« Hawthorn est vraiment très gentleman ! » – Video GP F1 Maroc 1957

Vous vous souvenez de Marie – Christine ? Elle nous a offert une superbe video des 24 heures du Mans 1956. La revoilà au Grand Prix du Maroc 1957. Elle filme en 8 mm les protagonistes du championnat du Monde F1 1957 qui vient de s’achever par le triomphe de Juan-Manuel Fangio sur sa Maserati 250 F.

Même si ce Grand Prix du Maroc 1957 ne compte pas pour le championnat du monde F1, tous les pilotes sont là. La course sera remportée par Jean Behra.  C’est l’avant dernière course de Fangio en F1. L’année suivante le même circuit verra Moss et Hawthorn y jouer le titre pilote. Au bénéfice de ce dernier.

Ce qui est véritablement extraordinaire dans ce document filmé, ces photos, cette lettre, c’est la spontanéïté de Marie – Christine et sa proximité avec les pilotes. Raison pour laquelle nous avons choisi de mettre la lecture de cette lettre en voix off sur la vidéo. La mise forme de ce type de document demande beaucoup de temps, nous espérons que les lecteurs de Classic COURSES apprécieront et remercions d’ores et déjà cette chère Marie-Christine et son « petit » frère François Blaise.

Olivier Rogar

 Souvenirs du G.P. du Maroc 1957

A l’origine le Grand Prix du Maroc se disputait sur le circuit d’Agadir et mettait aux prises des voitures de sport semblables à celles des 24 Heures du Mans. Le circuit d’Ain-Diab est situé à l’ouest de Casablanca le long de la côte dans le quartier d’Anfa. C’est un circuit rapide et très dangereux pour les courses d’autos. Il était plutôt conçu pour les courses de vélos qui l’empruntaient dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.  En 1952 y eut lieu la première course de voitures,  les « 12 heures de Casablanca », remportée par Charles Pozzi et Lucien Vincent sur Ferrari ( Ferrari avait construit une voiture pour ce type de course : la Ferrari 500 Mondiale qui courut  Les  Mille Miglia et Casablanca ). En 1953 les « 12 heures de Casablanca » furent remportées par Nino Farina avec Piero scotti sur Ferrari 375 MM. En 1954, 55 et 56 aucune course sur le circuit d’Ain-Diab, celles-ci eurent lieu à Agadir’.C’est en 1957 que commence la véritable – et brève – histoire du Grand Prix du Maroc. Cette course hors- championnat fut disputée à la demande de la CSI. Elle était destinée à évaluer le tracé de 7 km 633 et l’organisation du Royal Automobile club du Maroc en vue du Grand Prix F1 1958 qui comptera pour le championnat du monde.  Les pilotes avaient donc intérêt à s’y rendre en guise d’entrainement pour l’année suivante.

Les essais :

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2108395011Juan Manuel Fangio qui venait de remporter son cinquième titre participa à cette épreuve alors qu’il était sur le point de mettre un terme à sa brillante carrière. Tous les autres grands pilotes étaient présents :  Tony Brooks, Stuart Lewis- Evans, Stirling Moss sur Vanwall, Juan-Manuel Fangio,  Jean Behra, Harry Schell, Francesco Paco-Godia, Giorgio Scarlatti, Jean Lucas sur Maserati 250 F, Maurice Trintignant, Ron Flockhart sur B.R.M, Roy Sarvadori, Jack Brabham avec leurs Cooper-Climax, Mike Hawthorn et Peter Collins sur la nouvelle Ferrari 226 Dino, ex Formule 2 qui succédait aux glorieuses D50. Les deux voitures avaient reçu des blocs moteurs différents : celui monté sur la Ferrari de Peter Collins était un 2,4l et celui de Mike Hawthorn un 2,2l.Les voitures fonctionnaient avec un carburant aviation de 100/130 degrés d’octane. La saison 1958 allait en effet imposer un carburant pour automobiles « normales » en lieu et place de l’éthanol utilisé jusqu’alors. Et cette ultime course de la saison constituait une bonne séance d’essai.  Malheureusement, il y eut une épidémie de grippe asiatique assez sévère qui affecta Stirling Moss à un point tel qu’après avoir fait le meilleur temps des essais devant Tony Brooks, il repartit par avion pour se faire-soigner à Londres le matin du G.P.  J.M.Fangio, P. Collins et M. Hawthorn en souffrirent également sérieusement mais choisirent de courir le G.P.La grille de départ était la suivante :

