« Can Am avec Patrick Tambay » (2)

Tony Dowe continue le récit de la saison Can Am 1980 avec Patrick Tambay au sein de l’écurie Carl Haas.  Son témoignage laisse de cette époque une sensation de simplicité, de réussite et, en ce qui concerne le narrateur , de talent naturel pour trouver les bons « spots » d’après course … Ces notes sont parues sur le site MotorPost et Patrick Tambay en a confié à Classic COURSES l’adaptation en français.

Classic COURSES

Laguna-Seca-Lola-T530-1980-Can-Am-Champion-610x400.jpg

Début de saison.

1732 First street  Park, Illinois, USA est une adresse emblématique aux USA et dans le reste du monde de la course automobile. C’est de là que Carl Haas dirigeait son affaire d’importation Lola et Hewland. Il faisait de même pour ses multiples écuries de course depuis un petit atelier situé à côté de ses bureaux. Les meilleurs pilotes au monde franchirent un jour ou l’autre la porte du petit atelier ; Stewart, Jones, Ickx, Tambay, Andretti, Rahal – bien qu’il ne conduisit jamais pour Carl, mais il lui achetait des voitures – et de temps en temps il y avait aussi des gens moins fréquentables. On en reparlera. Cet atelier était d’ailleurs un  lieu riche en évènements que vous découvrirez au fur et à mesure du déroulement de la saison.

Pour ceux qui se demandent à quoi ressemblait cet endroit, il leur suffit de regarder le film « Risky Business » avec Tom Cruise.  Tourné à Highland Park, les prises de la Porsche 928 tournant autour du parking de la voie ferrée se situaient juste de l’autre côté de notre rue. De même que la scène de poursuite sous le pont de chemin de fer –  où Cruise tente d’échapper au tueur – fut filmée depuis le toit de notre atelier !

Mais revenons à notre saison Can Am 1980. L’hiver à Highland Park n’est déjà pas facile à vivre, alors que dire de la préparation des voitures de course dans ce froid ! Imaginez que Carl devait avoir recours aux services d’une personne chargée de balayer la neige sur le toit de l’atelier pour éviter que celui-ci ne s’effondre. Ca donne une idée de la quantité de neige qui tombait.

A la suite de nos essais de pré-saison nous avions établi un programme d’adaptation du châssis  aux objectifs que nous visions, cela passait par un démontage et un remontage complet. La plupart des modifications visaient à améliorer la fiabilité […] Le principal handicap était le sous virage. Partout. Mais particulièrement dans les virages rapides. L’autre problème auquel nous étions confrontés était celui des jupes latérales coulissantes.  Sans doute pas un problème pour une écurie de F1 mais pour une petite équipe Can Am à Highland Park ? Rien à faire ! C’était d’autant plus délicat que la voiture avait été livrée avec de belles jupes en carbone qui n’aimaient pas du tout les courbes et à ce sujet, si vous trouvez une voiture de course qui ne courre qu’en ligne droite, prévenez moi !  Cependant le principal inconvénient c’était le coût. Or, comme certains d’entre vous le savent, Carl Haas n’était pas du genre à jeter l’argent par la fenêtre, donc nous avons monté une ligne de production pour fabriquer nos propres jupes renforcées par une peau d’aluminium.  Nous détestions ce travail là mais il nous a beaucoup appris pour l’avenir.

« Arnie North » était le nom de notre bar préféré, au bout de la rue. Son patron, Arnie Morton avait démarré avec les franchises des « Clubs Play Boy » Il avait poursuivi en créant une chaîne de restaurants : « Arnie Steackhouses » bien sûr ! Mais l’histoire de son fils est plus intéressante. Nous nous étions liés d’amitié. Nous parlions beaucoup de Londres dont plusieurs d’entres nous étaient originaires. Son idée était de créer  une franchise de steackhouses très haut de gamme. Bien joli tout ça…jusqu’à ce que vous découvriez que finalement il se fâcha avec son père et partit à Londres. […] Oh, j’ai oublié de mentionner qu’il s’appelait Peter Morton et qu’il a fondé les « Hard Rock Cafe » !  Jamais demandé à son père ce qu’il en pensait. Le monde est petit.  Je ne peux mentionner « Arnies North » sans évoquer Bob Razus : notre barman favori qui avait le don de nous renvoyer chez nous bien éméchés pour pas cher du tout.

Première course. Sears Point.

Infinion Raceway aujourd’hui. Mais pour moi ça restera toujours Sears Point.  Nous ne savions pas à quoi nous attendre. Serions-nous assez rapides ? La réponse vint rapidement : meilleur temps tout au long des essais, pole position, victoire. Que c’était bon ! […]

Un truc bizarre se produisit avant la course. Nous étions sur le point de bâcher le moteur avant d’aller déjeuner lorsque Carl me demanda de n’en rien faire. Ca me gênait mais c’était lui le patron. Mais pourquoi cela ? Nous le savons maintenant, Carl était très superstitieux. Il tournait autour, touchant chaque pièce visible en marmonnant des incantations à la chance, à l’amour etc… Je dois avoir tout le cérémonial écrit quelque part, il faut que je m’y penche car  tout cela semblait fonctionner.

L’impression que je retiens de la course concerne la taille et la violence de ces voitures sur une si petite piste. Al Holbert, Elliott Forbes Robinson, Bobby Rahal et Geoff Brabham étaient nos principaux compétiteurs. Je craignait toujours Brabham, il était doué et sa voiture était maintenue par Steve Horne un gars bien avec lequel j’ai récemment rétabli le contact en Australie. Une très bonne équipe.

