Chronique d’un pilote du lundi… ( vous savez, après les pilotes du dimanche !)

Des gloires du pilotage, ou du journalisme sportif, nous font l’honneur de répondre à  notre quête de témoignages  vécus. C’est grâce à eux que notre passion pour la course est née.  La course historique, rallye ou circuit est une manière active de vivre cette passion tout en rendant hommage à ceux qui nous ont inspirés.  Puisse le témoignage de Philippe Robert susciter de nouvelles vocations et attirer sur nos beaux circuits davantage de spectateurs.

Classic COURSES

Remarque liminaire : Olivier Rogar m’a demandé d’écrire la chronique d’un parfait débutant en course automobile pour parution éventuelle dans Classic Courses. Je m’exécute donc tout en me demandant si j’ai bien la légitimité (et la réponse est clairement non) pour publier sur ce blog à coté de tant de glorieux témoins.

Le pourquoi du comment :

Après avoir restauré une Triumph TR3A du sol au plafond et avoir participé avec mon épouse à de nombreuses sorties prétextes à des agapes arrosées, le temps est venu de passer à autre chose de plus… corsé !  J’ai en fait appris à conduire avec le coupé Alfa Bertone 1300 Junior de mon papa (il y a pire comme voiture !) et bien sûr, cette voiture était la prochaine sur ma wish list !

Mais acheter une belle voiture (là je n’avais plus envie de la restaurer) pour la conduire de temps en temps me semblait un peu tiède (d’autant plus que la conduite d’une Alfa Romeo même ancienne est plus « classique » que celle « vintage » d’une TR3). L’idée a fait son chemin vers une « vraie » voiture de course (enfin une Groupe 1…) pour participer à des rallyes de régularité et peut être des courses ou roulage sur circuits.

Habitant à Toulon, la référence pour les Alfa-Roméo ici, c’est Paul Giglio du Giglio Racing Service.  Paul est extrêmement sympa et m’indique qu’une excellente 2000 GTV est justement à la vente en Creuse, celle-ci a gagné le championnat dans sa catégorie il y a 4 et 5 ans et ne roule plus depuis 2 ans car son propriétaire est passé chez Lotus. Et c’est comme ça que j’ai acheté une authentique Groupe 1 bien préparée et performante.

Et en fait, les rallyes c’est bien mais c’est pas trop mon truc… Mon truc c’est le circuit, la F1, Beltoise, Jarier, Prost, etc… et il me semble que cette voiture devrait me permettre de m’amuser, sans que cela ne coûte trop cher et sans que cela ne soit trop dangereux.  D’ailleurs Paul courre dans le Groupe 1 et dans le Challenge ASAVE depuis des années avec d’autres pilotes, je n’ai qu’à me glisser dans leur sillage du Giglio Racing Team !

Yapluka donc endosser l’habit de lumière, le casque, la combinaison, les vêtements ignifugés,… ca y est je suis un Pilote ! Et c’est comme cela que je me suis retrouvé sur une grille de départ, fin 2012, à Lédenon dans le cadre d’une course du HTCC le Groupe 1. Je n’en menais pas large !

Le HTCC le Groupe 1  (HTCC pour Historique Tourisme Champion Car) est organisé par Didier Gheza, les courses intervenant souvent au sein des HistoRacing Festival organisés sur les principaux circuits de France.

Les courses à Lédenon s’étant plutôt bien passées, je me lance pour une saison plus complète !    

 

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Historacing Festival Dijon 2013

Les essais :

Je découvre la piste de Dijon finalement assez vallonnée (pas autant que Lédenon mais pas aussi plate que le Castellet), je n’ai pas roulé depuis Octobre 2012 avec la voiture et il faut se la remettre en mains, se réhabituer aux bruits, aux accélérations latérales, aux freins, etc…

La piste est plutôt rapide avec des enchainements après la parabolique qui me plaisent particulièrement jusqu’au fameux virage de Pouas (prononcer Pouasse) qui j’espère ne va pas trop me la porter…  J’ai des pneus flambant neufs (le Groupe 1 impose une monte pneumatique unique à base de pneus Falken de tourisme) et j’enchaine les tours sans problèmes et sans sortir (pas comme à Lédenon…).