22T. Brooks-Vanwall2’23’’38J.Behra-Maserati2’23″524S.Lewis-Evans-Vanwall2’26″2
2P. Collins-Ferrari2’27″26J.M.Fangio-Maserati2’27″3
4M.Hawthorn-Ferrari2’29″010H.Schell-Maserati2’29″126M.Trintignant-B.R.M.2’29″1
18J.Brabham-Cooper2’29’’4 R.Flockart-B.R.M.2’30’1
14Francesco Godia-Maserati2’32″016R.Salvadori-Cooper2’32″812G.Scarlatti-Maserati2’36″1
30Jean Lucas-Maserati2’38″1

La course :

1055938678C’est Raymond Roche (appelé plus familièrement Toto Roche ) très connu dans le milieu auto comme directeur de course des G.P .de l’A.C.F. (Automobile club de France ) qui officie à la direction de ce G.P. de  55 tours, soit 411 kms et donne le départ en présence du roi du Maroc Mohamed V et de son fils le futur roi Hassan II.

Le départ est donné. Dans un bruit assourdissant, les 14 voitures arrivent à grande vitesse dans le virage à Ain-Diab avant la ligne droite du Boulevard Panoramique et à la sortie de ce virage c’est à la surprise générale des spectateurs que surgit avec 100 mètres d’avance sur le groupe des poursuivants Peter Collins au volant de sa Ferrari, suivi par Jean Behra, Stuart Lewis-Evans ,Tony Brooks, Maurice Trintignant , Ron Flockhart, Juan-Manuel Fangio et Mike Hawthorn qui était fiévreux et n’allait pas bien du tout.

Les petites Ferrari sont quelque peu dominées par les grosses F.1 comme on pouvait s’y attendre mais elles ont un atout inattendu pour la course , c’est leur poids, comme expliqué par le grand journaliste anglais Denis Jenkinson. Les Ferrari marchent à l’essence pure, leur consommation est meilleure que celle de leurs rivales qui utilisent de l’alcool. Elles n’ont besoin que de 37 gallons au lieu des 56-58 gallons pour les autres. Le fait qu’elles soient  réellement des F.2 leur donne en outre un avantage au poids d’environ 250 kilos sur leurs rivales F1.Peter Collins n’est pas non plus en grande forme à cause de sa grippe et au deuxième tour une quinte de toux l’envoie en tête à queue sur 360 degrés. Il en émerge toujours orienté dans la bonne direction et toujours devant un Jean Behra, très surpris. Il recommence au huitième tour et Behra en profite pour le dépasser.

2610920727Peter s’attache à retrouver à sa première place lorsqu’au seizième tour, une nouvelle quinte de toux l’envoie cette fois en tête à queue dans les bottes de paille. Il est hors course. Mike a déjà abandonné à ce moment là , estimant que la grippe affectait gravement ses réflexes. Stuart Lewis-Evans termine deuxième derrière Jean Behra, Maurice Trintignant est troisème place et Juan-Manuel Fangio quatrième.

En ce qui concerne Fangio je dois vous raconter une anecdote. Au septième tour du G.P. un commissaire marocain lui brandit un drapeau noir portant son numéro, le 6. Cela signifie que le pilote concerné doit tout de suite s’arrêter à son box et se trouve  disqualifié. Fangio est perplexe, il n’a pas de problème avec sa Maserati 250 F et n’a pas commis de faute. Chacun sait que son comportement sur la piste est sans le moindre reproche.

Mais en homme éduqué et discipliné, il se soumet aux ordres de la direction de course et s’arrête à son stand.  Soudain, on voit Toto Roche surgir de la direction de course et foncer vers le malheureux commissaire pour lui passer un savon. Ce dernier s’est trompé dans les chiffres du panneautage. C’est en fait à Jack Brabham que le drapeau noir et le panneau au numéro l8 auraient dû être présentés pour une importante fuite d’huile sur le moteur de sa Cooper-Climax T 43…

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Epilogue :


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E1398646405n 1957 j’étais un jeune étudiant en France et malheureusement pour moi il m’était impossible d’assister à ce premier G.P . F1 du Maroc. Mais grâce à ma regrettée grande soeur Marie-Christine j’ai conservé dans mes archives des photos et des films de ces temps bénis, mais ô combien dangereux, des courses automobiles, Je suis heureux d’adresser ces souvenirs, ces anciennes photos et cette lettre à tous les amis de Classic COURSES.