Après la « troisième mi – temps » le voyage de retour fut un peu confus.

Seconde course : Mid Ohio.

Nous étions en tournée et Mid Ohio était comme une course à domicile.

HaasTeam_1980_MidOhio.jpg

La photo est prise sur le chemin de la grille de départ. De gauche à droite Mike Sales, Don Harper, Gerald Davies, moi-même, Carl et John Szymanski.  Regardez Carl, avec, comme toujours son blouson First National City Bank, mâchonnant son cigare, il faisait environ 38°C et il avait toujours son blouson ! Que ces voitures étaient lourdes… Notez les ailettes destinées à améliorer la déportance frontale. Observez aussi les numéros : ce n’était pas des adhésifs comme aujourd’hui mais des numéros peints à la main par un « artiste » en lettres du nom de John Huskstorff. Un type fantastique que j’aimerais retrouver. Il gérait une marina et semblait faire équipe avec une bande de personnages au caractère très ombrageux.  Il me dit un jour que s’il advenait qu’il disparaisse c’est qu’il serait probablement mort dans le bayou…

Beaucoup plus tard, je me souviens d’un pilote Nascar du nom de Phil  Parsons participant à une série d’épreuves dans laquelle j’étais impliqué alors que je travaillai pour TWR. Il vint me voir et me demanda si je serais capable de me souvenir d’une personne à l’évocation d’un seul mot.

Essayons ! il dit alors « Rope » ( corde) . C’était pour moi  le surnom de John (Huskstorff). John était familialement lié à Phil et  voulait ainsi me faire passer un « bonjour ». Lui se cachait de quelqu’un, gouvernement, mafia, qui sait, là- bas, au fin fond du bayou. Tu me manques Hucksee !

A nouveau meilleur temps et victoire en ayant mené la course de bout en bout. Nous avions beaucoup appris de cette course et l’un des atouts de l’équipe était le responsable moteur, Gérard Davis, un très bon assembleur de moteurs et une vraie personnalité.  L’un des domaines qui me préoccupait était l’introduction d’air sous la carrosserie au travers des conduites Naca,  des deux côtés de la voiture, qui allaient au radiateur d’huile. L’une des idées que nous avions conservées de la F1 était l’usage d’échangeurs de température eau / huile au lieu de radiateurs air / huile.

Gérard était alors basé à Midland, le centre du monde pétrolier au cœur du bassin permien. Il se pointa avec des échangeurs de température très longs et lourds destinés aux têtes de forage. Ne me demandez pas ce qu’ils faisaient exactement, faîtes comme moi et faîtes avec ! 

Troisième course : Mosport – Canada.

Ils furent installés pour la course suivante à Mosport au Canada. Nous étions un peu derrière au moment où nous sommes parvenus à les installer de chaque côté du cockpit.  Nous avons utilisé du lexan transparent pour obturer les prises d’air Naca externes. Pratiquement invisibles depuis les stands.

Nous avons à nouveau été les plus rapides dans toutes les séances d’essai et soudainement après la seconde séance nous avons été envahis par des gars comme Steve Horne qui voulaient être nos meilleurs amis !  Ils avaient compris que nous avions obturé les conduites latérales et souhaitaient savoir ce que nous étions en train de faire.  Etait ce mieux pour autant ? Les échangeurs contribuaient à équilibrer les températures d’eau et d’huile, de telle sorte qu’aux relances, aux redémarrages etc… le moteur était toujours prêt à donner son maximum.  Leur principal impact a été de saper le moral des autres équipes. Une leçon toujours en cours aujourd’hui. Un autre effet a été que Carl était maintenant un peu plus tranquille à l’idée de changements que nous nous proposions de faire sur l’auto. De ce point de vue Patrick était notre principal supporter, nous poussant  toujours à chercher des zones d’amélioration. 

A l’issue des qualifications nous étions comme d’habitude en pole Position, Carl ne fit pas couvrir le moteur et nous avons à nouveau gagné. !

Nous étions logés au « Flying Dutchman Motel » près d’Oshawa, comme du temps où je travaillais pour Brabham et que nous courrions à Mosport. Il me semble vaguement me souvenir d’une nuit très alcoolisée après cette course. Nous menions désormais le championnat, nous gagnions et nous prenions du bon temps !

Nous avions trouvé un raccourci à travers les bois juste à l’extérieur de la piste. C’était un plaisir absolu, lorsque Gérald conduisait c’était une folie totale ! Si vous avez l’occasion d’en parler à n’importe quel membre du team, il blêmira certainement à cette évocation. Et en route pour la course suivante  à Watkins Glen….!   

A suivre …

Tony Dowe

Photos @ Tony Dowe

 

2 pensées sur “« Can Am avec Patrick Tambay » (2)

  • « Je voudrais léguer ma Gran Torino 1972 à mon ami, Taoh Vanlore, à condition que tu ne coupes pas le toit comme le font ces sales tacos, que tu ne peignes pas dessus des flammes débiles comme le font un tas de péquenauds tarés blancs et que tu ne mettes pas un aileron de pd sur le coffre arrière comme on en voit sur toute les voitures de bridés, c’est absolument horrible. »

    Répondre
  • Bien sportivement ! Philippe Vogel

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.