25 janvier 1940, Harry Schell s’en va-t-en guerre

Je vous préviens tout de suite : si vous n’êtes pas de ceux qui considèrent que “Seuls les anges ont des ailes” (Howard Hawks, 1939) est le plus beau film d’aventure et d’aviation de l’histoire du cinéma, il vaut mieux que vous passiez votre chemin. Ce qui suit ne vous concerne pas : vous ne pourrez pas comprendre, et vous perdrez votre temps. Nous sommes dans le domaine de l’incommunicable, et personne ne vous en tiendra rigueur. Ce que je vous propose ici, c’est une plongée dans les profondeurs du passé. Non pas dans l’histoire proprement dite, qui nous est facilement accessible dans les livres, mais dans l’imaginaire mental des jeunes gens des années trente, épris d’aventure et de sensations fortes.

René Fiévet

Photo 1 - Harry Schell

(source : historicimages)

En ces temps troublés, où la guerre frappe à la porte, il s’agit pour eux de savoir ce qu’ils vont faire de leur propre vie. Face aux sombres nuages qui s’accumulent, et aux événements considérables qui s’apprêtent à les submerger, ils veulent s’assurer qu’ils seront, pour une part, les acteurs de leur propre destin. Pour beaucoup, l’aviation offre cette perspective.

Vous l’avez compris, il n’est pas question ici de course automobile. Mais il s’agit d’Harry Schell, une des personnalités les plus marquantes de ce sport dans les années cinquante. Dans l’article biographique que je lui ai consacré sur ce site – “La (belle) vie jusqu’au bout” (13 mai 2013) – j’avais mentionné son engagement comme volontaire dans l’aviation finlandaise durant la guerre russo-finlandaise de 1939-1940. Ce fait biographique avait suscité chez moi le plus vif intérêt ; mais malheureusement je ne disposais d’aucun détail, ni même d’aucune preuve. Je m’étais contenté de livrer une information de seconde main, que l’on trouve un peu partout sur internet et dans les livres. Mais quelle était la part de légende ou d’exagération, surtout de la part de quelqu’un comme Harry Schell, expert en blagues et canulars en tout genre ? Le doute était permis.

Je me suis livré à quelques recherches, et j’ai finalement trouvé la superbe photo que je vous présente ci-dessus. L’original était en vente sur ebay, mais je suis arrivé trop tard. Il reste cette reproduction, avec en surimpression le nom du site qui commercialisait cette image (historicimages.com). Et je suis maintenant en mesure de vous en dire plus sur les circonstances. Nous sommes le 25 janvier 1940, et Harry Schell est à Helsinki avec 6 autres camarades américains pour s’engager dans l’aviation finlandaise. Lui-même n’est pas un pilote, mais il sera mitrailleur dans un bombardier. Il n’a que 18 ans et déjà fière allure, habillé avec l’élégance typique des jeunes gens de bonne famille pratiquant les sports d’hiver dans les années trente : pull à col roulé, veste longue de sportman, pantalon d’équitation. La façon dont il tient sa cigarette, coude collé au corps et avant bras relevé, lui confère une forme de distinction naturelle : ôtons lui ces habits d’hiver et remplaçons les par une tenue de soirée, et on l’imagine très à son aise, dans un fumoir, lors de ces discussions sérieuses, “entre hommes”, qui prenaient place à l’issue d’un dîner mondain, tandis que ces dames s’esquivaient discrètement dans une autre pièce pour parler de choses futiles. C’est ainsi que les choses se passaient en ce temps là. Je ne peux m’empêcher de penser que c’était une belle époque pour les hommes…

Cette arrivée de volontaires américains est signalée brièvement par la presse américaine, qui reproduit un article d’une agence de presse datée du 25 janvier 1940.


Photo 2 - Communique de presse

Cet engagement fait suite à une mobilisation internationale en faveur de la Finlande, agressée par l’URSS à la fin novembre 1939. A la suite de cela, un mouvement  “Friends of Finland” s’est constitué aux Etats Unis sous l’égide d’un ancien Président des Etats Unis, Herbert Hoover. Je me suis intéressé à ces hommes qui accompagnent Harry Schell, et dont je vous fournis plusieurs photographies ci-dessous.

