Harald Ertl, le gai barbu

Après Edwards et Lunger, Olivier Favre revient sur la carrière d’Harald Ertl qui participa aussi au sauvetage de Lauda.

Classic COURSES

A l’occasion de la sortie du film « Rush » de Ron Howard,
pour la saison 1976, voir aussi : 
Rush Bande annonce
Le Grand Prix de France 1976
La saison 1976 en vidéo
James Hunt 1976 en Vidéo
Niki Lauda 1976 en Vidéo
He deserved it – James Hunt 
Rush, critique du film
Guy Edwards, le chasseur de sponsors
Brett Lunger, un américain en Europe 
Arturo Merzario, l’inaltérable
Er hätte es verdient ! – Niki Lauda 
 
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Scène du milieu des années 70 à Hockenheim. Il fait chaud, très chaud. Le paddock est assoiffé. Harald Ertl est soutenu par la brasserie Warsteiner, mais son budget est néanmoins serré et il aurait bien besoin de pneus neufs. Eureka ! Il va les obtenir en les échangeant contre les quelques tonneaux de bière gracieusement fournis par son sponsor. Rapportée par son fils Sebastian, cette savoureuse anecdote est révélatrice aussi bien d’une époque « légère » que du caractère de joyeux luron d’Harald Ertl. Qui se signalait aussi par son apparence : arborant sans conteste le système pileux le plus fourni et travaillé du sport automobile de son époque, Ertl fut surnommé « Rübezahl ». Un nom désignant dans les folklores allemand et tchèque un être légendaire mi-homme des bois mi-démon, qui vit dans les montagnes et prend diverses apparences, géant, gnome ou esprit.

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Fils d’un ingénieur en génie civil, Harald Ertl naît le 31 août 1948 à Zell am See, en Autriche. Mais il pilotera toujours avec une licence allemande. En effet, en 1964 la carrière de son père l’a conduit avec sa famille en Allemagne, à Mannheim. Le jeune Harald fait des études en gestion d’entreprise à Karlsruhe, mais c’est la course qui le motive : en 1969 il emprunte de l’argent pour se lancer en Formule V (monoplaces de promotion à moteur VW). Il y côtoie un autre débutant nommé Niki Lauda et se débrouille si bien qu’il termine 2edu championnat d’Europe 1970 au volant d’une Kaimann. On le verra jusqu’en 1974 dans cette catégorie, où il marque le public et ses adversaires autant par de superbes victoires que par des crashes retentissants. Au point que son patronyme donnera alors naissance au néologisme « ertled » s’appliquant à une voiture complètement bousillée à la manière de ce cher Harald !

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Mais, dès 1971 il pilote prioritairement des voitures de tourisme, en championnat d’Europe comme en Allemagne dans le DRM (Deutsche Rennsport Meisterschaft). D’abord au volant d’Alfa GTAm (l’une ou l’autre fois engagées par Autodelta) et de BMW 2002. Puis, à partir de 1973 au volant des redoutables coupés CSL Schnitzer ou Alpina. C’est lors de la dernière épreuve du championnat d’Europe 1973 qu’il va décrocher ce qui restera sans doute sa plus belle victoire : associé à Derek Bell, il assure le titre à BMW en s’imposant dans le Tourist Trophy à Silverstone, après avoir battu dans sa manche des calibres comme Mass, Fitzpatrick et Hezemans, tous officiels Ford ou BMW.

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A partir de 1974 il tâte de la Formule 2 avant de s’y lancer pour une saison complète l’année suivante au sein du team de Fred Opert qui engage des Chevron. Hormis une belle 3e place sur le Ring derrière Laffite et Tambay, il accumulera les abandons et les queues de classement. Mais il ne termine pas la saison F2 car il a trouvé le soutien de Warsteiner et RTL pour racheter la Hesketh 308 ex-Alan Jones et s’aligner au GP d’Allemagne. Il termine 8e d’une course gâchée par les crevaisons qui stoppent ou ralentissent tous les ténors. On le voit encore à Zeltweg puis à Monza, où il termine 9e.

