Michel Vaillant

Gilles Gaignault, connu sur les circuits aux quatre coins de la planête courses, a créé le site  AutonewsInfos avec lequel nous avons aussi échangé un lien. Il nous a proposé de publier, à notre tour, son interview du père de Michel Vaillant, Jean Graton. Nul doute que la période de Noël réveillera chez nombre d’entre nous, le désir de se replonger avec nostalgie dans cette série d’aventures ou de la compléter !

 

Michel-Vaillant.jpgTous les passionnés de compétition automobile, ont TOUS un jour ou l’autre, entendu parler de Michel Vaillant. LE héros de la fameuse BD sur la compétition automobile.

Mais qui est- il ? D’où vient-il ? C’est à cette question, que nous nous posions depuis des décennies, que nous avons voulu répondre.

Direction la Belgique et sa capitale Bruxelles et ce afin d’y rencontrer le… français Jean Graton et son fils Philippe. Jean, l’homme qui inventa le personnage devenu célèbre depuis la fin des années 50 ; Michel Vaillant.

 

A ce sujet, il nous faut tout de même préciser qu’en ce temps-là, il n’y avait aucun événement retransmis à la TV et qu’en France il n’y avait qu’une seule et unique chaîne, en noir et blanc ! Par conséquent la BD de Michel Vaillant fut pour toute une génération à partir de 1957, chaque jeudi dans le magazine Tintin, « l’événement » pour les amoureux de compétitions automobiles.

Ce n’est qu’en 1959 que sortit le premier album Michel Vaillant dont 70 albums ont depuis été publiés, représentant plusieurs millions d’exemplaires et cinquante saisons de compétitions et d’aventures. Pour le 70ème opus, il s’en revient au Mans, sa piste fétiche !

  

Bruxelles, un après-midi de cette fin d’hiver. Il fait frisquet. Il bruine. Et pourtant avec Philippe Janot, le photographe, nous sommes plutôt ravis de nous trouver là.

Le motif de notre gaîté ? Jean Graton, le père de Michel Vaillant, le héros de notre enfance, a accepté de nous recevoir pour nous raconter l’histoire de son personnage favori. Une aubaine, car l’homme qui a inventé « le » pilote imbattable, va sur ses 89 ans et il est tout de même temps de lui faire raconter toute l’histoire de la célèbre bande dessinée et ses héros.

Et, notamment la naissance de Michel Vaillant, les différents acteurs de la formidable saga…laquelle a fait rêver plusieurs générations qui se sont toutes identifiées au légendaire héros et ce, répétons-le, à l’époque où l’information circulait mal et restait trop souvent confidentielle. Un temps que les moins de vingt ans n’ont pas connu !

 Jean Graton

Bien qu’installé en Belgique depuis l’âge de 24 ans, Jean Graton, est bel et bien un vrai petit gars de chez nous ! Né à Nantes, le 10 août 1923, la même année que la création des …. 24 heures du Mans, un signe déjà ! Dans la bonne ville de Nantes, Jean Graton perd très tôt, trop tôt, sa mère. Ce premier drame le frappe dès ses 11 ans et c’est la raison pour laquelle il s’en va rejoindre sa tante, installée à Bruxelles. Il est doué pour le dessin et veut tenter d’en vivre. C’est ainsi que tout commence. Passionné par cet art, le jeune apprenti dessinateur vend quelques croquis, tout en suivant des cours du soir de publicité. Répondant à une annonce, il adresse un dessin au grand quotidien local « Le Soir », lequel a annoncé qu’il publierait les meilleurs de ceux-ci.

C’est celui envoyé par le jeune Graton, qui est retenu et donc publié !

Ensuite, Jean dessine pour le service publicité du journal « Les Sports ». Ignorant totalement que Bruxelles est le berceau de la bande dessinée, c’est par hasard, « un vendredi 13 », qu’il pousse la porte de l’agence World Presse, où Jean-Michel Chartier, lui confie ses premiers « Oncle Paul ».

Après quelques histoires complètes dans Spirou et Tintin, Jean Graton, s’appuyant sur sa bonne connaissance du sport automobile, créé le personnage de Michel Vaillant. Sa rencontre avec André Fernez, le rédacteur en chef des Éditions du Lombard, éditeur de multiples BD, dont l’hebdomadaire Tintin, va se révéler déterminante. Pourtant, Fernez « ne croyait pas à un pilote de course comme héros ». Nous sommes alors en 1957, Michel Vaillant fait pourtant sa première apparition dans l’hebdo : une histoire courte en cinq planches…

« J’ai choisi la course auto à cause du Mans. Une compétition que j’ai découvert à 13 ans car mon père y était commissaire. Je me suis documenté car je me suis toujours senti très à l’aise dans ce milieu automobile ».

