Tour Auto 2015 dans les Pyrénées

Vous les avez vues au Grand Palais ? Le Baroque des bas fonds d’un côté, Jean Paul Gautier, du …même côté, Vélasquez de l’autre, sans compter les  expos plus « triviales »… mais dimanche 19, derrière l’affiche du Tour Auto 2015, la nef vitrée du palais était vide. Les belles ne seraient là que lundi. Pas moi. Rendez-vous manqué. Deux fois manqué d’ailleurs puisque cette année elles finiront leurs courses côté Sud Ouest. C’est alors que je reçus un mot de Bertrand Allamel me proposant une petite note sur le sujet. Après « Les surprises de début de saison », nous ne pouvons que l’encourager à continuer sur cette lancée !

Classic COURSES

Antichan de Frontignes, un bled de quatre-vingt-dix habitants, au pied du col des Ares dans les Pyrénées commingeoises. Allez savoir pourquoi, j’avais imaginé un village à flanc de montagne, et je pensais donc que ce serait plus pentu. En fait, Antichan est bâti sur une petite étendue relativement plate, et ce n’est qu’après, juste à sa sortie, que la route qui part à gauche pour rejoindre le col se met à grimper sérieusement. Bien sûr, ce n’est pas le parc des expositions de Toulouse, que le Tour Auto a quitté tôt ce matin. Mais il y a ce qu’il faut pour accueillir cette spéciale et faire une pause champêtre : un grand pré transformé en parking pour les visiteurs, et une longue ligne droite, du petit cimetière jusqu’à la petite mairie, où se positionneront les concurrents.

carte postale tour auto.jpgLe col des Ares qui surplombe Antichan est d’ordinaire très fréquenté par les cyclistes. Il figure d’ailleurs souvent sur le parcors du Tour de France. 797 mètres à peine, ce n’est certes pas le Tourmalet, mais c’est largement suffisant pour faire une belle spéciale tout en préservant les mécaniques qui commencent à souffrir en ce quatrième jour de rallye.

A 8h15, je retrouve comme prévu mes copains de l’Ecurie Automobile du Comminges (EAC), présidée par Michel Ribet. Le temps de serrer quelques mains, et Michel nous annonce un briefing à 8h20. Pas de surprise, puisque comme d’habitude avec Michel, tout est carré. Juste quelques rappels élémentaires sur notre mission : veiller à ce que la voie de gauche reste dégagée pour l’accès des secours, puis reclasser les concurrents dans l’ordre pour le départ de la spéciale. Puis la répartition des équipes en sept postes. Je cherche mon nom sur la liste et le plan qui nous sont remis : je suis affecté au poste n°6, à l’entrée du village. Juste à côté du cimetière. Enfin, dernières informations et recommandations : on ferme la route à 9h, gilet jaune et badge de l’EAC fortement recommandés. Les équipes se dispersent et rejoignent leur poste.

Il est encore tôt et tout est calme. On renseigne et oriente les visiteurs qui affluent progressivement. On discute : mes collègues du poste 6 m’expliquent que le Tour Auto est déjà  venu ici il y a une dizaine d’année, sous une pluie glaciale. Aujourd’hui, grand soleil, ça devrait être sympa.

9H, on ferme la route. Puis ça commence à s’agiter. Des BMW, marquées « Tour Auto – Organisation » arrivent en trombe, à la recherche du « parc concurrent ».

« C’est là », leur répondons-nous.

« – Sur la ligne droite ? » s’interrogent-ils un peu inquiets, mais vite rassurés par notre effectif.