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En 1976 son programme sera chargé : une saison quasi-complète de F2 toujours au volant d’une Chevron de Fred Opert et, surtout, un volant F1 chez Hesketh, dont il est le pilote n°1. Mais sans Hunt ni le truculent lord, la jeune écurie est sur la pente descendante et les résultats sont médiocres. Après plusieurs non-qualifications et abandons, une embellie arrive à Brands Hatch, 15 jours avant le Ring : Ertl termine 7e, ce qui restera son meilleur résultat en F1, comme Edwards et Lunger ! Parti 22e sur la Nordschleife, il voit les drapeaux jaunes à Bergwerk, freine, mais ne peut éviter la Surtees de Lunger : tournoyant après le choc, la Hesketh s’immobilise 20 mètres plus loin sur le bord droit de la piste. Indemne, Ertl court lui aussi vers le brasier qu’il essaie d’éteindre avec un extincteur obtenu auprès d’un commissaire. Puis, comme ses trois compagnons de hasard, il retombe dans l’anonymat des fonds de grille pour le reste de la saison.

Fin 76 c’en est fini de la présence régulière de Ertl en F1. En 1977 il loue une Hesketh (à 50.000 DM par course) pour quelques Grands prix à partir de Jarama, mais finit par jeter l’éponge après une non-qualification à Dijon. Il fait encore une brève tentative en 1978, au volant d’une Ensign soutenue par Sachs. Sur le plan des résultats bruts, pas grand-chose de plus à dire. Mais cette année-là Ertl réussit sans doute à Hockenheim la meilleure course F1 de sa carrière : longtemps en bagarre avec Villeneuve et sa Ferrari, « Rübezahl » entrevoit la 6eplace quand son moteur explose à l’entrée du Stadium, à trois tours de la fin. Sensible à la performance, le public lui fait une ovation digne d’un vainqueur. Mais de toute façon en 1978 la monoplace n’est plus le centre des activités de Ertl.

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Tout en poursuivant sa carrière de journaliste en assurant des reportages pour le magazine allemand Rallyeracing, il oriente sa carrière de pilote vers le DRM. Après avoir participé à la mise au point de l’étonnante Toyota Celica Turbo alignée par Schnitzer en 1977, il conduit l’année suivante une plus classique BMW 320i Turbo. Avec succès, puisqu’il décroche le titre.

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Passant chez Zakspeed les deux saisons suivantes, il pilote les monstrueuses Ford Capri Groupe 5, avec quelques victoires à la clé, ainsi que l’inattendue Lotus Groupe 5 censée être basée sur une Europa. En 1980 il fait aussi sa dernière apparition en Grand Prix. Mais l’ATS dont il dispose pour le GP d’Allemagne ne lui permet pas de se qualifier.

Après avoir marqué une pause en 1981, Harald Ertl programme une saison en R5 Turbo Cup pour 1982. Mais le 7 avril le Beechcraft Bonanza dans lequel il se trouve s’écrase après une panne de moteur. Ertl partait passer les vacances de Pâques en famille dans sa maison de l’île de Sylt près de la frontière germano-danoise. Quoique grièvement blessés, sa femme et son fils survivront à l’accident. Mais pas les autres passagers, dont « Rübezahl » qui disparaît ainsi à 33 ans.

Olivier FAVRE

Photos @ DR

7 pensées sur “Harald Ertl, le gai barbu

  • Graham Hill,Tony Brise,Carlos Pace,Harald Ertl,David Purley,José Dolhem,les pilotes de F1 ont payé un lourd tribut à l’aviation.David Coulthard et Fernando Alonso eux s’en sont mieux sortis.Le 7 avril n’est décidément pas un jour de chance!

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  • En avril aussi(le 12), Ron Flockhart en 1962 …

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  • Comme l’atteste l’avant-dernière photo, il s’en est fallu de peu que les trois mousquetaires de cette dramaturgie ne roulent tous les quatre sur chassis Hesketh.

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  • Le Bonanza, comme Buddy Holly, le Big Bopper et Richie Valens…

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  • il y aurait aussi Al Holbert… sans oublier une demi victime, d’ hélicoptère cette fois : Alessandro Nannini

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  • Holbert, si on élargit la liste à d’ autres catégories que la F1

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