Jean-Pierre Beltoise (5/7)

1968 a certainement été une des saisons les plus noires de l’histoire de la course. Déjà, 1967 avait été éprouvante avec un lourd fardeau de deuils. Le public français avait perdu deux de ses héros et Jean-Pierre Beltoise deux camarades pour lesquels il nourrissait une réelle estime, Roby Weber et Jean Rolland.

Johnny Rives

Jean-Pierre Beltoise : Un formidable plaidoyer de Fangio (5/7)

Roby Weber, chez Alpine-Renault, avait été en 1966 un redoutable adversaire pour les Matra de Servoz-Gavin et Jaussaud en F3. Aussi, sur la recommandation de Jean-Pierre, avait-il été recruté pour 1967 par Jean-Luc Lagardère qui ne souhaitait laisser passer aucune chance de succès pour son entreprise. Hélas, la lune de miel entre ce grand espoir et la firme de Velizy s’acheva brutalement lors des essais préliminaires des 24 Heures du Mans, en avril, dans la ligne droite des Hunaudières. Le coup avait été rude.

Plus tard dans la saison, en septembre, la camarde frappa un pilote expérimenté, Jean Rolland, lors de l’essai d’une prototype Alfa Romeo 33 à Montlhéry. Originaire de Digne, Jean écumait les rallyes depuis plusieurs saisons tout en flirtant non sans panache avec les circuits. Dimanche 17 septembre au soir, à l’issue des essais, nous devions diner chez Jean-Pierre Beltoise à Saint-Vrain quand le téléphone sonna à mon bureau de L’Equipe.

« C’est Jean-Pierre. Tu es au courant pour Jean Rolland ?
Non, qu’est-ce que tu veux dire ?
Il s’est tué cet après-midi dans la cuvette de Couard. »

johnny rives,jean-pierre beltoise,juan-manuel fangioDes coups de massue comme ça n’étaient pas rares à l’époque. Le sport automobile ne ressemblait que d’assez loin à ce qu’il est devenu quelques décennies plus tard. La mort en faisait cruellement partie…               

Tout  au long de sa carrière de pilote de F1, de 1968 à 1974, Jean-Pierre Beltoise a vu disparaître une vingtaine de ses pairs. L’énumération de la liste l’emporte sur tout commentaire : J.Clark, M.Spence, L.Scarfiotti, J.Schlesser, C.Lambert (1968), L.Bianchi, P.Hawkins, B.Ivy, G.Mitter (1969),  B.McLaren, P.Courage, J.Rindt (1970), I.Giunti, P.Rodriguez, J.Siffert (1971),  J.Bonnier (1972), R.Williamson, F.Cevert (1973), et enfin P.Revson, S.Moser et H.Koinigg (1974) !

Cette hécatombe ne pouvait pas le surprendre car depuis tout jeune il était habitué à cette malédiction. Comme tout un chacun. Car dans les années 1950 les accidents mortels étaient déjà légion. Ainsi il m’a récemment été donné de faire un bilan tout aussi frappant que celui aligné ci-dessus. En écrivant pour Sport Auto une rétrospective du Grand Prix de Pau 1955 j’ai constaté que sur les 16 pilotes qui en constituaient la grille de départ, plus de la moitié – neuf exactement – étaient destinés à périr au volant. S’il n’était pas surpris, donc, Jean-Pierre n’en était pas moins sensibilisé.

Vers la fin 1969, Paul Ricard et son homme de confiance, Jean-Pierre Paoli réunis sur le plateau du Camp avec Jean Pierre Beltoise, François Mazet, Jean-Pierre Jabouille et moi. 

Les problèmes de sécurité sur les circuits nourrissaient ses réflexions. Notamment celui des infrastructures vieillissantes et périmées. Groupés autour de Jackie Stewart et Jo Bonnier dans l’association des pilotes de Grand Prix (GPDA), les pilotes commençaient à réagir. S’il était moins en vue que ces deux têtes de proue, Jean-Pierre était l’un des plus actifs à manifester auprès d’eux pour une meilleure sécurité des circuits. Paul Ricard et son homme de confiance Jean-Pierre Paoli ne s’y trompèrent pas lorsqu’ils entreprirent la création d’un circuit sur le plateau du Camp, entre Toulon et Marseille : Beltoise fut l’un de leurs conseillers le plus écouté.