Photo 3 - Vincent SchmidtLe chef de cette équipée est Vincent Schmidt (1897-1962) (source : historicimages) , un ancien artilleur durant la Première Guerre Mondiale. C’est ce que l’on pourrait appeler un guerrier professionnel. Les Américains ont une expression pour désigner cet état : “soldier of fortune” (1). Après 1918, Vincent Schmidt a combattu lors de la dernière phase de la Révolution mexicaine (1919-20), puis il est devenu pilote. Il a participé à la guerre de Shanghai en 1932, après l’invasion de la Mandchourie par les Japonais, puis à celle d’Ethiopie contre les Italiens en 1935. Ensuite, il a participé à la guerre civile espagnole du côté des Républicains, et enfin, en octobre 1937, il est revenu en Chine contre les Japonais à la tête d’un groupe de volontaires. Ensuite, après la Finlande, on le retrouve à nouveau en Chine contre les Japonais dans les Tigres Volants de Claire Chennault. Après Pearl Harbour, il rejoignit l’armée des Etats Unis. Il a pris une retraite bien méritée en 1948, avec le grade de colonel dans l’armée américaine, après avoir été un protagoniste dans neuf conflits différents.

En plus d’Harry Schell, les cinq hommes qui accompagnent Vincent Schmidt, sont des jeunes américains venus aider la France après la déclaration de guerre du 3 septembre 1939. Les Etats Unis étant un pays neutre, ils s’engagèrent tous dans le service des ambulances, soit directement dans l’Armée française, soit au travers de l’American Field Service (AFS) ou l’Iroquois Ambulance Corps. Pour ces jeunes gens, épris d’aventure et de sensations fortes, on devine que le livre d’Hemingway, “L’adieu aux armes” (1929), a été une source d’inspiration (2). Seulement voilà, il ne se passe rien sur le front : c’est la “drôle de guerre”. On imagine leur déception. L’inaction leur pèse, et on peut penser que c’est dans ces moments de désœuvrement qu’Harry Schell a fait leur connaissance. Probablement dans un de ces bars où se retrouvent les Américains de Paris. Peut-être tout simplement dans l’hôpital où se trouve sa mère, Lucie, grièvement blessée dans un accident de voiture qui fut fatal au père d’Harry Schell. C’est à ce moment que germe l’idée d’aller aider la Finlande, agressée par l’URSS. J’aimerais pouvoir vous dire que les photos ci-dessus ont été prises par Robert Capa ; que ces jeunes gens (dont plusieurs étaient des artistes) avaient leurs habitudes dans le salon de Gertrude Stein, qui les avait pris sous sa coupe ; que l’un d’entre eux (de préférence Harry Schell) esquissa un flirt avec Martha Gellhorn (3). Et je me serais fait un plaisir de rédiger quelques paragraphes supplémentaires destinés à nourrir la légende des Américains à Paris. Malheureusement, ce serait une exagération. Mais leur histoire vaut quand même la peine d’être racontée.

Photo 5 - Emil ToussaintPour ces jeunes gens, le choix n’était pas trop difficile à faire : à ce moment, l’URSS et l’Allemagne nazie sont liés par le pacte germano-soviétique d’août 1939. Et avec le cynisme qui les caractérise, les Nazis appuient l’URSS dans son entreprise contre la Finlande. Ce n’est que plus tard, à partir de juin 1941, que la Finlande se retrouvera alliée des Nazis contre l’URSS. Dans un premier temps, la Finlande, appuyée sur la solide ligne Mannerheim, résiste fort bien à l’invasion soviétique, mais elle manque cruellement d’hommes. Et c’est à partir de décembre 1939 que l’aide internationale commence à prendre forme, sous la forme de volontaires.

Parmi ceux qui accompagnent Harry Schell, le seul à ne pas avoir survécu à la Deuxième Guerre Mondiale est Emile Louis Toussaint (source : historicimages) (26 ans en 1940). D’un père américain vivant aux Etats Unis et d’une mère belge, il est présenté comme un artiste peintre et un aventurier dans les récits que j’ai pu consulter. Il avait été formé à l’Ecole des Beaux Arts de Bruxelles, puis avait travaillé un temps pour la firme Coca Cola à Bruxelles. Engagé volontaire en 1939 comme ambulancier dans l’armée française, il fut ensuite un authentique héros de la résistance belge, entrant dans le combat clandestin dès le début de l’occupation allemande, comme membre d’un réseau organisant des filières d’évasion de pilotes alliés. Il fut arrêté par la Gestapo en décembre 1941, condamné à 4 ans de détention pour “activités anti-allemandes”, déporté au camp de concentration de Sonnenburg où il mourut en juin 1944.