Je commence à faire glisser la voiture et ça c’est vraiment sympa car bien sûr le coupé Bertone fait plutôt du survirage et ça me rappelle immédiatement la phrase de Francois Chatriot sur Dieu et le sous-virage…  Par contre la pédale de freins a une course assez longue et ça c’est assez désagréable et ça durera tout le week-end.  Je n’arrive pas à comprendre le virage à droite en fond de ligne droite et ça aussi ça durera tout le week-end…

Les temps des essais sont corrects sans plus, je suis 30eme sur 40 et 5eme sur 8 des Alfa 2000GTV et autres Alfetta. Les 2 premiers des 2000GTV me mettent 3 secondes ! Je suis à 2 secondes des temps de l’ancien propriétaire de la voiture (un bon lui…). De retour aux stands, le contrôle des pressions de pneus, des températures, des niveaux, etc…

Course 1 :

La course est en 25 mn ou 14 tours.

Durant le tour de formation, je chauffe mes freins en me prenant pour Jarier et la voiture a un comportement bizarre : les roues se bloquent et elle tire sévèrement à droite…  Du coup pour éviter de faire un beau carton au bout de la ligne droite du départ, je rentre et je remonte la voie des stands. Là en refaisant des essais la voiture à l’air de mieux se comporter, donc je me rapproche du début de la voie des stands et je démarre quand on me libère des stands.

Je pars bien 300 m derrière le dernier et derrière la voiture de sécurité… !

Celle-ci me laisse passer et je commence ma remontée, la voiture freine à peu près dans l’axe et je remonte les retardataires.  J’en remonte finalement assez facilement 3 ou 4 et je double une autre Alfa noire dans la courbe de Pouas, il y a eu un carton et elle a la porte droite enfoncée. Je suis assez rapide dans la ligne droite des stands et je double finalement assez facilement, même Paul, mon Team Manager qui lui a un coupé Bertone 1750 presque de série.  On se fait un petit signe, le Roi n’est pas mon cousin…

Tout au long de cette course mes rétroviseurs sont mal réglés, c’est fou comme c’est très gênant ça ! En doublant un concurrent dans Pouas, je suis un peu bouchonné et le Bertone noir me redouble. Comme c’est un bon, je le suis et ma foi je ne suis pas trop largué. Inutile de vous dire que j’ai la banane (intérieure !).

Au 7 ou 8eme tour, un gros carton entre une Mini et une grosse BMW, tout va bien pour les pilotes, safety-car et on recolle un peu au peloton. Je vois mal le re-start et Paul, mon Team Manager me double dans la ligne droite (avant le drapeau vert… bon allez on ne dira rien car c’est lui le chef …!). Il reste un tour, je vais me le (re)faire… et dans le dernier virage du dernier tour (Pouas), je pars en dérive, ça va assez vite, je suis à l’équerre devant les rails intérieurs, je vais pulvériser ma voiture dans les rails…. ! Puis les pneus remordent et je fais un 360° dans l’autre sens !

Je ne touche rien et je passe le drapeau à damiers !

Je finis 29eme sur 40 au départ, j’ai gagné une place par rapport à mes essais (bon en partant des stands c’est vrai) mais surtout je suis à 8/10eme des temps de l’ex-proprio de la voiture et ça c’est plutôt bien et j’ai le 22eme temps !

Mes copains me félicitent : je suis heu-reux !

 

 

Course 2 :

On m’explique comment faire chauffer ses freins (non pas comme Jarier, snif !). Je pars cette fois depuis ma place sur la grille. Le départ est chaud comme d’habitude (on est quand même 35 et mis en quinconce ce qui rapproche beaucoup les voitures) mais il n’y a pas de carton. Je ne me débrouille pas trop mal et je gratte quelques places.  On se retrouve en bagarre avec l’Alfa de Paul et toujours l’Alfa noire.

