Monaco 70 : Le Grand Prix, l’homme secret, la Matra (*)

Lorsqu’on évoque Henri Pescarolo, des images bleues viennent à l’esprit, mais pas nécéssairement de Formule 1.  Sa carrière en Endurance occulte parfois son talent de pilote de vitesse pure. Ce souvenir de Monaco vient opportunément nous le rappeler.

Classic COURSES

nicolas cancelier

Cet étudiant en médecine discret possédait un avenir tout tracé, reprendre la clientèle de papa après avoir prononcé son serment d’Hippocrate.

C’était sans compter sur un point de démangeaison  aussi fulgurant que secret : devenir pilote de chasse ou pilote tout court !

De plus en plus haut ou de plus en plus vite ? L’opération Ford jeunesse va sceller son destin sportif sur les engins terrestres à quatre roues mais notre homme n’oubliera jamais les objets volants identifiés !

Matra le repère et lui offre sa chance en 1965. Comme second couteau, opiniâtre , il gravit les échelons : une saison pour apprendre, une saison pour gagner en F3 , F2 , F1 : ça marche  mais le remerciement de Matra en 71 orientera sa carrière vers l’endurance avec le succès que l’on connaît…

Un soleil radieux inonde la Principauté qui n’est pas encore le rendez-vous obligé des frimeurs de la Jet Set, autre temps, autres  mœurs, même si ces dames arborent leur seyant chapeau, ces messieurs leur belle carrosserie du côté du casino. Le sport automobile français est en plein essor, Matra s’est forgé un nom en remportant le championnat du monde F1 en 69, Alpine installe son mythe : la berlinette, Renault avec sa Gorde élève une pépinière de champions, Servoz tire sa révérence, avantageusement remplacé par Cevert, Guy Dhotel remportera le volant Shell…

 

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Nous retrouvons Henri ce 10 mai 70 sur la grille de départ, qualifié en 4è ligne et 7è position à 1/10è  de son chef de file, il précède du beau monde sur sa Matra MS 120 : Rindt, Mc Laren, Siffert, Surtees, Rodriguez (il faut dire qu’un système de qualification peu orthodoxe avait pénalisé certains de ces compétiteurs). C’est en course qu’il se montra particulièrement coriace, tenant la dragée haute à ses pairs sur une piste qui ne pardonne pas la moindre erreur. 8è au premier tour, il cravache, passe Rindt au deuxième, 6è au quinzième, Pesca progresse au fil des tours et pointe 4è au trentième avec l’abandon de Ickx ….Ensuite, les cadors se fâchent, Rindt le repasse puis Siffert le domine et il retrouve sa 6è place au quarante-cinquième tour. Réaction, le français double Hulme et reprend le dessus sur un Siffert en proie à des problèmes d’alimentation. Avec les abandons de Stewart (moteur) et d’Amon (touchette), l’homme secret voit la troisième place monégasque s’offrir à lui. Que dire de cette belle performance sinon qu’elle fût quasiment passée sous silence, les échos de la Principauté ayant à peine dépassé le rocher. La faute à cet homme trop silencieux ?

Pescarolo : 3è place, les 80 tours en 1h 55’28’’

François Coeuret

 

Photo  GP de Monaco 70/ 10-05@ Matra sports légende – DR

Illustration @ Nicolas Cancelier

(*) : Précédemment publié sur Mémoires de Stands

 

10 pensées sur “Monaco 70 : Le Grand Prix, l’homme secret, la Matra (*)

  • Si cette belle perf de Pesca passa quasiment inaperçue, c’est ans doute aussi et surtout en raison du final extraordinaire qui vit Rindt passer Old Jack dans le dernier virage …

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  • Effectivement, Henri Pescarolo est aussi un homme volant : pilote breveté d’avion (à 16 ans !), de planeur, d’ULM et d’hélicoptère (champion de France des pilotes d’hélico et titulaire de l’équipe de France qui participa au championnat du monde en 1989). Je me souviens l’avoir vu arriver à Montlhéry aux commandes de son Robinson R22, pour prendre le volant d’une AC Cobra…

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  • Voilà comment nait une légende…

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  • quelqu’un en sait il un peu plus sur ce  » système de qualification peu orthodoxe avait pénalisé certains de ces compétiteurs » ? merci d’avance

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  • Merci beaucoup Pierre pour ces précisions ! quelle époque !

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  • François Blaise (Historien amateur)

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  • Rien n’autorise François Coeuret a écrire que Servoz fut « avantageusement » remplacé par Cevert; au volant, en piste, celui-la valait celui-ci, et moi je me garde bien d’ajouter « largement »

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  • Bonsoir à tous…Olivier Rogar le confirmera sûrement, aucun auteur de note sur ce site n’a à se faire autoriser tel ou tel propos. Votre opinion est respectable cependant vous m’attribuez dans ce commentaire une partialité que je ne ressens pas. Inutile d’argumenter, tout le monde connaît ici le parcours des deux pilotes, leur sensibilité, leur rapport avec la course. Comme vous, j’ai apprécié en son temps le coup de volant inné de Servoz , son enthousiasme au sein de cette Equipe Matra conquérante. Il faut remettre le mot « avantageusement » dans le contexte de ce mois de mai 70, Servoz avait épuisé sa motivation, souhaitait passer à autre chose alors que Cevert apportait chez Tyrrell un potentiel qui n’avait pas échappé à Stewart au point d’influencer son patron lors du remplacement. Les lecteurs apprécieront votre terme « largement » que vous souhaitiez omettre mais qui s’impose à vous irrésistiblement.

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