L’une des BM s’installe à côté de nous. Les deux gars qui en sortent nous demandent notre aide pour installer le poste de pointage. Je trouve ça malin de la part de l’organisateur, Peter Auto : déléguer et s’appuyer sur des compétences locales. Monsieur le Maire, qui m’a l’air d’être un sacré personnage avec ses cheveux blancs tressés en catogan, fait sa tournée de distribution d’extincteurs. On nous distribue le classement. Ça se précise…

D’autres BMW, plus grosses encore, arrivent. Je reconnais Yannick Dalmas qui sort d’une rutilante X5 (j’apprendrai par la suite que, paraît-il, il aurait « plié » la veille une M4), pour discuter avec les gars du pointage et repartir aussitôt. A peine avons-nous le temps de faire connaissance et blaguer avec les deux gars dont j’ai oublié les prénoms, que ça y est : les premiers concurrents, ceux de la catégorie « Regul », arrivent en ordre dispersé. Ils signent et récupèrent leur road-book, avant de filer tranquillement vers la ligne de départ, 300 mètres plus loin. Même si elle ne font que passer, je reconnais aisément les Jaguar (XK 120), Porsche (celle de James Dean!), Alpines bleues et autres Ferrari, mais pour ces dernières, j’ai du mal à identifier le modèle (Dino ou pas, 246, 275 ou 250 GT, je m’y perds), trop anciennes pour moi. Je me contente de regarder ces vieilles baronnes : une partie de l’histoire de l’automobile défile sous mes yeux, un peu trop vite à mon goût. Ça tombe bien, ça commence à bouchonner. Le départ de la spéciale n’étant donné qu’à 11h10, les voitures s’accumulent en file indienne jusque devant notre poste n°6. Les équipages sortent de leurs bolides, à la recherche d’un café.

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A ce niveau de la compétition, le style est encore smart (jean-mocassin-chemise élégante), quoiqu’un peu débraillé par le voyage dans ces engins que j’imagine tout de même un peu tape-culs. L’ambiance est décontractée, même si certains sont inquiets de devoir à couper leur moteur. J’entends au loin que ça démarre. Pas le temps de regarder la Lancia Stratos : la file s’allonge et il faut faire passer les « Régul / lentes » devant les autres pour qu’elles reprennent leur place, puis si possible commencer à remettre dans l’ordre les « intermédiaires » au fur et à mesure que ça se dégage. Surtout que le reste du plateau, la catégorie « Compétition » commence à arriver là-bas au loin. Je cherche tous les véhicules numérotés en rouges (catégorie régularité) pour les faire passer devant et j’évite de justesse la Maserati 200 SI n°7 d’un fantasque couple argentin, qui redescend la file en marche arrière, moteur coupé, à la recherche d’un espace pour recevoir assistance. Monsieur au volant, Madame, charmante évidemment, à pieds et portant à bout de bras le lourd capot rouge brillant de la bestiole. Un organisateur me signale qu’il manque un concurrent « Regul », à faire passer en priorité devant les « Compétition » et me demande d’aller jeter un œil jusqu’au bout de la file. Je parcours du regard ce véritable musée-mobile-de l’automobile. J’aperçois au loin des portes papillons relevées. Ça doit être une Mercedes. Ça me fait penser : je n’ai pas vu Baumgartner, celui qui a sauté depuis sa capsule Redbull à 38km d’altitude. C’est bien lui. Je cours à sa rencontre et lui fais signe de remonter la file en dépassant tout le monde. Une 300 SL c’est quand-même beau.

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La file indienne se remet en marche, les concurrents sont disciplinés et s’auto-organisent plus ou moins pour se replacer dans l’ordre. Le plus gros de notre  travail est fait. On est là au cas où, plus pour surveiller (ou contempler) que pour organiser. Commencent à se présenter devant nous les voitures de la catégorie Compétition…. Aston Martin, encore des Ferrari et des Jaguar, des Alfa, Porsche 911, une sublime Lotus Europa noire, aux couleurs JPS. Ça s’arrête à nouveau, et  la Ford GT40, dont le rouge renforce l’agressivité, vient s’immobiliser devant nous. On reste sans voix. Les équipages sortent pour prendre l’air et vérifier leur mécanique. Les chemisettes ont laissé place aux combinaisons. On n’est plus dans le même registre, même si l’ambiance est à la blague grivoise pour certains équipages. Je fais signe à une étonnante petite Autobianchi A112 (1976) de bien se serrer à droite pour laisser passer la Ligier JS2 qui, visiblement, ne peut couper son moteur sous peine de ne pas pouvoir repartir, et a obtenu le droit de passer devant tout le monde. Privilège qui fait grincer des dents le pilote d’une Jaguar Type E de 1963, la n° 202, avec qui nous entamons la conversation et à qui nous demandons benoîtement s’il est satisfait du parcours. La réponse ne se fait pas attendre : « on n’est pas là pour regarder le paysage ». C’est-à-dire que nous parlons sans le savoir au leader du classement, Jean-Pierre Lajournade, qui fût aussi déjà vainqueur du Tour Auto en 2010 (sur Lotus Elan) et habitué aux victoires et places d’honneur en VHC  un peu partout en France. C’est la première fois, nous dit-il, qu’une Jaguar type E est en tête, et en passe de l’emporter. Ses rivaux les plus sérieux sont juste à côté, avec leur deux Shelby Cobra (de 1963 elles aussi). « Je compte bien maintenir l’écart », nous lance Monsieur Lajournade en remontant dans sa Jaguar.