 François Blaise

 

 

Illustrations : François et Marie Christine Blaise sauf photo 1

Photo 1= Grille de départ @ DR
Photo 2= Mike Hawthorn (Ferrari 226 Dino)@ François Blaise
Photo 3= Tony Brooks,Stirling Moss,Mike Hawthorn,Bernard Cahier@ François Blaise
Photo 4= Mike Hawthorn@ François Blaise
Photo 5=Mike Hawthorn@ François Blaise
Photo 6=Mike Hawthorn@ François Blaise
Photo 7=Peter Collins@ François Blaise
Photo 8=stand Ferrari avec Marie-Christine@ François Blaise
Photo 9=M.C. avec Stuart Lewis-Evans@ François Blaise
Photo10=Tony Brooks avec M.C@ François Blaise
Photo11= M.C. avec le vainqueur Jean Behra.@ François Blaise
Photo12= Mike Hawthorn@ François Blaise

Voix vidéo : Laetitia Rogar

Arrangement texte, photos, son et vidéo : Olivier Rogar

25 pensées sur “« Hawthorn est vraiment très gentleman ! » – Video GP F1 Maroc 1957

  • Très intéressant de revivre cette époque. Petites corrections au passage: il y a eu un nombre important de Ferrari Mondial, qui se caractérisaient toutes par leur moteur 500, c. à d. un 2 litres à 4 cylindres. En 1955 les Mondial pouvaient se confondre avec les redoutables 750 Monza dont elles avaient les lignes. Petite correction également portant sur le terme « petites Ferrari » par rapport aux « grosses F1 ». 2,4 ou 2,2 litres ces Ferrari n’avaient pas grand chose à envier à leurs rivales Maserati et BRM en matière de cylindrée (2,5 était la limite supérieure accordée à l’époque). La confusion vient peut-être de l’appellation Dino des moteurs car il y a eu des Dino 1500 – utilisés en F2. Mais là il s’agissait bien de F1. La grosse différence se situait dans le carburant, comme très bien souligné dans le texte. Ferrari expérimentait en fait la règlementation de 1958, ce qui était malin. Enfin dernier point ce GP du Maroc gagné par Jean Behra ne fut pas l’avant dernier Grand Prix de Fangio mais l’ante-pénultième puisqu’en 1958 il disputa les GP d’Argentine et de l’ACF (France).
    Écrit par : Johnny Rives | 04/01/2015

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  • Parfait. Merci Johnny de ces précisions.
    Écrit par : Classic COURSES | 04/01/2015

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  • Merci à toi Johnny pour ces rectifications qui confirment ta
    grande connaissance d’un historien de la F.1 des années 50 .
    Écrit par : François Blaise | 05/01/2015

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  • Encore une remarque: Mike Hawthorn un « vrai » gentleman? Tout dépend peut-être de ce que l’on entend par « gentleman ». La lecture du livre de Chris Nixon, Mon ami Mate, reflète une image assez crue de ce… gentleman! Un terme que personnellement je préfèrerais attribuer à Peter Collins. Et à quelques autres
    Écrit par : Johnny Rives | 04/01/2015

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  • Johnny, ce sont là les propos de Marie-Christine.
    Écrit par : Classic COURSES | 04/01/2015

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  • Pour préciser, on peut noter que Marie-Christine ne dit pas que Hawthorn est un Gentleman, mais qu’il est vraiment « très » gentleman. Je dirais qu’il y a un adverbe de trop pour que le gentleman le soit vraiment 🙂
    Écrit par : Olivier Rogar | 16/01/2015

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  • FA-BU-LEUX !!!
    Écrit par : Gérard Bacle | 04/01/2015

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  • Quel remarquable document avec ce film authentique de Marie Christine Blaise et ces photos originales! Hawthorn en 1958 y alla aussi d’un tête à queue et reprit la piste dans des conditions litigieuses (je crois me souvenir qu’il emprunta à contre sens la piste en pente pour s’élancer) ce qui lui permit de s’emparer de la deuxième place et du titre qu’il souffla in extremis à Stirling Moss qui se comporta en vrai gentleman en ne portant pas réclamation.
    Écrit par : laurent riviere | 04/01/2015

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  • Cet incident là s’était produit au GP du Portugal. Mais bien d’accord avec vous: Stirling Moss, lui, était un gentleman!
    Écrit par : Johnny Rives | 04/01/2015

