F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Malaisie 2

VETTEL ET FERRARI OSMOSE IMMÉDIATE !

A l’issue de l’indigent Grand Prix d’Australie ayant ouvert la saison 2015, par fantaisie, nous nous étions exclamés « Vivement le Grand Prix de Malaisie ! » On avait compris que, plus qu’un message d’espoir, il s’agissait d’un cri de dérision stigmatisant une F1 perdant tout intérêt. Car, à vrai dire, des espoirs nous n’en nourrissions guère. Notre appel était somme toute une prière désespérée. Or, cette grande et inattendue surprise que nous appelions, les circonstances nous l’ont offerte sur le circuit de Sepang dans un menu mitonné aux petits oignons nous ayant permis de savourer ce tant espéré Grand Prix de Malaisie. Mettant à profit notre indulgence, celui-ci nous a raccommodés avec la F1. Et joliment. On a enfin vécu une course qui ne s’est pas résumée à une démonstration de force des Mercedes. Ni au monotone duel entre Hamilton et Rosberg – monotone car pratiquement joué d’avance.

Johnny Rives

 

Encore influencés par le G.P. d’Australie, on misait à Sepang sur un bon départ de Vettel pour semer le trouble chez Mercedes. Un hasard météorologique avait permis à Sebastian de se qualifier en 1ère ligne aux dépens de Rosberg. Alors s’il bondissait plus vite qu’Hamilton à l’extinction des feux… Mais non ! Vettel prit même un départ moyen et il s’en fallut de peu que Rosberg ne lui subtilise la 2e place derrière Hamilton, implacable. Bonne nouvelle pourtant, placée entre les deux Mercedes la Ferrari n°5 se montrait capable de soutenir une cadence digne de ses rivales argentées. Tel n’était en revanche pas le cas de la Ferrari n°7 : le pauvre Raïkkonen, déjà floué en qualif par le caprice orageux qui avait porté chance à son équipier, se retrouvait à l’amorce du 2e tour avec son pneu arrière gauche entaillé par un choc avec Nasr. Après un pénible retour à son stand, le Finlandais se voyait relégué en 19e et dernière position, loin, très loin des leaders.

C’est alors que la seconde Sauber allait intervenir en sa faveur (entre autres). Le brave Marcus Ericsson, si abondamment raillé par Jacques Villeneuve l’an passé quand il jouait les chicanes mobiles avec sa Caterham, peut-être grisé par sa 9e place sur la grille ici à Sepang, manqua totalement son freinage après les stands. Enlisé dans les graviers, il déclenchait l’intervention de la voiture de sécurité. Tout allait partir de là.

Devant cette précoce neutralisation, la plupart des pilotes rentraient aux stands pour un premier changement de pneus. Au 5e des 56 tours à couvrir seulement, était-ce raisonnable ? Vettel et quelques autres estimèrent que non. A l’inverse, Hamilton, Rosberg, les Williams et les Renault (Red Bull et Toro Rosso) choisissaient l’option de l’arrêt. La hiérarchie était chamboulée. Au 6e tour, Vettel menait devant… Hulkenberg et Grosjean ! Hamilton et Rosberg étaient relégués aux 8e et 9e places. De quoi se frotter les mains pour tout spectateur en quête d’émotion !

On ne remarquait même pas que Raïkkonen avait recollé au peloton. Au feu vert, tandis que Vettel lâchait sans mal Hulkenberg et Grosjean, Hamilton et Rosberg tentaient de se dépatouiller du trafic. Au 10e tour, Hamilton émergeait enfin en 2e position. Mais avec 10 secondes de retard sur Vettel qui caracolait à l’avant sans esbroufe. Il étalait le style sobre et précis de ses plus belles heures. Cela jusqu’au 17e tour quand il dut à son tour changer de pneus. Et se retrouver 12 secondes derrière Hamilton et 4 derrière Rosberg. Sur lequel il remontait irrésistiblement. Au 22e tour, au moment où Alonso, qui lui avait cédé sa place chez Ferrari, était trahi par son moteur Honda, Vettel totalement régénéré attaquait avec succès Rosberg au freinage avant les stands, lui ravissant la place de dauphin derrière Hamilton… dont il n’était plus qu’à 5 secondes. Tout pour enflammer notre imagination !

Deux tours plus tard, Vettel attaquait la Mercedes n°44 au même endroit et avec le même succès que Rosberg un peu plus tôt. Du coup Hamilton s’engouffrait dans les stands pour se retrouver, une fois chaussé à neuf, avec 22 secondes de retard sur la Ferrari de tête et 12 secondes d’avance… sur celle de Raïkkonen – qui, revenu du diable vauvert, précédait Rosberg ! Le G.P. de Malaisie avait pris une tournure totalement inédite.

Le plus fort est que si Rosberg reprenait l’avantage sur Raïkkonen, Hamilton ne se rapprochait qu’imperceptiblement de Vettel. L’Anglais ne retrouva sa P1 habituelle qu’après le second (et dernier) changement de pneus de Vettel. Qui reprit la piste avec des gommes dures au 38e des 56 tours en devançant d’extrême justesse Rosberg  pour une 2e place dont il ne se contenta pas longtemps. Au tour suivant c’était à Hamilton de chausser les gommes dures. Trois tours plus tard, même opération pour Rosberg qui, lui, troqua les pneus durs qu’il venait d’utiliser pour des tendres. Ce qui lui permit de finir à un train d’enfer en s’adjugeant le meilleur tour en 1’42’’062, loin devant tous les autres. Un meilleur tour dont Vettel était loin de se préoccuper. Il avait mieux à faire : contrôler le retour d’Hamilton. Sur qui il conservait encore 8’’ et demie d’avance à son passage victorieux sur la ligne d’arrivée.

