Maranello

Je suis allé visiter l’usine Ferrari à Maranello comme un athée serait allé à Saint-Pierre de Rome : pour voir. Peut-être pour essayer de comprendre aussi. Et tout simplement parce qu’on ne peut pas passer à côté du patrimoine culturel et religieux quand l’occasion se présente. Cette religion chrétienne, je l’ai rejetée pendant longtemps. A cause d’un catéchisme moralisateur et contre-productif durant l’enfance. Puis l’adolescence, avec ses certitudes et son besoin  de se révolter. « Athée et même anti-clérical », claironnais-je fièrement, croyant me donner une posture et de l’importance.

Le mythe Ferrari, je m’en suis détourné aussi.

Bertrand Allamel

Comme tout enfant, j’ai d’abord admiré les voitures rouges frappées du cheval cabré, inscrites dans l’inconscient collectif comme la représentation archétypale de la voiture de sport et de luxe. Et puis vint le désamour, à cause de la F1 notamment : Senna (pourtant croyant, lui), et sa McLaren à moteur Honda m’initiaient à d’autres paradigmes, alors que dans les années 2000, le tandem Todt-Schumacher achevait de me dégoûter définitivement, pensais-je, de la marque italienne. L’imposture Schumacher (les fans de Senna me comprendront), l’accrochage avec Villeneuve, cette prudence outrancière de Todt, certes compétent mais bien fade, qui sacrifiait par radio les pauvres Irvine ou Barichello pour quelques points au bénéfice de l’allemand arrogant…. Une domination sévère au chrono, mais molle dans l’esprit, pas franchement belle à voir. Le père Todt qui surjouait la sagesse et le travail comme un curé professe la bonne conduite castratrice et l’ascèse laborieuse. Tout ça manquait de folie et ne cadrait pas avec la démesure des Ferrari de route, au rouge paradoxalement terni par l’excellence du département Course. Je découvrais dans le même temps que d’autres supercars méritaient qu’on leur porte intérêt : Porsche Carrera GT, Honda NSX, Mercedes SLR, McLaren, Lotus… Et je considérais les légendaires Ford GT 40, et autre Corvette C3 Stingray comme les expressions les plus brutes, et brutales, de l’automobile. La puissance et la robustesse à l’américaine, qui ne s’embarrasse pas de la fragile joaillerie européenne. Je finissais même par voir l’Amérique, ses V8 et son Indianapolis, comme le pays de l’automobile, oubliant un peu vite que l’Europe en fût le berceau. J’ai renié le mythe italien et me suis cru anti-Ferrari.

maranello,ferrari,bertrand allamel,classic coursesEn arrivant à Maranello, je m’attends donc à vivre une expérience passionnante mais pas passionnée. Du moins j’essaie de m’en persuader : pas question de me laisser prendre par une quelconque et supposée magie des lieux. Je préfère garder toute la distance nécessaire pour bien observer les différents aspects, industriel et managérial. Rationaliser, plutôt que ressentir. Une ligne de conduite, si j’ose dire, pas évidente à tenir tant l’ambiance est au rouge dans toute la ville. Je suis déjà forcé d’admettre qu’il se passe quelque chose alors que je n’ai pas encore franchi les grilles de l’usine. J’essaie de trouver des points de comparaison, pour tenter de relativiser : des villes qui vivent au rythme d’une entreprise, il y en a aussi en France… Sauf que j’ai beau chercher, je n’en vois aucune qui soit aussi marquée par la fierté voire l’amour porté à son industrie. Le temps de réfléchir et de passer devant le fameux clocher qui sonne à chaque victoire d’une Ferrari en grand-prix, et nous voilà arrivés.
L’accueil à l’entrée de l’usine est sobre, mais soigné. Je ne le sais pas encore, mais nous aurons  droit à une visite d’ordinaire réservée à quelques privilégiés. Des hôtesses nous proposent un café et nous distribuent des petits récepteurs radio, munis d’une paire d’écouteurs marquée du cheval cabré, que nous pourrons d’ailleurs garder en guise de souvenir. L’excellence déclinée à tous les niveaux. Nous nous répartissons en trois groupes et montons dans les mini-bus rouges qui nous attendent. Tout est orchestré et millimétré. La navette emprunte l’artère principale rectiligne qui dessert des bâtiments ultra-modernes pour nous emmener jusqu’à l’atelier de fabrication des composants mécaniques. C’est ici que sont coulées les différentes pièces du moteur. Je suis rassuré : c’est une usine. On y travaille, il y a du bruit, de la manutention, des ouvriers spécialisés qui probablement guettent leur heure de pause. Surpris aussi : une fonderie qui ressemble plus à un laboratoire, baigné de lumière et de verdure. Des jardins d’intérieur luxuriants enveloppent les machines. maranello,ferrari,bertrand allamel,classic coursesLa clarté, la verdure, la propreté des lieux, et le confort de travail qui en résulte, sont bien éloignés de l’image industrielle d’une usine automobile. Je mesure les efforts managériaux du Président (qui ne l’est plus aujourd’hui) Di Montezemolo, et qui me font d’ailleurs penser à la sociologie du travail du fameux Elton Mayo et ses expériences à la Western Electric. De grands panneaux indiquent les performances de chaque équipe ou unité de production, à l’aide de quelques graphiques simples et clairs : absentéisme, malfaçons, productivité horaire.