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  • Très très émouvant, surtout de revoir « mon » Roi ! Merci François.
    Nb. Si je puis me permettre, Mohammed V, pas Mohamed V…
    Écrit par : Francis Rainaut | 04/01/2015

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  • Oui c’est exact au Portugal, ce fait fut abondamment commenté à l’occasion de l’attribution du titre à ce GP d’où ma confusion.
    Écrit par : laurent riviere | 04/01/2015

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  • Ces films « 8 » (puis « Super 8 » ensuite) aux couleurs vives sont de vrais bonbons à déguster lentement. Merci François, et bravo à Olivier pour l’initiative de ce montage et de cette voix off qui retranscrit parfaitement la lettre de Marie-Christine.
    Pour le côté « gentleman » d’Hawthorn, même si c’est là une appréciation de Marie-Christine qui ne resta certainement pas insensible au charme carnassier du grand coureur anglais, je suis d’accord avec le scepticisme poli de Johnny : Hawthorn se comportait parfois comme un personnage un peu rustre, les divers témoignages de gens l’ayant côtoyé en attestent.
    Écrit par : Pierre Ménard | 05/01/2015

    Répondre
  • Mélanger cet excellent film, avec ces photos inédites, cette lettre, et ce texte de François Blaise est une bien jolie idée. Je souhaitais prolonger le commentaire, mais je viens d’apprendre le décès de Jean Pierre Beltoise, dont je fus un supporter inconditionnel. Je n’ai plus le courage d’écrire.
    Écrit par : René Fiévet | 05/01/2015

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  • Bien sûr Monsieur Fiévet. Quelle tristesse.
    Écrit par : Daniel Gautiez | 05/01/2015

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  • Quels précieux documents : génial !
    Écrit par : David Bénard | 05/01/2015

    Répondre
  • En effet, une bien triste nouvelle ! J’ai pleuré de joie en 1972 pour la superbe victoire de JPB, la oú il fallait gagner ! Je pleure aujourd’hui ma jeunesse qui s’étiole un peu plus avec la disparition du magnifique et courageux Bebel.
    Écrit par : Daniel DUPASQUIER | 05/01/2015

    Répondre
  • Magnifique mise en valeur du précieux témoignage de Marie-Christine! Bravo à Olivier et François, la couleur rend plus proche cette période pour ceux qui, comme moi, ne l’ ont pas connu.
    Bien sur la disparition de JPB, homme emblématique de notre passion, est un réel déchirement.
    Écrit par : JP Squadra | 05/01/2015

    Répondre
  • C’est avec une grande tristesse que les amateurs de sport auto
    ont appris la mort de J.P.B. Avec sa disparition Bebel comme le
    surnomaient ses amis incarnait la génération du renouveau du sport
    automobile Français au plus haut sommet avec Matra dans les années
    1960/70. Nous ne l’oublierrons pas.
    Écrit par : François Blaise | 06/01/2015

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  • Très beau et émouvant document.
    Merci.
    Écrit par : ferdinand | 08/01/2015

    Répondre
  • Parmi les visages disparus, celui de Stuart Lewis-Evans est celui qui nous émeut le plus…
    Écrit par : ferdinand | 08/01/2015

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  • Je me souviens avec émotion de ce GP,c’était la première fois que j’assistais à une course automobile avec mon père. Nous habitions Casablanca à l’époque, j’avais 7ans à peine. Les images se bousculent dans ma mémoire , les odeurs aussi, l’huile de ricin, les graisses, le cambouis.. également. Bon dieu qu’elle était belle cette époque…..! Néanmoins, c’est un document exceptionnel.
    Écrit par : Derringer | 16/01/2015

    Répondre
  • Merci à Tous pour ces magnifiques articles et la très belle vidéo ! En 1967, la sécurité était toute relative… car l’on voit que les mécanos fumaient dans les stands…avec les « vapeurs d’essence » ai-je besoin de préciser, ce n’était pas très « sécure » alors !!!
    Écrit par : François Libert | 17/01/2015

    Répondre
  • François, Olivier, Johnny, est-ce bien Denis Jenkinson que l’on aperçoit à 3.07 ?
    Écrit par : jean-paul orjebin | 20/01/2015

    Répondre
  • Bingo ! c’est bien Jenk Jean- Paul , tu es un bon observateur .
    Il y a aussi ce cher ami Bernard Cahier que tu as certainement reconnu
    sur la troisième photo . A bientôt !
    Amicalement.
    François
    Écrit par : François Blaise | 24/01/2015

    Répondre
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