LA MORT DE GIUNTI

johnny rives,jean-pierre beltoise,juan-manuel fangioMalgré l’attention qu’il portait à la sécurité en course, Jean-Pierre a été directement mêlé à un second accident grave, après celui qu’il avait subi à Reims en 1964. Il s’est produit lors des 1000 km de Buenos Aires, en 1971. Peu avant de ravitailler et de laisser le volant de sa Matra 660 à son équipier J.P. Jabouille,  il est tombé en panne sèche. Cela l’a contraint, chose courante à l’époque, à pousser sa machine vers son stand, à 500 mètres de là. Ce qu’il entreprit de faire sous les encouragements du public. Et surtout sous la protection des drapeaux jaunes  de deux commissaires de course parfaitement avisés.

 Le film de l’accident lors du journal Télévisuel présenté par Jean Lanzi. (1)

Hélas ! cette précaution s’avéra insuffisante pour le jeune espoir italien Ignazio Giunti qui menait la course tambour battant au volant d’une agile Ferrari 312 P. Blotti dans le sillage de la « grosse » Ferrari 512 M de Mike Parkes, il déboita pour lui prendre un tour précisément à l’endroit où Jean-Pierre poussait péniblement sa Matra. Jean-Pierre que Giunti avait déjà dépassé à deux reprises dans cet équipage. Et dont on pensait qu’il gardait sa présence à l’esprit. Ce qui s’avéra hélas ne pas être le cas. Ignorant de la même façon les drapeaux jaunes, l’infortuné Giunti déboita donc pour doubler Parkes. Cela l’amena à violemment heurter la Matra à l’arrière gauche. La Ferrari s’embrasa aussitôt pour s’arrêter 100 mètres plus loin. Blessé à la colonne vertébrale, Giunti décéda lors de son transfert à l’hôpital.

johnny rives,jean-pierre beltoise,juan-manuel fangioLe lendemain, ce fut le haro. La presse argentine fit ses gros titres sur la tragédie sans hésiter à terriblement charger Jean-Pierre. Même chose en Italie, où Auto-Sprint déclencha une campagne anti-Beltoise qui fut largement suivie dans la presse quotidienne. Et en France ? Les journaux se contentèrent généralement de s’interroger sur la culpabilité ou non de Jean-Pierre. Sauf erreur je pense avoir été le seul journaliste français témoin sur place. Dans L’Equipe je m’étais attaché à décrire rigoureusement les circonstances de l’accident. Cela me valut d’être cité dans un éditorial de mon rédacteur en chef qui m’en félicita après qu’il ait vu et revu les images télévisées de l’accident.  Quant à moi, il était hors de question que j’accable Jean-Pierre de quoique ce soit. Non plus d’ailleurs que le malheureux Giunti. Mais comment justifier ma neutralité ? C’est alors qu’intervint un témoignage providentiel : celui de Juan Manuel Fangio soi-même !

L’ancien champion du monde était unanimement vénéré en Argentine. Comprenant le désarroi de Jean-Pierre, qui devait faire front – assez maladroitement parfois – aux assauts d’une presse impitoyable, Fangio prit sa défense avec un tact et un sens des réalités forçant l’admiration. Il s’exprima à l’encontre de l’opinion générale avec une modération qui ajouta encore de la force à ses arguments.

LA CATASTROPHE DE 1955 AU MANS

Dans les jours ayant suivi l’accident, Fangio téléphonait quotidiennement à Jean-Pierre pour prendre de ses nouvelles. « Venez me voir demain matin, toi et tes amis, on bavardera, » finit-il par lui dire. Voilà comment Jean-Pierre, accompagné d’Henri Pescarolo, Jabouille et moi-même, nous sommes retrouvés face à lui, dans son garage de l’avenida 9 de Julio. Ici, je reprends le texte de cette entrevue que j’avais retranscrite pour mon livre « Le roman d’un champion ».