MICHEL-VAILLANT-au-volant.jpgÉtant finalement parvenu à convaincre Fernez, Graton créateur du personnage Michel Vaillant, invente cinq histoires publiées sur quatre pages dans l’hebdomadaire Tintin : « Bon sang ne peut mentir »La clé de 12 » – « La 24ème heure » « Bagarre sur la nationale 7 » et « Le marathon de la route ».

Cela a été immédiatement un réel succès car les lecteurs ont tout de suite accroché.

« Ce fut une bonne chose mais je n’avais jamais douté », se souvient l’ami Jean. Une fois terminées les cinq histoires, Raymond Leblanc, le directeur des Éditions du Lombard, le convoque : « Graton, ce que vous faites est formidable ! Si vous acceptez de signer définitivement chez moi, dans cinq ans vous roulerez en Ferrari ! »

« A l’époque déjà, c’était magique… Effectivement, cinq ans plus tard, je roulais dans un bolide italien. Mais il m’avait prêté la sienne ! Comme quoi, les éditeurs tiennent toujours leur parole ! »

 

MICHEL-VAILLANT-Couv-MV01-nouvelle-ligne-Dupuis.jpgIl faudra toutefois patienter jusqu’en 1959, pour dévorer le tout premier album intitulé  « Le Grand Défi ». Et c’est donc tout naturellement au Mans, que se situe la toute première aventure de notre héros.

 

– Alors, comment sont nés tous les personnages ? Les prénoms et le nom, tout d’abord :

« Pour Vaillant, ce fut facile car tous les héros des BD de l’époque avaient des noms ronflants et retentissants : Luc Bradefer, Marc Dacier, Flash Gordon, Chevalier Ardent. D’où Vaillant sur une Vaillante. »  Et l’ami Jean de nous préciser : « Quant au prénom Michel, en face de chez moi, avenue du Capitaine Poiret, vivait un architecte : Jacques de Corte, dont l’un des deux fils faisait du trial et se prénommait Michel… J’ai transposé cela à l’automobile. Concernant l’écusson, le V s’est de suite imposé avec les couleurs tricolore

 

s du drapeau français. Enfin mon appartenance à une vieille famille de tradition explique la réussite de Michel Vaillant, le héros qui a une famille. Il faut dire que mon bréviaire était « Travail-Famille-Patrie », d’où les personnages familiaux, tous en action ».

 

– Et le premier dessin du Grand Défi ?

« On attend Michel, il apparaît. Les personnages se parlent, le père, le frère Jean-Pierre. La saga était lancée ».

 

– Et à propos de Françoise, la femme du héros ? :

« Ma femme et moi aimions ce prénom, d’ailleurs à ce sujet, il me revient une anecdote. Très vite, j’ai reçu une lettre d’un collège de jeunes filles de Nancy qui disait en substance :  Virez cette enquiquineuse qui n’a rien à faire dans l’histoire ! »

 

MICHEL-VAILLANT-GRATON-autonewsinfo-600x426.jpg– Enfin, Steve Warson ?

« Lui, il représentait l’image du parfait yankee en cow boy de la route. Vaillant va aller courir à Indianapolis et naturellement gagner. J’ai donc inventé le « m’as-tu-vu » américain prétentieux. Mais rapidement, la rivalité va se transformer en amitié et ils vont devenir avec Michel, des amis inséparables, copains comme cochons. Avec Warson, je pouvais en outre imaginer des histoires impossibles pour Michel Vaillant car je pouvais lui faire dire et réaliser des choses impensables pour mon héros. Comme draguer les filles ! ».

 

– Qu’en est-il de la fameuse propriété de La Jonquière ?

« Véronique de la Barre, l’une des assistantes de Jabby Crombac, le futur fondateur de Sport Auto, avait une tante, la Comtesse de Meaulnes qui possédait une propriété en Mayenne. Je l’ai visitée en me rendant un jour en vacances à Noirmoutier. La Comtesse nous a très bien accueilli et, comme j’avais admiré auparavant cette somptueuse demeure parue en photo dans la revue ‘La Maison Française’, j’ai choisi de la retenir comme la résidence des Vaillant. »

 

– Pourquoi le nom de La Jonquière ?

« Hé bien, c’est à cause du cavalier Pierre Jonquières d’Oriola, Champion Olympique de sauts d’obstacles en 1956 à Helsinki et double Champion Olympique en 1956 à HELSINKI en FINLANDE avec ALI BABA et en 1964 à TOKYO avec LUTEUR B». Il fut aussi sacré Champion du monde en 1966 à BUENOS AIRES, avec la jument POMONE.

 Avec Jacky Ickx

MICHEL-VAILLANT-GRATON-avec-JACKY-ICKX-autonewsinfo.jpg– Ensuite ?