Et la passion, le mythe dans tout ça ? Je commence à les lire sur ces mêmes panneaux : chaque unité de production porte un nom, celui d’un pilote de la Scuderia. Team René Arnoux, Team Gilles Villeneuve, Team Jody Scheckter… De quoi imprégner les travailleurs d’une certaine histoire. J’en prends un peu plus conscience lorsque, en quittant ce département, nous passons devant trois Ferrari historiques et quelques moteurs exposés au regard des salariés au sein même de leur outil de travail, pour le simple plaisir des yeux. Et sûrement pour les motiver aussi, en leur montrant le produit fini et en leur rappelant qu’ils font partie d’une histoire, qu’ils perpétuent une tradition.

Il se pourrait que je commence à comprendre. La navette nous conduit au bâtiment suivant, dans lequel sont assemblés les moteurs. Nous passons rapidement devant l’atelier d’assemblage des V6 produits pour Maserati, qui apparaissent, au regard de ce que nous pouvons déjà entrevoir au fond, comme de vulgaires moteurs low-cost ou bas-de-gamme fabriqués à partir de chutes. Puis, sur des petits îlots de production qui ressemblent à autant d’ateliers de préparation de voitures de course sont assemblés, à la main, des moteurs pour les voitures de série. Les mécaniciens s’affairent sur leurs V8 et V12 avec concentration, le geste précis et assuré. Le V8 est bestial, et le V12 carrément monstrueux. Les préparateurs, en tenue rouge et gantés de blanc, assemblent des tubulures d’échappement, connectent des câbles, posent des finitions en fibre de carbone, et tels des chamans, insufflent l’esprit de la course à ces blocs-moteurs qui viendront habiter les carcasses en attente du souffle vital.

maranello,ferrari,bertrand allamel,classic coursesCar nous n’avons encore rien vu. Encore un petit tour de navette, et nous voilà au pied d’un bâtiment dessiné par Jean Nouvel. C’est à l’intérieur que sont assemblées les voitures. Même impression de clarté et d’espace. Toujours ces indicateurs de performance pour les équipes Clay Regazzoni, Niki Lauda… Toute l’histoire de la course automobile est contenue dans l’ADN d’une Ferrari. Station n°1 de la ligne d’assemblage : la carcasse arrive, complètement vide. Comme une créature féminine qui reposerait inerte, en attente de recevoir la vie. Elle semble dire « assemblez-moi ». Son destin est dans le chariot qui l’accompagnera jusqu’à la station finale : toutes les pièces nécessaires à l’assemblage des différents composants sont soigneusement rangés dans des tiroirs. Les mécaniciens n’ont qu’à prendre connaissance de son livre de vie, ou dossier technique, pour savoir quelles options et personnalisations ont été demandées par le client, et disposent de 20 minutes pour réaliser leurs opérations, à l’aide de robots et d’un outillage ultra-moderne, avant que le tapis roulant ne se remette en marche pour amener la créature à la station suivante. « Avec ça, tu enlèves du travail aux ouvriers » aurait sûrement dit feu mon grand-père en voyant ces bras robotisés qui soulagent les hommes, pourtant omniprésents tout au long de ce processus de création. Sauf qu’ici la modernité est alliée à la tradition pour atteindre la perfection.