« Alors Jean-Pierre, comment ça va ? avait dit Fangio en préambule. Ne te laisse pas gagner par le découragement, ne lis rien, n’écoute rien. Seulement tes proches. »

Et là, d’expliquer posément : « Tout est arrivé par fatalité. C’est la course. Ça a toujours été comme ça… Tu sais, je me souviens de l’accident des 24 Heures du Mans en 1955. Ça avait été une catastrophe terrible, une centaine de morts ! Hawthorn devait ravitailler. Il venait de prendre un tour à la Mercedes de Levegh et je m’apprêtais à en faire autant. Juste ajohnny rives,jean-pierre beltoise,juan-manuel fangioprès avoir dépassé l’Austin Healey de Macklin, Hawthorn s’est avisé que les stands étaient proches. Il s’est rabattu à droite et a freiné au tout dernier moment. Macklin a freiné à son tour, brutalement. Sa voiture s’est mise en travers et Levegh qui arrivait n’a pu l’éviter. Il a levé un bras pour me prévenir et puis ce fut l’accident… »

Fangio s’interrompit un instant, promenant sur nous avec gravité son beau regard clair. « Par la suite j’ai fréquemment comparu devant les tribunaux. Il fallait établir les responsabilités. Les assurances  se faisaient une guerre terrible. On me demandait si Hawthorn était coupable. J’ai toujours répondu non. Bien sûr il a commis une erreur en dépassant Macklin si près des stands alors qu’il devait ravitailler. Sa fausse manœuvre a été à l’origine de la catastrophe. Mais j’ai toujours soutenu qu’il ne devait pas être condamné pour ça. C’était un accident inhérent à la course dans lequel la fatalité avait joué un rôle terrible. Hawthorn n’était qu’un rouage dans le processus qui aboutit à l’accident. Eh bien ! pour toi c’est pareil Jean-Pierre… »

Front barré de rides, un pauvre sourire aux lèvres, Jean-Pierre acquiesce. Je note passionnément les propos du grand Fangio qui poursuit : « Tu portes une part de responsabilité, tout comme les organisateurs, et Giunti, et peut-être Parkes. Voire d’autres encore. Mais coupable tu ne l’es de rien, sinon d’être coureur. Giunti t’avait vu deux fois, il était prévenu par les drapeaux jaunes, il devait les respecter. Or il en a profité pour essayer d’augmenter son avance sur Rodriguez. C’est une erreur comme la tienne qu’il faut accepter d’un pilote. En course, un pilote n’est plus lui-même. Il oublie tout jusqu’à son nom. Il ne faut pas attendre de lui qu’il réfléchisse à autre chose qu’à sa course. Toi, quelque chose qui te dépasse te poussait à amener ta voiture au stand au prix de mille efforts. Et Giunti a dû essayer de tirer parti de la situation en ne ralentissant pas sous  les drapeaux jaunes. La course est ainsi faite. On ne peut pas vous le reprocher. »

johnny rives,jean-pierre beltoise,juan-manuel fangio

Accompagné d’un avocat, d’un de ses copains argentin et de moi-même, Jean-Pierre se rend à la convocation d’un juge à Buenos Aires.

Vient le moment des conseils : « Tu dois t’attendre à une violente campagne de presse en Italie. C’est normal, Giunti était un espoir, sa disparition sera regrettée, on t’en accusera. Et puis avec le temps les choses reprendront leur place normale. Pour l’instant tu dois penser à autre chose. Puisque tu es avec des amis, allez donc passer un week end au bord de mer à Mar del Plata. Vous viendrez me voir à Balcarce, nous déjeunerons ensemble. »(2)

On sa suivi le conseil de Fangio. On s’est entassé dans une Dodge direction Mar del Plata. Ronnie Peterson nous accompagnant, c’est lui qui prit le volant. Assis à ses cotés, Pesca essaya incessamment  de le gêner, pour jouer. Cela faisait rire Jabouille. Jean-Pierre souriait parfois. Il était soucieux, se doutant bien que la saison 1971 serait très difficile. Elle le fut…

                                  (à suivre)

Nota ( par Johnny Rives) :

1 : Dans son commentaire Jean Lanzi dit que « Jean-Pierre pousse sa voiture alors que c’est interdit ». Mais ça ne l’était pas et même après cet accident ça n’a pas été interdit. On se souvient d’Alain Prost poussant sa McLaren en panne sèche à Hockenheim (en 85 ou 86 j’ai oublié l’année). Autre référence: Mansell poussant sa Lotus à Dallas en 84 et tombant évanoui une fois la ligne d’arrivée franchie.