Les voitures glissent et virent en dérive, c’est grisant ! Je finis par doubler Paul dans la ligne droite des stands et je vais pour doubler une Fiat 131 juste avant le virage à droite quand un nuage de fumée se dégage de cette voiture et je prends du glycol sur le pare-brise, je n’y vois rien et je passe le virage miraculeusement ! Je mets en route l’essuie-glace (y fallait pas !) et le lave-glace marche pas… bon je fini par y voir à peu près clair.  Safety-car car en plus 2 voitures se sont emplâtrées dans un mauvais endroit.  Là je ne vais pas me faire avoir au re-start ! Ca repart. Plus tard dans la ligne droite je double une Golf GTI et toujours collé à l’Alfa noire, on rattrape une Rallye III.

Je crois voir le drapeau à damiers (en fait il est présenté mais pas agité au dernier tour : je le saurais la prochaine fois !), je pense que la course est finie et je relâche mon effort… mais la course n’est pas finie et la Golf GTI me redouble ! Je comprends mon erreur et re-cravache. Je fais un joli intérieur à la Rallye III en bas de la parabolique mais je reprendrais pas la Golf… 

Je finis 22eme sur 34 au départ de la manche et 5eme Alfiste sur 8.

Les temps sont moins bons pour tout le monde que dans la course 1. Je tiens toujours le 22eme temps.

Je me suis bien amusé avec des beaux dépassements, de belles bagarres, je ne suis pas trop mal finalement et j’ai rien cassé !

 

 

Le Retour :

En remontant la voiture sur la remorque elle fait un bruit de batteuse…. Aïe ! Oui car j’ai oublié de vous dire, je « tire » pas mal sur la voiture… On m’a dit 6500 T/mn, aux essais 7000 T/mn et j’ai tendance à être en essais partout ! En fait, il s’agit de l’échappement qui baille. On va aussi trouver un joint spi fuyard sur la trompette de pont gauche qui déversait son huile sur le disque arrière gauche…. Ca doit expliquer le comportement bizarre de la voiture au début !

Bon maintenant 6 à 7 heures de route jusqu’à Toulon, ça va être long…. mais long !

Et prochain circuit : Charade en mai ! Encore un circuit de F1

A suivre …

 

Philippe Robert

Photos @ Philippe Robert

7 pensées sur “Chronique d’un pilote du lundi… ( vous savez, après les pilotes du dimanche !)

  • Alors çà, c’est une vrai chronique de compétition. Pour un parfait débutant en course automobile ce témoignage augure d’une future gloire du pilotage et/ou du journalisme sportif, non ?

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  • Vivement le prochain reportage, les images à Charade vont etre chaudes.J’espère que nous aurons droit à la saison complète.

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  • ca donne aussi envie de connaitre la suite !

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  • Ces vidéos me font doublement plaisir : 1 – Dijon est un circuit que j’adore de par son côté naturel, et 2 – Etre à bord d’un « Bertone » ravive délicieusement les souvenirs de mon propre Coupé 2000 d’il y a quinze ans : légèrement enclencher la 2 avant de rentrer fermement la 1 (tous les alfistes le savent), l’ambiance à bord et le bruit (même si je ne courais pas, la mélodie de base de l’échappement reste la même).

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  • * George Clownesque (1438 – 1512)

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  • J’ajouterai que se glisser dans la combi du pilote- qu’on a tous souhaité être à 20 ans – à un age « canonique » c’est quelque chose quand même. Et puis cerise sur le bateau avoir pour modéle Jean Pierre Jarier « Godasse de plomb » , Beltoise et sa belle Brm du grand prix de Monaco c’est une belle évocation d’un style et d’un art de vivre passé.

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