Marius J. Clark était un cinéaste de profession et se trPhoto 4 - Marcus Clarkouvait en France en 1939 pour effectuer un reportage photographique sur Paris. Il a pris de nombreuses et très intéressantes photos de la vie quotidienne à Paris, dont il a cédé la collection à la Librairie du Congrès de Washington DC après la guerre et que l’on peut consulter. A la déclaration de guerre, il s’engagea comme ambulancier. Par la suite, on perd sa trace.

Photo 6 - OttesenFrederick Lund Ottesen était un artiste peintre. Né a Pittsburg en 1913, il avait étudié à l’Académie des Beaux Arts de Pennsylvanie, puis avait rejoint en 1938 l’atelier de Georges Braque à Paris. Se trouvant à Paris en 1939, il s’était engagé comme conducteur dans l’Iroquois Ambulance Corps. Après la défaite de 1940, il resta en France dans un premier temps comme délégué de l’American Friends Service (une organisation Quaker qui s’occupait du sort des refugiés), distribuant notamment des fonds pour les Juifs allemands, et faisant des visites au camp de Rivesaltes (qui regroupait les étrangers internés). Après l’entrée en guerre des Etats Unis, il s’engagea dans les unités parachutistes de l’armée américaine, où son comportement brillant lui permit d’atteindre rapidement le grade de capitaine. Il fut plusieurs fois décoré (Croix de Guerre, Médaille de la Reconnaissance française, Croix d’or du Mérite polonais). Immédiatement après la guerre, dès 1946, il retourna à Paris. Sous l’influence de son ami, le célèbre peintre Hans Hartung, il se tourna vers la peinture abstraite et acquit rapidement une renommée internationale, exposant beaucoup durant les années 50 et 60, à la Galerie Coard et au Musée National d’Art Moderne à Paris, à la Downtown Gallery à New York, et à la Leicester Gallery à Londres. De façon inexpliquée, alors que sa réputation était solidement établie, il interrompit brutalement toute activité artistique en 1965 et s’installa en Corse dans le village de Pietrosella où il est décédé en 1975. Il est enterré dans le cimetière municipal. Frederick Lund Ottesen dans les années 50. Son physique avantageux (il était à la fois « beau et viril », selon les propres termes d’une  biographie que j’ai pu consulter) lui donnait, paraît-il, des allures de Clark Gable (source: Askart.com).

On dispose de peu d’informations sur George R. Folds et aucune photo n’est disponible. Né en 1905, les archives de l’AFS indiquent qu’il était diplômé de la prestigieuse université de Yale en 1927. Les mêmes archives indiquent qu’il fut ambulancier durant la totalité de la bataille de France en mai-juin 1940. Il fut blessé dans un accident de circulation avec son ambulance et se trouvait à l’hôpital à Paris au moment de l’arrivée des Allemands. Ensuite, on perd sa trace. On sait seulement qu’il est décédé en 1961.

Photo 7 - Stehlin 1939  Photo 8 - Charles Stehlinavril 1940  

En 1939, et en avril 1940 en France, avec l’American Field Service
(source : AFS archives)

