F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Abu Dhabi 19

LES « FONDAMENTAUX » REMIS EN QUESTION ?

La hiérarchie des équipes de F1 pour 2015 ne saurait être plus claire. Surprise… et désolation, elle nous est fournie par le championnat des pilotes. Paradoxe ? Hélas… Aux dix premières places de ce championnat on relève en effet dans l’ordre deux Mercedes, puis successivement deux Ferrari, deux Williams, deux Red Bull et enfin deux Force India. Un peu décevant pour un championnat dit « des conducteurs »…

                                                                     Johnny RIVES.

…Ce bilan confirme ce que l’on savait déjà : un pilote ne peut exprimer son talent que proportionnellement aux possibilités de la F1 dont il dispose. Le règlement des Grands Prix pourrait-il être aménagé pour qu’il n’en soit plus ainsi ? On en doute. En cause, l’Accord Concorde qui prévoit une quasi unanimité pour tout changement fondamental. Ce qui ouvre très largement la porte à l’immobilisme tout en condamnant celle – pourtant nécessaire – de la remise en question des « fondamentaux », comme l’on dit en langage sportif.

HAMILTON EN ECLIPSE PARTIELLE.

Les pilotes parlons-en quand même puisque, qu’on le veuille ou non, à l’origine de l’intérêt de toute compétition se trouve toujours l’homme. En ce domaine, aussi éclatant que fut son parcours, Lewis Hamilton a réussi à donner à son troisième triomphe mondial une amertume inattendue et décevante. Où est passé le jeune homme si fier d’avoir égalé son idole Ayrton Senna ? Au moment où Nico Rosberg achevait avec un joli panache une saison lui ayant été jusque là défavorable, l’attitude d’Hamilton a dérouté. A-t-il mesuré soudain la relativité de ses succès avec des problèmes autrement plus importants que sa propre personne ? Ou bien était-il en proie à des tourments d’ordre personnel et privé ? Profitons de cette éclipse inattendue de son étoile pour n’en remercier que plus son équipier (?) Nico Rosberg pour les généreux efforts dont il a gratifié son équipe… et le public !

JR R8 GordiniCHARMANT GROSJEAN.

A l’opposé de la mauvaise humeur d’Hamilton, on retiendra les jolis sourires dénués de toute forfanterie de Romain Grosjean. Il a vécu à Abu Dhabi un ultime Grand Prix avec l’équipe à laquelle il était fidèle depuis ses débuts en F1 (2009). Romain a partagé cette émotion avec humilité et élégance, sans se laisser dominer par elle. Ce qui lui a permis, une fois encore, de se hisser dans les points au terme d’un effort constant et probant. Pas de doute, il a les mêmes vertus que le bon vin qu’en bon cuisinier il sait apprécier. Le Grosjean de 2015 n’a plus rien à voir avec l’imprévisible pilote de 2012. On espère qu’il trouvera chez Haas en 2016 la Ferrari « B » qu’il mériterait.

PEREZ LA PÊCHE !

Si l’ultime Grand Prix du championnat 2015 a permis à plusieurs pilotes de redorer leur blason (Rosberg bien sûr, mais aussi Raïkkonen ou encore Ricciardo) on décernera une mention spéciale au Mexicain Sergio Perez. Il y a longtemps que l’on connaît son étonnante faculté à épargner ses pneus mieux que ses adversaires. Mais il n’y a pas que ça pour prôner en sa faveur. Perez n’a rien perdu de la pointe de vitesse qui avait séduit Ron Dennis au point de l’engager chez McLaren. On l’a constaté en Russie (3e), au Texas (5e), au Mexique (8e) et enfin à Abu Dhabi (5e). Ce qui en fin de compte le place au championnat devant son équipier Nico Hulkenberg, qui n’est pourtant pas n’importe qui.

VIVE MAX !

Un dernier mot pour tirer le coup de chapeau qu’il mérite à Max Verstapen. Sans le moindre complexe (sauf de supériorité, peut-être…) celui-ci a réussi une première saison pleinement prometteuse en F1 au volant d’une Toro Rosso qui a des qualités certes, mais est loin de rivaliser par exemple avec les Red Bull à moteur égal. A Abu Dhabi le benjamin de la F1 s’est distingué du haut de ses 18 ans en cumulant quelques pénalités tout au long d’un parcours débridé. Ces pénalités confirment que Max n’hésite pas à bousculer l’ordre établi pour se faire une place au soleil. Bousculer l‘ordre établi ? C’est bien le caractère qui manque le plus dans cette activité passionnelle. Encore un paradoxe…

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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10 pensées sur “F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Abu Dhabi 19

  • Bonsoir,
    Bravo pour le lancement du nouveau site. Mais j’espère que le liseret « Breaking » sera supprimé, à tout le moins de sa forme actuelle. Le mouvement empêche terriblement la lecture des textes.

    Bonne continuation à ce site et à ses rédacteurs passionnants.

    dd

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  • Super la nouvelle version du site.

