Pilote du Lundi : Saison 2014 Groupe 1

« Ne me parlez plus de Charade »

Je vous avais fait part de mes « exploits » passés avec mon Alfa Romeo 2000 GTV en courses historiques sur circuit durant la saison 2013 dans une série d’articles parus sous le titre « Pilote du lundi ». Je ne résiste pas au « plaisir » de vous raconter ce qu’a été ma saison 2014, vous allez voir que celle-ci a été légèrement compliquée….On dit souvent que la compétition automobile c’est 95% d’emm…. et 5% de satisfaction, apparemment c’est très vrai !

Philippe Robert

 

 

Insatisfait de mes résultats fin 2013 malgré quelques bonnes performances en particulier à Spa, j’ai décidé de réviser le moteur de ma voiture afin de voir s’il n’est pas possible d’en tirer quelques chevaux supplémentaires. Ceci à la grande surprise de ma femme : « à quoi cela sert de dépenser de l’argent alors que ta voiture marche ».  C’est effectivement d’une logique implacable et elle ajoute : « tu n’es pas content d’être 26eme ? ». Ben non je ne suis pas content d’être 26eme…

Donc durant l’hiver 2013-2014 démontage du berlingot et remontage soigné « avec les bonnes pièces » mais toujours dans la légalité, hein ? Je me tape 500 km d’aller-retours à vitesse moyenne sur l’autoroute Toulon-Le Luc pour roder le moteur puis passage au banc à rouleaux pour déterminer le meilleur couple de gicleurs des carbus Weber. Je suis déçu du gain en puissance mais enfin je suis prêt et je vais tous les bouffer scrogneugneu….! Voilà mon état d’esprit en montant à Dijon Prenois.

philippe robert,groupe 1,alfa-roméoDIJON

Je fais les essais libres qui se passent sans problème particulier mais il faut dire que la piste est gras-mouillée alors évidemment tout le monde fait attention de ne pas sortir. Arrivent les essais chronos.

Après 2 tours je commence à discerner une baisse de puissance au moteur, je rentre sans mollir aux stands, je me dégrafe et j’ouvre le capot. Les 2 bougies des pistons 1 et 2 ont leurs câbles déconnectés !

Je les renfonce et repars le couteau entre les dents (les essais ne durent que 30 minutes). Un tour puis de nouveau baisse de puissance, je rentre et là mes coéquipiers ont préparé une pince pour « sertir » la cosse sur la bougie du piston 1. Je repars toujours le couteau entre les dents (et ce n’est pas pratique avec le casque), je fais un demi-tour et me sors violemment aux Sablières !

Une belle tranchée dans les graviers, il va y avoir du nettoyage….. Ma sortie provoque l’interruption de la séance juste avant son terme.philippe robert,groupe 1,alfa-roméo

Le tractopelle me tire de là et au redémarrage du moteur celui-ci fait un bruit de moissonneuse batteuse, enfin je dis ça hein, je côtoie rarement les moissonneuses batteuses faut bien avouer….

Je rentre piteux aux stands et Paul mon team manager diagnostique un moteur serré. Je suis forfait et je vais donc regarder les copains du bord de la piste….

Retour à Toulon. Au démontage on constate que le piston 1 a frotté contre la chemise et tout est rayé, le serrage est confirmé. L’hypothèse la plus plausible est que j’ai roulé « fort » pendant que la bougie du cylindre 1 était débranchée, l’essence qui arrivait ne s’est pas enflammée et a « lavé » le film d’huile entre chemise et piston, entraînant surchauffe et serrage.

J’ai trouvé également que le moteur chauffait alors même qu’il faisait relativement froid à Dijon. Démontage du moteur, je commande un nouveau piston, on réusine 4 nouvelles chemises pour être sûr et on remonte le moteur. Me voilà reparti pour un nouveau rodage sur l’autoroute Toulon-Le Luc…..

CHARADE

Je n’aime pas Charade je le confesse. Je parle du nouveau Charade qui a été bien châtré pour ramener sa longueur de 8 km à moins de 4 km en rajoutant des séries de chicanes étroites, j’aime pas Charade. On dirait une spéciale de rallye….

