il y a quelques années une bio sur Arnoux, publiée au Palmier, et « non-autorisée » car le principal intéressé n’a pas daigné relire le texte avant parution. Mais, bien entendu, aucune raison valable n’est donnée sur l’éviction de René de la Scuderia en 1985. C’est effectivement un sujet un peu tabou et seul Arnoux a le droit de décider, un jour peut-être, de révéler la vérité.

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