2 : Effectivement nous ne sommes pas restés qu’à Buenos Aires. Fangio nous avait suggéré d’aller séjourner à Mar del Plata d’où on lui a rendu visite à Balcarce où il nous a invité à un asado. Le dimanche d’après les 1000 km, je crois qu’il y avait un Grand Prix hors championnat. Henri y participait sur une March de Frank Williams. Nous avons dû rentrer après cette course là. On a dû rester une bonne huitaine de jours là-bas. A notre retour l’ancien président de la FFSA, Claude Bourillot, nous a invités à déjeuner chez lui, Jean-Pierre et moi. Michèle Mercier, sa femme, l’actrice, nous avait fait la dinette.

Illustrations :

1 – L’accident. Video @ DR
2 – Le Camp. JP. Beltoise, F. Mazet, J. Rives, P.Ricard, JP Jabouille, JP. Paoli @ DR
3 – JP Beltoise, Matra 660 @ DR 
4 – Ignazio Giunti @ DR
5 – Juan Manuel Fangio @ DR
6 – J.Rives, JP. Beltoise, Buenos Aires @ DR

Johnny Rives

Johnny Rives entre au journal l'Équipe en juin 1960 pour y devenir le spécialiste des sports automobiles. Il commenta les grands-prix de Formule 1 sur TF1 avec Jean-Louis Moncet, Alain Prost, et Pierre van Vliet de 1994 à 1996. Johnny Rives a encouragé le démarrage de Classic COURSES auquel il collabore depuis le début.

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17 pensées sur “Jean-Pierre Beltoise (5/7)

  • Merci Johnny de nous faire entrer dans l’intimité de cet épisode dramatique de la vie de JPB. L’angle par le vécu est irremplaçable.
    Écrit par : jean-paul orjebin | 01/03/2015

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  • Un des aspects sombres de la carrière de JPB bien mis en lumière dans cette note. Ce qui est assez intéressant dans le plaidoyer de Fangio est qu’il parle de la fatalité de la course et ne veut mettre personne au pilori, que ce soit à Buenos Aires 1971, au Mans 1955, ou bien ailleurs. C’était une époque où la mort faisait partie intégrante de la course et on l’acceptait, même si on commençait à parler sérieusement de sécurité. Qu’aurait dit le même Fangio à propos de l’accident de Jules Bianchi qui déclenche tant de commentaires tranchés ? A chacun de l’imaginer et de sa faire son opinion.
    Ceci dit, c’est en 1986 à Hockenheim qu’Alain Prost poussa sa McLaren à sec, pour répondre à ton interrogation, Johnny. Le règlement l’interdisait, mais Alain le fit pour démontrer la stupidité des restrictions sur la contenance des réservoirs d’essence cette année-là, et il ne fut d’ailleurs pas inquiété pour cette manœuvre « démonstrative ».
    Écrit par : Pierre Ménard | 01/03/2015

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  • ça a foutu un de ces bordels, en France ! Les pro- Beltoise et les anti-Beltoise s’écharpaient à qui mieux-mieux : JPB ne faisait jamais les choses à moitié faut avouer. Poignant, Johnny, ton papier ! Exceptionnel ! Du grand journalisme !
    Écrit par : eric bhat | 01/03/2015

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  • Beau papier,Johnny,merci. Concernant le drame de Buenos Aires,j’ai
    visionné quantité de vidéos. J’en arrive,toujours,à la même question.
    JPB pousse la « Matra »à gauche de la piste,suivant la bande blanche,
    laissant le champ libre à ses concurrents sur la droite de la piste.
    Pourquoi,diable,Parkes et Giunti ont forcé le passage,en passant à gauche
    de la « Matra »,mordant sur la ligne blanche,ignorant les drapeaux jaunes?
    Certes,ils étaient en lutte…Au volant,un pilote peut tout oublier !
    Il n’empêche: JPB verra sa licence sportive,suspendue pendant 6 mois,
    gâchant sa saison 71… Sanction injuste,de mon point de vue.
    Écrit par : Michel Lovaty | 01/03/2015