Station 24, je crois : le « mariage », comme ils l’appellent. Le châssis descend du ciel par une pince géante, pendant que l’ensemble train arrière/bloc-moteur monte à sa rencontre pour s’unir dans une opération que je n’aurai jamais imaginé émouvante. Une Ferrari est en train de prendre vie. Station 50 : Amen. La créature devenue Ferrari sort de la ligne d’assemblage, feux allumés, regard soulagé.

maranello,ferrari,bertrand allamel,classic coursesLa visite s’achève dans cette perfection religieuse, lorsque notre hôtesse nous annonce une surprise. Curieux, et évidemment converti, je monte dans la navette qui nous emmène hors de l’usine pour rejoindre la piste de Fiorano toute proche. Le mini-bus nous dépose devant un hangar qui ne révèle rien du trésor qu’il renferme. Nous traversons ce qui semble être un atelier de course, vide. L’hôtesse nous explique la fonction de cet endroit : le département « Corse Cliente » accueille et entretient d’anciennes F1 achetées par des clients fortunés. Une grande porte coulisse, et nous entrons dans une véritable crypte dévolue à la F1 : une collection vertigineuse de plusieurs dizaines de Ferrari, parmi lesquelles des championnes du monde, celles de Schumacher, le Maître, dont l’esprit habite les lieux. D’autres moins victorieuses mais tout aussi mythiques : des Ferrari à moteurs V12 conduites par Jean Alesi et Gerhard Berger dans les années 90. Un alignement de voitures sacrées qui donne envie de se repentir. Le frisson se poursuit dans la salle attenante qui abrite des FXXK prêtes à partir sur demande de leur propriétaire. L’apothéose.

Je suis venu à Maranello comme un athée serait allé à Saint-Pierre de Rome. Il y a quelques années, j’ai redécouvert la spiritualité chrétienne affranchie de sa morale. À Maranello j’ai redécouvert la puissance du mythe Ferrari. On revient toujours à ses racines et on n’échappe pas à sa culture.

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Illustrations :

Photos 1 à 4 @ DR
Photos 5 et 6 @ JP Orjebin

12 pensées sur “Maranello

  • Simplement genial! Je suis trés anticlericale. Et je deteste la Ferrari (voir « Rush » et les strategies sans fair play; Autriche et l’épisode Barrichelo contre Schumacher), mais on doit respecter le mythe.
    Écrit par : Walter | 07/11/2015
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  • Je passerai sur cette expression à la con, « l’ADN de », trop lue et entendue, pour vous remercier de ce texte intelligent.
    La tradition et le bâtiment de Nouvel, bon raccourci de notre propre position. Des nostalgiques vivant en 2015. Il faudra bien faire avec.
    Écrit par : ferdinand | 07/11/2015
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  • Merci pour ce texte. Je suis chrétienne et élevée dans cette culture et je fais bien le parallèle…d’autant plus que en guise de voyage de noces en 1983, mon ex-mari et moi-même avions eu la chance et le plaisir de pouvoir visiter l’usine de Maranello avec le Directeur du Marketing de l’époque : une visite guidée et privée qui, même si nous n’avions pas pu voir la partie course F1, nous a laissé une impression magique et presque mystique en effet. De ma vie je n’ai jamais revu une usine aussi propre, des robots aussi complémentaires d’hommes en gants blancs, des cabines de peinture juste incroyables, des ateliers de vérification où femmes en gants soyeux devaient caresser la voiture finie pour vérifier la moindre aspérité…Et puis le parking autour empli de Ferrari, à l’époque des 308 et des Mondiale si je me souviens bien. Un Directeur du Marketing qui me propose de monter avec lui sur les routes au-dessus de Maranello et là le temps qui s’arrête… mais ça c’est une autre histoire !! On ne sort pas indemne de la visite de Maranello, que l’on soit ou pas un passionné de la marque au cheval cabré…
    Écrit par : Michèle Turco | 08/11/2015
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  • Comme beaucoup de passionnés j’ai aussi visité l’usine clinique de Maranello, pas la même que j’avais découverte en 1958 en imposant un détour à la voiture parentale, qui avait pour feuille de route musées et ruines romaines, pour voir à quoi ressemblait le berceau de Ferrari via Abetone dont les voitures de route et de course me fascinaient depuis l’enfance. Le chemin initiatique que nous fait partager Bertrand Allamel convertit les plus réfractaires tant Maranello tout entier est imprégné du mythe Ferrari. J’ai aussi douté de Ferrari mais ce n’était pas sous l’ère Todt mais quand Lauda claqua la porte au nez de Daniele Audetto, le titre en poche. Les accidents du Japon valent bien celui de Jerez et n’ont pas enlevé l’admiration que les fans portaient à Prost ou à Senna. Schumacher avec une équipe remarquable qui avait réussi à faire oublier la gestion méditerranéenne de la Scuderia, Todt en tête, a effectué un incroyable parcours jamais égalé à ce jour.
    Écrit par : laurent riviere | 08/11/2015
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  • Honoré de voir mes photos du Drake en conclusion de cet article, mais comment exprimer mon sentiment sans vous blesser cher Monsieur Allamel.
    Aussi bien troussée cette note soit elle , je n’y voit pas l’âme de Ferrari, l’affreuse ADN peut-être , mais pas l’âme.
    Rassurez vous , j’étais à Maranello l’an passé je ne l’ai pas trouvée non plus.
    En 76 lorsque ces photos furent prises je vous assure qu’elle était omniprésente,de la grille d’entrée à l’atelier, du bar du Cavallino aux pistes de Fiorano.
    J’espère me tromper.
    Écrit par : jean-paul orjebin | 09/11/2015
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  • Je crois pouvoir comprendre ce que vous voulez dire et ressentez : vous avez visiblement connu un « avant », où la figure emblématique du patron régnait et imprégnait les locaux, et où les voitures étaient encore façonnées en grande partie par les hommes, j’imagine, et non par les robots. Tout cela génère probablement une atmosphère bien différente de ce que j’ai vu. Votre récente visite a dû vous laisser circonspect par la transformation du lieu, la prépondérance de la robotique, la normalisation et la procéduralisation du travail, le management des ouvriers sous la houlette d’un service RH, et non plus dirigés par un entrepreneur paternaliste… Voilà comment je comprends votre commentaire, et je partage en partie votre triste constat. Il illustre à mon sens la contradiction tradition / modernité que les passionnés d’automobile ont du mal à surmonter (et je m’inclue dans le lot) : peut-on aimer l’automobile et le sport automobile moderne, quand on a connu l’âge d’or ? Contradiction résolue avec succès selon moi par les organisateurs des 24h du Mans, qui ont réussi à maintenir le mythe, tout en s’ouvrant à la modernité technologique (ce que ne sait pas faire la F1). Et c’est ce que j’ai ressenti à Maranello.