Et en plus il n’y a aucun dégagement et les murs de béton sont très très proches, je vous l’ai dit j’aime pas Charade et en plus j’y suis souvent très mauvais, ceci pouvant expliquer cela. Sauf en 2013 où aux essais sous la pluie battante j’avais fait mon meilleur classement (20ème). Moi ce que j’aime ce sont les circuits où ça va vite : Spa, Paul Ricard, Dijon…. j’aime pas Charade et il va bien me le rendre.

Il fait très chaud dans cette cuvette et mon mano de température d’eau indique 110/115 degrés ce qui n’est pas normal même si mon Team Manager me dit de ne pas m’en inquiéter. Eh ben si cela m’inquiète, je n’aime pas cela.

Durant les essais libres de nouveau le câble de bougie du piston 1 se déconnecte mais là je commence à avoir l’habitude et je rentre aux stands à petite vitesse. Avec tout ça mon classement sur la grille est relativement modeste ce que ne manque pas de me rappeler mes copains qui me chambrent.

philippe robert,groupe 1,alfa-roméoCourse 1 : je prends un très bon départ et amarre un groupe intéressant, il y a de la bagarre, on s’amuse bien mais au 2ème ou 3ème tour je vois une roue qui me dépasse (une des miennes ?) et je sens ma voiture qui s’affaisse sur la roue avant gauche (oui une des miennes…).

Par chance il y a du dégagement et je peux me ranger sans trop abîmer la voiture. Ma jante en alu s’est découpée autour du moyeu ! Abandon. Retour sur le tracteur et je change ma roue.

Course 2 : la position sur la grille est donnée par le classement de la course 1, je suis donc loin derrière. Je prends de nouveau un bon départ et je suis entouré de 8 ou 9 BMW 323. Après un tiers de tour, alors que nous sommes encore tous en peloton, je discerne à droite une BMW qui part en sucette, je me dirige naturellement sur la gauche de la piste pour éviter cela et tout d’un coup la BMW traverse la piste, percute le muret de gauche et rebondit sur moi. L’arrêt est instantané. Tout cela s’est passé en un éclair de seconde selon l’expression consacrée. Abandon.

philippe robert,groupe 1,alfa-roméo

Le pilote de la BMW s’explique benoîtement : « ça glisse plus hein quand les pneus sont froids…. ». Il y a des coups de pied au c…. qui se perdent. Dans un départ en tête a queue, la « règle » c’est de bloquer les freins car cela permet de stabiliser la voiture sur une trajectoire prédictible.  Et là bien sûr pas d’assurance, chacun pour soi et on répare à ses frais.

Je vous l’avez bien dit que je n’aimais pas Charade (voir ma vidéo sur YouTube : « Ne me parlez plus de Charade », oui j’ai un peu pastiché Fernand Raynaud).  Retour à Toulon avec mon aile avant gauche détruite, l’amortisseur, etc… Par chance le châssis n’a pas (trop) bougé, je n’ai donc pas un marbre à faire. Je suis forfait pour Spa, la course de l’année.

NOGARO

Nous sommes en septembre et je n’ai pas encore terminé une course de l’année. Je ne vous raconte pas ce que me dit ma femme….

Je ne connais pas Nogaro, c’est sympa mais c’est loin de Toulon !

Je fais la route tout seul. Le circuit n’est pas désagréable. Il y a au bout du circuit une espèce d’escargot qui se referme et qu’on passe à 50 km/h, un drôle de truc. Bon je ne suis pas trop fan quand même hein, je vous ai déjà dit mon truc c’est les grands virages passés « vite ».

Je fais les essais libres, il fait chaud et ça chauffe toujours au niveau du moteur. Je fais les essais qualif et à la fin des essais un panache de fumée blanche sort par l’échappement et par le capot : joint de culasse ! Abandon. Scrogneugneu…… Je rentre piteusement à la maison sans attendre la fin du week-end. Je reçois les encouragements de mes copains qui compatissent à mon désarroi et qui ont pour la plupart déjà connu ça.

Au retour à Toulon, la cause de la chauffe n’est pas identifiée car la pompe à eau à l’air de bien marcher. On la change toutefois et je prends cette fois-ci les choses en main. J’amène mon radiateur chez le spécialiste Toulonnais. Il me confirme que mon radiateur est en acier mais n’est pas colmaté. Je décide de faire faire un radiateur en cuivre avec triple faisceau.  Le changement de joint de culasse par un modèle renforcé ne m’oblige pas a re-re-roder mon moteur sur l’axe Toulon-Le Luc, c’est déjà çà hein ?