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  • bjr,
    Je me demande pourquoi parler de la F1 moderne ,lorsque l’on s’appelle Classic Course …………

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  • Oui, très belle mouture pour ce nouveau site à qui nous souhaitons le tout meilleur. En tant que contributeur, je ne peux que remercier Olivier Rogar de n’avoir pas ménagé sa peine (et ses soirées) pour cet aboutissement qui n’est en fait qu’une étape vers la modélisation d’une nouvelle manière de communiquer et de transmettre les « fondamentaux » de l’Histoire de la compétition automobile.

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  • Ok, moi aussi j’aime bien le nouveau site, mais dans tout ça personne ne parle du billet de notre cher Johnny Rives.
    Bravo pour le coup des dix premiers au classement, et imparable. Il y a vraiment quelque chose à faire pour reparler de Championnat de Pilotes.

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  • Belle mouture bien aérée.

    Toto Wolff n’a que ce qu’il a semé: établir les mêmes stratégies pour les deux pilotes, désigner le même stratège pour les deux pilotes, oeuvrer pour que celui qui passe en 1er le 1er virage, a course gagnée, s’il ne commet pas d’erreur, figer les positions durant toutes les courses pour éviter une confrontation sur la piste, se partager tous les data dans les deux garages ainsi que les réglages etc…ne peut que rendre chacun des deux pilotes frustrés de voir son coéquipier vaincre.

    La philosophie de Mercedes de « traiter » Hamilton et Rosberg sur le même pied d’égalité par « souci d’équité », n’est qu’un leurre qui a nui durablement les relations entre les deux pilotes.

    -Rosberg d’abord, est dominé par Hamilton depuis les trois saisons qu’ils s’affrontent ( 2013-2014 et 2015), lui qui est chez Mercedes depuis les débuts de cette écurie, se sent frustré et exaspéré de voir Hamilton, qui a remplacé Schumacher battu par lui en 2010-2011 et 2012, lui chiper 2 titres de champion du monde.

    – Hamilton nouvellement triple champion du monde, se trouve frustré de constater être réduit à égalité de traitement avec un coéquipier jamais titré! Aucun pilote, dans ces conditions, ne saurait accepter cela, d’où sa mauvaise humeur de mauvais perdant quand il subit la loi de son irréductible adversaire.

    Cette situation n’est que la conséquence d’une gestion d’amateurisme, produite par Toto Wolff, dans la perspective de manager les deux pilotes à fortes personnalités, tant les deux veulent par tous les moyens, battre son coéquipier. Humainement, les deux pilotes ont raison.

    Ce cas de figure n’aurait pu être vécu dans des écuries telles que Red Bull, à l’époque de Vettel / Webber, encore moins cette année, chez Ferrari, Vettel / Raïkkönen, ou chez McLaren Honda, Alonso / Button. Dans ces écuries, les champions du monde ont la primauté des stratégies voir même la priorité pour l’utilisation des nouvelles pièces, même si Button a marqué plus de points que Alonso cette saison. Alonso est double CDM, Button est un CDM. Enfin, Vettel quadruple CDM, n’est pas traité de la même façon que Raïkkönen, un CDM. On peut se rappeler qu’après le premier titre de Vettel en 2010 cher Red Bull, Tous les efforts du Team avaient bénéficié à Vettel face à Webber.

    Mercedes s’est mise toute seule dans une vraie  » confusion « . Quelle serait sa  » politique  » si comme nous l’espérons tous, Ferrari et Vettel, voire McLaren ou William étaient ultra compétitives aux fins de lui contester sa suprématie? Wait and see.

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  • L’article sur Rudolf … bravo … voilà du beau Classic..

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  • Comme M. Kiénert ( et certainement une majorité de lecteurs ) je pense que les billets de M. RIves sur les G.P. actuels n’ont pas leur place sur ce site. Pour le reste, bravo et merci.

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  • Il arrive parfois dans la vie qu’un objet, un sentiment , une forme , une trace – bref, un mot- vienne nous frapper avec la force brute de son évidence, comme s’il avait le pouvoir exclusif de contenir tous les autres .Chacun en a fait l’expérience, patience ou chance y pourvoient .Ces rencontres sont rares , brèves ou durables.La course automobile est de ce monde infini..
    Plus tard , on y repense , et notre esprit transforme le hasard des drames et victoires des pilotes en destins familiers.
    Avant de finir l’année, merci Johnny pour ce talent unique, qui rend si proche depuis l’enfance l’atlas de ce monde en mouvement depuis une page de l’Equipe ouverte sur une table du libraire après le victoire d’Emerson en Argentine en 1973 et les crampes maudites de l’irremplaçable français .Merci.

    A la bombe, à la peinture rouge, sur un mur de ce blog: »Johnny per sempre ».

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    • bjr, bravo pour ce que vous faîtes, mais j’insiste ..La F1 2015 sur Classic Course..je ne comprends pas…je préférerais que monsieur Rives nous parle de son Tour Auto 1971 en Matra… par exemple …
      sportivement

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