    Ce questionnement sur notre rapport à la modernité me passionne, et me saute aux yeux tous les jours dans différents registres. C’est l’histoire du remplacement des épiceries de quartier par les grandes surfaces, de la RN7 par l’autoroute, des buffets de gare par les fast-food, ou du mécanicien automobile par l’informatique embarquée, le taxi par le VTC…La modernité ne laisse plus de place à l’aventure.

    Il ne s’agit pas que de nostalgie : le monde semble être en phase d’accélération évolutive, qui va dans le sens d’une hyper-rationalisation, ce qui ne peut nous laisser indifférent.

    L’autre jour je me suis surpris à répondre à ma fille de six ans, qui me demandait quand elle pourrait apprendre à conduire, que lorsqu’elle serait en âge de conduire, les voitures se conduiront sûrement toutes seules (cf voitures autonomes annoncées pour 2020).

    J’ai alors pris comme un coup de vieux, puis j’ai réalisé que l’on pouvait à la fois être nostalgique, et dans le même temps enthousiasmé par ces perspectives formidables. Nos enfants et petits-enfants trouveront sûrement nos voitures archaïques avec tous ces boutons, leviers, pédales… Puis viendra le jour où leurs propres enfants trouveront les modes de déplacement de leurs parents obsolètes.

    Merci pour votre commentaire qui fait réfléchir,
    A bientôt !
    Écrit par : Bertrand Allamel | 11/11/2015

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  • Bien belle note que celle-ci, même si je peux comprendre l’impression de passé irrémédiablement enfui de la part de Jean-Paul.
    Écrit par : Pierre Ménard | 12/11/2015

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  • Quel est le problème avec les idôlatres de senna ?
    Sûrement sont-ils à l’image de leur idole, cet homme cynique, ce manipulateur absolu qui savait si bien mettre les médias de son côté (en plus de tirer insidieusement tout l’avantage vers lui dans chaque équipe où il est passé) pour bénéficier en tout temps d’une complaisance absolue, même lorsqu’il se comportait d’une façon honteuse en piste. Cet individu coupable du geste le plus ignoble et pervers de toute l’histoire de la F1 mais traité comme un petit saint (avec une pluie d’insulte qui s’abat sur vous si vous osez toucher à l’idole). Tout cela est d’un ridicule absolu. Une icône commerciale et médiatique décidément bien sinistre…
    Écrit par : jimmy | 12/11/2015

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    Voilà un avis insolite et bien tranché ! Mais alors, sur Senna, idolâtres, témoins plus objectifs ou adversaires, tout le monde se serait trompé ?
    Écrit par : Luc Augier | 13/11/2015