En obtenant un résultat d’ensemble aussi prometteur (Vettel 1er, Raïkkonen 4e) la Scuderia Ferrari a-t-elle vraiment comblé le retard sidéral qu’elle possédait sur les Mercedes en 2014 ? « Tout doux, objectent certains observateurs – dont notre ami Jean-Louis Moncet d’Auto Plus : les meilleurs tours en course soulignent qu’il reste un écart d’une demie seconde à l’avantage des Mercedes sur les Ferrari. »

Vrai. Si l’on excepte Rosberg, qui roulait en pneus tendres à la fin quand les F1 étaient allégées de leur charge de carburant, les meilleurs tours réussis par Hamilto
n (1’43’’125) et Vettel (1’43’’648), tous deux en pneus durs, indiquent un écart encore sensible. D’ailleurs Raïkkonen (1’44’’ 124) est encore plus loin. Reste que les Ferrari paraissent maltraiter leurs pneus moins que les Mercedes. Cela sera-t-il suffisant pour connaître un scenario aussi incertain au G.P. de Chine (12 avril) qu’il l’a été en Malaisie ? Croisons les doigts.

Sainz verstappen malaisie 2015.jpgPS.- Autre incertitude : Red Bull, à égalité de moteur Renault, a été à Sepang, nettement battue par l’écurie « sœur » Toro Rosso et ses brillants néophytes Max Verstappen et Carlos Sainz. Prendra-t-elle sa revanche après un tel affront ?

Illustrations :
Image 1 : Vettel – Ferrari – Malaisie 2015 @ DR
Image 2 : Sainz, Verstappen – Toro Rosso 2015 @DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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5 pensées sur “F1 2015 : Le billet de Johnny Rives – Malaisie 2

  • En dehors de la domination écrasante fournie par les Mercedes, le circuit urbain de Melbourne a toujours été source d’un ennui incommensurable. A contrario, celui de Sepang est très propice aux dépassements et aux explications viriles. Ceci expliquant (en partie) cela. Mais il convient effectivement de saluer à sa juste valeur la performance de Ferrari et de Vettel dans ce résultat, même si le patron « Maurice Arrive-à-point » ne veut pas s’enflammer et préfère rester « modeste ». Le Grand Prix de Chine est un peu du même style que Sepang, avec de longues lignes droites suivies de gros freinages offrant nombre d’occasions de dépassements. Espérons que le spectacle sera là-aussi au rendez-vous.
    Écrit par : Pierre Ménard | 03/04/2015

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  • Merci à Ericsson pour avoir provoqué l’entrée en scène de la voiture de sécurité. Merci aussi à Hulkenberg pour avoir « protégé » l’échappée de Vettel lors de la relance. Mais la stratégie de Mercedes laisse perplexe : pourquoi avoir arrêté les deux voitures en même temps ? N’aurait-il pas été plus avisé de partager les risques en laissant continuer Rosberg ? D’autant plus que son arrêt inéluctablement prolongé lui a compliqué la tâche avec le trafic. Cela dit, quand Hamilton a pu avoir le champ libre, il accusait 10 secondes de retard sur Vettel. A l’avant dernier tour, l’écart était exactement le même. Le rapport de forces était parfaitement équilibré dans les conditions du jour. Mercedes semble avoir sous estimé l’adversaire. Arrogance ?
    Écrit par : Luc Augier | 03/04/2015

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  • En marge des commentaires, suis-je le seul à trouver bien antipathique le fiston Villeneuve (celui qui « raillait » Ericsson)? Autant sa compétence technique est indéniable, autant on ne sent pas chez lui une folle générosité – à l’encontre de ce que manifeste toujours ici Johnny Rives, dont la passion me réconcilie avec un spectacle qui tendait à me lasser ces (15) dernières années.
    Écrit par : ferdinand | 03/04/2015

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  • Johnny Rives nous résume parfaitement le déroulement de l’épreuve. Aux essais dans des conditions changeantes et piégeuses Hamilton s’imposa de justesse devant Vettel et Rosberg relégué plus loin derrière. Le comportement du châssis de la nouvelle
    Ferrari n’explique pas tout, le pilote est de retour et il s’annonce comme la 3ème force ce qu’avait pressenti l’avisé Lauda. Rosberg raviva la polémique dans le paddock pour avoir « facilité » le passage de Hamilton dans un tour rapide et pour avoir réclamé assistance à son équipe par radio ce qui est interdit.Vettel qui rit, impeccable, et Alonso qui part virtuellement en dernière ligne en proie au doute se rassure en pratiquant la méthode Coué. Victime d’un traumatisme crânien avec perte de connaissance espérons qu’il n’en gardera pas les séquelles dont avait souffert Piquet suite à son accident d’ Imola. Räikkönen a l’art de se retrouver toujours dans des situations délicates ce qui ne l’aidera pas à tenir tête à son équipier transformé depuis qu’il a endossé la combinaison rouge. Verstappen est sur les rails pour devenir un super grand. Il fait preuve d’une grande maturité pour son âge si décrié, c’est le grand espoir à suivre.
    Écrit par : laurent riviere | 03/04/2015

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  • Ce vieux Johnny,
    Toujours l’idole des jeunes et des moins jeunes!
    Quelle plume… Il nous ferait presque croire qu’il
    vibre autant aujourd’hui que dans le paddock de
    Charade en juillet 70… Un petit groupe de personnes
    a tué la course, et tout le monde le sait. Que reste-t-il
    de nos amours ?
    Écrit par : patrick sinibaldi | 28/04/2015

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