Le plus jeune du groupe, Charles L. Stehlin, n’avait pas encore 18 ans puisqu’il était né en février 1922. Il était le fils d’un ancien aviateur de l’Escadrille Lafayette, Joseph C. Stehlin, aventurier en tout genre, y compris dans sa vie privée, et lui-même devenu un “soldier of fortune”. Passionné d’aviation, le jeune Stehlin ne rêvait que d’action et d’aventure. Il avait voulu s’engager durant la Guerre civile d’Espagne (du côté franquiste, probablement en raison des origines sociales de sa mère, issue de la haute noblesse espagnole) mais son père avait décidé qu’il était encore un peu jeune pour cela. Mais ce dernier ne put retenir son fils en septembre 1939 quand celui–ci s’engagea comme ambulancier dans l’AFS. Il participa ensuite comme ambulancier à la bataille de France de mai-juin 1940, et obtint la Croix de Guerre. En avril 1942, il s’engagea comme volontaire dans les Forces Aériennes Françaises Libres, peu après s’être marié à New York avec une franco-américaine, Viviane Cochery. Je mentionne ce dernier point, qui ne présente pas en soi d’intérêt particulier, pour indiquer que Charles Stehlin fut aussi, semble-t-il, un aventurier dans sa vie privée. En effet, dans les années 50, sans avoir divorcé de sa première femme, il se maria en Argentine avec une certaine Guadalupe Zapata, et eut un enfant avec elle. Cette dernière ne lui a probablement pas trop tenu rigueur de cette tromperie puisque, quand elle rompit son union avec Charles Stehlin pour épouser Roberto Noble, grand magna de la presse argentine, elle n’eut aucune peine à faire invalider son mariage. Charles Stehlin s’est marié par la suite avec Flor De Oro Trujillo, fille de Rafael Leonidas Trujillo, dictateur de Saint Domingue ; mais le couple divorça assez rapidement (Flor de Oro avait une réputation solidement établie de nymphomane et fut mariée 8 fois dans sa vie !). Je signale ce fait car, chose intéressante, Flor de Oro avait épousé dans les années 30 Porfirio Rubirosa (également originaire de Saint Domingue), qui fut un grand copain d’Harry Schell dans les années 50, lui-même compagnon d’équipée de Charles Stehlin en Finlande. « Small world, isn’t it ? » Pour le reste, je ne dispose plus d’information sur Charles Stehlin. Peut-être est-il encore vivant, âgé de 93 ans.

Phot 9 - Bristol-BlenheimUn Bristol Blenheim de l’Armée de l’Air finlandaise en 1940 (source : asisbiz.com)

Cette équipée improbable, rassemblant un vieux soldat à la recherche d’un emploi dans une guerre et des jeunes gens sortis de la vie civile, présente tous les ingrédients d’un bon scenario de film d’aventure et de guerre. Mais dans la réalité, qu’en fut-il de leurs exploits militaires durant la guerre russo-finlandaise? Pas grand-chose, à vrai dire. Pour deux raisons. Tout d’abord, si on fait exception de Vincent Schmidt, leur formation militaire était à peu près nulle, sans même parler de leur aptitude à piloter des avions. Outre Vincent Schmidt, le seul pilote parmi eux était Charles Stehlin qui n’avait que 60 heures de vol. « Je n’ai jamais entendu dire que mon fils soit jamais monté dans un avion de sa vie » déclara, un peu songeur, le père de Frederick Lund Ottesen interrogé par la presse américaine. Il fallait donc les former, et cela devait prendre au moins plusieurs semaines. Vincent Schmidt était un pilote de bombardier expérimenté, qui s’était notamment distingué lors d’un raid sur Formose en 1938 (alors sous occupation japonaise), et on voit bien que l’idée consistait à former deux équipages américains de bombardier, avec chacun un pilote (Schmidt et Stehlin), un observateur, et un mitrailleur. C’était l’équipage type des bombardiers Bristol Blenheim qui équipaient l’aviation finlandaise (4). Tout ceci montre qu’il ne s’agissait pas d’une affaire de pieds nickelés : c’était du sérieux. Si la guerre de Finlande avait duré plus longtemps, Harry Schell se serait retrouvé à coup sûr dans un de ces Bristol Blenheim, probablement au poste de mitrailleur. D’autant plus que les Finlandais avaient non seulement besoin d’équipages, mais aussi de montrer l’ampleur de l’engagement international en leur faveur, auquel ils auraient donné la plus grande publicité. Mais il se trouve que la guerre russo-finlandaise a pris fin le 12 mars 1940, soit 6 à 7 semaines seulement après leur arrivée à Helsinki. Ces jeunes gens sont donc rentrés en France pour reprendre leur occupation d’ambulancier. Quant à Harry Schell, il s’est lancé dans la préparation du défi français à Indianapolis avec l’Ecurie Bleue en mai 1940.

Aventuriers professionnels, artistes, cinéaste, futur résistant, futur aviateur des Forces Aériennes Françaises Libres, futur coureur automobile, on voit bien que ces hommes étaient faits d’un autre bois que le commun des mortels. Même en débordant un peu du sujet traité normalement par Classic Courses, il m’a paru intéressant de retracer le parcours de ces jeunes américains idéalistes, avides d’action, qui s’engagèrent immédiatement pour aider la France en 1939 (alors que leur pays était resté neutre), et furent les compagnons d’Harry Schell en Finlande. Parler (un peu) d’eux, les tirer (un court moment) de l’oubli, n’est-ce pas aussi faire (un peu) œuvre de justice ?