LEDENON

Enfin un week end sans histoires ! Essais libres et essais qualificatifs s’enchaînent sans problèmes avec un classement honorable, j’ai gagné presque deux secondes par rapport à l’année dernière.

Course 1 : bon départ. Je gratte pas mal de monde mais au troisième tour nous sommes en bagarre avec 2 ou 3 autres voitures et je fini par partir en tête à queue. Je bloque les roues comme écrit dans le livre et les autres voitures m’évitent.

Je repars et finis la course. Oh mon résultat n’est pas extraordinaire mais peu importe j’ai fini ma première course de la saison alors que nous sommes en octobre ! Les copains me félicitent ! Et ma voiture ne chauffe pas du tout, elle refroidit presque trop !

Course 2 : de nouveau un bon départ. On est en bagarre avec une Golf que je fini par passer et une BMW. Tout va bien. Je n’ai rien cassé. Juste une petite touchette avec Denis qui me pousse un peu mais rien de méchant. Ouf !

Et voilà, l’année est terminée avec son lot de galères et de frustrations. Il faut maintenant préparer la saison 2015 qui s’annonce ! Cet hiver on s’occupe des trains roulants car avoir un bon moteur c’est bien, passer vite en virage c’est mieux !

Les courses historiques en circuit sont désormais chapeautées par la Fédé qui a créé un championnat de France sous le nom d’Historic Tour.Première épreuve le week end de Pâques à Dijon puis Paul Ricard le week end du 1er mai. Courir à la maison ça devrait être sympa et j’espère aller courir en juillet à Monza.

Et Je fais l’impasse sur Charade !

Illustrations :
Videos @ Philippe Robert
Toutes photos @ DR

7 pensées sur “Pilote du Lundi : Saison 2014 Groupe 1

  • Courage Philippe! Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Le bonheur d’entretenir sa passion du pilotage comporte une part de masochisme, mais ce prix à payer n’est pas tellement élevé comparé au plaisir de conduire sur un circuit. C’est-à-dire de vraiment conduire. Fréquenter des circuits fermés pour se sentir de conduire est peut-être paradoxal. Mais c’est le seul moyen d’y parvenir de nos jours. Bravo.
    Écrit par : Johnny Rives | 04/03/2015

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  • Serrage moteur, pompe à eau, aile AVG, comme dirait Colombo : « C’est ma femme qui va être contente »!
    Écrit par : Pierre Ménard | 04/03/2015

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  • Bonjour Philippe,
    Effectivement une saison à oublier, vivement Dijon pour la reprise. A+.
    Alain
    Écrit par : SIMONNEL | 04/03/2015

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  • Philippe, il me semble que c’est le lot de nombreux pilotes qui courent en historiques; j’accompagne de temps à autre un groupe « Triumph competition and British GT »…les problèmes existent aussi et parfois les pilotes passent plus de temps les mains dans le moteur que sur la piste; cela fait aussi partie du folklore et de l’ambiance du paddock…mais là je dois dire que votre belle italienne a joué sa capricieuse !! Et puis Charade ne vous aime pas sans doute…Superbe article en tous cas, que j’ai lu sans m’arrêter…et du coup mon plat a accroché dans ma casserole… pas grave, c’était trop bien de vous lire ! Merci
    Écrit par : Michèle Turco | 04/03/2015

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  • Après l Alfa, la casserole. Charade est le circuit des accrochages, que voulez-vous…
    Ceci étant, je trouve passionnant cette manière de nous faire partager ces aventures automobiles, rejoignant ainsi Gianpaolo (JPO) qui soulignait il y a peu le poids incomparable du « vécu ». Puisse cette belle série se poursuivre et susciter des vocations.
    Écrit par : Olivier Rogar | 04/03/2015

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  • Pour avoir suivi Philippe sur cette saison , je puis vous affirmer qu’il a un moral en béton armé. Après tous ces mésaventures il repart vaillament en 2015 avec la même délectation.
    Si j’en juge par le ratio plaisir investissement il eu été plus jouissif pour lui de s’attacher les services d’une amazone et de se faire fouetter.
    Quitte à tutoyer le sado masochisme autant le faire dans un canapé plutot que dans un baquet inconfortable dans une atmosphére de vapeur d’essence et de caoutchouc brulé .
    Philippe aime les italiennes , j’en suis convaicu.
    Écrit par : Denis | 05/03/2015

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