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    • Luc Augier Insolite ? Non je ne crois pas, nombreux sont ceux qui ne sont pas dupes sur la valeur du petit Machiavel idole des médias (et de fanatisés souvent bien odieux), et se moquent de cette déification pathétique et totalement ridicule.
      Écrit par : jimmy | 13/11/2015

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    • (enfin quand je dis « nombreux », je veux parler de la minuscule niche des amateurs de F1 bien sûr, ailleurs plus personne ne connaît senna™ de toute façon)
      Écrit par : jimmy | 13/11/2015

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  • Bertrand,
    Je voudrais revenir sur ton dernier message. Le problème que pose l’époque moderne à des gens de ma génération, c’est qu’il n’y a plus vraiment d’aventure humaine. Il n’y a plus grand-chose qui nous émerveille, ou nous enthousiasme. Certes, on peut encore penser qu’il y a une aventure technologique, que les progrès des techniques sont infinis (ou presque). Et cela peut encore nous émerveiller. Mais ces émotions, s’il y en a, concernent la technologie, et non plus l’exploit humain, collectif ou individuel. Bref, pour aller vite, l’esprit rationnel et le progrès technique (qui sont évidemment une bonne chose) tuent l’aventure humaine, et la part de risque qui l’accompagne. C’est ainsi.
    Un exemple : il y a 50 ans, quand un pilote d’essai décollait pour la première fois avec un avion, il ne savait pas trop s’il n’allait pas se casser la figure. De nos jours, on nous explique que ce même pilote d’essai a répété ce vol sur simulateur des dizaines de fois, et qu’il sait exactement comment le vol va se passer. Et pour reprendre ton exemple, tu n’imagines tout de même pas que ta fille de 6 ans va s’émerveiller parce que les voitures peuvent circuler sans conducteur : ce n’est même plus un problème technique, seulement une question d’aménagement urbain. Je n’arrive vraiment pas à partager ton enthousiasme pour « ces perspectives formidables », comme tu dis.
    Il ne s’agit pas de dire que l’évolution actuelle est un bien ou un mal. Il s’agit de dire que ce qui a existé à un moment donné, et qui nous a enthousiasmé et émerveillé, n’existe plus. De ce point de vue, le 20e siècle a été un siècle exceptionnel : la naissance de l’aviation, l’essor de l’automobile, la conquête spatiale, les expéditions polaires, les exploits sportifs. L’homme de chair et de sang était au centre de cette aventure, et pas seulement le progrès technique. Pour traverser l’Atlantique, il fallut certes qu’il y eut le Spirit of Saint Louis, mais il fallut aussi qu’il y eut Lindbergh.
    Cette dimension humaine fait que nous avons beaucoup aimé le sport automobile : pour aller vite, il fallait non seulement de l’habileté mais aussi du courage à ces hommes (et parfois ces femmes), et les risques étaient considérables. Nous avons besoin d’admirer et de nous émerveiller.
    Je suis profondément convaincu que tout ceci est maintenant fini. Dès lors, autant se faire plaisir en se racontant nos vieilles histoires, et nos vieux souvenirs. Et puis, nous finirons bien par mourir un jour, et nous emmènerons tout cela dans notre tombe.
    Écrit par : René Fiévet | 13/11/2015

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  • Et bien??? je découvre avec effarement cet article….
    Quelle violence dans les propos…. Il y a un tel mépris vis-à-vis d’un certain pilote qu’on imagine sans peine la joie à peine dissimulée de l’auteur, de savoir que l' »imposture’ est désormais réduite au statut de légume pourrissant pour le reste de ses jours dans l’indifférence totale et générale. La satisfaction suinte de manière visible….

    Hélas pas nouveau, et typique des fanatiques de senna, qui se complaisent de manière caricaturale dans l’insulte, la haine et l’irrespect. Mais quelle drôle d’image à la fin vous donnez de votre idole…… De quoi dégoûter du sport auto.

    Je découvrais votre blog ce jour, je n’ai pas envie d’aller plus loin maintenant. Au plaisir de ne plus vous lire.

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    • Quand on sait de combien de tricheries, magouilles et manœuvres basses et extrêmement dangereuses senna s’est rendu coupable sans que cela ne déclenche la moindre remise en question du personnage, au contraire, toujours cette idolâtrie sans partage………. La fanatisme senna me laisse décidément pantois…

      Serait-il temps e changer le nom de votre site « classiccourse.fr » en « sennasecte.fr » ?

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