« Tout s’est très vite enchaîné car j’avais rencontré assez rapidement Gérard Crombac et Bernard Cahier, deux des journalistes les mieux informés. Plus tard, j’ai côtoyé François Guiter, le boss du service compétions du pétrolier ELF qui s’est rapidement révélé être un Pro-Vaillant ».

 

Au fil des années, le succès n’a fait que croître… Plus de vingt millions d’albums se sont vendus, traduits en quinze langues. Un fabuleux succès. En 2007, pour le cinquantième anniversaire de l’apparition du héros dans Tintin, les Éditions Graton (désormais contrôlées par Philippe, le fils du père de notre héros qui a pris le relais) ont publié leur 70ème album : « 24 heures sous influence ». Ou le grand retour de Michel Vaillant au Mans, opposé à Audi. Car Michel Vaillant court toujours ! Si les années passent, lui, demeure le pilote toujours influent et victorieux. Entre Michel et Le Mans, c’est depuis le début, une longue histoire d’amour.

 

– le mot de la fin ?

« Jamais je n’aurais osé imaginer un tel succès lorsque j’ai rencontré Jean-Michel Charlier, scénariste pour le magazine Spirou en 1953, bien avant mes débuts avec Vaillant. C’est par la suite, ma rencontre avec Victor Hubinon, le dessinateur de Buck Dany qui a tout déclenché. Victor m’a initié à travailler au pinceau, la technique de la BD. C’était, je l’ai dit au début, un vendredi 13, un chiffre qui devient fétiche pour moi, par la suite, dans Michel Vaillant ».

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Nous remercions Jean Graton, Philippe son fils et toute leur équipe pour leur accueil et leur disponibilité, ainsi que le prêt exceptionnel de toutes les photos et les couvertures des albums de Michel VAILLANT, pour la mise en page de ce sujet

Nous terminerons en rappelant que votre serviteur, Gilles Gaignault, fondateur d’autonewsinfo, a eu l’honneur de figurer dans l’un des albums de Michel Vaillant, intitulé « F3000 »… 

 

Gilles GAIGNAULT

Photos : Studio GRATON  © Fondation Jean Graton  © Jean Graton/Graton Éditeur/Dupuis –

 

www.michelvaillant.com

 

 

SOUVENIR… SOUVENIRS….

 

Avec Juan Manuel Fangio et Uderzo, le père d’Astérix

 

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En compagnie d’Henri Grandsire sur le tournage de …Michel Vaillant.

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Avec Alain Prost

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Et avec l’inoubliable Steve McQueen

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12 pensées sur “Michel Vaillant

  • Petite question (très facile pour les connaisseurs): sur la couverture de l’album du “Grand défi” (voir ci-dessus), il y a une anomalie qui est sans doute volontaire de la part de Jean Graton. Quelle est cette anomalie, et quel en est le sens ?

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  • Sans doute pour profiter de la « gueule » des autos et offrir donc une couverture plus attirante …

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  • Jean Graton était un fantastique designer automobile : toutes ses « Vaillante » étaient à la pointe des critères esthétiques de leur époque, et, en plus, elles étaient jolies…

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  • Pour avoir fréquenté les « balcons » des anciens stands des 24 Heures du Mans, je pense que Jean Graton a « optimisé » sur sa couverture l’envergure de de ceux-ci transformés en grandiose tribune.

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  • plus évident??…En observant bien les pilotes, Warson porte le casque de Jean Behra, un hommage au pilote français mort en 59 sur l’avus…

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  • Le fait que Warson ait deux paires de lunettes ?

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  • Pour l’anomalie, j’ai constaté que Warson a un casque « Behra » mort l’année de sortie du Grand défi, casque qu’on ne retrouve pas dans l’album… J’ai bon ?

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  • Oup’s j’avais pas vu la réponse de Linas27 ! C’est sûrement ça alors…

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  • Oui, c’est la bonne réponse ! Dans le Grand Défi, Warson porte un casque enveloppant, de type américain (peu en usage en Europe à cette époque), et de couleur unie, alors que sur la couverture de l’album il porte un casque à visière, avec un damier. C’est évidemment un hommage de Jean Graton à Jean Behra, mort en 1959, année de la parution de l’album;je ne vois pas d’autre explication.

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  • Bref, Michel Vaillant fut pour moi, comme pour bien d’autres enfants certainement, un personnage très important. Et Steve Warson peut-être encore plus car moins lisse, moins parfait, et donc plus attachant.

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  • D’accord avec toi Olivier concernant la qualité remplacée par la quantité. On pourrait rajouter à ta liste les passionnants « Les casse-cou » avec Gil Delamare et « Le retour de Steve Warson » où les stands font place aux bars glauques d’Amsterdam. De la bonne BD avec des scénarios béton ! Egalement d’accord avec toi pour ta conclusion, Steve Warson étant à Vaillant ce que le Capitaine Haddock était à Tintin !

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