Notes

(1) Le Webster définit le “soldier of fortune” comme quelqu’un qui poursuit une carrière militaire partout où il y a une promesse de gain, d’aventure ou de plaisir.  L’expression est difficile à traduire en français. Guerrier professionnel me paraît le plus adapté, de préférence à mercenaire qui a une connotation négative. Le soldier of fortune est un homme affligé d’un mal terrible, d’ordre existentiel : il ne sait rien faire d’autre de sa vie que faire la guerre. La vie militaire en temps de paix lui apparaît comme une disgrâce ; et c’est un lourd handicapé de la vie civile. Mais c’est un homme de principes : il ne fait pas la guerre pour de l’argent, ce qui le distingue du mercenaire. Il lui faut seulement “gagner sa vie”, comme tout le monde. Distinguant clairement le bien du mal, il ne se bat que pour des causes qu’il croit justes, et prendra toujours le parti des faibles et des agressés contre les forts et les agresseurs. C’est ce que fit Vincent Schmidt toute sa vie : du côté des Chinois contre les Japonais, des Ethiopiens contre les Italiens, des Finlandais contre les Soviétiques. S’il était né 50 ans plus tôt, Vincent Schmidt aurait pu être un de ces héros solitaires du Far West qui propose ses services à une ville terrorisée par une bande de malfaiteurs qui viennent d’assassiner le sheriff. En général, cela fait d’excellents films ; et Hollywood a totalement épuisé le filon.

(2) “L’adieu aux armes” est le récit d’un jeune américain, engagé volontaire comme ambulancier durant la 1ère Guerre Mondiale sur le front italo-autrichien.

(3) Cette dernière occurrence n’aurait, au demeurant, rien d’invraisemblable : Martha Gellhorn se trouvait en Finlande pour couvrir le conflit, et l’arrivée de cet étrange assemblage ne lui avait sans doute pas échappé. On dit souvent que  la guerre, et les émotions et sensations de toute sorte qui l’accompagnent, encourage les relations amoureuses sans promesse de lendemain.

(4) In 1936, l’Armée de l’Air finlandaise avait commandé au Royaume Uni 18 Bristol Blenheim Mk I ; et deux années plus tard, la Finlande avait même obtenu une licence de construction pour cet avion. Malheureusement, la guerre avec la Russie soviétique éclata avant même que les avions soient mis en production. De toute urgence, les Finlandais commandèrent 24 avions supplémentaires au Royaume Uni. Il fallait donc former des équipages.

Illustrations  © DR

12 pensées sur “25 janvier 1940, Harry Schell s’en va-t-en guerre

  • Merci René pour cette note qui sort un peu des boulons et des rondelles (quoique sur un Bristol Blenheim, il y en avait quelques bonnes centaines) et qui m’amène à une réflexion corollaire : un blog ne suffirait pas pour parler de tous ces pilotes que la guerre a tiré de leur existence de frissons et de plaisirs pour défendre ce qu’ils pensaient être leur liberté. Ces années de conflit expliquent d’ailleurs – en partie – l’absence quasi-totale d’une conscience sécuritaire chez tous ces hommes qui avaient bravé les mille flammes dans des Lancaster, Spitfire ou autre Bristol Blenheim , et pour qui la course automobile était somme toute une joyeuse récréation comparée à ce qu’ils avaient vécu au-dessus des villes allemandes ou de la Normandie. C’est pour cela qu’il faudra attendre la génération suivante, celle des années soixante, des Stewart, Rindt et consort pour s’attaquer véritablement au problème de la sécurité sur les circuits.

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    • J’ignore pourquoi un gremlin informatique a subitement changé mon nom, Pierre Ménard, en « Al » pour la signature du commentaire ci-dessus !

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  • La patience et la minutie de l’enquêteur n’a d’égale que la qualité de son style. Merci René Fiévet. Pour revenir à ses activités de pilote de course, je sais que Harry Schell (mort un mois avant mon entrée à LEquipe et que je n’ai donc jamais rencontré) était l’un des membres les plus dynamiques d’une association de pilotes baptisée « Los Amigos ». Association qui comprenait des pilotes comme Gérard Laureau ou Louis Cornet, tous bien connus en France à la fin des années 1950. J’ai su par le photographe Henri Vachon qu’Harry parlait le français avec « un accent de Titi parisien ». Un détail, certes, mais qui peut apporter une touche plaisante au portrait que chacun peut se faire de cet homme original. En voici un autre: Amédée Gordini conservait de plaisants souvenirs de ses confrontations avec Harry Schell au « bidou » – un jeu de dés auquel ils se livraient quotidiennement au bar de l’Action Automobile, avenue d’Iena à Paris.