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  • Je pense que vous faites allusion par exemple à cette ce film :
    https://www.youtube.com/watch?v=p9P4hFC-9eM
    On est peut-être trompé par la courbe à gauche, mais j’ai du mal à comprendre comment Giunti n’a pas vu la Matra, alors qu’on le voit arriver totalement décalé par rapport à Parkes.
    Écrit par : Philippe Durand | 01/03/2015

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  • Michel, sans vouloir ajouter un gramme de polémique, car j’ai une grande admiration pour Jean-Pierre; peu avant l’impact JPB commence à traverser la piste de gauche à droite pour rejoindre les stands. C’est là où je pense qu’il a été mal inspiré et où la fatalité s’en est mêlée…
    Car cette manœuvre là était potentiellement dangereuse, même si c’était la seule manière pour la Matra de poursuivre la course.
    Six ans plus tard à Kyalami un commissaire voulant bien faire a lui aussi été mal inspiré en traversant la piste.
    Mais nous n’avons pas non plus à porter un quelconque jugement sur son geste, à sa place nous aurions peut-être fait pire.
    Écrit par : Francis Rainaut | 01/03/2015

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  • Beau témoignage, une fois de plus, et combien émouvant ! Merci Johnny. Au-delà de ce que chacun peut penser de la part de responsabilité, ce jour-là, de Giunti, de Beltoise ou d’un autre, cette histoire nous rappelle la profonde humanité de Juan Manuel Fangio et sa grande intelligence, non seulement de la course, mais de la vie en général. Tant de gens, y compris dans les médias, étaient et sont toujours si prompts à prendre parti, à crier haro sur le baudet et à condamner les uns ou les autres… le plus souvent sans avoir une vraie connaissance du problème en question. Ou sans prendre le temps de réfléchir et, le cas échéant, de se documenter. C’est le propre (ou le sale) de la société du spectacle, dans laquelle tout le monde est sommé d’avoir un avis sur tout, tout le temps, de prendre part à « la polémique du jour », etc. Ce sont des anecdotes comme celles-là qui nous consolent de bien des abus constatés par ailleurs. Un dernier point : un autre journaliste pour lequel j’ai le plus grand respect, et qui a été mon rédacteur en chef pendant quelques années, Christian Moity du temps d' »Auto-Passion », nous avait raconté avoir été présent ce triste jour-là à Buenos Aires. Il nous a dit qu’un journaliste (ou un autre invité ?), juché sur l’auvent d’un stand, était tombé sur la piste au moment de la confusion occasionnée par le choc entre la Ferrari de Giunti et la Matra de Beltoise. Ce qui ajouta un second drame au premier. Peut-être t’en souviens-tu, Johnny ? En tout cas, je me souviens bien de ton papier dans
    « L’Equipe » concernant l’accident lui-même. Il avait très justement, à l’époque, remis les pendules à l’heure.
    Écrit par : Jacques Vassal | 01/03/2015

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  • Cher Jacques, oui je me souviens d’un incident impliquant la chute d’un journaliste (ou d’un photographe?) mais je ne me souvenais plus que cela coïncidait avec l’accident de Giunti. Je l’aurais situé à une autre époque. Quant à ton commentaire sur Fangio je le partage à cent pour cent. C’était un sage qui nous a toujours émerveillés quand on l’a approché. Quand Jean-Pierre nous l’avait présenté à l’occasion de la Temporada F2 de 1968, nous étions tellement impressionnés par son attitude, ses réflexions, ses analyses que nous (Manou, Henri Pescarolo et moi) n’étions pas loin de penser que s’il avait pris le volant d’une F2 de cette époque, il aurait été capable de rivaliser avec Rindt – pour ne citer que lui. Pour moi, et bien qu’il soit impossible de comparer les champions des différentes époques; il reste le plus admirable de tous – autant pour son palmarès, 24 victoires en 51 Grands Prix, que pour ses qualités humaines.
    Écrit par : Johnny Rives | 01/03/2015