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La file se remet en mouvement dans un vrombissement qui atteindra son point d’orgue avec l’arrivée des impressionnantes De Tomaso Pantera, alors qu’on entend les moteurs des concurrents déjà partis à l’assaut du col, ronfler et résonner dans toutes les Pyrénées. Encore quelques Ferrari 308 et Porsche 911, puis on aperçoit, déjà, la fin de la file et la voiture-damiers. Il faut profiter au maximum. Une Ford Escort avec des freins à tambours ? C’est celle de Gérard Holtz et son épouse qui discutent avec le businessman Robert Kauffman, pilote d’une Alpine A110, et par ailleurs propriétaire d’une écurie Nascar. L’embrayage de l’Alpine est semble-t-il en train de rendre l’âme. Les derniers concurrents préfèrent pousser que de redémarrer pour rejoindre la ligne de départ. Je donne un coup de main aux équipages des deux Jidé, une marque dont je n’avais jamais entendu parler. Le pilote de la n°297, m’explique que c’est une voiture de 73, conçue par Jacques Durand, avec un train avant de R8, un train arrière de R12 et un moteur de 1600 cm3. « Plus légère qu’une Alpine et encore plus marrante à conduire ». Le pilote choisit finalement de démarrer sa Jidé dans une pétarade tonitruante, et nous laisse retourner jusqu’au poste n°1, où nous attendent Michel Ribet et tous les autres collègues de l’EAC pour partager un repas et nos émotions. On en avait oublié d’avoir faim ! Nous y retrouvons également les fantasques argentins et leur Maserati rouge finalement réparée. Le couple attend le départ du dernier concurrent pour prendre la route, et nous offre un verre au passage avant de repartir dans la rigolade et les coups de klaxon.

Il est 14h30. Le Tour Auto est passé à Antichan de Frontignes et nous en a mis plein la vue.

Bertrand Allamel

 

Illustrations :
Ford GT 40 @ Bertrand Allamel
Ferrari 308 @ Bertrand Allamel
AC Cobra @ Bertrand allamel
De Tomaso Pantera @ Bertrand Allamel

3 pensées sur “Tour Auto 2015 dans les Pyrénées

  • Du vécu en spectateur passionné. Et bien écrit. Bravo.
    Écrit par : Johnny Rives | 29/04/2015

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  • Oui, c’est très vivant, merci Bertrand.
    Et ça me rappelle l’année dernière, quand le Tour est passé en Alsace …
    Écrit par : Olivier Favre | 29/04/2015

    Répondre
  • Très beau moment, très bien retranscrit …
    Certainement le départ de spéciale le plus sympathique du tour !
    L’affiche est au chaud, félicitation d’ailleurs !
    J’était avec une des BMW, certainement la plus longue (640D) avec Yannick et son X6M.
    Les ouvreurs, Jean Michel Venturi, Gérard Larousse et Yannick Dalmas et nous autres.
    superbe semaine avec des routes fantastiques … certains concurrents sont tellement dans leur bulle qu’il n’en profite pas assez.
    Bravo
    Écrit par : Cadoret Jerome | 12/05/2015

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