Ayrton Senna, témoignages Gérard Larrousse, Luc Domenjoz

Sur la route d’Ayrton : Gérard Larrousse – Luc Domenjoz

Pilotes, éditeur, journalistes, leur route a croisé celle d’Ayrton Senna. Nous leur avons demandé en quelles circonstances et le souvenir le plus marquant qu’ils gardaient de l’homme comme du pilote. Certains ont répondu brièvement, d’autres ont pris la plume ou bien se sont investis dans un échange beaucoup plus approfondi. A chaque fois, il y a eu comme un soupir ; « Ah… Senna… », expression de regret, d’admiration ou même, plus rarement, de sentiments contrastés. Mais face au talent, au tempérament d’eau et de feu, à la dimension mystique que le pilote a imprimé à la course, c’est finalement au personnage d’exception que tous se réfèrent.

Classic COURSES

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Gérard Larrousse, ex pilote et team manager – Rétromobile 2014

Je pense que c’était chez Lotus avec Peter Warr, quand on leur fournissait les moteurs [Renault a fourni l’écurie Lotus de 1983 à 1986, NDLA]. Mais je me souviens surtout de la course incroyable qu’il avait gagné sous la pluie au Portugal en 1985, c’était sa première victoire. J’ai toujours eu de bonnes relations avec lui. Quand j’ai eu mon écurie, c’était un des rares pilotes qui passaient toujours nous voir dans notre motor-home. On était pourtant une petite écurie, mais il venait. Et je me souviens de mon fils qui était en admiration devant lui, il le dévorait des yeux !

Ce qui frappait chez lui, et que je garde vraiment en mémoire, c’était son regard, très illuminé. Mais il restait très simple et je me rappelle du Grand Prix du Japon 1990, quand on fait 3e avec Aguri Suzuki. Eh bien c’est le seul pilote qui est venu nous féliciter après la course. C’était Ayrton, la classe !

 

Luc Domenjoz, journaliste et éditeur sport automobile – Par téléphone

La première fois, c’était au Castelet en 1986 quand je commençai à couvrir les Grands Prix pour mon quotidien suisse l’Express. Rien de particulier, interview assez brève et professionnelle. Ni sympathique ni antipathique, c’est un souvenir… neutre, disons. Le souvenir que je garde de lui par contre n’est pas ce qu’il y a de mieux, je suis désolé. C’était à Kyalami en 1993. Après la traditionnelle conférence de presse d’après Grand Prix, on était quatre ou cinq journalistes à rester avec lui. C’était sa dernière année chez McLaren où il était inscrit course par course et où il faisait durer le suspense pour savoir s’il courrait la suivante ou non. Et là, il nous avait expliqué, très affecté, pourquoi il était « défavorisé par Ford qui fournissait de meilleurs moteurs à Benetton, alors que lui avait une meilleure réputation que ce Schumacher qui n’avait pas encore gagné grand-chose »… C’était une espèce de soliloque qui avait duré quarante-cinq minutes ! Toute la saison, il nous a tenu le même discours sur le fait que Ford avantageait Schumacher selon lui, et j’en étais arrivé à le trouver parfois pénible. C’est malheureusement la dernière image que je garde de lui, car en 1994, tout est allé trop vite : il se loupe au Brésil, il ne fait même pas 500 m à Aïda et puis arrive Imola. On ne saura donc jamais s’il aurait pu retrouver de la sérénité chez Williams.

Propos recueillis par Pierre Ménard

Illustration @ Nicolas Cancelier – http://nicolascancelier.blogspot.fr/

Photos @ Olivier Rogar

 

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