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  • Un texte juste qui nous en fait espérer un plus long sur une vie de témoin, et quelle vie! Non, non, je ne dis pas « mémoires », mais quand même, il faudra songer à raconter ces moments passionnants que vous avez traversés. Ca sera d’une tout autre densité que les comptes-rendus que nous pouvons lire aujourd’hui pour relater ces courses de petites voitures colorées pilotées par de jeunes technocrates…
    Écrit par : ferdinand | 01/03/2015

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  • An début de la vidéo on voit JPB pousser la voiture à la limite gauche de la piste, les deux roues de gauche de la voiture étant sur la ligne blanche.
    On voit JPB aller à l’habitacle pour tourner le volant, probablement vers la droite (Les stands devant être à droite de la piste).
    Les images suivantes montrant la Matra à 2,5/3,5m. de la limite gauche de la piste (bande blanche) où elle se trouvait au début des images.
    Une première voiture passe entre le bord gauche de la piste et la gauche de la Matra. On voit que le passage est étroit.
    La fin des images montre l’accident, la 1° Ferrari tient la corde à gauche, la suivante le nez dans l’arrière de la précédente, sors de son sillage et percute la Matra.
    Écrit par : jules | 01/03/2015

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  • Cet accident a été une terrible épreuve pour Beltoise et le récit qu’en fait Johnny Rives témoin privilégié nous saisit. Edouard Seidler rapporte que « son compte rendu de l’accident, récit dont la précision et l’objectivité ont été confirmées par la vision du film ». C’est un Fangio dont la carrière a traversé tant de drames qui nous livre son analyse avec humanité et une grande sagesse alors que les médias y compris radio Vatican y allèrent de toutes leurs accusations. Mike Parkes rapporte sa vision de l’accident dans un article de La Suisse. « Au passage suivant, même position des deux commissaires qui agitaient toujours leurs drapeaux jaunes. J’ai pensé qu’il se pouvait qu’un autre obstacle soit sur le circuit. Ma déduction était fausse, puisque la Matra et Beltoise étaient toujours là, mais , cette fois plus à droite sur la chaussée, le passage étant plus libre sur la gauche. Au passage suivant, même scène avec les commissaires. A ce moment-là, j’avais Giunti dans mon sillage, ma Ferrari était plus rapide dans les lignes droites, mais il revenait sur moi dans les courbes et les virages. Je suis sorti plus rapidement que lui de la courbe et j’ai pu alors me placer devant lui. Giunti se trouvait une douzaine de mètres de ma voiture. J’ai vu que la Matra de Beltoise se trouvait alors un peu plus au milieu de la chaussée. J’ai filé sur la gauche et je suis passé. Il n’y avait pas beaucoup de place et, entre le bord de la chaussée et la partie gauche de la Matra, on pouvait tout juste faire passer ma Ferrari et une bicyclette. A peine la Ferrari de Giunti avait-elle touché la Matra de Beltoise que la voiture italienne explosait littéralement. Je pense que les principaux responsables, en premier lieu, sont les commissaires ».
    J’ai en langue espagnole quatre double feuilles qui analysent les circonstances de l’accident avec les commentaires de pilotes. Si Johnny Rives est intéressé je peux lui adresser copie.
    Écrit par : laurent riviere | 01/03/2015

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  • C’est très aimable à vous, cher Laurent. Mais non, je vous remercie. Je préfère m’éloigner de ces moments dramatiques que me replonger dedans. Merci pour votre aimable intention.
    Écrit par : Johnny Rives | 01/03/2015