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  • Ce passionnant article très documenté (« griffe » habituelle et remarquable de son auteur) met en lumière les combattants de l’ombre dont faisait partie Harry Schell … René Fiévet comble ainsi mon ignorance sur le sujet et je l’en remercie…
    La vision de la croix gammée sur les Bristol de l’armée de l’air finlandaise m’incita à fouiller sur quelques points d’histoire concernant la Finlande…Ce pays démocratique eut la malchance de se trouver entre les étaux soviétiques et allemands lors du second conflit mondial. L’agression soviétique contraignit les Finlandais à lier un pacte avec l’Allemagne nazie… Ce pays qui combattit dur pour sauvegarder son intégrité dut retourner sa veste en 1944 et terminer la dernière année de guerre dans le giron des Alliés.

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  • J’ai eu la chance et le privilège de rencontrer le grand Harry Schell au
    G.P. d’Allemagne sur le circuit du Nürburgring en 57/58 grâce à mon ami jojo Houel . Harry était un homme fort sympathique et farceur qui avait de l’allure dans sa façon de marcher et de se tenir avec son charmant accent Américain , c’était un bon pilote . Pendant sa longue carrière il a conduit pour de nombreuses marques , Gordini , Maserati , Ferrari , B.R.M , Vanwall , Cooper . Malheureusement , à cette époque il se produisait de nombreux accidents mortels et Harry Schell s’est tué le vendredi 13 mai lors des essais sous la pluie sur le circuit de Silverstone .

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  • Très intéressant ! merci à René de nous faire – un peu – connaître ces personnages hors série. Merci pour eux aussi.
    Et je suis en phase avec tes références cinématographiques : je tiens Hawks pour l’un des plus grands. A titre personnel, j’ai un faible pour Après nous le déluge(Today we live), de quelques années antérieur à Seuls les anges ont des ailes. Mais de toute façon, le moindre film de Hawks est encore largement supérieur à 95% des films qui encombrent les écrans aujourd’hui.

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  • @ Pierre Ménard :
    pouquoi en rajouter ?
    Que je sache mais je peux me tromper des Fangio/Ascari/Farina/Gonzalez/Hawthorn/Moss/Brooks/Musso /Brabham …. et bien d’autres pilotes auto des années 50 n’ont jamais bravé les flammes dans des chasseurs ou bombardiers anglais d’autant que certains étaient dans des pays du camp adverse voire en AMSUD loin des conflits !
    Bravo au rédacteur pour ce travail de recherche résumé en language clair pour tous .

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    • Quand je parle de Lancaster ou de Spitfire, je fais bien entendu référence aux pilotes anglais, dont beaucoup participèrent au conflit. Pas Hawthorn, ni Brooks, ni Moss, bien trop jeunes pour être engagés, voyons monsieur Jego. Mais les Hamilton, Rolt, Abecassis, Whitehead, Thompson, Macklin ou encore Fairman qui risquèrent leur peau dans des carlingues en métal ou bien dans des chars, et tous les autres moins connus, voilà à qui je pensais, monsieur Jego. Et, contrairement à ce que vous dites, ceux « du camp adverse » n’en avaient pour autant pas moins de courage. Bien le bonjour, monsieur Jego.

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  • Ne considérant pas “Seuls les anges ont des ailes”comme le plus grand film sur l’histoire de l’aviation, j’ai bien failli suivre les conseils de l’auteur et ne pas lire cet article… Mais voyant qu’il était signé René Fiévet, je me suis dit que j’allais faire un effort et comme d’habitude je n’ai pas été déçu ! Alors bravo et merci à lui et promis, je re-visionnerai ce film à la première occasion.

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  • Leveto à 11h57, le Désert évoqué dans mon billet comme zone (essartée) déboisée , n’est pas du tout inculte. Des éleveurs y font pousser aujourd’hui du foin pour leurs brebis, autrefois ils y cultivaient du blé de la luzerne de l’orge etc…Qui plus est, une zone déboisée doit être riche d’un humus important. Voir la déforestation de la forêt amazonienne pour y planter du maïs.

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