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  • En d’autres circonstances et sur une autre plateforme d’échanges, nous avions longuement débattu de la responsabilité de Mike Hawthorn lors de la catastrophe du Mans 1955. Il faut reconnaître que ce dramatique accident avait coûté la vie à 89 spectateurs et à Pierre Levegh. Mais la course automobile a connu beaucoup de drames dans lesquels furent impliqués pilotes et spectateurs ; la liste en est longue. J’avais pourtant exprimé un point de vue différent de ceux qui accusaient Hawthorn d’inconscience meurtrière. Je pensais pour ma part qu’il s’agissait d’un fait de course et que seules, la malchance ou la fatalité étaient à l’origine de ce désastre. Je suis heureux de lire le témoignage de Juan Manuel FANGIO que j’ignorais et qui parait assez bien placé pour donner une expertise pertinente. De la même manière, j’ai toujours considéré que Jean Pierre Beltoise n’avait aucune responsabilité, ni de près, ni de loin, dans cet accident. C’était un fait de course, point barre et Mike Parkes , autre acteur qualifié, ne semble pas dire autre chose ! Comme il est dit dans les différents commentaires, on se souvient pourtant assez bien de l’opprobre qui s’était abattue sur JPB et des commentaires ignares et méprisables qui s’étaient répandus, y compris en France. Personne ne pourra jamais contester les risques inhérent particulièrement aux sports mécaniques, dussent-t-ils couter la vie à une étoile montante du sport automobile italien, que j’aimais beaucoup de surcroit.
    Écrit par : Daniel DUPASQUIER | 02/03/2015

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  • François Cevert fut aussi l’avocat de Beltoise lors d’une très intéressante émission de la TV française réalisée peu de temps après l’accident. Voir le lien suivant :
    https://www.youtube.com/watch?v=xwuYvDIPtIk&feature=player_detailpag
    Par ailleurs, je crois me souvenir que Franco Lini avait été un des plus virulents accusateurs de Beltoise.
    Écrit par : René Fiévet | 02/03/2015

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  • Je viens de prendre connaissance de ce document. ( voir page Facebook Classic COURSES). Erreur d appréciation de l espace disponible entre la Ferrari de Parkes et la Matra de Beltoise, comme semble l évoquer Cevert ou « oubli » de la présence de la Matra ? Fatalité certainement. Echange captivant entre Cevert et Zurini. A noter : au moment de son tournage, Beltoise est encore en Argentine. Pour l anecdote, Le représentant des Commissaires de piste s appelle Schumacher… ( ou Schumaker ?)
    Écrit par : Olivier Rogar | 02/03/2015

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  • Ce documentaire TV mis en ligne par René Fiévet, démontre combien ce drame ne laissa pas les détracteurs indifférents comme écrit par Johnny Rives. La pugnacité élégante de François Cevert tant par le contexte du drame que par la présence de jean Pierre Beltoise son beau frère rend ce documentaire important dans l’élaboration de ce drame.Les présences de Collaro, Manou Zurini de Messieurs Blanchet, Schumaker prédestinés ce nom apporte également la controverse à ce drame.
    De mon point de vue la sécurité de cette époque était tellement aléatoire, comment aurais réagi les médias de l’époque si Jean Pierre Beltoise avait été victime de cet accident.?
    Si une palme de l’infortune à cette époque pouvait revenir à un Pilote Jean Pierre Beltoise en fût un. Son accident à Reims, la disparition de sa femme Eliane ce drame sans oublier la mort de François cevert au Glen. Bref notre Beltoise ne fût pas épargné et Fangio avec Classse, su le réhabiliter par son plaidoyer.
    Écrit par : patricelafilé | 02/03/2015

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  • Le recordman de « poussette » sur circuit doit être Roger Masson, qui poussa sa Lotus XI pendant une heure et demie et sur six kilomètres lors des 24 Heures du Mans 1957. Roger Masson est décédé le 14 décembre 2014 à l’âge de 91 ans (voir DNF 2014).
    S’asseoir dans le baquet d’une voiture de course implique d’accepter de courir le risque de l’accident grave, voire mortel. De la même manière, assister à une course automobile implique d’accepter de courir ce même risque. Pierre Levegh, Fons de Portago, Wolfgang Von Trips et bien d’autres encore ont entrainé avec eux des dizaines de passionnés dans la mort. C’était une époque où une partie significative des pilotes disparaissait chaque année, et je ne pense pas qu’ils fussent pour autant totalement inconscients ou complètement siphonnés. Ce qui fit dire à Louis Chiron, alors que certains pilotes commençaient à se préoccuper de sécurité : « Alors quoi ! ! ! Les pilotes ne savent plus mourir, de nos jours ! ! ! »……………
    Écrit par : Raymond Jacques | 03/03/2015

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